SYMPT0MAT0L0G1E DE LA PAPILLITE ET DE LA NEURO-PAPILLITE
gonflement des paupières, n'est pas averti de l'affaiblissement de sa vue. Si l'on pratique l'examen ophthalmoscopique, lorsque le malade peut ouvrir l'œil, on ne trouve, bien que la cécité soit parfois complète, aucune altération à relever, et une atrophie ne se dessine guère qu'après plusieurs semaines. Dans d'autres cas, ce sont les signes de la névrite rétro-bulbaire, léger nuage péripapillaire et amincissement des artères, que l'on constate. Mais, en aucun cas, nous n'avons pu rencontrer une véritable papillite ou neuro-papillite.
En réalité, les choses doivent se passer ici d'une façon analogue à ce qu'on observe dans les cas de tumeur de l'orbite à évolution rapide. Il y a étranglement passager, mais très prononcé, du nerf, phase qui, de très courte durée, échappe à l'observation, et n'a même pas besoin de donner lieu à un signe ophthalmoscopique, la compression se produisant au delà du globe de l'œil. Quant aux signes de névrite rétro-bulbaire, fort peu accusés, que nous trouvons parfois à l'ophthalmoscope, ils se rapportent très probablement à une légère périnévrite, par suite de la propagation de l'inflammation aux gaines; mais ces symptômes se dissipent très promptement et une atrophie complète, analogue à celle qu'on rencontre à la suite de hlessures du nerf, se développe.
Les conditions peuvent être tout autres, lorsque l'inflammation du tissu de l'orbite est consécutive à une carie des parois du canal optique. Outre la compression directe que le nerf peut subir, par l'accumulation de masses purulentes dans le canal optique, pareille carie peut, bien entendu, entraîner une méningite basilaire et la pénétration du pus dans l'espace intervaginal. A une atrophie simple, pourra encore se borner l'action destructive de la carie de la partie la plus reculée du plancher de l'orbite, si aucun empiétement de l'inflammation sur les méninges et, par suite, sur les gaines du nerf optique ne s'est produit.
Les cas à'hyperostose ou exostose, ayant réduit graduellement l'espace intracrànien et orbitaire, ne donnent lieu qu'à des formes d'atrophie progressive et simple. 11 en est de même de l'affection suivante.
9° L'hydrocéphalie interne, qui ne se rattache pas à un processus inflammatoire^ à une méningite aiguë, n'entraîne qu'une atrophie simple, et la papillite, que l'on a admise comme consécutive à l'hydrocéphalie aiguë (Leber), doit être rapportée à la méningite basilaire ayant provoqué l'hydrocéphalie. Ainsi, dans la forme chronique d'hydrocéphalie, on ne devra s'attendre à rencontrer que la simple atrophie blanche. La rapidité avec laquelle survient parfois la cécité, chez les malheureux enfants atteints d'hydrocéphalie, s'explique par la dilatation du troisième ventricule, qui pèse sur la surface du chiasma, le comprime et l'atrophie, avant que la distension compensatrice du crâne, mince et extensible, chez pareils jeunes enfants, ait pu annuler cette pression excessive.
SYMPTOMATOLOGIE, MARCHE ET TRAITEMENT DE LA PAPILLITE ET DE LA NEURO-PAPILLITE
La symptomatologie, pour ce qui concerne l'exploration ophthalmoscopique, à déjà été traitée dans un article à part (voy. p. 657). Comme état fonctionnel, la papillite peut présenter des variations sensibles, et ce n'est guère l'exploration ophthalmoscopique qui permet de les prévoir. Ainsi l'œdème, la dilatation vascu-
laire (état télangiectasique) peuvent être poussés à un degré des plus accusés, même la sclérose variqueuse des fibres nerveuses peut déjà être ébauchée, sans que la fonction de l'œil en souffre le moins du monde ; tandis que de minimes altérations concordent parfois avec des troubles très marqués de la vue. Toutefois, on peut dire que c'est ordinairement lorsque le tissu papillaire se trouble fortement, lorsqu'il apparaît le long des artères des filets blanchâtres, qu'on voit aussi se produire une réduction sensible de la vision. Nous croyons que c'est aux altérations nutritives, sous la dépendance de l'artérite oblitérante, qu'il faut de préférence rattacher les troubles visuels, et non à la compression par le tissu connectif et à sa rétraction : car, si nous suivons attentivement les phases par lesquelles passe l'aspect ophlhalmoscopique de la papillile, nous pouvons nous convaincre que, chez un certain nombre de malades, un retour de la vision concorde avec cette phase régressive d'une papillite. Dans ce cas, le volume des artères tend à se rétablir, et l'arbre vascuiaire se normalise, à mesure que la papille s'affaisse et blanchit. Au contraire, lorsque la cécité s'établit définitivement, que toute perception lumineuse cesse, on observe que les artères tendent de plus en plus à disparaître dans le disque papillaire soulevé, qu'en le quittant elles se garnissent d'un liséré blanc et que la colonne sanguine ne se laisse poursuivre qu'à une courte distance. L'ischémie rétinienne précède, en quelque sorte, la décoloration progressive et l'affaissement de la papille.
Sous l'influence de l'idée préconçue que la papillile résultait de la compression, de l'étranglement de la papille, on a voulu établir une certaine analogie entre le mode de décroissance de la vision, dans la papillite, et ce qui se passe dans le glaucome. Mais aucune comparaison ne peut être établie ici. Tandis que, dans les formes chroniques de glaucome, le maintien de l'acuité centrale pour le blanc et les couleurs contraste avec le rétrécissement du champ visuel, s'avançant du côté du nez jusqu'à effleurer le point de fixation ; pour la névrite, la réduction de l'acuité visuelle centrale précède constamment le rétrécissement du champ visuel et va en diminuant, avec la réduction et l'abolition de la vision périphérique. La réduction du champ visuel peut, il est vrai, dans les névrites, porter plus particulièrement du côté nasal, attendu que les fibres nerveuses, les plus éloignées de l'arbre vascuiaire central, sont exposées à souffrir les premières; mais on ne retrouve pas, dans ce rétrécissement, la régularité qui caractérise le glaucome. Souvent il y a rétrécissement concentrique, ou abolition, tout d'abord, de la moitié inférieure, avant que le côté interne du champ visuel soit atteint, l'artérite et la papillite pouvant, d'ailleurs, être plus particulièrement développées sur un point du disque papillaire. Pour ce qui regarde la perception des couleurs, la différence est des plus tranchées. Si, dans le glaucome, on peut délimiter les cercles pour toutes les couleurs, presque usqu'àla dernière trace d'un champ visuel, on reconnaît tout de suite que la dénutrition, dans la névrite, porte de prime abord sur la sensation des couleurs. C'est la disparition du vert et du rouge qui signale, en quelque sorte, la réduction croissante de la vision centrale et l'abolition d'une partie plus ou moins notable de la vision périphérique.
La marche, dans la réduction fonctionnelle, a, pour ce qui concerne la névrite, quelque chose de particulièrement régulier. Cette réduction porte, tout d'abord, sur le sens des couleurs, ensuite sur la perception centrale, qui précède la réduction de la vision excentrique, et ce n'est qu'en dernier lieu, lorsque l'acuité centrale et la sensibilité périphérique ont déjà notablement souffert, que le sens lumineux décroît. Ce sens est celui qui, inversement à ce qui s'observe pour le sens des couleurs, se