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KYSTES DE L'ORBITE

ponction exploratrice, à des hémorrhagies qui font commettre une erreur sur la nature des kystes, lorsque leur contenu, trop consistant, ne peut être aspiré.

Les kystes folliculaires de l'orbite se différencient de ceux qui ont été précédemment décrits, par la nature de leur contenu, essentiellement composé de cellules épithéliales, de masses graisseuses, de cristaux de choleslérine, de dépôts calcaires, etc. Suivant que l'un ou l'autre de ces divers éléments prédomine, le kyste reçoit différentes dénominations. Ainsi, quand les éléments épithéliaux et les molécules graisseuses entrent, à peu près par parties égales, dans la constitution de la tumeur, on l'appelle athérome. Dans le cholestéatome, il existe une grande proportion de cholestérine; enfin, dans les kystes décrits sous le nom de mélicérides, la graisse, qui s'y trouve en abondance, est à l'état fluide. Quant au contenu de ces kystes, en général, ajoutons qu'on y a signalé la présence de poils (Kerst,»de Ammon), et, dans un cas particulier, d'un germe dentaire (Barnes). Les kystes folliculaires atteignent parfois un développement considérable, et, à mesure qu'ils grandissent, ils peuvent non seulement chasser l'œil de sa cavité, mais encore dilater singulièrement cette dernière et amincir et user ses parois. Il faut noter que, une fois le contenu du kyste devenu oléagineux, il semble avoir moins de propension à s'étendre, contrairement aux kystes à masses dermoïdes et pileuses.

On observe les kystes dermoïdes aussi fréquemment, chez les personnes de l'un ou l'autre sexe ; mais, ce qui est remarquable, c'est que ce n'est guère que sur des jeunes sujets qu'on les rencontre. Ils peuvent passer longtemps inaperçus et ce n'est que leur accroissement qui éveille l'attention des mères.

Le pronostic de ces tumeurs, absolument bénignes, peut être assombri parle fait qu'elles acquièrent un développement notable (quoique n'empiétant jamais sur la cavité crânienne), qui rend leur enlèvement difficile, à cause de leur adhérence aux muscles, au globe oculaire et au nerf optique, et expose à des récidives. Ce n'est que lorsque ces tumeurs affectent une évolution rapide et prennent un développement considérable, qu'elles peuvent exercer une influence nuisible sur les fonctions de l'œil.

Il ne faut s'arrêter à une méthode de traitement déterminée, pour les kystes de l'orbite, considérés d'une manière générale, qu'après s'être assuré de la consistance de leur contenu, lequel peut être liquide, semi-liquide ou dense. Dans ce but, on ne saurait s'en rapporter purement et simplement à la sensation que donne la fluctuation; mais, quand l'auscultation, la palpation et l'anamnèse ont démontré qu'il ne s'agit pas d'une tumeur anévrysmale, on procédera, pour fixer définitivement le diagnostic, à une ponction exploratrice, au moyen d'un trocart à assez large canule. Ce moyen est infidèle, il faut l'avouer, pour dissiper tous les doutes qu'on peut avoir sur l'existence d'une tumeur solide, quand le contenu du kyste offre une certaine consistance; et l'on n'arrive, ainsi, aune certitude absolue que lorsqu'il s'écoule par la canule un liquide plus ou moins fluide.

Selon que le kyste est reconnu contenir une matière consistante ou liquide, et selon qu'il est plus ou moins développé, on choisira, pour procédé opératoire, tantôt l'extirpation du kyste, tantôt l'incision, à laquelle doit succéder un drainage. Une simple ponction, suivie ou non d'injection irritante, ne trouve son application que dans un très petit nombre de cas. Lorsque les kystes ont un contenu dense et sont de dimensions médiocres, il faut en pratiquer l'extirpation. La dissection de ces tumeurs, dont les parois sont quelquefois très faibles et faciles à entamer, doit s'opérer, lorsqu'on est arrivé sur la membrane d'enveloppe, avec le doigt et le manche du bistouri, plutôt qu'avec le tranchant de l'instrument.

