DU CHRISTIANISME
Q. — Quelles sont les religions qui ont donné naissance au christianisme?
R. — Principalement les religions de Vlnde et de la Palestine (1).
expériences sur la chute des corps indiquées par le poète Lucrèce, et d'inventer, presque en même temps que le Hollandais Jansen, le précieux télescope qui allait changer en certitude ce qui était jusque-là du domaine de Thypothèse.
(1) Le but de cette partie du Manuel est d'établir la vérité historique sur la religion chrétienne. Nous n'avons donc à nous occuper que des religions qui ont exercé une influence indiscutable sur le christianisme. Nous savons parfaitement que la religion n'était, la plupart du temps, que Tenveloppe de systèmes de la nature et qu'elle n'était que pour le vulgaire cette inscription du temple de Sais : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, et le voile qui me couvre, nul mortel ne le soulèvera. »
Les initiés avaient soulevé le voile et contemplé la vérité. De même nous déchirons le voile, comme il se déchira dans la Synagogue, et contemplons la vérité, nous aussi. Cependant, nous ne saurions oublier que ce qui exerce
Toutes les reli^ious de rantiquité coDsidéraieat la charité comme UDe des j^rlncipales veitus.
l'influence la plus considérable n'est pas la doctrine mysté-
Q. — Étudions ces religions.
R. — L'origine de deux religions se perd dans la période antéhistorique : celle du brahmanisme et celle du mazdéisme ; une religion est sortie du brahmanisme, le bouddhisme (i).
rieuse et savante, mais le culte extérieur, la tradition rituelle, et nous devons recueillir tout ce qui va produire génétiquement le christianisme. Nous laisserons donc de côté Isis et Osiris et leurs mystères sacrés; nous écarterons la mythologie, cette grande conception poétique qui inspira (ou qui naquit) les poèmes d'Homère et d'Hésiode, mais non sans jeter quelques regards sur cette sublime antiquité païenne qui ne nous a pas laissé l'exemple d'une persécution purement religieuse.
N'était le cadre dans lequel nous devons nous renfermer et l'ensemble déjà trop considérable des choses nécessaires que nous voulons envisager, il serait sans doute utile dé se livrer à une étude approfondie des religions pour en arriver chronologiquement au christianisme. Nous étudierions alors le dualisme druidique, la plus sublime des inventions religieuses, peut-être, et nous verrions si ce n'e t point de la grande Gaule que partirent bien des conceptions auxquelles on a donné l'Asie pour berceau. Nous nous demanderions si les barres droites et les barres coudées des peulvens du monument de Kergavel ne constituent pas la plus ancienne écriture connue, et si les autres monuments de la péninsule armoricaine n'ont pas précédé de cinquante siècles les monuments égyptiens; si l'obélisque de Locmariaker ne servit pas de modèle à celui de Luqsor, si les alignements de Carnac ne fournirent point le plan des allées mégalithiques égyptiennes, le Karnak, temple d'Ammon Knuphis, et si le mastabali est autre chose que le dolmen perfectionné ? Les savants répondront ailleurs à ces questions.
En somme : « Le judaïsme fournit le levain qui provoqua la fermentation, mais la fermentation se fit hors de lui. L'élément hellénique et romain d'abord, puis l'élément germanique et celtique prirent complètement le dessus, s'emparèrent exclusivement du christianisme, et le développèrent dans un sens fort différent de ses origines premières. » Et qui fournit le levain au judaïsme? L'Inde.
(1) Aucuns présument que les religions ont suivî la filière
Q- — Qu'est-ce que le brahmanisme?
. R. ■— Le brahmanisme nous offre dans Brahma, un dieu créateur, grand principe, être divin par excellence. Les Hindous divinisent la Nature et leur religion est celle que les Aryas, ou hommes vertueux et purs, pratiquent intégralement. Leurs livres sacrés se composent, comme ceux de presque toutes les religions, d'histoires, de légendes, de poésies, et on en nomme le recueil les Vedâs. Ils ont un calendrier astronomique qui a dû être rédigé au moins quatorze siècles avant notre ère. Enfin, les lois de Manou règlent les devoirs des différentes castes formées par les hommes. Le brahmanisme admet : le dogme de la transmigration des âmes qui laisse aux hommes leur libre-arbitre et fait résulter de leurs actions les conditions supérieures ou inférieures dans lesquelles ils ont été ou seront placés. L'homme a mené une existence antérieure à celle qu'il mène sur la Terre, où il vient expier plus ou moins ses fautes. Après cette expiation, il subira une transformation nouvelle et son sort sera plus ou moins amélioré. Tous les êtres existants ou ceux qu'a enfanté l'imagination fertile des hindous forment une chaîne continue que parcourt l'âme humaine. Depuis les végétaux jusqu'aux divinités se
que voici : 1» culte des pierres noires et blanches dont les unes représentent la Nuit et les autres le Jour (les musulmans vont encore baiser la pierre noire de la Kaâbah); 2» le culte des animaux emblèmes des Saisons, et un cercle équatorial divisé en 365 dieux. (V. dans la religion chrétienne les traces de ces cultes : saint Jean est V Aigle de Pathmos, Est ; saint Lucie Taureau, Ouest; saint Mathieu la Vierge, Sud- saint Marc le Griffon, Nord.) 3« L'époque du dieu générateur 'inconscient; 4« l'anthropomorphisme ou époque de la divinité douée d'une intelligence libre conçue à l'image de celle de Thomme
développe un magnifique panthéisme. « L'âme est l'assemblage des dieux; l'univers repose dans l'âme suprême; c'est Tâme qui produit la série des actes accomplis par les êtres animés. » Faire des œuvres bonnes en elles-mêmes, être juste, être pieux, s'exercer au bien : voilà ce que le brahmanisme commande. Mais ce côté moral a disparu peu à peu sous l'influence de la caste sacerdotale, pour faire place à une superstition dont la Trhnourti est le couronnement religieux. Brahma, Vichnou et Siva (1) se réunissent et se confondent. Vichnou, fils de Brahma, se substitue à son père, il a plusieurs avatars ou incarnations, sa mission est de sauver l'espèce humaine. Siva est l'esprit qui éclaire et veille (2).
