I. — NÉVRITE RHUMATISMALE
Après avoir donné, dans le précédent article, le substratum anatomique et physiologique ainsi que la pathogénèse de la névrite rétro-bulbaire, il nous reste à exposer comment et sous quelle image elle se présente cliniquement.
Chez des personnes prédisposées au rhumatisme, ou issues de parents arthritiques, il peut se produire, à la suite d'un refroidissement brusque, et d'une manière analogue aux paralysies périphériques de cause rhumatismale, une amblyopie centrale, ou même une cécité brusque et complète. Cette amblyopie ou amaurose est constamment double et plus ou moins transitoire. Ce sont surtout des personnes ayant dépassé la trentaine, que leur profession expose à des changements brusques de température ou aux intempéries des saisons, qui sont sujettes à cette forme de névrite, et cela d'autant plus, que pour résister à ces intempéries, un certain usage de boissons alcooliques a lieu, sans pour cela aller à l'abus. Le signe caractéristique de la forme rhumatismale est la soudaineté d'apparition de l'affection, conjointement avec une sensation de pesanteur, de froid et même de véritables doueurs dans les orbites, sensibilité qui s'accentue lorsqu'on refoule l'œil en arrière, ou simplement dans les mouvements extrêmes des yeux.
A l'ophthalmoscope, nous pourrons, dans les cas récents, particulièrement dans ceux que nous devons considérer comme les plus purs, reconnaître l'absence absolue de tout signe ophthahnoscopique, ce qui doit, du reste, ne pas étonner, car une périostite récente à l'entour du nerf, pendant son passage à travers le canal optique, ne peut en rien, même si elle rendait le nerf absolument impropre pour la conduction, influencer l'image ophthahnoscopique. Ce n'est que par suite de l'extension de la névrite, ou de la complication d'un épanchement dans les gaines, que l'on peut voir exceptionnellement l'hypérémie des papilles ou la formation d'un halo péripapillaire, avec légère réduction du volume des artères.
Le pronostic de ces névrites rhumatismales est d'autant plus favorable, qu'on peut soumettre le malade plus promptement à un traitement approprié et que rien, du côté du nerf optique, ne révèle un trouble nutritif avancé. Dans les cas graves, on voit, avec l'établissement définitif de l'amblyopie centrale, les moitiés temporales des papilles se décolorer et s'affaisser.