Nous avons, dans ces derniers temps, comme pour les kystes dermoïdes (à insinuation osseuse) de la région du sourcil, employé, pour les kystes dermoïdes de l'orbite, l'électrolyse, appliquée dans un certain nombre de séances (six à huit), et nous en avons obtenu un résultat d'autant meilleur que le contenu était oléagineux.

G0 Kystes congénitaux avec microphthalmie ou anophthalmie.

Parmi les kystes congénitaux, il existe une variété de tumeur kystique qui mérite une mention à part, parce qu'elle se rencontre, constamment, soit avec un arrêt de développement du côté du globe oculaire, soit même avec une absence complète des yeux. Nous avons déjà donné, à l'occasion des anomalies congénitales des paupières, la description de pareils kystes congénitaux (voy. p. 99), et, en réalité, on peut être autorisé à lesc omprendre dans la description des anomalies des paupières, parce que, surtout dans les cas d'anophthalmie, leur siège est plutôt dans la paupière inférieure et extraorbitaire que réellement orbitaire. Toutefois, M. Talko, qui a le plus observé de cas de ce genre, les désigne sous le nom de kystes séreux congénitaux de l'orbite, siégeant sous la paupière inférieure. Que notre désignation, ou celle de M. Talko, convienne plus spécialement pour un cas particulier, il n'en est pas moins constant que le kyste tend à s'insinuer, entre la conjonctive et la peau de la paupière inférieure, et à se présenter sous la forme d'une vésicule bleutée et transparente, ou même d'un bleu intense, comme Berlin l'a observé dans un cas avec anophthalmie. Relativement à l'interprétation de l'origine de ce genre de kystes, nous nous rangeons absolument à l'avis de M. Berlin, qui pense qu'il ne peut pas s'agir ici d'une simple coïncidence du kyste avec la microphthalmie et l'anophthalmie, « mais que les éléments cystoïdes proviennent des parties embryonnaires qui contribuent, normalement, à la formation du globe oculaire ».

7° Hydatides (cysticerque, échinocoque). . ,

Une autre forme de kyste séreux intra-orbilaire tire son origine du développement d'hydatides. Pour les distinguer des kystes simples, on doit se rappeler que les hydatides possèdent, outre leur paroi propre, une enveloppe de tissu cellulaire condensé d'une épaisseur très variable. L'une et l'autre se touchent, sans qu'il existe entre elles d'adhérences bien notables.

Les deux formes d'hydatides, observées dans cette région, sont le cysticerque et X échinocoque.

1° Le cysticerque, dont il n'existe, pour l'orbite, qu'un très petit nombre d'observations, n'atteint guère des dimensions plus élevées que celles d'une grosse fève. Dans les cas observés, la tumeur siégeait au voisinage du rebord orbitaire, en dehors des muscles. Sa paroi propre est molle et tellement tendre qu'elle offre parfois un aspect gélatineux; au contraire, le kyste de tissu connectif qui l'isole du voisinage est d'une solidité et, parfois, d'une épaisseur remarquables. Sous le microscope, il est presque toujours possible de distinguer au moins une partie de la couronne de crochets, alors même que l'animalcule a subi une métamorphose régressive, en s'incrustant de sels calcaires.

2° L'échinocoque peut acquérir des proportions bien plus considérables et occasionner consécutivementune exophthalmie des plus marquées. Saparoi propre est très résistante et élastique. Ce genre de tumeurs kystiques est très rare en France, et les cas observés jusqu'ici ont été particulièrement rencontrés en Allemagne.

KYSTES DE L'OKMTE.

