‹ Manuel d'opérations chirurgicalesChapitre 64 sur 107 · AMPUTATIONS DANS LA CONTINUITÉ OU AMPUTATIONS PROPREMENT DITES · texte numérisé non relu

AMPUTATIONS DANS LA CONTINUITÉ OU AMPUTATIONS PROPREMENT DITES

Nous n'avons pas à revenir ici sur le mode de division des parties molles que nous avons suffisamment exposée page 65 et suivantes.

Quant aux os, on se sert pour les sectionner de la scie ou des cisailles. Ces dernières sont réservées pour les os de peu de volume, les phalanges par exemple, et encore leur emploi produisant toujours un peu d'écrasement, on doit leur préférer la scie.

Pour les os volumineux, on emploie la scie à arbre dent on a soin de tendre suffisamment la lame. Ceux d'un moindre diamètre sont divisés avec la scie de Larrey ou celle de Langenbeck qui en diffère à peine. On peut encore se servir de la scie à chaîne mais le maniement en est difficile, et on doit la réserver pour les circonstances où les autres ne peuvent être mises en usage. Il est prudent d'avoir toujours sous la main, en- cas d'accident, une scie de rechange ; une lame suffit quand on emploie la scie à arbre.

Avant de scier un os, on coupe circulairement le périoste et les quelques fibres musculaires demeurées adhérentesàla hauteur à laquelle doit être divisé l'os; puis, à l'aide d'une compresse longuette dont un des chefs présente autant de fentes qu'il y a d'os à scier, on protège et l'on rétracte les parties molles.

Le chef indivis est placé à la partie inférieure et postérieure, l'os est embrassé dans l'extrémité de la fente et les chefs du côté de la division sont croisés de façon à recouvrir exactement les chairs. C'est l'aide chargé du segment supérieur du membre qui maintient cette compresse.

La scie doit, dans la grande majorité des cas, être portée perpendiculairement à l'axe de l'os.

Le chirurgien, pour s'en servir, se place de façon à mettre son côté gauche en contact avec le membre à enlever. Il saisit le manche cuire lu pouce d'une paît et les trois derniers doigts de

l'autre, placés sur les deux faces latérales, pendant que l'index est appliqué sur le côté supérieur.

La scie est portée sur le point même où le périoste a été divisé, et jusqu'à ce qu'elle ait entamé l'os assez profondément pour faire sa voie, le chirurgien la fait glisser sur l'ongle du pouce ou de l'index gauches, placés au-dessus ou au-dessous, selon que son bras gauche est plus ou moins rapproché que le droit de la tête du malade.

Certains chirurgiens recommandent, jusqu'à ce que la scie ait fait sa voie, de ne lui faire parcourir qu'une course peu étendue ; d'autres veulent, au contraire, qu'on la fasse, au début, cheminer dans une longueur considérable.

Ces préceptes différents n'ont aucune importance. L'essentiel est de bien fixer la scie avec le doigt.

Lorsqu'elle a suffisamment creusé son trajet, le chirurgien retire ce doigt, prend le membre avec la main gauche qu'il place au-dessus ou au-dessous de la scie, selon que le doigt était au-dessus ou au-dessous.

La scie doit être maniée lentement au début et à la fin, c'est-à-dire au moment où l'os va être divisé complètement; sans cela on s'expose à avoir des éclats, des esquilles que l'on est forcé de régulariser avec la scie de Larrey, des cisailles ou des pinces coupantes. Vers le milieu de la section il est permis d'agir plus -vite.

Lorsque l'on scie un segment de membre à deux os, il faut toujours, en supposant qu'on ne l'ait pas fait pour la division des parties molles, se placer en dedans du membre, car c'est en dedans que se trouve à la jambe et à l'avant-bras l'os le plus résistant et le moins mobile. Il faut, en outre, commencer et finir la section par cet os, c'est-à-dire qu'à la jambe, par exemple, la scie doit d'abord entamer le tibia; puis, lorsque sa voie est suffisamment faite sur cet os, le chirurgien l'incline de façon à la faire agir simultanément sur le tibia et le péroné. La section du péroné doit être achevée avant celle du tibia, car le premier de ces os se fracturerait s'il avait à subir seul l'action de la scie. A l'avant-bras, c'est le cubitus qui fournit le point d'appui; c'est par lui que l'on commence et que l'on termine.

Les mouvements doivent être communiqués à la scie par le

bras seulement, le corps de l'opérateur demeurant immobile et effacé.

Il faut que l'aide qui soutient la partie inférieure du membre, ait grand soin de ne pas en relever l'extrémité terminale ; sans cela les deux surfaces de' la section qu'a pratiquée la scie s'appliquent sur elle, la serrent et l'empêchent de cheminer.

Page 1