‹ Manuel d'instructions et de prièresChapitre 24 sur 89 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

De la nature et de la source des indtUgenoes.

D. Quelle est retendue du pouvoir donné à TËgliss pour la rémission des péchés?

B, 11 comprend la puissance de remettre non-seulement Toifense faite à Dieu , mais aussi la peine méritée par cette offense.

D. La peine méritée par le pécheur ne lui est-elle point remise en même temps que son péché , quand il en reçoit le pardon par le moyen des sacrements?

R. La peine éternelle méritée par le péché mortel est remise au pécheur, du moment où il rentre en grâce avec Dieu , mais il n'est pas toujours déchargé par là même de toute satisfaction à la justice divine pour ses offenses.

D. Y a-t-il des sacrements dont la réception nous décharge entièrement de la peine du péché , en nous délivrant du péché lui-même?

R, Oui : le haptôme n*efface pas seulement les péchés dont on a un vrai repentir; il nous déchai^ encore de toute la peine que nous avons méritée; ce que ne fait pas nécessairement le sacrement de pé-» nitence.

D. Quel est donc Teffet du sacrement de pénitence?

R. 11 efface dans notre âme la tache du péché en nous réconcihant avec Dieu dont nous étions devenus Jes ennemis par le péché mortel , et nous rend le

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droit à rhëritage éternel que le péché nous avait fait perdre.

JD. Que reste-t-il donc à faire après cette réconciliation pour nous acquitter entièrement avec Dieu?

R. 11 reste à satisfaire pour la peine méritée par le péché , lorsque les dispositions du pénitent n'ont pas été assez parfaites pour en obtenir la rémission ; car en yertu du sacrement , elle n'est pas toujours remise en entier, mais n'est souvent que commuée d'éternelle en temporelle.

D* Mais pour les péchés véniels qui ne nous font point encourir la damnation éternelle, reste-t-il quelque chose à expier après qu'ils ont été remis?

R. Oui, le pardon que nous obtenons de ces péchés diminue en même temps la grandeur de la peine que nous avions méritée en offensant Dieu , mais ne nous ai décharge pas toujours d'une manière complète.

D. La pénitence imposée par le confesseur n'est-elle pas destinée à nous décharger de cette dette envers la justice divine?

. R II est vrai ; mais outre que le confesseur ne saunit mesurer exactement la pénitence au péché , la prudence et la charité lui font souvent un devoir de rester bien au-dessous de ce qu'il jugerait convenable dans la satisfaction qu'il impose. Ainsi il n'y a point de péché mortel ou véniel qui ne laisse après lui l'obhgation de la satisfaction par la pénitence. Or, les œuvres aatlsfàctoires que le confesseur impose sous le nom de pénitence, ne consistant ordinairement qu'en quelques mortifications, jeûnes, prières et aumônes, ne sont point su fusantes pour remplacer d'une manière éqnii^ente les peines que ces péchés nous ont méritées de la justice divine. Il nous reste doive ^ m^tv\^ ea accomplissant ce5 pénitences, l'obUgaVion $ew ^\x«

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bir d'autres temporelles dans ce monde ou dans Tautra pour acquitter entièrement les dettes que nos péchés nous ont fait contracter envers la justice divine.

D. Si l'absolution du prêtre et raccomplissement de la pénitence imposée par lui ne déchargent point entièrement le pécheur, quel moyen peut-il avoir de s'acquitter?

R. Celui qui meurt sans avoir entièrement satistedt, achève de le faire dans le Purgatoire avant d'être admis dans le ciel ; mais tant que nous sommes vivants sur la terre , nous pouvons nous servir à cette un des moyens d'expiation soit volontairement employés , soit acceptés de la main de Dieu , et de ceux que l'indulgence de l'Église met à notre disposition.

D. Qu'entend-on par ces moyens d'expiation volontairement employés, ou acceptés de la main de Dieut

R. Les moyens d'expiation volontairement employés sont l'accomplissement des devoirs que la religion impose, des obligations de notre état, les actes de la piélë chrétienne, Tusage de la mortification spirituelle et corporelle et de toutes les bonnes œuvres dont la charité est le principe. Toutes ces œuvres, faites en vue de plaire à Dieu et d'expier nos péchés, ont pour effet de nous faire acquitter la dette que nous avons contractée envers Dieu par le péché, et de délivrer notre âme de la pénitence que sa justice a droit d'exiger.

Quant aux moyens d'expiation acceptés de la main de Dieu, ce sont toutes les peines, les chagiins, les tribulations de cette vie ; ce sont les pertes des objets qui nous sont chers et précieux, les persécutions, les humihations auxquelles nous sommes en butte; enùn tout ce qui peut nous afHiger, nous humilier, nous contrarier pendatvlYe toui^ ^^ c^\.\an\^\'«^:^\ml

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moyens que la misëricordc divine emploie pour purifier nos âmes. Supporter toutes ces épreuves avec courage et patience, dans la soumission de Tesprit et la résignation du cœur, dans un esprit d'hommage à la justice divine pour Fexpiation de nos péchés, c'est accomplir sur la terre la pénitence que nous avons mérités par nos péchés.