Le nombre de ces entozoaires semble pouvoir varier sensiblement, mais, dans la majorité des cas, on n'en a rencontré qu'un seul, quoique ce seul individu ait pu acquérir parfois un volume des plus considérables. On a vu ainsi des échinocoques présenter le volume d'un œuf, et, lorsqu'il s'agissait de nombreux animalcules, la tumeur offrait un volume que n'atteignent guère les néoplasiesde cette région. Leur évacuation, lorsqu'on n'a pu pratiquer tout de suite une large incision, ne s'opère,

Fig. 518.

ordinairement, qu'après qu'un certain degré de suppuration s'est produit autour du sac hydatique. Les échinocoques peuvent siéger dans toutes les parties de l'orbite, ainsi que dans les cavités avoisinantes, sauf entre la paroi osseuse et le périoste. De même qu'on les a vus, par leur extension extraordinaire, lorsqu'ils ont tout d'abord siégé dans les cavités avoisinantes, gagner l'orbite par usure des parois, de même, aussi, des échinocoques orbitaires arrivent à pénétrer dans la cavité crânienne, cette communication expliquant alors un mouvement pulsatile du sac hydatique. Le siège si variable de l'entozoaire, qui peut même se loger dans l'espace intervaginal du nerf optique, dans la glande lacrymale, entre les muscles droits et le globe ocu-

laire, fait que les symptômes, relatifs à l'exophthalmie et à la déviation oculaire, peuvent varier très sensiblement; ce qui nous parait assez caractéristique, c'est que, dès que 1'exophthalmie a acquis un certain degré de. développement? les malades accusent, dans la plupart des cas, des névralgies périorbitaires, une névrose ciliaire, assez intenses.

Les hydatides orbitaires, qui se rencontrent plus particulièrement chez les hommes et surtout chez de jeunes sujets, réclament une prompte intervention. Une ponction exploratrice viendra aider le diagnostic, en permettant de constater en abondance, dans le liquide aspiré, la présence de chlorures, qui ne se rencontrent pas dans le liquide cérébro-spinal. Pour ce qui regarde le choix de l'opération, celle-ci peut se borner à une simple ponction, avec élargissement du trajet de pénétration, suivi de drainage, ou à une excision partielle de la paroi kystique avec drainage, ou, enfin, consister dans une extirpation complète du sac hydatique. Dans les deux premiers modes de traitement, l'extraction du sac hydatique se fait d'ordinaire très aisément, après qu'une inflammation suppurative s'est établie. Les soins de l'antisepsie sont, ici, à observer, comme, du reste, pour toute opération dans l'orbite, avec la rigueur la plus absolue.

Comme exemple d'extirpation totale, nous rapporterons que, chez un maiade atteint de kyste hydatique (non reconnu, tout d'abord) de l'orbite gauche, ayant repoussé l'œil en haut, et dont la tumeur avait atteint un diamètre de 8 centimètres (tig. 518), nous pûmes, après avoir vidé l'hydatide avec le trocart, détaché les muscles droits interne et inférieur et sectionné le nerf optique, extraire avec une extrême facilité, l'œil ayant été luxé, une énorme poche kystique. Le globe oculaire replacé, on fit quelques points de suture. Un drain fut laissé en place. La guérison se fit peu à peu, mais la cornée fut prise de suppuration partielle.

L'extirpation totale ne nous paraît donc convenir que pour les hydatides de petites dimensions, tandis que la simple incision, ou l'incision avec excision d'une petite portion du sac hydatique, suivie de drainage, nous semble indiquée pour de vastes sacs d'échinocoques, dont on ne connaît pas exactement l'extension qu'ils ont prise en arrière.

B. Angiomes de l'orbite.

Les angiomes de l'orbite se présentent, le plus ordinairement, sous la forme de tumeurs caverneuses. L'angiome simple, la télangiectasie, s'insinuant des paupières dans l'orbite, a, parfois aussi, été observée ; mais le lymphangiome orbitaire est d'une extrême rareté.

La première dissection (1848) d'une tumeur caverneuse de l'orbite est due à Lebert. Il s'agissait d'une tumeur congénitale, enlevée par Dieffenbach, au-dessous de la paupière supérieure, chez un jeune homme âgé de vingt-quatre ans ; elle était composée d'un tissu spongieux et aréolaire, et ses parois auraient été constituées par des vaisseaux sans communication avec les aréoles, ce qui ne fut nullement démontré par une injection. Une seconde observation (1856) appartient à de Ricci. Ce cas se rapportait à une jeune personne âgée de vingt-deux ans, qui, seize années auparavant, avait vu survenir une protrusion de l'œil, à la suite d'une forte contusion de la tête, déterminée par une chute. Une première fois, on extirpa une tumeur lobulée ronde et rouge pourpre, qu'on déclara être manifestement de nature veineuse. Peu de temps après, une récidive étant survenue, Bowman enleva l'œil avec la tumeur. Celle-ci aurait été composée d'un amas de

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veines variqueuses, traversées par des cordons tendineux, analogues aux fibres tendineuses du cœur.