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a tiré du brahmanisme?
R. — Le Christ s'est dit le fils de Dieu, il s'est confondu avec son père, et il est mort après s'être incarné dans l'homme, pour la rédemption des hommes; le Saint-Esprit s'est confondu avec le Père et le Fi]s : ils ont formé la Trinité.
Q. — Qu'est-ce que le Bouddhisme?
/ R. — Le bouddhisme fut fondé par Cakyamouni Siddhârtha (3) qui prêcha aux hommes : « une charité
(1) Brahma, Vichnou et Siva sont probablement les dieux de trois religions différentes, ou de trois branches qui se sont réunies au même tronc.
(2) C'est, croit-on, Siva qui apparut en Grèce sous le nom de Bacchus indien ou Dieu de Nysa.
(3) D'après Abel Rémusat et Schmidt, Çâkya est le nom de la branche de la caste militaire à laquelle appartenait le jeune prince Siddârtha de Kapilavistu, qui, ayant renoncé au monde, fut appelé Çâkya muni, le solitaire des Çâkyas, et qui, parvenu à la perfection de la science qu'il s'était proposée, prit le titre de Buddah, Téclairé, le savant. Buddhaest un titre: Buddha vit
têhm^mmi^tàmtm
MANUKL d'instruction LAÏQUE
infinie, et, partant, le besoin de faire partager aux autres le bonheur goûté dans une doctrine excellente, lo prosélytisme et par suite Taccès de la religion offert h tous les hommes de toutes les castes, l'admission au sacerdoce des classes mêmes les plus méprisées » (1).
biTÎdha, épanoui comme un lotus; quelques-uns traduisent bu Idha par connaître, « Çakya ne vînt pas, comme les incarnat. jns brahmaniques de Vichnou, montrer au peuple un Dieu ô«. rnel et infini, descendant sur la terre, et conservant, dans la c Midition mortelle, le pouvoir irrésistible de la divinité. C'est le 1 •:•, d'un roi qui se fait religieux, et qui n'a pour se recomman- /\"/ au peuple, que la supériorité de sa vertu et de sa science. » 1 .. istoire de sou mariage nous fournit une idée de la science Oe Buddha. Il commença par déclarer, contrairement à l'usage où on était de prendre une femme dans sa classe, « qu'il prendrait indifféremment une femme parmi les Brahmanes, les Kéhattryas, les Vâicyas, ou les Çudras, s'il en trouvait une qui répondit au type de perfection qu'il s'était formé. Le brahmane qui exerçait les fonctions de prêtre de famille auprès du roi Cuddhôdana (père de Cakyamouni), fut chargé de trouver la femme accomplie que désirait le prince, et il la trouva dans la maison d'un artisan de Kapilavistu, nommé Dandapàni. En conséquence, le roi Cuddhôdana fit demander sa fille pour le jeune Çâkya. Mais que répond Dandapâni? * Seigneur, le prince a été élevé dans sa maison au sein du bonheur; et de plus, c'est une loi de famille parmi nous que nos filles ne soient données en mariage qu'à celui qui sait un métier et non à un autre. Or, le prince ne sait aucun métier, il ne sait manier ni l'épée, ni rare, ni le carquois, etc. » Le roi s'arrête devant cette objection et Càkya est obligé de montrer les connaissances qu'il possède dans tous les arts, connaissances dans lesquelles sont comprises celles qui ont trait aux arts libéraux, comme l'étude des vocabulaires antiques (Nighantu), la lecture des livres sacrés des Védas, des Purànas, des Ithâsas, des traités de grammaire, rexpli'cation des termes obsolètes, la lecture, la métrique, le H-
tuel, l'astronomie. ^
(1) La loi mosaïste n'admettait au sacerdoce que ceux de la tribu de Lévi, comme les prêtres de Brahma ne se recrutaient, ainsi que les ascètes et autres saints qu'on offrait à la vénéra-
Cakyamouni disait : « La religion doit être le bien commun de tous. » L'organisation bouddhiste remit sa destinée dans les mains de prêtres voués au célibat. Trois conciles se réunirent pour la rédaction des écritures bouddhiques. On vit dans l'apparition de Cakyamouni la réalisation de certaines prophéties et des miracles eurent lieu. Le bouddha mit en honneur une vie religieuse et ascétique. Des couvents, des monastères se fondèrent, et ce fut par la pratique des vertus et avec la foi que l'homme dut arriver au salut suprême, Nirwanâ, ou absorption de sa nature individuelle en Dieu. Gomme déjà dans les institutions de l'Egypte et de la Perse, la confession fut rendue nécessaire pour se laver de toute souillure, et elle s'appliqua aux trois fautes qu'il est possible de commettre : les fautes de pensées, de paroles et d'actions. Attaché au culte de Brahma, le bouddha ne se fit pas dieu, les livres indiens, sanscrits, pâlis, nous le montrent simplement comme un réformateur religieux, mais on figura son image dans les temples et on fit des reliques de ses os.
