BLESSURES DES PAROIS ORBITAIRES (FRACTURES
Le rebord orbitaire garantissant notablement les parois de l'orbite, les blessures, non compliquées de fracture, de ces parois sont donc rares et ne méritent pas une description à part. Ce qui nous intéresse, ici, presque exclusivement, ce sont les fractures, parmi lesquelles nous devons distinguer : 1° des fractures directes et 2° des fractures indirectes, par continuité.
1° Ce sont les fractures directes, qui se présentent comme simples fissures ou fractures, avec dislocation des bords, qu'on peut encore le mieux diagnostiquer par une exploration de l'orbite même. Cette constatation directe est d'ordinaire assez promptement rendue impossible, par l'hématome, la projection de Vœil et sa véritable dislocation, si des fragments osseux ont réduit, en s'incurvant, la capacité orbitaire. C'est surtout lorsqu'il y a un écart notable des parties fracturées, ou pénétration d'esquilles dans l'orbite, que l'épanchement de sang se montre particulièrement abondant. L'exophthalmie pourra' encore être accrue par la dislocation
des parois osseuses, et, dans ce cas, une saillie plus ou moins marquée de l'œi< persistera après disparition de l'hématome.
La fracture de la paroi externe ne présente pas, par suite de la lésion des parties avoisinanles, des troubles fonctionnels qui lui soient propres. Cette paroi, par sa situation, est particulièrement exposée aux fractures directes, surtout par armes à feu. Le projectile peut fracturer la paroi en ne frappant que le rebord; lorsqu'il atteint directement la paroi, il a ordinairement détruit le globe oculaire pendant son passage. Mais le nerf optique est parfois seul atteint (à part la déchirure de la choroïde), lorsque c'est la partie la plus reculée de la paroi externe qui a été fracturée. Les blessures qui atteignent la partie supérieure de la paroi externe peuvent mettre à nu le cerveau.
Les fractures de la paroi orbitaire interne, directes ou indirectes, compliquent souvent celles d'autres parois, mais elles peuvent aussi, surtout lorsqu'il s'agit d'une lésion directe, par un coup de fleuret, de parapluie, etc., n'intéresser que l'os planum de l'ethmoïde. A cette fracture de la lame papyracée, participe ordinairement celle de l'os unguis, et il surgit alors, tout de suite, deux symptômes particuliers, qui sont Y écoulement du sang par le nez et la production d'un emphysème orbitaire. Il est vrai que l'emphysème peut aussi survenir à la suite d'une fracture des parois supérieure et inférieure de l'orbite, mettant le tissu orbitaire, lâche, en communication avec l'air que renferment les sinus frontaux et l'antrum Highmori, mais ici l'emphysème n'apparaît pas avec la même instantanéité et ne s'accuse pas à chaque tentative que fait le blessé pour se moucher. Toutefois, il faut noter que la simple déchirure du sac lacrymal peut provoquer l'emphysème orbitaire.
Les fractures de la paroi inférieure de l'orbite entraînent aussi un écoulement de sang par le nez, mais ordinairement peu abondant, parce que l'écoulement ne se fait, la paroi inférieure de l'orbite étant seule lésée, que par l'antrum HighmorL Du reste, la complication presque constante de fractures étendues du maxillaire ôte, notablement à pareil écoulement son importance symplomatique. Il en est de même de Yanesthésie des régions fournies par le nerf infra-orbitaire, qui, lorsqu'elle résulte, réellement, d'une fracture de la paroi orbitaire inférieure, reste permanente à cause de la déchirure (arrachement) du nerf.
La lésion par fracture de la paroi supérieure, directe ou indirecte, est évidemment celle qu'il importe le plus de bien connaître. Les fractures peuvent intéresser exclusivement la paroi, ou, ce qui est plus fréquent, paroi et rebord orbitaire à la fois. La manifestation de symptômes cérébraux produits par des épanchements de sang, la lésion cérébrale directe, ou la commotion, enfin la méningite ou l'encéphalite consécutive caractérisent ces fractures. Si le corps vulnérant a frappé, tout d'abord, le rebord orbitaire, le choc s'émoussant en partie sur celui-ci, la gravité sera très sensiblement moindre, que si ce corps (projectile, instrument piquant) a atteint directement la voûte de l'orbite, qui n'aura opposé à sa pénétration intracrânienne qu'un obstacle notablement moins marqué. Ainsi, au lieu de 15 pour 100 de mort, observé dans le premier cas, Berlin constate, dans le second, 80 pour 100. La présence de plaies externes, ayant mis directement à nu les méninges, ou même la masse cérébrale, qui demeurent ainsi exposés au danger de l'infection, vient encore accroître la gravité de ces fractures.
Lorsque la mort survient promptement, on rencontre le plus souvent des liémorrhagies intracrâniennes, résultant de lésions de la carotide, de l'artère cérébrale antérieure, etc. Si la mort enlève le blessé tardivement, dans la plupart des cas, ou constate la formation d'abcès intracràniens, avec ou sans méningite.