Un troisième cas, suivi d'examen anatomique (1859), est rapporté par de Graefe. L'exophthalmie s'était lentement développée et arriva à ce point, que le globe oculaire faisait hernie avec une extrême facilité. La tumeur, occupant l'orbite droite, était située en haut et en dehors et formait plusieurs bourrelets élastiques et tendres. La molilité était complètement abolie en haut, et l'atrophie du nerf optique presque complète. Chez ce malade, un homme de soixante ans, la tumeur fut mise à jour, après énucléation du globe oculaire et incision des commissures, et séparée du tissu cellulo-graisseux ambiant, complètement sain. La guérison se til rapidement. La tumeur, à peu près ovoïde, était entourée d'une couche de tissu cellulaire condensé. Sur une coupe (fig. 519), on put constater une texture réticulée, dans laquelle les mailles représentaient les espaces vasculaires et le réseau, les cloisons

Fig. 519.

de tissu conneclif qui séparaient ces espaces. L'examen histologique de ce tissu montra qu'il s'agissait d'une tumeur caverneuse typique.

Enfin, nous citerons un dernier exemple de tumeur caverneuse de l'orbite, observée par nous, et dont l'examen microscopique fut fait par M. Gornil. La malade, âgée de trente et un ans, se présenta (1865) pour une exophthalmie considérable de l'œil droit, survenue, quatorze ans auparavant, à la suite du choc d'une navette sur la tempe, et qui, après avoir spontanément rétrogradé, s'était de nouveau développée pour devenir à peu près stationnaire. Le globe de l'œil était repoussé hors de l'orbite, suivant l'axe de celle-ci, et faisait, comparativement à l'œil sain, une saillie d'environ 1 centimètre (fig. 520). La motilité du globe est abolie presque complètement en haut et en dehors et très fortement réduite en bas et en dedans. Les veines de la papille sont grosses et tortueuses, les artères amincies, et le disque du nerf optique est légèrement nacré, dans sa totalité. La vision est tombée au point que les doigts ne peuvent être comptés au delà de quatre pieds. Au toucher, on perçoit une tumeur mollasse, faiblement bosselée, qui enveloppe toute la sphère postérieure du globe de l'œil, mais qui proémine surtout en haut et en dehors. Cette tumeur, qui, découverte, apparut bleuâtre, ne put être extirpée qu'après détachement des muscles droits supérieur et externe. La perte de sang fut très modérée. L'exophthalmie disparut progressivement et l'œil devint même un peu plus enfoncé nue l'autre (fig. 521). La mobilité se rétablit, mais les mouvements en haut tardèrent beaucoup à revenir. La paupière supérieure resta quelque peu abaissée. La tumeur ressemblait beaucoup, comme volume et aspect, à celle représentée figure 519. Elle était aussi entourée d'une sorte de capsule fibreuse, mais elle montrait des espaces vasculaires plus larges. La structure réticulée de la tumeur ressort, surtout, lorsqu'on évacue le, sang des aréoles par la pression : le

tissu prend alors une teinte franchement grisâtre. L'examen microscopique démontre que Ja tumeur est exclusivement composée d'un tissu fibreux, circonscrivant de nombreux espaces vasculaires de différentes dimensions, dont les parois ne sont pas recouvertes d'une couche épithéliale, et dans l'épaisseur desquelles, on ne trouve que peu de fibres élastiques et pas de fibres musculaires.