Q. — Par quoi le christianisme ressemble-t-il au bouddhisme?
R. — On rencontre chez le Christ l'esprit de charité; il chercha ses apôtres dans les dernières classes du peuple et il fit de la religion le bien commun de tous. Les prêtres en sont arrivés au célibat (1). Les Conciles ont fixé le texte des Écritures. De bonne heure
tion des fidèles, que dans la caste des Brahmanes. La religion chrétienne s'ouvrit aux gentils, de même que le Buddha tendit ses bras aux individus de toutes les castes.
(1) Les prêtres se sont mariés jusqu'au milieu du XII* siècle, longtemps encore après que le pape Grégoire VII eut ordonné d'adopter le célibat.
MANUEL d'instruction LAÏQUK
les religieux et les ascètes ont été honorés et sanctifiés, La confession a été instituée. Le Christ ne se donna comme Dieu qu'à la fin de sa carrière, mais auparavant il ne se donnait que comme un réformateur. On figura son image dans les temples et on fit des reliques de sa croix.
Q. — Qu'est-ce que le mazdéisme?
R. — Une religion qui dut se substituer à une autre puisque Zoroastre proteste contre la divinité multiple. Le mazdéisme apporta au monde deux principes rivaux, le bien et le mal, Ormuzd et Ahriman. Les \i\res Naçkas firent connaître aux croyants la pensée et la parole de Zoroastre. « Le fond du Mazdéisme » dit Jean Reynaud « est la lutte constante contre le mal. De là le caractère moral et essentiellement pratique de sa. théologie. Cette théologie est aussi très simple; elle procède de la définition catégorique du bien et du mal, et, déterminant sur ces principes les lois de Tunion des créatures entre elles et avec Dieu en vue de la résistance au mal et de la persévérance dans le bien, elle se conclut par la prophétie de la réconciliation finale de tous les êtres dans une adoration commune. » La religion de Zoroastre est une des plus belles et des plus puissantes de l'antiquité. On trouve dans sa liturgie la hiérarchie angélique et ses rapports avec la Terre, le Ciel et l'Enfer, et le dogme eucharistique.
Q. — Quel a été l'influence de la religion de Zoroastre sur le christianisme?
R. — Cette influence (1) a produit la hiérarchie
(1) Cette influence s'exerça tout naturellement. Le mazdéisme avait pénétré dans TAssyrie, à Ninive, à Babylone, et les Juifs captifs dans ces pays avaient fait de nombreux emprunts à leurs vainqueurs. Lorsque les Juifs furent établis en Palestine ils conservèrent des relations assidues avec les peuples des
angélique et ses rapports avec la Terre, le Ciel et l'Enfer, le jugement dernier et le dogme eucharistique. Après avoir fait Dieu bon et méchant à la fois les chrétiens furent obligés d'inventer un pouvoir rival, Satan, et à la fin Dieu vaincra Satan (1).
Q. — La philosophie chinoise a-t-elle exercé une influence sur le christianisme?
R. — Oui. Dans le pays où on adore le Dieu Fo, on vit, six cents ans avant notre ère, Lao-Tseu (2) ouvrir la plus brillante époque de la philosophie de la Chine. Il préconisa l'anéantissement des passions et même des simples désirs de l'homme qui devait finalement s'absorber dans le Tao, esprit ou raison suprême. Un des philosophes les plus grands de l'antiquité, Khoungtseu (3), lui succéda. De bonne heure, cet esprit hardi
bords de l'Euphrate. C'est en Perse, en Chaldée, que s'est formé le livre Zend, et que l'idée de Tunité divine se dégage pour la première fois du naturalisme polymorphiste primitif. Les livres Zoroastériques gardent encore la trace du culte polythéiste. La tradition avait dû surtout se conserver dans les classes pauvres et parvenir, par elles, jusqu'à Jésus et à Paul.
(1) On a eu recours à bien des inventions fabuleuses pour expliquer l'origine du mal, notamment à la boite de Pandore, la fable de Psychée, la légende de Prométhée, les tonneaux de Jupiter, le serpent de la Genèse et le Satan des chrétiens.
