‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 296 sur 316 · KÉRATOSCOPIE PAR LES OMBRES · texte numérisé non relu

KÉRATOSCOPIE PAR LES OMBRES

Lorsque, à l'aide d'un miroir tenu comme pour l'exploration ophthalmoscopique, on fait passer, devant l'œil que l'on se propose d'examiner, le disque lumineux renvoyé par le miroir, auquel on imprime un léger mouvement de rotation alternatif autour de son centre, de façon que le cercle d'éclairage marche tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, il peut se présenter des différences très marquées dans la manière dont la pupille s'éclaire pendant le passage du disque de lumière, projeté par le miroir : ce n'est qu'exceptionnellement que le champ pupillaire s'illumine instantanément, d'un coup, et rentre dans l'obscurité de même, sans qu'il soit possible d'obtenir un éclairage partiel; le plus souvent, la pupille n'apparaît rouge que dans une partie de son étendue, et elle est occupée par une zone d'ombre, ou un croissant obscur, qui, suivant les cas, se déplace dans le même sens ou en sens inverse, par rapport à la [marche imprimée au cercle d'éclairage.

Cette marche de l'ombre, qui, observée sur le même œil, s'exécute en sens différent, suivant que l'on fait usage d'un miroir plan, fournissant des rayons directs, ou d'un miroir concave, donnant lieu à un entre-croisement des rayons qui pénètrent dans l'œil, résulte du mode de réfraction de l'œil observé : elle est directe, avec un miroir plan, c'est-à-dire de même sens que le déplacement du cercle lumineux, produit par la rotation du miroir, dans les cas d'hypermétropie; et inverse, dans les cas de myopie, à condition toutefois que l'observateur soit suffisamment éloigné de l'œil observé (au delà du punctum remotum). Avec un miroir concave, on obtient des phénomènes opposés. L'absence d'ombre saisissable, c'est-à-dire l'éclairage brusque, d'un coup, de la totalité du champ pupillaire, démontrerait que l'œil observateur se trouve au punctum remotum de l'œil observé. Cet état correspondrait à l'emmétropie, si l'observateur pouvait se placer à une distance assez éloignée (plusieurs mètres) de l'observé.

C'est sur ces principes très simples que repose l'importante découverte de M. Cuignet, successivement étudiée et vulgarisée par MM. Mégnin, Parent et Leroy. Grâce à ce mode d'exploration, l'amétropie peut être déterminée avec une remarquable approximation; il en est de même des inégalités de réfringence que l'œil est susceptible de présenter suivant ses méridiens (astigmatisme), et, ici, ce n'est plus seulement l'asymétrie de la cornée qui est mesurée, mais bien celle de l'ensemble de l'œil. Cette méthode d'oplométrie serait certainement la plus parfaite si elle n'était passible d'un défaut assez sérieux, c'est que les changements de verres que l'on doit successivement faire devant l'œil de l'observé, comme nous l'indiquerons plus loin, afin d'étudier à chaque nouveau verre le mode d'éclairage du champ pupillaire, obligent à une dépense de temps souvent plus grande que celle que l'on peut accorder à chaque malade, surtout dans les cliniques. Notons encore que le temps consacré à la détermination objective de la réfraction ne peut, en aucun cas, dispenser d'un examen subjectif.

Quant à l'explication du phénomène de l'ombre pupillaire, elle n'est pas encore complètement élucidée. Pour Cuignet, c'est la cornée, la surface kératique qui est en cause, d'où le nom de kératoscopie dont il a fait choix, et qui devrait être plutôt

Page 1