Après les observations que nous venons de rapporter sommairement, nous n'avons, pour compléter l'histoire des tumeurs caverneuses de l'orbite, qu'à ajouter que celles-ci présentent une disposition plus ou moins prononcée à se gonfler et à se

Fig. 520.

dégonfler. La turgescence de la tumeur, ou plutôt l'accroissement de l'exophthalmie, se montre surtout pendant les mouvements, les efforts, lorsque le malade se penche en avant ou qu'il retient la respiration; tandis que le degré de l'exophthalmie diminue, si le malade reste couché et conserve un repos complet. Ces tumeurs se différencient de tous les autres angiomes de la même région par leur enkystement, ce qui permet de les attaquer directement, à l'inverse des autres tumeurs sanguines. Notons encore que, vu leur siège de prédilection dans l'entonnoir musculaire, la motilité du globe oculaire peut encore être assez bien conservée. Leur accroissement est d'ordinaire très lent, leur sensibilité, en général, nulle. Un signe précieux est qu'à part la sensation d'élasticité, que donne la tumeur au toucher, et qui peut être assez accusée pour simuler la fluctuation, la tumeur est compressible jusqu'à un certain degré, ce qui s'observe d'une manière bien moins prononcée pour des lipomes très vasculaires de l'orbite.

Des tumeurs sanguines que nous aurons à décrire, l'angiome caverneux se différencie essentiellement par le fait qu'il ne donne ni pulsations, ni aucun bruit systolique à l'auscultation.

Le lymphangiomen'a été observé que tout à fait exceptionnellement. En réalité, il n'en existe qu'une seule observation indiscutable, due à Forster. La tumeur, ainsi que son extirpation, avec le globe de l'oeil, a permis de s'en assurer, siégeait dans

SAHCOMES DE L'ORBITE.

l'entonnoir musculaire et montrait un large réseau caverneux. Les parois des vacuoles, formées de fibrilles de tissu connectif rangées concentriquement, étaient garnies de

BADOUREMI

cellules cylindriques et, par places, d'endothélium. Ces espaces mêmes renfermaient un très grand nombre de corpuscules lymphoïdes.

Le diagnostic des angiomes de l'orbite étant bien établi, leur extirpation, avec conservation du globe oculaire, se trouve indiquée, à l'exclusion de tout autre procédé opératoire.

De même que les lymphangiomes orbitaires, les lipomes vrais de l'orbite constituent de véritables raretés ophthalmologiques, à moins qu'on ne veuille considérer comme tels les lipomes sous-conjonctivaux (voy. p. 162), qui s'insinuent plus ou moins en arrière du globe oculaire, ou les lipomes des paupières (voy. p. 40), dont une partie dépasse le plan orbitaire. En tant que tumeurs s'étant développées derrière le fascia orbitaire, aux dépens du tissu connectif lâche de l'orbite, il n'existe jusqu'à présent qu'un nombre très restreint de cas, et encore se prêtent-ils tous à la discussion.

D. Différentes formes de sarcome (fibrome).

11 nous faut tout d'abord reconnaître qu'il ne sera pas toujours facile d'établir un diagnostic précis de ce genre de tumeurs, même après un examen microscopique attentif, attendu que l'histologiste n'a d'autre guide, pour se faire unjugement, que le rapport entre le nombre des cellules et la masse intercellulaire. On comprend alors

aisément que ce qui, pour l'un, est un fibrome pur, sera déjà, pour l'autre, un libro-sarcome ; de même, une tumeur envisagée comme un fibro-sarcome, par le premier, deviendra, pour le second, un sarcome des plus caractérisés. Aussi les cliniciens sont-ils arrivés à donner plus d'importance aux signes cliniques, pour poser leur diagnostic et surtout leur pronostic, qu'à l'appréciation des histologistes (1).

