INFLAMMATION DE LA TUNIQUE VAGINALE DE L'ŒIL
tout d'abord, déposée dans l'œil même et, de là, gagner l'orbite, comme dans un cas rapporté par M. Wagemann ;
4° Par une marche inverse à ce que l'on observe d'ordinaire, la phlébite orbitaire peut, quoique très exceptionnellement, éclater par propagation de la thrombose des sinus aux veines ophthalmiques. Les phénomènes cérébraux précèdent, en pareil cas, les symptômes orbitaires, dont l'œdème conjonctival serait le premier symptôme, d'après Knapp.
La nature infectieuse de la phlébite orbitaire étant constante, nous devrons, en l'absence d'une transmission métastatique, dans laquelle l'œil se prend tout d'abord^ ou d'un retentissement très rare par voie centrifuge, songer, dans les cas en apparence spontanés, non précédés d'une manifestation érysipélateuse, à une infection par voie directe, par les veines ou les voies lymphatiques. Une attention toute particulière doit, ici, être portée sur l'exploration des oreilles et de la cavité buccale, des dents. C'est ainsi que, dans une observation de M. H. Pagenstecher, l'infection provenait du canal dentaire. Il n'en était résulté, dans ce cas, qu'un plegmon orbitaire; mais la complication avec des abcès intracrâniens est connue, et non seulement cette propagation si redoutable s'observe, mais on a aussi signalé fréquemment, avec des abcès de l'orbite, la formation d'abcès profonds dans la région temporale. Ces abcès temporaux, déjà cités par Spencer Watson, se trouvent indiqués dans une observation de Pitha et une de Panas. La transmission par les veines cérébrales à la substance cérébrale même, de façon à entraîner la formation d'abcès, paraît aussi ne pouvoir être mise en doute.
Au point de vue du traitement, nous pensons que l'intervention prompte es indiquée, dès qu'on peut supposer qu'un abcès s'est formé. Les irrigations répétées avec le sublimé, à travers une sonde ou une spatule creuse, et le pansement antiseptique sont de rigueur.
INFLAMMATION DE LA TUNIQUE VAGINALE DE L'ŒIL (0. FERRALL). INFLAMMATION DE LA CAPSULE OCULAIRE (MACIvENZIE). CAPSUL1TE (DE WECKER). TENONITE (SŒLBERG WELLS).
L'affection, dont nous devons maintenant nous occuper, a pour siège les espaces lymphatiques, et principalement la grande cavité lymphatique périoculaire. A elle seule, cette sorte de lymphangite n'entraîne jamais [la formation d'un abcès. La capsulite, faisant, en quelque sorte, constamment cortège à des cellulites graves, ainsi qn'à des phlébites orbitaires, peut évidemment coïncider avec la formation d'un phlegmon orbitaire ; mais, lorsqu'elle n'est pas consécutive à une panophthalmite grave, qu'elle est primitive, la capsulite n'abcède jamais.
La capsulite, qu'il ne nous a été permis d'observer, comme maladie distincte, que dans un petit nombre de cas, présente trois symptômes caractéristiques, qui sont :
1° Une injection sous-conjonctivale prononcée, avec tuméfaction du tissu sousconjonctival , phénomène qu'on chercherait vainement à rattacher, soit à une kératite, soit à une iritis, soit enfin à une affection des membranes profondes. Cette injection violacée et le gonflement du tissu périkératique rappellent, quant à l'aspect, la tuméfaction épisclérale, si manifeste dans quelques formes d'iritis que les anciens, fidèles observateurs, croyaient devoir rapporter à la diathèse rhumatismale;
seulement, ici, l'iris est intact et ses fonctions sont normales. L'injection ne peut pas, non plus, se rattacher à une choroïdite ; car, bien qu'elle persiste, en général, plusieurs semaines, les milieux de l'œil n'offrent jamais le moindre trouble et la vue reste excellente. Enfin, il n'est pas permis de songer aune violente inflammation de la sclérotique, à laquelle le tissu sous-muqueux de la conjonctive bulbaire se serait associé, et cette confusion est impossible à cause de l'égalité de répartition de l'injection, l'absence de foyer avec soulèvement en bouton, ou monticule, du tissu épiscléral de la muqueuse ;
2" Une légère exophthalmie, qui s'établit dès le début de la maladie et qui, tout en durant autant qu'elle-même, n'atteint jamais des proportions notables, comme celle qui résulterait des inflammations étudiées dans les chapitres précédents;
3° Une réduction dans la molilité du globe oculaire, qui ne se manifeste que dans les mouvements extrêmes de l'œil, en provoquant de la diplopie. L'apparition des images doubles a lieu pendant le regard forcé, dans toutes les directions, et ces images présentent, à égale distance, le même écartement, ce qui prouve que l'exophihalmie s'est produite d'une manière uniforme.