D. Quels sont les moyens de satisfaction que FÉglise met à la disposition des fidèles?

it. Le principal est Tapplication qu'elle leur fait, moyennant certaines conditions, des mérites acquis par d'antres, pour suppléer à FinsuflSsance de leurs propres œuvres , et cette concession est ce qu*on appelle indulgence,

D. Ck>mment le pécheur peut-il être autorisé à présenter à Dieu, comme expiation de ses propres fautes, des mérites qui ne sont pas les siens?

R. A raison du pouvoir (pi'ont reçu de Jésus-Christ les pasteurs de son Église qui dispensent les trésors ^[lîrituels de cette Église, à peu près comme toute autre autorité dispense les biens de la société à laquelle elle préside.

D. Qu'est-ce que les trésors spirituels de TÉglise?

il. Ils se composent des satisfactions surabondantes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que des œuvres rarérogatoires faites par la très-sainte Vierge et par les saints qui ont incomparablement plus souffert et mérité que ne demandait Texpialion de leui*s pécnes.

Le droit qu'ont les pasteurs de l'Église d'appliquer ces mérites à d'autres , en vertu de la communion des saints et du pouvoir spécial que Jésus-Christ leur en a donné, est le fondement de la doctrine des ûvImV^

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D. OÙ voyons-nous que ce pouvoir ait été réellement donné à FÉglise?

R. Outre le dogme de la communion des saints qvâ établit Funion entre FÉglise triomphante, FÉglise militante et FÉglise souffrante, c'est-à-dire, les saints qui sont dans le ciel, les fidèles qui vivent sur la tenrc et les âmes qui soufTrent en Purgatoire , union qui fait que ces trois parties d'une seule et même église, FÉglise catholique, apostolique, romaine, forment un corps dont Jcsus-Christ est le chef invisible, et le pape, vicaire de Jésus-Christ, le chef visible, et donne à chacun des membres de cette Église, titre et droit à la participation aux trésors spirituels de FEglise, qui sont, comme nous Favons dit, les mérites inûnis de Jésus-Christ, ceux acquis par la très-sainte Vierge et tous les saints , et encore toutes les bonnes œuvres et les actes de piété des fidèles sur la terre.

Nous avons encore pour témoignage la parole de Jésus-Christ, la conduite de Fapôtre saint Paul, celle de FÉglise dans tous les siècles, et les décrets des saints conciles.

1° La parole de Jésus-Christ : le Sauveur dit à saint Pierre en saint Matthieu , chap. 16 ; « Je vous donnei'ai « les clefs du royaume des cieux , et tout ce que vous « délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » 11 répèle la même promesse aux apôtres collectivement, en leur expliquant Fautorité de FÉglise, chap. 18. Cette promesse si riche et si absolue n'excepte, comme on le voit , aucune espèce de lien. Nous ne connaissons que deux liens par rapport à la béatitude céleste pour le chrétien catholique: le péché qui le prive du ciel, et la peine due pour le péché qui en retarde l'entrée. Quant au premier lien, le péché qui dévoue au malheur éternel , i\ t\e pev\\ ^Vy^ ^tVcvxvV o^^ i^ la

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contrition parfaite qui rétablit rhomnie pécheur en grâce avec Dieu , ou par la grâce de l'absolu tien qui rédime de Tenfer, et remet ou diminue plus ou moiDS la dette à acquitter pour le péché , seloo les dispositions du pécheur pénitent. Mais comme il n'est que trop commun que le pénitent , quelque bien disposé fp'on puisse le supposer, manque cependant de l'intégrité des qualités, vertus et dispositions nécessaires pour mériter, avec le pardon du péché accordé par l'absohxtion , la remise totale de la peine qu'il avait encouniepar le péché ; qu'ainsi , et trop souvent , il est dans fe cas d'être arrêté dans la voie du salut éternel par le ^ de la peine due au péché ; le divin Réparateur a ^u remédier à cet inconvénient , il a donné à son t^se le pouvoir de pardonner en son nom les péchés 4ûM et par le sacrement de pénitence, d'en remettre la tete, et encore le pouvoir d'abolir la totalité de cette tate, hors le sacrement de pénitence, en faveur de ceux qui, ayant reçu, par l'absolution, le pardon fc leurs péchés, se seraient trouvés, par l'absence de ^elqu'une des dispositions exigées , privés de la grâce delà rémission plénière qui consiste dans Fabclition de la foute et de toute la peine qu'elle a méritée.

Ainsi par la toute-puissance et l'inûnie miséricorde de Jésus-Christ exprimées par sa promesse, faite à nint Pierre et renouvelée à ses apôtres, de délier dans îe ciel tout ce qu'ils auront délié sur la terre, l'Église t le pouvoir d'accorder des indulgences au pécheur.

