‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 193 sur 316 · II. — Névrite par intoxication · texte numérisé non relu

II. — Névrite par intoxication

1° Les amblyopios par intoxication alcoolique et nicotico-alcoolique doivent avoir une place dans la description de la névrite rétro-bulbaire. Nous nous efforcerons, dans un chapitre consacré à la dégénérescence alcoolique ou toxique, de tracer une limite entre les cas qui méritent d'être rangés, avec raison, dans les affections inflammatoires plus ou moins aiguës du nerf optique et ceux où la lésion aboutit à des altérations dégénératives lentes et incomplètes du tissu nerveux, sans lésions inflammatoires marquées. Il ne paraît pas douteux que les intoxications, de quelque nature qu'elles soient, qui se terminent par une amblyopie centrale, avec établissement définitif d'un scotome absolu, doivent être comprises dans les névrites, dont nous traitons ici ,ou dans la dégénérescence toxique, dont il sera question plus loin, tandis que l'amblyopie centrale transitoire, avec un scotome relatif, pourrait encore trouver son explication analomique, sans recourir à un état inflammatoire ou dégénératif du nerf.

Ce sont certainement les formes d'amblyopie centrale par abus de l'alcool qui reflètent le mieux l'image de la névrite rétro-bulbaire, ou intra-canaliculaire, à son début; la symptomatologie, que nous avons donnée à propos de cette dernière affection, s'applique en tous points à l'amblyopie alcoolique, et nous n'avons pas à y revenir. Nous renvoyons de même, pour l'examen ophthalmoscopique, à ce qui a été dit plus haut. Les cas d'atrophie complète, que l'on a attribués à l'intoxication alcoolique (Hutchinson, Galezowski, etc.) résultent, en réalité, d'autres affections du nerf optique; car il faut envisager comme absolument caractéristique, pour ce genre d'intoxication, de ne pas rendre les victimes aveugles, mais de ne les affliger, au pis-aller, que d'un scotome absolu, sans rétrécissement du champ périphérique.

2° Comme conséquence d'une intoxication saturnine, on peut rencontrer la véritable névrite rétro-bulbaire. Cette névrite saturnine se caractérise, en effet, par l'évolution d'une amblyopie centrale progressive, avec intégrité parfaite du champ visuel, dans laquelle, au début, la constatation du scotome central ne devient possible qu'en se guidant, tout d'abord, sur la réduction du sens chromatique, en général, et en ne recherchant le scotome, pour les couleurs, qu'avec une réduction de l'éclairage. "Lorsque l'intoxication persiste, alors la découverte du scotome relatif devient infiniment plus facile. Ordinairement, l'éloignement des malades du foyer où ils puisaient les éléments de leur intoxication et un traitement approprié arrivent à empêcher la transformation du scotome relatif en absolu. A cette époque, aucune lésion n'est appréciable à l'ophthalmoscope, sauf parfois un léger halo papillaire avec hypérémie. Dans quelques cas que nous avons observés, seules les veines paraissaient participer à cet état hypérémique, les artères étaient plutôt réduites de calibre.

Il est vraisemblable que la névrite intracanaliculaire n'entre pourtant que pour une part restreinte dans les manifestations oculaires de l'intoxication saturnine, une partie des cas devant être rattachée aux altérations vasculaires et urémiques (ces dernières parfois sans lésions ophthalmoscopiques), qui surviennent conjointement avec la néphrite, et une autre partie, avec atrophie plus ou moins accusée du nerf optique, résultant de graves lésions centrales, caractérisées par l'aphasie, la diplopie, l'hémiplégie et les attaques épileptiformes. Ce qu'il est absolument nécessaire de savoir, c'est que l'amblyopie centrale peut se présenter comme un premier symptôme de l'intoxication saturnine et que la réduction du sens chromatique est peut-

NÉVRITE DIABÉTIQUE. 689

être le signe avertisseur le plus sensible, pour signaler les menaces d'une intoxication prochaine.

3° Les intoxications par la quinine peuvent donner lieu à des névrites rétro-bulbaires, dans des cas exceptionnels. Ce sont ceux où non pas une cécité brusque et plus ou moins transitoire s'est développée, ordinairement après une dose massive de quinine (ou chez des sujets présentant une véritable idiosyncrasie pour ce médicament), mais ceux où l'on a fait un long usage de doses élevées du fébrifuge. C'est particulièrement dans cette forme que l'on rencontre des scotomes excentriques, avoisinant le point de fixation, ou ne laissant parfois persister que des îlots de champ visuel. Ce qui nous a frappé, dans certains cas d'amblyopie quinique, c'est que l'image ophthalmoscopique, montrant des papilles pâles avec légère indécision des limites papillaires, présentait beaucoup d'analogie avec celle de la névrite rétrobulbaire héréditaire.

III. — NÉVRITE PAR SUPPRESSION DU FLUX MENSTRUEL, UÉMORRHOÏDAL ET DES TRANSPIRATIONS LOCALES.

Les observations, qui se rapportent à ces diverses origines étiologiques, ont été faites, pour la plupart, à une époque où aucun contrôle n'a pu être exercé par l'examen ophthalmoscopique; en outre, un examen fonctionnel, surtout en ce qui concerne le champ visuel, faisait aussi défaut. On reste donc dans le doute, pour savoir jusqu'à quel point on est autorisé à songer ici à la présence d'une névrite rétrobulbaire. Pourtant quelques observations récentes établissent nettement que, à la suite d'une suppression brusque des règles, surtout lorsqu'elle se trouve occasionnée par une émotion vive, il peut se présenter une cécité complète, ou unilatérale, qui offre les allures plus ou moins caractéristiques de la névrite optique. Ce qui est difficile à déterminer ici, c'est dans quelle mesure peuvent intervenir des phénomènes irritatifs et inflammatoires des méninges, les malades accusant alors des maux de tète violents, avec symptômes cérébraux.

Page 1