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TUMEURS DE L'ORBITE. — GÉNÉRALITÉS

Abandonnant la classification, que nous avions autrefois admise, en tumeurs intramusculaires et extramusculaires, c'est-à-dire comprises, ou non, dans la pyramide formée par les muscles de l'œil, nous adopterons la division indiquée par Berlin, qui classe non seulement les tumeurs d'après certaines régions, mais qui les groupe mieux suivant leur constitution histologique. Les tumeurs de l'orbite comprennent ainsi :

1° Les tumeurs siégeant et ayant pris leur évolution dans le tissu connectif de l'orbite ;

TUMEURS DÉ L'ORBÎTË. 819

2° Les tumeurs de la glande lacrymale ;

3° Les tumeurs du nerf optique ;

<i° Les tumeurs des parois osseuses de l'orbite.

Nous ne comprenons pas ici, dans les tumeurs, les altérations vasculaires (tumeurs vasculaires), ainsi que la distension du coussinet graisseux de l'orbite (le goitre exophthalmique).

D'après notre statistique, nous trouvons que les tumeurs de l'orbite entrent pour moitié dans les maladies orbitaires, chiffre un peu plus élevé que celui qu'indique Berlin. Malgré la fréquence relative des tumeurs mélaniques, qui ont une prédilection particulière pour le tractus uvéal et les parties avoisinantes, le nombre des tumeurs orbitaires, comparativement aux tumeurs du reste du corps, est assez restreint. Si l'on considère seulement l'ensemble des tumeurs de la région oculaire (œil, paupières et orbite), les tumeurs orbitaires atteignent la proportion de 28 pour 100 (Hasner d'Artha). Les statistiques enseignent, en outre, que l'âge infantile, jusqu'à dix ans, est particulièrement exposé aux tumeurs du globe oculaire et de l'orbite, tandis que les tumeurs des paupières (à l'exception toutefois des tumeurs érectiles) sont rares, celles-ci devenant, au contraire, plus fréquentes à un âge avancé.

Disons tout de suite que le diagnostic des tumeurs néoplasiques de l'orbite ne sera, en général, qu'un diagnostic de probabilité, car, à part la situation de ces tumeurs, enfermées dans une cavité peu accessible au palper, elles se trouvent, même lorsqu'elles sont de petite dimension, masquées par le globe oculaire. Il ne faut pas oublier non plus que les premiers débuts d'une tumeur orbitaire se soustraient le plus souvent à l'observation; et, si la direction dans laquelle l'exophthalmie se produit, la réduction de motilité plus accusée dans un sens ou dans l'autre, peuvent nous donner, à l'origine, un renseignement précieux sur le siège d'une tumeur, ces signes perdent sensiblement de leur valeur, lorsque l'exophthalmie est déjà très prononcée et la motilité abolie pour la plupart des directions du globe oculaire.

Passons rapidement en revue les divers symptômes propres aux tumeurs de l'orbite, afin de n'avoir pas à y revenir, chaque fois, en décrivant les diverses variétés.

Outre l'exophthalmie, la réduction de motilité du globe oculaire (le ptosis pour les tumeurs de la région supérieure de l'orbite), nous voyons des signes de compression se manifester du côté du globe oculaire, ainsi que des difficultés surgir pour la libre circulation dans cet organe. Une augmentation de tension et un changement de forme, un aplatissement du globe oculaire, se signalant par une hypermétropie acquise, peuvent survenir. Le développement de la myopie, par compression latérale, aurait même été observé. Les symptômes, que l'on peut rencontrer du côté de la papille, sont ceux d'une simple stase, avec ischémie rétinienne plus ou moins prononcée (et pouls artériel dans certains cas). Contrairement à M. Berlin, nous pensons que ce n'est que bien exceptionnellement (tumeurs infectieuses du nerf optique) qu'on peut constater une véritable papillite, concordant avec une tumeur orbitaire. Du reste, les recherches anatomiques ne signalent en aucun cas les signes d'une inflammation ; l'atrophie survient après que le nerf a passé par des phases de strangulation et de compression, ou, plus fréquemment, le nerf s'atrophie purement et simplement à la suite de son tiraillement, de sa distension et de l'interruption de conductibilité , un véritable évidement des gaines pouvant même se présenter sur certains points. Il est exceptionnel que les troubles circulatoires se manifestent par des hémorrhagies rétiniennes, ,ou par un décollement de la rétine ou

même de la choroïde. La distension des nerfs ciliaires, qui, dès le début, se révèle par une réduction ou la perte complète de l'amplitude d'accommodation, peut aller jusqu'à l'abolition de toute sensibilité de la cornée, entraînant une kératite neuroparalytique et la destruction de l'œil.

En ce qui concerne l'état général de santé, dans les cas de tumeurs orbitaires, il ne souffre ordinairement pas, à moins que l'évolution de la tumeur, dans la profondeur de l'orbite, n'expose à la compression des nerfs sensitifs et n'occasionne de vives douleurs, privant Jes malades de repos. Il est bien entendu que pour ces tumeurs, siégeant dans l'entonnoir rétréci de l'orbite, leur propagation vers la cavité crânienne entraîne promptement, de graves phénomènes cérébraux. Une infection néoplasique peut aussi se propager, par les voies lymphatiques, vers les cavités de la face et le long du cou. L'apparition de tumeurs métastatiques, la dissémination des foyers, dans la cavité crânienne et les cavités avoisinantes, sont surtout à craindre pour les gliômes, les sarcomes à petites cellules et les tumeurs mélaniques, qui, elles, donnent aisément lieu à des métastases hépatiques.

ARTICLE XIII

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