‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 27 sur 47 · Qu'est-ce que l'élection · texte numérisé non relu

Qu'est-ce que l'élection

R. — La façon dont on devient l'élu de Dieu dans le royaume du ciel.

Q. — Y a-t il beaucoup d'élus?

R. — Non, car au dire des plus grands saints à peine si une âme sur dix mille est sauvée.

Q. — Quelles sont les âmes qui sont sauvées?

R. — Celles, d'après le christianisme primitif, que Dieu a choisies de toute éternité.

Q. — Le christianisme moderne n'entend-il pas l'élection de la même façon?

R. — Non, parce qu'on s'est aperçu un jour que la

(1) Quand la nouvelle du massacre des protestants (1572) arriva à Rome, Grégoire XIII étant paiie, ou fit beaucoup de fêtes et de processions, on frappa des médailles, et on écrivit plusieurs apologies du massacre. Le roi d'Espagne Philippe II ne tarit pas aussi d'éloges pour Charles IX, quoique^ le duc d'Alba et lui se trouvassent furieux de le voir plus catholique qu'euxmêmes.

4^ Il y eut des fêtes à Rome et une franche gaité, dit Michelct. Le pape chanta un Te Deum et envoya à son fils Charles IX la rose d'or. »

Quand Jacques Clément eut assassiné Henri III à Saint-Cloud et eut été tué lui-même aussitôt, le pape Clément VIII compara la mort de l'assassin à la passion du Sauveur.

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doctrine de la prédestination était contraire à l'extension de l'Eglise. On en arrivait fatalement à ne pas se préoccuper de son salut puisque, si on devait être sauvé, tous les efforts ne pouvaient empêcher qu'on ne le fut, et que, si on ne devait pas Têtre, toutes les vertus ne pouvaient vous faire entrer dans le royaume du ciel. On comprit qu'on devait laisser plus de latitude à l'action humaine, sans cependant la livrer entièrement à ellemême. 11 fallait entrer dans la môme voie que la Réforme en évitant les inconvénients qu'elle avait produits. La Réforme fut un progrès immense en ce sens qu'elle reconnut qu'en nous il y avait un homme; elle donna l'Écriture pour unique règle de foi et laissa à chacun le droit de l'expliquer à sa manière; mais cela créa une foule de sectes que le despotisme romain avait à cœur d'éviter, et c'est alors que les jésuites, avec ce caractère pratique qui les distingue, innovèrent, en 1588, la théorie de Molina, dans laquelle le libre-arbitre se trouve remplacé par la grâce suffisante qui donne le pouvoir de faire le bien, mais n'est pas suivie d'effet, et la g7*(œe efficace qui est suivie d'effet et par laquelle on exécute ce que Dieu exige de nous. Cette théorie qui n'est que superficielle contient la même immoralité que la théorie de l'élection de Paul puisqu'il y a toujours une grâce spéciale qui divise l'humanité en élus et en non-élus, et que Dieu, dans sa méchanceté infinie, n'a créé la plupart des hommes qu'uniquement pour leurs, malheur, mais elle a suHi pour échafauder le système qui, retenant les fidèles au sein de l'Église, tend à leur faire cr(»ire que les pratiques religieuses suffisent pour assurer leur salut (I), quand il n'y a au fond que damna-

(1) Cette théorie de la grâce qui rappelle Origène est contraire au véritable esprit du christianisme. « L'homme naturel » écrit

tion, oui, damnation partout et toujours, damnation éternelle.

MANUEL D [NSTRUCTTON LAÏOUE

Pascal u en qui ne s'est pas fait Topération de la grâce, est tellement condamné aux ténèbres qu'il ne peut même s'assurer oii est la lumière, ni si la religion qui la lui offre la possède en effet. Mais voici un autre moment; cette grâce puissante ayant agi, tout change : je vois, je sais, je crois. Nous sommes assurés de Dieu et par lui de tout le reste. » Et Pascal entend ici parler de la grâce d'en haut, de la seule, qui n'appartient qu à celui que Dieu a marqué du sceau de son élection, et il combat à outrance les subtiles distinctions des jésuites qui changent tout l'esprit de la religion et font la loi à Dieu même. Pascal entre ^n plein dans la grande querelle des jansénistes contre les molinistes ; il est avec Jansénius et Jean Duvergier de Hauranne qui soutiennent la logique inexorable de saint Paul et de saint Augustin. Les Jésuites ont eu à sauver, non la religion, mais la société religieuse et la domination papale, et ils se sont faits les éditeurs de la dévotion aisée et du salut facile. La religion chrétienne, organisée comme elle est, est celle qui rapporte de Targent aux prêtres; ceux-ci soutiendront toujours qu'elle est la bonne et la véritable, et tant qu'il y aura des dupes sur terre, on en trouvera qui croiront religieusement ^gagner le paradis moyennant finances.

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