(2) Lao tseu, contemporain de Pythagore. Sa doctrine qui admet la métempsycose conserve beaucoup de partisans. Khouugtseu lui rendit visite en 517 av. notre ère, mais entre l'ascète privé de toutes les commodités de la vie et un philosophe qui entendait se servir des dons de la nature, Fentente était impossible.
(3) Khoung-tseu, encore nommé Koung-sou-tseu, en latin Confucius, naquit la 21* année du règne de Ling-Wang (551 av. notre ère). Son esprit était si précoce que, dès l'âge de quatre ans, il conversait avec les docteurs (ce que Jésus n'est pas le premier à avoir fait). Il montra de bonne heure le respect le plus profond pour les lois des ancêtres; il les recueillit, les coordonna et les remit en vigueur.
et doux à la fois rêva de réformer sa nation. Il ne s'entoura pas du prestige religieux, il ne se donna pas comme divin, il se contenta de dire : « Apprenez et réfléchissez, et aimez-vous les uns les autres (1). » Il se donna comme un ami de la sagesse et de la vertu, et il aida ses contemporains à découvrir dans leur cœur les vérités que la Nature y a gravées. Il donna une telle impulsion aux idées philosophiques qu'il changea la face de la société. Sa morale est simple, naturelle, conforme à la nature de l'homme, et, depuis vingt-trois siècles, sa science et ses doctrines suffisent à une population de trois cent millions d'hommes.
Ciuq siècles avaut notre ère Khoung-tseii appieuaU aii\ hoiumrs
à s'aimer les uns les autres.
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a tiré de ces doctrines ?
R. — Le christianisme prêche l'anéantissement de l'homme et son absorption en Dieu. Jésus entend d'a-
(1) Parole que Ton donne à tort comme ayant été prononcée ] our la première fois par Jésus.
- ti
bord épurer le mosaïsme. Il s'attribue un certain nombre des maximes du philosophe chinois.
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a pu tirer de la doctrine d'Orphée ?
R. — Dans la doctrine d'Orphée, Dyonisos est le Dieu ressuscité qui préside au jugement des âmes dans le Hadès.
Q. — De même dans le christianisme?
R. — Jésus ressuscite pour s'asseoir à la droite du père et juger les vivants et les morts.
Q. — La doctrine d'Orphée ne fournit-elle point autre chose?
R. — Si; au point de vue rituel, elle avait le service de nuit (1) où se célébrait la passion et la mort du Dieu. Cette cérémonie se terminait par une scène où on coupait le pain, c'est-à-dire l'hostie ou gâteau d'offrande, en même temps qu'on versait du vin en souvenir du Dieu immolé, ce qui se retrouve complètement dans le christianisme, dans le service de la messe.
Q. — Qu'est-ce que le christianisme a emprunté à la philosophie pythagoricienne?
R. — La notion d'une cause primordiale créée d'elle-même ou Dieu, être suprême, principe qui gouverne tout. Dans la théorie chrétienne comme dans la philosophie pythagoricienne, l'âme ne s'incarne pas au moment de la génération, elle n'est pas un produit de l'âme des parents, elle vient de Dieu qui la dépose dans l'homme. Cette âme est immortelle, elle sera récompensée ou punie après la mort, et, selon qu'elle en sera
(1) Tryphon, Porphyre et nombre d'écrivains ecclésiastiques, reprochent aux chrétiens d'avoir emprunté Pusage de la cène aux anciens.
lÉito
jugée digne, elle jouira de la faculté de s'absorber en Dieu.
Q- — Platon a-t-il exercé une influence sur le christianisme ?
R. — L'influence peut-être la plus directe et la plus puissante. Une grande partie de ce que Platon (1) émet, est admis sans opposition par l'Église chrétienne, et on peut dire hardiment que Platon est le père de sa psychologie.
Q. — Comment Platon comprend-il l'âme?
R.— Selon lui : « l'âme est entièrement distincte du corps ; dans cette vie même, elle seule constitue ce que nous sommes ; notre corps n'est qu'une image qui accompagne chacun de nous » ; « après la mort cette âme sera appelée à rendre compte de ses actions, compte aussi consolant pour l'homme de bien que redoutable pour le méchant. L'âme est immatérielle , la pensée est de son domaine, elle nourrit le désir de
monter vers les sphères supérieures pour jouir de son immortalité.
Q. — Ceci est-il conforme aux doctrines de l'Église? R. — Absolument conforme.
Q. — Qu'est-ce que Platon pense de l'homme? R- — L'homme est une âme incarnée dans une matière périssable et haïssable, aussi doit-il s'afl'ranchir de
(1) Platon, né dans la 3« année de la 87» olympiade, mort dans la 108» (347 av. notre ère); c'était l'époque où vivaient à Athènes : Sophocle, Euripide, Aristophane, Ménandre, Thucidide, Xénophon, Praxitèle. Platon était l'élève de Socrate et le condisciple d*Alcibiade. Socrate, comme Khoung-tseu, enseignait Tamélioration des hommes; c'est également là ce qu'enseignera Platon lorsqu'après avoir voyagé quelque temps, U reviendra, influencé par les doctrines de Pythagore, fonder à Athènes son Aca^ demie.