En réalité, les fibromes qu'on rencontre dans l'orbite, sont, ou des tumeurs caverneuses, ou des fibro-sarcomes très denses, plutôt que des fibromes purs. Les formes, qui se rapprochent le plus du fibrome, se caractérisent par la délimitation de la tumeur dans une enveloppe de tissu cellulaire condensé. Leur développement est très lent et ne s'accompagne d'aucune sensation douloureuse, jusqu'à l'époque à laquelle l'exophthalmie devient manifeste. L'absence de tout symptôme inflammatoire, pendant l'évolution du mal, et l'intégrité de la santé générale, enfin, les antécédents du sujet, tels sont les éléments du diagnostic. En outre, si la tumeur a pris son origine au voisinage du rebord orbitaire, et si l'on a eu l'occasion d'observer le sujet aune époque peu avancée de la maladie, on pourra s'éclairer encore, en obtenant la sensation d'une petite tumeur circonscrite, consistante et mobile. Le caractère du fibrome prédominera d'autant plus sur celui du fibro-sarcome que, après l'ablation d'une tumeur d'une grande densité, bien délimitée du restant du contenu orbitaire, toute récidive a fait défaut.

Nous passerons, maintenant, successivement en revue les diverses formes de sarcome qu'on observe dans l'orbite.

1° Fibro-sarcome.

Les sarcomes à cellules rondes, ceux à cellules fusiformes et les fibro-sarcomes sont, de toutes les tumeurs de l'orbite, celles que l'on rencontre le plus fréquemment; mais, comme nous l'avons déjà fait observer, il n'est pas toujours aisé à l'histologiste de se prononcer sur le genre de sarcome auquel il a affaire, et, n'était-ce l'extrême rareté des véritables fibromes, il faudrait se demander si l'on ne devrait pas ranger bien des fibro-sarcomes dans cette catégorie de tumeurs bénignes.

Le point de départ des tumeurs sarcomateuses peut varier. Évidemment, elles naissent du tissu connectif propre de l'orbite et, de préférence, des endroits où ce tissu se condense et s'accumule en plus grande quantité. C'est donc moins dans le tissu graisseux lui-même, que la tumeur prend son point de départ, que des enveloppes que le tissu connectif constitue aux parties renfermées dans l'orbite, c'està-dire du périoste, de la capsule de Tenon, des enveloppes de la glande lacrymale et des nerfs de l'orbite.

Parmi les genres de sarcomes, le plus fréquent, dans l'orbite, est le fibro-sarcome, le squirrhe des anciens; suivent, alors, les sarcomes, à cellules rondes. La quantité, aussi bien que la forme de ces dernières, peut notablement varier, et les variétés à cellules très grandes (psammom-sarcome), ou cellules gigantesques, se rencontrent aussi, quelquefois, dans l'orbite. La très grande richesse en cellules a fait désigner certains sarcomes, par les anciens, comme tumeurs encéphaloïdes et carcinomes. La production, dans la tumeur, d'espaces plus ou moins nombreux et étendus peut donner lieu à la formation d'un cysto-sarcome, de même que les phases régressives, que parcourt la tumeur, peuvent entraîner son ossification (sarcome ossifiant de Billroth).

La production des sarcomes est le plus souvent primitive, dans l'orbite, mais on

(I) Voy. la thèse de M. René Ussel, sur un cas de véritable fibrome de l'orbite. Bordeaux, 1889.

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les a aussi rencontrés comme tumeurs métastatiques; de même que pour les autres régions, le sarcome est d'autant plus disposé à récidiver, qu'il est plus riche en cellules, moins dense, par conséquent moins délimité vers son entourage.

u2" Mélano-sar corne.

Contrairement à ce qui a été dit pour les sarcomes en général, le mélano-sarcome, qu'on rencontre dans l'orbite, est plutôt métastatique et consécutif à des mélanosarcomes delà choroïde, ou de la limite scléro-cornéenne. Pourtant, de même qu'on l'observe pour des mélanomes sous-cutanés, on rencontre, exceptionnellement, des mélanomes primitifs du tissu connectif même de l'orbite, dans lesquels le globe de l'œil est indemne, ou n'a été atteint que secondairement. Ces formes rares paraissent prendre leur origine du périoste de l'orbite et ne se différencient pas des mélano-sarcomes, tumeurs mélaniques, des autres régions.

Aussi, pour le mélano-sarcome de l'orbite, dont le diagnostic ne pourra être établi que si la tumeur siège très superficiellement, le pronostic est des plus sérieux; dans les trois quarts des cas, la récidive a été prompte et la généralisation, la règle*

3° M y xo- sarcome.

