ANESTHESIE
L'anesthésie est devenue aujourd'hui un temps préalable de presque toutes les opérations, pour peu qu'elles soient douloureuses. Elle se divise en anesthésie locale et anesthésie générale, mais la seconde est presque seule employée pour les amputations.
L'anesthésie locale repose en somme sur l'insensibilité produite par la réfrigération qui peut être obtenue soit en projetant et faisant vaporiser sur la partie de l'éther ou du sulfure de carbone, but pour lequel on emploie aujourd'hui l'appareil à pulvérisation, ou bien en l'entourant d'un linge contenant un mélange réfrigérant (glace et sel marin, auquel on peut ajouter, afin d'obtenir un froid plus intense, un peu de chlorhydrate d'ammoniaque).
On comprend que ces moyens anesthésiques ne sont guère applicables qu'aux amputations des phalanges. Aussi est-ce à l'anesthésie générale que Ton doit recourir dans l'immense majorité des cas. Pour cette dernière, deux agents, le chloroforme et Féther se disputent la priorité. Je n'ai pas à les juger, mais je dirai cependant que Féther moins actif, plus lent dans son action, parait en somme plus inoffensif.
Quoi qu'il en soit, avant d'administrer l'un ou l'autre de ces agents, on doit s'assurer qu'il n'existe pas de contre-indication à leur emploi pour lequel on a inventé d'assez nombreux appareils. Ils sont à peu près inutiles et très-peu usités lorsqu'on administre le chloroforme. On se sert généralement alors d'une compresse dont on fait un cornet au fond duquel est placée de la charpie que l'on imbibe de cinq ou six grammes de chloroforme, sauf à en ajouter plus tard s'il y a lieu. L'aide qui tient la compresse, la place devant le nez et la bouche du patient, mais de façon à ce qu'elle ne soit pas immédiatement appliquée sur ces oriFices et ne recouvre pas les yeux. La facilité avec laquelle Féther se vaporise rend nécessaire, lorsqu'on veut s'en servir, l'emploi d'un appareil ad hoc. Je ne les décrirai pas; je signalerai seulement ceux de Chàrrière et de Berchon. Il faut, lorsqu'on a recours à Fanesthésie, laisser à découvert la poitrine du malade, afin de pouvoir surveiller facilement l'état des mouvements respiratoires. Un aide doit aussi examiner le pouls.
HEMOSTASE PROVISOIRE.
Pour empêcher l'écoulement sanguin pendant l'opération, c'est-àdire faire l'hémostase provisoire, on n'emploie guère aujourd'hui le garrot ni le tourniquet de J. L. Petit, ni les différents appareils compresseurs, sauf dans les cas où le chirurgien ne dispose pas d'un nombre d'aides suffisant pour faire pratiquer la compression digitale, à laquelle on a presque constamment recours. Quelquefois l'aide qui comprime se sert de la pelotte à cachet, mais ce moyen est à peu près tombé en désuétude.
C'est ici le lieu de compléter les règles que j'ai données pour la compression digitale à propos des opérations nécessitées par les maladies du système artériel. On emploie, pour aplatir le vaisseau, les trois doigts du milieu ou les quatre derniers, excepté lorsqu'il
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Appareils à inhalations anesthésiques.
Fig. 1. — Appareil de Charrière.
Fig. 2. — Appareil de Berclion
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s'agit de l'artère sous-clavière que Ton comprime avec le pouce. Les points choisis pour la compression qui, pour être plus efficace, se fait à l'origine des membres, sont ceux où l'artère est assez superficielle, facile à isoler des organes ambiants et à peu près immédiatement en rapport avec un plan osseux.
Pour la désarticulation de l'épaule, on s'adresse à la sous-clavière, que l'on comprime sur la première côte; mais pour toutes les autres amputations du membre supérieur on agit sur la partie supérieure de l'humérale. Lorsqu'on opère sur le membre inférieur, on comprime l'artère fémorale sur le bord antérieur de l'os iliaque. Pour la désarticulation coxo-fémorale, on comprime l'aorte sur la colonne lombaire.
L'aide chargé de ce rôle cherche l'artère qu'il reconnaît à ses battements; puis, sauf le cas où il s'agit de la sous-clavière ou de l'aorte, il prend, avec le pouce de la main droite, un point d'appui sur un point de l'os voisin de celui sur lequel il va agir, sur la face externe de l'humérus, pour le membre thoracique, sur l'épine iliaque antéro-supérieure pour l'abdominal, puis applique sur l'artère, parallèlement à sa direction, les trois doigts du milieu ou les quatre derniers doigts réunis.
On doit n'employer pour la compression que le degré de force justement nécessaire pour empêcher le passage du sang. En en déployant davantage, on s'expose à être rapidement fatigué. On reconnaît que la compression est suffisante, lorsqu'elle supprime les battements dans la partie sous-jacente du vaisseau. Si l'aide se sent fatigué, il presse avec les doigts de l'autre main sur celle qui comprime, et prie, au besoin, une autre personne devenir peser dessus. Se sent-il incapable, malgré ces moyens, de continuer la compression, il doit se faire remplacer. Quand, pendant la durée de l'opération, lartère vient à lui échapper, il faut qu'il la recherche immédiatement et rétablisse la compression. Cette dernière doit être continuée jusqu'à ce que le chirurgien, ayant appliqué les moyens hémostatiques définitifs, ordonne de la cesser. Quelquefois, au moment où on fait les ligatures, on la discontinue un instant, pour qu'un jet sanguin vienne déceler la présence du vaisseau à lier. L'aide chargé de comprimer doit se placer de manière à pouvoir suivre la manœuvre du chirurgien.
HEMOSTASE DEFINITIVE.
Les seules méthodes hémostatiques dont j'ai à m'occuper ici, car ce sont les seules qui méritent d'entrer en ligne de compte, quand il s'agit d'arrêter une hémorrhagie immédiatement après une amputation, sont la torsion, l'acupressure et la ligature. Elles ne s'adressent bien entendu qu'aux artères ; les hémorrhagies veineuses, après les amputations, sont de véritables exceptions, et quelques larges inspirations exécutées par le malade suffisent pour les faire cesser.