MANUEL D*INSTRUCT10N LAÏQUE * 23
ses passions et rentrer en soi pour contempler son âme. Il doit mépriser la richesse, ne rendre jamais injustice pour injustice, ni faire de mal à personne, quel que tort qu'il en ait subi; les affaires humaines ne méritent pas qu'on s'y attache ; mais la vertu est bien difficile à obtenir, car elle ne s'enseigne pas et vient par un don de Dieu à ceux qui la possèdent (1). La nature mortelle est la cause de tous les maux. C'est elle qui portera toujours « les hommes à désirer d'avoir plus les uns que les autres et ne fera penser chacun qu'à ses intérêts personnels ; car elle fuit autant la douleur qu'elle poursuit les plaisirs, sans raison, ni règle ; elle les mettra dans son esprit bien au-dessus du juste et finira par se précipiter dans un abîme de malheurs. » C'est la crainte des dieux (2) qui est le remède efficace contre le mal de la nature humaine. Les dieux sont là qui disent : « Tu porteras soit sur cette terre, soit aux Enfers, la peine due à tes forfaits. » Les dieux sont accompagnés de la justice, toujours prête à châtier les infracteurs de la loi divine. Quiconque veut être heureux doit s'attacher à cette loi et marcher humblement sur ses pas. Malheur à qui se laisse enfler par l'orgueil, à qui les richesses, les honneurs, inspirent de hauts sentiments de lui-même, et qui est dévoré de désirs ambitieux au point qu'il pense n'avoir besoin ni de maître, ni de guide, et qu'il se croit en état de mener les autres : les dieux l'abandonnent à lui-même. Ainsi délaissé, il se joint à des pré-
(1) C'est la théorie de la grâce d'après les pères, ce que les jésuites ont nommé plus tard la grâce efficace.
(2) Mettez Dieu à la place de dieux^ et vous croirez lire un auteur chrétien en voyant ces passages des Lois. Saint Augustin a lui-même reconnu que les platoniciens avaient fort peu à changer pour être de vrais chrétiens.
somptueux comme lui, secoue tout frein et sème le trouble partout. Pendant quelque temps il paraît quelque chose aux yeux de la multitude ; mais bientôt la justice divine tire de lui une vengeance éclatante l il finit par se perdre sans remède, lui, sa famille, sa patrie. L'homme n'a qu'à maudire sa chair et à se servir de Tunique moyen qu'il ait de se faire aimer de Dieu, qui est de faire tout son possible pour lui ressembler (1).
Q. — Ce langage peut-il être tenu par l'Église ?
R. — Ce langage est littéralement celui que tient, tous les jours encore, l'Église chrétienne (2).
(1) Ces paroles ont été mises presque textuellement dans la bouche du Christ.
(2) « Le christianisme tire les conséquences des prémisses posées par le stoïcisme et la philosophie. »
Nous devons nous étendre davantage, au moins en ilote, sur rheUénisme qui a contribué peut-être autant que toutes autres philosophies ou croyances à la fondation du christianisme. Sans doute aucun philosophe n'eut plus que Platon cette influence considérable qui modifia totalement le caractère hébraïque du nouveau culte, mais toute la philosophie grecque a contribué à ce changement. Il est probable que la poésie d'Homère s'inspira du Rig-Véda, mais ce fut lui qui nous révéla, avec Hésiode, cette religion grecque qui nous représente le mal introduit sur la terre par une femme pétrie arec de la glaise. Phérécide de Cyros est le premier qui ait écrit sur la nature de Dieu. Athènes a eu ses saints-sépulcres d'Adonis et ses excommunications. Les mystères de Samothrace ont eu la confession au prêtre. C'est la révolte des Titans qui devient la révolte des anges. Ce sont les dieux des vices qui deviennent des diables chez les chrétiens. Les Rhapsodes sont des prédicateurs poétiques. Socrate est un novateur comme Jésus. Les socratiques, Platon, sont les véritables pères de l'Église. C'est dans Platon que l'Église commence à condamner le théâtre, le plaisir et la volupté. C'est Platon qui rêve, dans sa République et ses Lois^ d'organiser le sacer^ doce et le pouvoir spirituel. Il est intolérant. Dans Aristote, le
• MANUEL D^INSTRUCTION LAÏQUE âo
Q. — Parlez-nous du culte dlsraël. D'où les israélites étaient-ils originaires?
R. — Les Israélites étaient originaires de la Chaldée. Q. — Quel fut leur premier culte?
R. — Le culte des Elahs ou forces de la nature personnifiées.
Q. — Les livres dits mosaïstes gardent-ils des traces de ce culte?
R. — Oui.
. Q. — Par quoi ce culte fut-il remplacé?
