PANSEMENT
Deux grandes méthodes de pansement sont surtout employées pour les plaies d'amputation, je veux parler de la réunion immédiate et de la réunion secondaire. J'aurai à signaler en outre quelques autres modes de pansement moins fréquemment mis en usage.
78 MANUEL D'OPERATIONS CHÏRTJRGICALES.
Quand on cherche à obtenir la réunion immédiate, il faut absterger très-soigneusement la plaie. Pour se mettre plus sûrement en garde contre tout épanchement sanguin consécutif qui nuirait à cette réunion, on lavera la surface saignante avec de l'eau tiède; et puis, comme le recommandait Dupuytren, on laissera s'écouler une heure entre l'amputation et le pansement; il arrive en effet que des vaisseaux qui ne donnaient pas de sang au moment de l'amputation en donnent quelques instants après. On rapprochera ensuite les lèvres de la plaie. Lorsqu'on a employé la méthode à lambeaux, le sens de la ligne de réunion est indiqué par la forme même des lambeaux. De même pour les méthodes ovalaire et elliptique, la direction suivant laquelle on doit rapprocher les lèvres est tracée par la figure de la plaie. Mais après Femploi de la méthode circulaire, on peut affronter les parties dans le sens du diamètre le plus étendu du membre, ou bien plus ou moins obliquement ou même perpendiculairement à ce diamètre, selon que les bords de la plaie se réunissent mieux d'une façon que de l'autre. Les moyens employés pour maintenir les parties en contact sont les sutures ou les bandelettes agglutinatives et mieux encore ces deux agents réunis.
Je n'ai pas à décrire l'application de la suture, ni celle des bandelettes; je dirai seulement que les deux sutures mises en usage sont la suture entrecoupée ou à points séparés et la suture entortillée. Puis par-dessus on applique un linge cératé, des plumasseaux, et on maintient le tout avec des compresses longuettes ou une croix de Malte, fixées elles-mêmes par une bande.
Voilà pour la réunion immédiate. Venons-en maintenant à la réunion secondaire. On ne remplit plus aujourd'hui, comme on le faisait autrefois, la plaie avec de la charpie; on affronte les bords des téguments, et on les maintient avec quelques bandelettes emplastiques ou même avec quelques points de suture ; mais ici ces moyens unissants sont bien plus espacés que lorsqu'on cherche à avoir une réunion immédiate. Une mèche de charpie, enduite de cérat, enfoncée dans la partie la plus profonde de la plaie, maintient une voie béante pour l'écoulement des liquides. Puis le pansement est achevé comme ci-dessus.
Je n'ai pas à prononcer entre la réunion immédiate et la réunion secondaire. Je dirai seulement que la première est si rarement obtenue, même quoi qu'on en dise, dans le midi de la France, qu'on ne doit guère y compter.
Voyons maintenant quelques autres modes de pansement moins usités que ceux que je viens d'examiner. L'irrigation continue n'est, pas généralement employée pour les amputations. L'incubation, préconisée par Guyot, qui avait inventé un appareil destiné à mettre le moignon dans une atmosphère d'air chaud, n'a pas été adoptée. Je citerai, pour en finir, un mode de pansement que mettait en usage Michon, de savante et regrettable mémoire, l'emploi de l'alcool, et enfin l'occlusion pneumatique.
Michon rapprochait les lèvres de la plaie et les maintenait en contact avec des serres fines. Par-dessus, il appliquait une compresse mouillée et la fixait avec un linge plié en triangle. Les serres fines étaient enlevées au bout de vingt-quatre heures.
L'emploi de l'alcool , sur lequel l'attention a été rappelée, il y a peu de temps, est applicable aux pansements qui suivent les amputations comme à ceux qui sont pratiqués après des opérations de toute autre nature. Il paraît donner d'heureux résultats, et appelé à diminuer le nombre des érésypèles et des infections purulentes. On lave la plaie avec de l'alcool et on en imbibe les plumasseaux dont on la recouvre.
Le pansement par occlusion pneumatique, qu'il ne faut pas confondre avec l'occlusion simple, a été mis en pratique par Jules Guérin, et perfectionné par Maisonneuve
Voici la manière de procéder et l'appareil de ce dernier chirurgien.
Autant que possible, il fait l'amputation à lambeaux et a soin de lier scrupuleusement toutes les artères pour se mettre en garde contre l'hémorrhagie qui est ici plus à redouter que dans tout autre mode de pansement. 11 rapproche, à l'aide de quelques bandelettes, les lèvres de la plaie, et la recouvre d'un plumasseau trempé dans un liquide antiputride, acide phénique, alcool, etc. Le moignon est ensuite placé dans l'appareil. Cet appareil se compose d'un manchon de caoutchouc de dimensions variables, suivant le segment de membre sur lequel il doit être appliqué. Le manchon est ouvert à une de ses extrémités pour recevoir le moignon, tandis que l'autre donne insertion à un tube de caoutchouc qui se rend dans un assez grand récipient de verre. Ce récipient est fermé par un bouchon également en caoutchouc, percé de deux trous dont l'un reçoit le tube qui part du manchon, et l'autre livre passage à un autre tube qui met le récipient et partant le manchon en communication avec une petite pompe aspirante et foulante. Il suffît de quelques coups de piston pour
raréfier l'air du récipient et celui du manchon qui, sous l'influence de la pression atmosphérique, s'applique exactement sur le membre. Les liquides produits à la surface de la plaie s'écoulent dans le récipient que Ton vide tous les jours, ou bien dans lequel on pjace une certaine quantité d'un liquide antiseptique.
L'occlusion pneumatique n'a pas encore été employée un assez grand nombre de fois, pour qu'on puisse porter à son sujel un jugement fondé et définitif.