Peut-il exister une forme chronique de capsulite avec hydropisie consécutive? Théoriquement, oui, mais jusqu'à présent on ne l'a qu'exceptionnellement rencontrée dans des cas d'exostose orbilaire (Knapp), et encore doit-on admettre la possibilité d'une confusion avec des kystes séreux adjacents à la capsule. L'hydropisie de la bourse fibreuse de Tenon, telle que Carron du Villards l'a décrite, paraît surtout due à la plume fantaisiste de cet auteur.
La marche de la capsulite est caractérisée par une certaine lenteur et par la persistance de la plupart des symptômes ci-dessus mentionnés. Les douleurs n'atteignent jamais la même intensité que dans la périostite et le phlegmon orbitaire, et on les a vues, dans certains cas, manquer presque absolument. Elles disparaissent lorsque l'œil reprend sa position, ce qui arrive au bout de six à huit semaines; el, avec elles, se dissipent la vision double et l'injection périkératique.
Cette affection si rare reconnaît, principalement, pour causes les blessures qui ont intéressé la capsule de Tenon. A ce sujet, nous devons signaler la strabotomie, après laquelle une capsulite peut très exceptionnellement éclater, si on a fait usage d'instruments contaminés. L'inflammation de la capsule de Tenon suit parfois, mais moins directement, l'opération de la cataracte; alors, elle résulte généralement de l'irido-choroïdite purulente qui survient après cette opération. L'exophthalmie légère, qui se produit, provient, sans nul doute, d'une inflammation de la capsule de Tenon; et ce fait ne laisse pas que d'avoir une certaine importance pratique, car on a vu, alors, l'énucléation, si une antisepsie des plus scrupuleuses n'était pas observée, entraîner une méningite mortelle. La capsulite se rencontre encore, mais très rarement, après des érysipèles de la face, ou, spontanément, chez des malades qui se sont exposés à des changements brusques de température, ou chez lesquels se sont rencontrés les traits de la diathèse rhumatismale et de l'infection spécifique (capsulite gommeuse).
Le pronostic de la capsulite idiopathique est, en général, favorable, mais la durée de cette maladie est longue, quel que soit d'ailleurs le traitement qu'on dirige contre elle. Le pronostic est plus sérieux lorsque l'inflammation succède à un érysipèle facial, à une lésion traumatique; dans ces cas, la capsulite se complique presque constamment d'un certain degré de cellulite orbitaire, et le tissu nouvellement formé peut, par sa rétraction, exercer une influence funeste sur le point d'émergence du nerf optique et amener une cécité complète. Dans les cas de
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panophlhalmie, en particulier à la suite d'une opération de cataracte, la possibilité d'une infection de l'organisme doit être rapportée à une capsulitc suppurative.
Le traitement de la capsulite idiopathique sera complètement expectatif. Divers moyens, consistant dans l'emploi de frictions belladonées sur le front, de compresses chaudes et d'un bandeau compressif modérément serré, peuvent être mis en usage, pour tenter d'abréger la durée du mal. Si des antécédents rhumatismaux, un refroidissement brusque, sont signalés comme causes originaires du mal, alors on pourra avoir recours à une série d'injections de pilocarpine, ainsi qu'à l'emploi du salicylate de lithine. La méthode antiphlogistique et, en particulier, l'application d'une vessie, remplie de glace pilée, sur l'œil recouvert d'une compresse, ne sont, pour ainsi dire, indiquées que dans les cas de capsulite traumatique. Lorsque la capsulite est consécutive à la suppuration du globe oculaire, les antiseptiques, un débridement hardi (suivi d'exentération) et l'emploi de compresses imbibées d'une solution de sublimé chaude, ou l'usage de cataplasmes bien désinfectés, joints à des injections sous-cutanées de morphine, sont seuls capables d'accélérer le cours de la maladie, de soulager le malade et d'écarter les dangers d'une phlébite avec thrombose consécutive.