R. — Par celui de Jéltowah Elahim (1) ou chef des Elahs.
théisme achève de se constituer dans la philosophie grecque ; c'est là qu'il acquiert son expression dogmatique. Diogène offre' un exemple aux ascètes. Ptolémée Philadelphe et ses pompes ou processions dans lesquelles figuraient, comme dans celles de Dyonisos, des statues, des bannières, des objets d*art, d'or, d'argent, tout un peuple précédant 20,000 cavaliers et 150,000 fantassins, ouvrait le chemin aux processions chrétiennes. Épicure qui construit le monde d'atomes, professe, comme les stoïques, le mépris de la douleur et de la mort et rêve l'homme-dieu, L'école de Pyrrhon, celle des chercheurs ou sceptiques, émet ces théories du doute qui s'élèveront incessamment contré la foi au sein de TÉglise chrétienne. Hégésius le Piflthanate (conseiUer de mort), enseigne le suicide et est écouté. Les Cyrénaïques donnent l'exemple aux martyrs. L'idée de la pénitence et de Texpiation pénètre les masses. Et, sur tout cela, règne une grande idée morale, même chez les poètes, idée morale qui ne disparait qu'au jour où la Grèce asservie se détruit eUe-même pour ainsi dire volontairement.
(1) Jéhowah n'est pas un nom étymologique, mais nous l'employons parce qu'il est passé dans notre langue. Origène, Aquila, Jérôme, traduisent Jéhowah par Kyrios et Adonài, maître ou seigneur. Irénée dit que les Grecs écrivent ïoà et les Hébreux ïooh; ïou est la base de Jupiter ïu-pater^ iou générateur, essence de la vie ; en arabe, iehouh signifie être, essence, nature des choses; Jéhowah est Jewh, Jehwh, ïahouah, Jdhwé; ce
MANUEL d'instruction LAÏQUK
Q. — On n'adora donc plus qu'un seul dieu?
R. — Oui, tous les dieux se trouvèrent contenus dans Jéhowah, et le monothéisme se substitua au polythéisme (1); mais la Bible garda le stigmate de son origine et les juifs ne se débarrassèrent jamais des croyances des peuples avec lesquels ils s'étaient trouvés en contact.
Q. — De quoi se composent les livres des hébreux?
R. — D'histoires, de romans et de poésies.
Q. — Pourquoi a-t-on donné à tout ce que nous possédons de la littérature juive un caractère sacré?
R. — Parce que, d'abord, le christianisme en procède et avait besoin de cette assise; parce que, ensuite, comme toutes les productions de^ peuples sémitiques, la littérature juive affecte un caractère prophétique ou apocalyptique qui la rend éminemment propre aux interprétations religieuses.
Q. — Quel est le premier des livres des hébreux?
R. — La Genèse qui est le premier des livres dits de Moïse.
Q. -— Quel est l'importance de ce livre? ^'
R. — C'est le plus important des livres des hébreux car il contient le récit du péché d'Adam, qui, par une interprétation erronée, a pu servir de base au système chrétien en justifiant censément la venue du soi-disant rédempteur.
Q. — Pourquoi dites-vous « par une interprétation erronée » ?
R. — Parce que ce récit ne cache qu'une cosmodernier terme, Jahwé ou Jahveh désigne le dieu samaritain, «c l'être éternel, uni(iue, s'engendrant, s'augmentant lui-même, se trouvant lui-même père, mère, sœur, époux, fils de luimême. »
(1) Le culte d'un seul dieu à celui de plusieurs.
gonîe, entièrement en rapport avec le système des Perses, ainsi qu'il ressort du passage suivant de Dupuis(l): «D'après les principes de la cosmogonie ou de la Genèse des Mages avec laquelle celle des juifs a la plus grande affinité, puisque toutes deux placent l'homme dans un jardin de délices, où un serpent introduit le mal, il naît du temps sans bornes ou de l'éternité, une période bornée, divisée en douze parties dont six appartenant à la lumière et six aux ténèbres, six à l'action créatrice et six à l'action destructive, six au bien et six au mal de la Nature. Cette période est la révolution annuelle du Ciel et du Monde, représentée chez les Mages par un œuf mystique, divisé en douze parties, dont six appartiennent au chef du bien et de la lumière, et six au chef du mal ou des ténèbres; ici, c'est par un arbre qui donne la connaissance du bien et du mal et qui a douze fruits, car c'est ainsi qu'il est peint dans l'évangile d'Eve; ailleurs c'est par douze mille ans, dont six sont appelés mille de Dieu et six mille du Diable; ce sont autant d'emblèmes de l'année durant laquelle l'homme passe successivement sous l'empire de la lumière et sous celui des ténèbres, sous celui des longs jours et sous celui des longues nuits, et éprouve le bien ou le mal physique qui se pressent, se chassent ou se mêlent, suivant que le Soleil s'approche ou s'éloigne de notre hémisphère, suivant qu il organise la matière sublunaire par la végétation, ou qu'il
(1) Dupuis, philosophe français, né à Trie-le-Château en 1742, mort en 18G9; il siégea à la Convention et à l'Institut. l\ est l'auteur d'un livre qui a fait plus de bruit dans le monde qu'aucun autre livre, peut-être, VOrigine de tous les cultes ou la Reli^ gion universelle, dans lequel Fauteur montre que les divinités ne sont que la représentation symbolique des forces de la nature.
