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STRABISME AVEC OU SANS DIPLOPIE. — NEUTRALISATION DE LA RÉTINE

Pour celui qui observe un grand nombre de strabiques, il est facile de reconnaître que ceux qui se plaignent de diplopie sont relativement peu nombreux : la plupart voient simple. De plus, on constate sans peine que, chez la plupart des sujets atteints de diplopie, le strabisme peut se rapporter à une origine paralytique et date d'une époque plus ou moins récente. Chez les autres, au contraire, le strabisme est ordinairement ancien ; presque toujours, il remonte à la première enfance.

Une intéressante question est la suivante : dès que la vision binoculaire ne se fait plus et que l'un des yeux (sain en apparence), s'étant dévié, reçoit l'impression sur une partie excentrique de la rétine, pourquoi, dans ces conditions, n'y a-t-il pas constamment diplopie ?

Lorsque nous voyons isolément avec les deux yeux, notre attention est absorbée par l'image la plus distincte, c'est-à-dire par celle dessinée sur la tache jaune de l'œil qui fixe. L'autre image, bien qu'elle tombe sur une partie plus périphérique de la membrane nerveuse, bien qu'elle offre un contour moins distinct, ainsi qu'une grandeur différente (par suite de l'adaptation inégale, souvent même de la conformation de cet œil), est néanmoins perçue, au début du strabisme; cela est évident. Mais, voyant isolément avec chaque œil, et absorbé par l'observation de l'objet fixé, le sujet néglige de plus en plus l'image reçue par l'œil dévié, et cette image cesse peu à peu de l'impressionner. Au bout d'un certain temps, il lui est même devenu impossible de voir double dans les conditions ordinaires, attendu que la sensibilité de la rétine s'émousse progressivement et qu'une amblyopie de plus en plus prononcée se développe.

Cette décroissance dans la sensibilité rétinienne est directement proportionnelle à l'inaction de l'œil dévié. Dans le strabisme interne ou convergent, cette diminution de sensibilité marche des parties externes vers les parties internes de la rétine, tandis que dans le strabisme divergent le phénomène est inverse. Cette amblyopie, produite par défaut d'usage, se développe principalement dans les cas où un œil a cessé d'être exercé, alors que ses membranes étaient encore en voie de formation ou de croissance. Jamais on n'observe les degrés extrêmes d'amblyopie, dont nous parlons, chez les sujets devenus strabiques pendant l'âge adulte. On comprend sans peine, que lorsqu'un œil reçoit d'aussi faibles impressions, vil lui est facile de les négliger, surtout quand le strabique est attentif à l'objet fixé : dans ces conditions, l'une des images a sur l'autre une .telle prédominance, qu'il devient impossible de les apercevoir simultanément.

L'amblyopie et la faculté de faire abstraction d'une image reçue sur l'une des rétines, c'est-à-dire la neutralisation, se suppléent : il y a surtout neutralisation quand il n'y a pas d'amblyopie; comme cela se présente pour le strabisme alternant, dans lequel l'acuité de la vue est à peu près la même pour les deux yeux. En pareil cas, il est évident que l'œil dévié reçoit une impression relativement intense, et, si la diplopie n'apparaît point, cela tient à ce que l'habitude de faire abstraction de la seconde image empêche le sujet, dans les conditions ordinaires, de voir les deux images à la fois. On peut d'ailleurs, en tenant l'un des yeux constamment bandé pendant quelque temps, faire cesser la neutralisation. Lorsqu'on lève le bandeau,

on constate que Je slrabique voit double, du moins temporairement. Laténotomie, en modifiant les conditions de myotilité, peut aussi, quelquefois, faire réapparaître la diplopie; il en est de même des exercices stéréoscopiques.

STRABISME LATENT (DYNAMIQUE, DE DE GRAEFE). — INSUFFISANCE ET ASTHÉNOPIE

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