2* La conduite de l'apôtre saint Paul : Un incestueux déshonorait l'Église de Corinthe. Saint Paul en est ayerti ; il écrit aussitôt aux fidèles de Corintiio , ([u*au nom et parla puissance de Jésus-Clhrist, il a retraiiché le coupable du sein de l'Église et l'a livré à Sat^m ^ e;.* puntiOD de son crime (i" e'pît., chap. ^Aa ç,ov\v^\^\^i

se repent, fait pénitence; les fidèles s'intéressent à Ini et prient saint Paul de lui remettre la peine qu^il lui a imposée. L'apôtre , touché de la charité des fidèles , de la pénitence du coupable, leur déclare dans sa 2* épître, chap. 2, quMl accorde, comme représentant Jésu&iChrist , Findulgence , la rémission de la partie de la pénitence qui n'est point acquittée. Il ajoute qu'il fait cette concession à la charité des fidèles , et en Dh veur du pécheur, pour qu'il ne soit pas accablé par on excès de tristesse qui l'exposerait à succomber anx suggestions de Satan qui le tenterait de désespoir.

Saint Paul fait ici une concession qui ne peut être considérée que sous un double rapport , sayoïr : le pardon du péché de l'incestueux, ou la remise de la peine qu'un pareil attentat a encourue. Or, ce tfesl pas le pardon de l'inceste, crime qui ne peut être effacé que par la grâce de l'absolution qui n'est accorda qu'à l'humble confession et au repentir du coupable. L'absolution ne s'accorde pas à la prière des étran* gers. 11 n'y a pas de confession, le coupable est absent ; il n'y a donc point d'exercice du ministère delà pénitence , mais la remise de la peine imposée au coupable, faveur accordée en considération des boMfis dispositions du pénitent et de la charité des fidèles de Corinthe qui s'intéressaient à lui. L'apôtre s'exprime formellement : « C'est à cause de vous, leur dit-il, propter vos, que j'use d'indulgence à l'égard de ce pé* « cheur. » Ainsi l'apôtre saint Paul a accordé la grâce de l'indulgence , comme représentant Jésus-Christ, il l'atteste lui-même, « in personâ Christi,!» enverta du pouvoir exprimé par ces paroles : Tout ce que vwi aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel.

5° La conduite de l'Église dans tous les siècles.

Tcrtullicn qui \vv^\l d^w& \& %^<^Q\id siècle nous 9f*

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irend , dans son livre de Y Exhortation au Martyre, (ne, dès cette époque, les chrétiens tombés dans la jersécution, les pécheurs recouraient aux saints martjn pour obtenir d'eux des lettres de recommandation idressées aux pasteurs, auxévêques , en considération desqiuelles ceux-ci diminuaient la longueur de leur pénitence , leur en remettaient une partie et hâtaient leur réconciliation avec l'Église. Saint Cyprien, évêque de Carthage et martyr, au troisième siècle, reconnaît la même pratique dans TÉglise ; il dit dans sa onzième lettre aux confesseurs de la foi , condamnés aux traîna des mines en Afrique : « Vous m'avez demandé • d'abréger la pénitence et de rendre la paix du Sei-

< gneur à ceux qui sont tombés dans la persécution.

< iè puis , en considération de votre demande et de «Tos mérites, leur accorder cette grâce. Mais je vous « prie de me désigner ceux que vous connaissez et I que TOUS savez être animés des sentiments de re- ■ pentir qui les mettent dans le cas de recevoir fruc- « tueusement celte faveur. »

Au quatrième siècle nous voyons le premier «ondle général de Nicée , ceux d'Ancyre , de Laodicée , de Iléocésarée , le quatrième de Carthage déterminer la manière et les règles que les évoques doivent suivre duis la distribution et l'application des indulgences ; duis les siècles suivants jusqu'à nos jours nous voyons Indifférents conciles, et surtout les conciles généraux, la souverains pontifes accorder des indulgences.

4* Enfin les saints conciles.

Nous en avons déjà nommé plusieurs, nous nous abstiendrons de mentionner tous ceux qui règlent la pratique des indulgences , qui en accordent au peuple chrétien , et qui condamnent les hérétiques o^^^^^^ k ce âogwe de la foi. Nous conseillons a ce\nL <]^\n^\3l-

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lent s'édifier davantage sur cet article , de consulter la chapitre troisième du Livre des Indtdgenees du Téné^ rable cardinal Bellai^min.

Nous terminerons cet article par une citation du saint concile de Trente, le dernier concile général qui ait été célébré dans TÉglise.

«c Comme TÉglise, dit le saint concile, a reçu de a Jésus-Christ le pouvoir d'accorder des indulgences, « et que, dès les temps les plus ancfens, elle a ikit ce usage de ce pouvoir divin , le saint concile décide « et enseigne que Fusage des indulgences est très- « salutaire au peuple chrétien , qu'il est appuyé sur « Tautorité des saints conciles , et doit être retenu « dans FÉglise. 11 a anathématisé ceux qui disent ce qu'elles sont inutiles, ou qui nient que FË^^ise ait « le pouvoir de les accorder, a Sess. 25.

On ne peut donc douter que Jésus-Christ a donné k son Église le pouvoir d'accorder des indulgences au peuple chrétien , que ce pouvoir est divin et que Viglise en a usé depuis le temps des saints apôtres jusqu^à nos jours.

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