MANUEL D^INSTRUCTION LAlQUt:
r abandonne à son principe dïnertie, d'où suivent la désorganisation des corps et le désordre que l'hiver met dans tous les éléments et sur la surface de la Terre, jusqu'à ce que le printemps y rétablisse l'harmonie. C'est alors que, fécondée par l'action du feu Ether, immortel et intelligent, la Terre devient un séjour de délices pour l'homme. Mais lorsque l'astre du jour, atteignant la balance ou le serpent céleste, ou les signes d'automne, passe dans l'autre hémisphère, alors il livre, par sa retraite, la Terre aux rigueurs de rhiver, aux vents impétueux et à tous les ravages que le génie malfaisant des Ténèbres exerce sur le monde. Il ne reste plus à l'homme d'espoir que dans le retour du Soleil, au signe printanier de l'agneau (1). Voilà le réparateur qu'il attend. »
Q, Admettez-vous cette explication? R. — Oui. Adam et Kve ont vécu tout l'Été, insouciants au milieu des richesses de la nature; le serpent arrive et l'homme sent le besoin de se couvrir et de travailler la Terre pour lui faire produire ce quelle ne lui donne plus gratuitement. Il attend dès lors avec impatience la belle saison. L'homme doué de quelque raison pourrait-il imaginer que Dieu fut devenu jardinier pour planter le paradis terrestre, même en admettant littéralement le récit fantastique de la création du monde?
(1) La dénomination d'agneau donnée au Rédempteur se retrouve dans tous les livres sacrés des chrétiens. Il en est parlé dans l'Apocalypse de Jean le théologien, qui est une sorte do livre d'initiation.
Le Christ est souvent confondu avec l'agneau, et dans les églises, sur le tabernacle où on met le Saint-Sacrement qui tigure le Soleil, on voit presque toujours Tagneau couché sur le livre de la fatalité qui est fermé des sept sceaux.
Il est bien certain que c'est sur une parabologie du système terrestre qu'on a édifié le christianisme.
Admettrait- on qu'Eve eut perdu le paradis pour une pomme ainsi que Proserpine Tavait perdu pour quelques grains de grenade? Interpréter autrement que comme un système le texte biblique c'est, comme en a convenu saint Augustin, blesser la piété et attribuer à Dieu des choses indignes.
Q. — Les autres livres des hébreux sont-ils aussi importants au point de vue chrétien ?
R. — Non, ils sont moins importants, et, pour la plupart, leur valeur historique est fort contestable. Q. — Parlez-nous de ces livres.
R. — Les quatre derniers livres dits de Moïse (i) ou Pentatenque, semblent être, ainsi que le livre de Josué, une compilation à la manière des arabes, faite par plusieurs auteurs qui ont cousu bout à bout ce qu'ils avaient pu apprendre. Il n'est guère possible d'attribuer, aujourd'hui, le Pentateuque à Moïse, et il est également difficile de regarder ce prophète comme l'auteur des lois qui portent son nom. En effet, on n'a reconnu de valeur pratique à ces lois qu'après la captivité de Babylone, au temps d'Esdra (2) et elles supposent un
(1) Moïse (Maimoun); la date que Ton assigne à sa naissance est celle de 1571 av. J.-C, mais on ignore véritablement à quelle époque il vécut. Nous n'avons pas à rééditer ici tout ce qui se débite sur la vie problématique de Moïse. Nous devons dire seulement « qu'élevé dans la science des Égyptiens », il devait pouvoir s'imposer au peuple juif plongé dans Tignorance. Nous devons attendre ce que la science dira plus tard de Moïse et de sa légende, et s'il ne se trouvera pas tout simplement un chef de tribu.
(2) Esdra ou Esra parait avoir vécu au V siècle av. J. C'était le petit-fils du grand prêtre Saraïas que Nabuchodonosor avait fait mettre à mort lors de la prise de Jérusalem. C'est lui qui aprèa que Cyrus et AitaxerceLonguemain l'eurent permis, ramena les Juifs en Judée. Il revisa la Bible et força les Juifs à abandonner leurs femmes idolâtres et à exécuter la Loi. Quel-
peuple agriculteur qui observe un culte établi ; or, les Juges, les rois d'Israël et de Juda, tout le peuple juif, couvrirent d'idoles plus ou moins grossières, durant des siècles, les montagnes, et en remplirent les temples, ce qu'ils n'eussent pu faire après avoir connu le précepte du Décalogue ou Dieu dit : « tu ne feras point d'image à ma ressemblance (1). » Le Pentateuque paraît appartenir à l'époque des Rois et non à celle des Hébreux dans le désert. Le Deutéronome, le plus récent des cinq livres, ne doit pas remonter plus haut que le roi Josias, soit 622 ans avant Jésus. Ces livres ont, par eux-mômes, une facture qui les rapproche des autres livres juifs. On n'y trouve que deux sortes de récits: des fables et des crimes (2). A partir du livre de Samuel, l'histoire du peuple Hébreu apparaît plus positive (3). Pour contrô-
ques-uns le regardent comme l'auteur des Paralipomènes et des deux derniers livres des Rois. C'est lui, croit-on, qui fit abandonner Uancienne écriture hébraïque pour lui substituer l'hébreu moderne. Il a laissé quatre livres sous le titre de Livres d'Esdra et de Néhémie qui contiennent Uhistoire de la restauration du peuple juif après la captivité de Babylone.
