Qu'entendez-vous par religion sociale
R. ~ Nous entendons une religion qui ne se contente pas d offrir une formule abstraite à la crédulité d une sexte, mais qui se donne la mission de changer et d organiser la société. ^
Q. - Comment le christianisme se produisit-il de la même façon que le bouddhisme?
R. - Le christianisme fit sortir l'enseignement sacré du sanctuaire où les prêtres le tenaient renfermé • Il annonça à tous la possibilité de se sauver par la vertu, ot d'expier sa faute par le repentir et l'aveu 11 a été persécuté et il a lutté longtemps contre un polvthéisme puissant. Il a été chassé à la fin du pays où il avait pris naissance et s'est développé loin de son berceau. Il s est propagé par la prédication et a recruté surtout ses prosélytes dans les rangs inférieurs des
(1) Soit par les voyages des philosophes, soit dans les caDti-
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voluptés. abstenaient de viandes et de toutes
membres de la société qu'il appelait à une condition ^
meilleure (1). .
Q. — Lorsque le christianisme apparut, les temps
étaient-ils mûrs pour une religion nouvelle?
R. — Oui. Bien avant l'ère par laquelle nous compton« le polythéisme était parvenu au plus haut point de sa perfection dans les pays où le christianisme allait pénétrer. Il y avait une disproportion toujours croissante entre les dogmes du polythéisme et la philosophie. Le culte des dieux multiples arrivait donc à son déclin Les progrès des connaissances physiques, la découverte des causes d'événements considérés jadis comme miraculeux, avaient amené une disjonction entre les savants sceptiques qui allaient jusqu'à se moquer des prédictions de la Pythie et le peuple qui restait crédule.
Q. — Cette situation n'était-elle pas plus accentuée
à Rome qu'ailleurs?
R Oui ; à Rome surtout on sentait le besoin d une rénovation religieuse. Un parti s'était formé qui demandait qu'au lieu de s'abandonner aux tâtonnements des prétendus sages, on adoptât comme règle les enseignements de ses pères, sans s'en préoccuper davantage C'était ce parti qui voulait brûler les livres de Cicéron et les écrits des philosophes. Le polythéisme s'était usé en déifiant jusqu'aux objets les plus vils,
fl^ Nous ne saurions trop insister sur les rapprochements nombreux qui existent entre ces deux reli-ions; de même que le bouddhiF^me persécuté par la classe puissante et noble des brahmanes est peu à peu tombé et a laissé son berceau aux nrêtres de Brahma, de même le christianisme a presque cornplètement disparu de la Palestine ; on pourrait ajouter que, de môme que le bouddhisme, il a dégénéré en ergotisme et en idéologie.
jusqu'aux actions les plus basses, et en cessant d'être simplement la représentation des forces de la nature. Evhémère lui avait, pour ainsi dire, porté le coup de grâce en publiant que tous les dieux n'étaient que des héros ou des rois déifiés (1). Une seule religion était devenue possible : le théisme (2). On avait commencé à représenter sur les autels Funité divine par les statues Panthées (3), qui réunissaient et confondaient les attributs des différentes divinités. Mais ces nouveaux dieux étaient servis par les prêtres des divinités anciennes qui se moquaient des uns et des autres et donnaient au peuple des enseignements différents de ceux qu'eut exigé un changement radical de culte. Le mécanisme religieux devait donc être renouvelé. Il fallait de nouveaux prêtres. Ce fut alors que, petit à petit, on connut le christianisme et que les empereurs trouvèrent leur intérêt à le tirer de son obscurité.
Q. — Qu'est-ce que le christianisme?
R. — Le christianisme, en tant que religion positive et d'autorité, s'appuie sur l'idée d une révélation particulière, émanant d'un Dieu unique et tout-puissant, et annoncée aux hommes par des envoyés divins, dont les enseignements, transmis de vive voix, puis par écrit,
(1) Évhémôre, philosophe grec selon les uns, sicilien de Messine selon les autres, qui n'accorda aux dieux mythologiques qu'une valeur historique.
(2) Le déisme est la croyance en la divinité quelconque, une ou multiple, puissance supérieure ou régulatrice; le théisme est la croyance en un dieu, révélé, unique, être suprême possédant les attributs étendus de l'espèce humaine, ce qui est l'anthropomorphisme.
(3) Panthées, de Pan, le dieu des bergers qui accompagne Bacchus dans son expédition de l'Inde; il devient le dieu des champs, des vergers, des prairies, des forêts, puis se forme la légende du grand Pan, dieu comprend la nature.
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MANUEL n INSTRUCTION LAÏQUE
sont consignés dans des livres appelés la Bible et VEcri-
ture-Sainte.