Si le myxo-sarcome n'est pas rare, parmi les tumeurs du nerf optique, le nombre des cas, pour ce qui concerne le véritable myxo-sarcome de l'orbite, est encore très restreint. Comme malignité, ce genre de sarcome parait occuper, en sa qualité de sarcome mou, la première place, après les sarcomes pigmentés, avec lesquels il partage aussi le caractère fâcheux de se généraliser et de produire des métastases, jusque dans le nerf optique et l'œil même. La constatation, non douteuse, de cellules fusiformes ou étoilées, dans le liquide mucilagineux d'un sarcome mou, est donc du plus fâcheux augure.

4° Cylindrome.

Le cylindrome, qui peut naître dans toutes les parties de l'orbite et même sous la peau des paupières, pour gagner la cavité orbitaire, a moins de tendance que les tumeurs précédentes à se généraliser et même à récidiver, si l'on a réussi à en faire une ablation complète, mais il offre, toutefois, une bien plus grande malignité que les formes dures de sarcome. Sa structure alvéolaire, conjointement avec sa nature maligne, l'a fait plutôt ranger, par les auteurs, dans les carcinomes, ou considérer comme sarcome carcinomateux (Sattler).

La constance des douleurs, qu'on observe dans l'évolution des cylindromes, paraît dépendre de leur tendance à se répandre assez rapidement, à user les os et à pénétrer dans les cavités voisines. C'est cette propriété fâcheuse qui facilite la récidive sur place, par extirpation incomplète, et qui doit engager à opérer aussi promptement que possible.

5° Neuromes, neuromes plexiformes de l'orbite.

Nous avons précédemment indiqué que les fibro-sarcomes prennent, de préférence, leur origine du tissu condensé, formant enveloppe aux diverses parties que renferme l'orbite. Lorsque le tissu connectif, qui constitue une enveloppe aux divers nerfs

que contient l'orbite, dégénère, il peut se développer un neuro-fibrome plexiforme (Billroth), ou neurome cylindrique plexiforme (Verneuil), ou un fibrome cylindrique des gaines nerveuses (Marchand). Ces tumeurs constituent des raretés; on les rencontre dans les régions de la paupière supérieure et de la tempe, où elles atteignent l'épanouissement du trijumeau, pour se diriger vers l'intérieur de l'orbite. D'autres nerfs orbitaires (zygomaticus, lacrymalis) peuvent aussi être affectés de fibrome cylindrique de leur gaine, et le développement de la tumeur est alors essentiellement orbitaire.

La situation des nerfs, dont l'enveloppe dégénère, au voisinage des os, fait que le périoste et même les os participent facilement à la dégénérescence proliférante, qui s'accompagne d'une usure des parois osseuses de l'orbite. La nature de ces neuromes, dont le début est probablement congénital, est néanmoins bénigne. Leur siège est presque exclusivement la région de la glande lacrymale ; le déplacement du globe oculaire doit donc, forcément, se produire en bas, en dedans et en avant. L'intervention, même pour ces tumeurs bénignes, doit être aussi prompte que possible, afin d'opérer avant l'usure de la voûte orbitaire.

E. Tumeurs a type épithélial (Waldeyer).

Bien que, dans l'orbite même, ce genre de tumeurs ne se montre pas primitivement, on peut cependant y rencontrer le carcinome épithélial, glandulaire, et l'adénome ; mais l'origine de ces tumeurs n'est pas alors orbitaire, elles ont pénétré dans l'orbite en se propageant, soit des paupières, soit de la surface du globe oculaire, soit, enfin, de la glande lacrymale.

F. Enchondrome.

Depuis qu'une plus grande rigueur a été apportée dans les examens histologiques et la classification des tumeurs, on s'est convaincu que l'enchondrome devait être rayé des tumeurs de l'orbite.

IL — Tumeurs de la glande lacrymale.

Ces tumeurs, conformément à l'habitude prise par les auteurs, seront décrites avec les affections des voies lacrymales.

Voyez l'article des maladies du nerf optique, p. 72(>.

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