(1) Ceci seul prouve qu'en affirmant que le peuple juif a joui de tout temps de l'unité divine on ment effrontément.
(2) C'est l'essence de ces récits qu'on place dans les mains des enfants sous le titre fallacieux (V Histoires saintes. Dès \ Exode, on est initié aux guerres civiles, aux vengeances d'un Dieu éminemment sanguinaire. Quand Moïse redescend du Sinaï et trouve le veau d'or fondu par Aaron, il appelle à lui ceux de la tribu de Lévi et leur fait massacrer trois mille Hébreux. Le livre des Juges est rempli par Tidolàtrie. par des sacrifices humains, par des exterminations de familles et de tribus, par des supplices épouvantables infligés aux vaincus, par des rapts, des brigandages et des meurtres.
rS) C'est une histoire dans laqueUe le dieu Jawhé intervient
continuellement.
Les rabbins, cependant, n'ont pas toujours admis les relations directes de Dieu avec l'homme. Devrions-nous avoir recours à
1er en partie les premiers livres des hébreux, on possède les Chroniques ou Paralipomènes qui ont été rédigées sur des documents qui ne sont point parvenus jusqu'à nous (1). Il ne faut cependant pas y ajouter une foi aveugle, et, seules peut-être, les deux premières parties des Macchabées semblent avoir été rédigées avec une impartialité digne de crédit (2). La poésie lyrique et le
une explication symbolique? Jéhowah n'est-il ici qu'une figure qui représente tantôt la conscience d'un David, tantôt le persécuteur ou le vengeur du peuple, une cause idéale à laquelle on rapporte tout? On voit, en effet, que s'il' arrive du mal aux Israélites, c'est qu'ils ont attiré la colère céleste, et qu'au contraire, s'il leur arrive du bien en abondance, c'est qu'ils ont contenté Dieu. Si on considère Dieu autrement que comme une figure, on a devant soi un véritable bourreau, tout humain, vindicatif, sujet à l'emportement et à la colère, peu susceptible de réflexion, avec lequel le peuple juif traite ses affaires de gré à gré, qu'il abandonne quelquefois et auquel il revient ensuite. Peut-on considérer Jawhé autrement que comme l'histoire même du peuple, de ses maux, de ses joies, de ses espérances? L'événement, c'est Dieu ? Le Dieu des Hébreux dit : « C'est moi qui donne la vie et la mort, c'est moi qui frappe et qui guéris. » Et le peuple frappé et guéri tour à tour s'incline devant l'arche sainte emblématique.
(1) Notre contrôle sur les livres saints est loin d'être sûr. Chacun des auteurs qui travaillèrent à ces livres y apporta un esprit différent, et passa sous silence bien des faits consignés ailleurs, ou publia des faits qu'ailleurs on ne retrouve point. Aucune méthode n'a présidé à l'élaboration de ces histoires, et, comme il ne se trouve, pour la plupart d'entre elles, aucun auteur profane qui permette de les contrôler, on est mis souvent dans l'impossibilité de leur accorder quelque crédit.
(2) L'histoire des Juifs qui retrace les faits appartenant à la période qui suit la captivité de Babylone est une des plus curieuses, car elle se trouve pleine des doctrines de Zoroastre, doctrines qu'il est facile de suivre, quoiqu'assurément elles y soient moins apparentes, jusque dans la Kabbale^ les Évan^ giles et V Apocalypse,
roman chez les Hébreux se sont élevés bien au-dessus
de leurs histoires (1).
Q. — Quelle était l'opinion des juifs eux-mêmes par
rapport à leurs livres ?
R. — L'inspiration divine sous laquelle les juifs croyaient que leurs livres étaient écrits n'allait pas jusqu'à leur faire exclure l'élément humain. Un des plus savants d'entre les juifs, Philon (2), en un endroit, partage cette opinion que l'homme a pu altérer l'inspiration divine, quoique, en un autre endroit, il se prononce pour l'inspiration littérale. Un autre juif célèbre, Josèphe (3), se rattache aussi à l'inspiration littérale. C'est évidemment cette opinion qui prévaut généralement.
(1) La poésie lyrique des Hébreux est fort élevée dans Joh et dans ces chants nationaux connus sous le nom de Psaumes; le roman, comique dans Jonas, devient cruel et sauvage dans Esther: il pousse à la prostitution et à l'assassinat dans Judith et devient de mœurs naïves et douces dans Tobie, On distingue chez les Hébreux deux sortes de poésies, le S'ir ou poésie lyrique, et le Mas'al ou poésie didactique. H ne faut comparer en quoique ce soit ces productions qui ne se distinguent de laprose que par des divisions en couplets à la poésie des Grecs et
des Romains.
(2) Philon, philosophe grec-hébreu d'Alexandrie, est un de ceux qui luttèrent le plus pour accorder le mosaïsme avec la philosophie hellénique. Avec Aristobule, il est le plus célèbre de ceux qui prétendirent que tout ce qui leur paraissait divin dans la philosophie grecque avait dû être inspiré par Dieu, comme le mosaïsme.
* (3) Josèphe, historien juif, né en 37, mort en 100. H s'allia avec les Romains et fut délaissé et honni par les siens.