C. Inflammations
D. Hypertrophies et atrophies.
E. Néoplasies, tumeurs des paupières.
F. Sécrétions morbides.
Les maladies parasitaires seront traitées à l'occasion des altérations morbides des cils, qui, de leur côté, feront partie intégrante des inflammations du bord libre de la paupière.
ARTICLE PREMIER
A. — Hypérémie et anémie. Érythème des paupières.
Hypérémie de l» totalité des paupières. — Cette hypérémie peut être active, et précède alors généralement les inflammations du voisinage (périostite du pourtour
de l'orbite), ou se manifeste comme prélude de maladies inflammatoires généralisées de la peau (morbilles, scarlatine, variole). D'autre part, cette forme active peut résulter d'une irritation directe des téguments des paupières (frottement).
La forme passive d'hypérémie se montre dans tous les cas où il existe un obstacle à la circulation en général, ou en particulier à la circulation de la veine faciale ou de l'ophthalmique supérieure.
Ces deux formes d'hypérémie sont désignées, lorsqu'elles se présentent avec une certaine persistance, sous le nom d'érythème des paupières, et offrent, comme caractères essentiels, une rougeur plus ou moins intense et une légère tuméfaction de ces voiles membraneux, rougeur et tuméfaction qui s'arrêtent généralement au sourcil et au repli palpébro-malaire.
L'érythème palpébral peut encore se présenter comme un état stationnaire et chronique, et constitue alors une affection fort rare, mais néanmoins nettement caracfermant une glande inrsienne. — B, tissu sous- térisée par l'aspect qu'elle donne au visage cutané. — M. sectiun ilu muscle orbiculaire. — j„ „, i i . i> x . 1 e
h, peau externe. - Ci, cils. - *, lanugo de du, malade> ^pect d autant plus frappant
la peau palpébrale sortant des rides cutanées, qu'il Coïncide avec UI1 teint moins coloré,
comme c'est le cas le plus commun. La rougeur disparaît sous la pression du doigt, ou, plus exactement, il apparaît ainsi
Fie. '3. — Section à travers la paupière
supérieure.
Gross., 5. — Co, conjonctive. — T, tarse ren-
HYPÉRÉMIE ET ANÉMIE. 9
une nuance jaunâtre, sans que d'ailleurs on puisse remarquer le moindre changement morbide dans l'épiderme de la partie affectée.
Le traitement de cette affection, comme on doit bien le penser, n'offre guère de chances de succès, vu la persistance des causes primitives du mal. Tout ce qu'on peut tenter rationnellement, c'est de modifier par une irritation directe et passagère la circulation du tégument des paupières. Dans ce but, on essayera l'application de compresses imbibées d'acétate de plomb (4 grammes pour 300 grammes), ou l'on cautérisera, de temps à autre, la peau avec une solution de nitrate d'argent au vingtième. Si ces moyens ne réussissent pas, on enduira les paupières d'une couche imperméable, au moyen du collodion riciné ou de l'huile de cade pure, ou mêlée à parties égales d'esprit-de-vin.
A côté de l'érythème des paupières, signalons ici, en passant, la teinte plombée que les paupières de certaines personnes (notamment les paupières inférieures) présentent quelquefois, surtout après une fatigue physique ou morale. Cette teinte, d'un bleu sale, occupe de préférence la région située au-dessus du repli palpébromalaire; elle est surtout manifeste chez les sujets à peau fine et chez ceux qui souffrent de troubles circulatoires.
Hypérémie du bord des paupières. — L'hypérémie du bord ciliaire des paupières est une affection bien plus commune que l'affection précédente. Elle se rencontre presque constamment dans les inflammations chroniques de la conjonctive; mais elle peut aussi se manifester avec le type de l'idiopalhie et donner lieu elle-même à l'irritation des parties voisines. Elle est caractérisée par une rougeur du bord des paupières, dont les vaisseaux, principalement les veinules, sont gonflés et dilatés : cette rougeur est sujette à s'accroître notablement quand les yeux sont exposés à l'action d'un air vicié, d'un froid vif, d'un vent violent, etc. 11 s'y ajoute alors un gonflement léger du bord ciliaire, avec aspect luisant résultant d'une hypersécrétion glandulaire. Cette affection ne mériterait guère de fixer l'attention du praticien, si, assez souvent, elle n'était le signe précurseur d'une altération plus sérieuse, la blépharite ciliaire, et si, par elle-même, elle ne constituait une affection assez gênante, soit par les changements qu'elle produit dans la physionomie, soit par la propension qu'elle donne aux yeux de subir l'influence des moindres causes d'irritation. En outre, l'état dont nous nous occupons offre parfois une persistance extrême et se montre rebelle aux divers traitements qu'on dirige contre lui.
Les causes les plus communes de cette affection sont l'hypersécrétion des glandes sébacées, l'irrégularité dans la chute et la reproduction des cils, la rétention du contenu des glandes de Meibomius, qui deviennent parfois le siège de productions calcaires, le défaut d'élimination des larmes. Enfin cette affection, ainsi que l'hypérémie conjonctivale, se rencontre encore chez les personnes qui, à cause d'une anomalie de réfraction (hypermétropie, astigmatisme), sont contraintes de faire des efforts continuels d'accommodation.
La marche de cette maladie est presque toujours chronique, ce qu'on s'explique facilement en considérant que la cause dont elle dépend est généralement persistante. Quant au traitement, nous renvoyons à l'article Séborrhée ou à celui de la Blépharite.
L'anémie des paupières ne se rencontre qu'en compagnie d'un état général anémique, et ne peut guère faire le sujet d'une étude spéciale.
B. — Épanchements sous-cutanés.
Les épanchements qui se présentent au médecin sont, suivant leur fréquence, de nature séreuse, sanguinolente ou gazeuse et sont connus sous la désignation : a. d'œdème; b. d'ecchymoses (hématome); c. d'emphysème des paupières.
a. ŒDÈME DES PAUPIÈRES.
La laxité du tissu cellulaire qui unit la peau des paupières aux parties sousjacentes rend cette région très sujette aux collections séreuses. Aussi arrive-t-il souvent, à la suite d'une inflammation qui occupe, soit l'orbite, soit les parties voisines de cette cavité, soit les paupières, qu'il se manifeste dans ces voiles membraneux un œdème considérable. Les différentes formes de conjonctivite nous en fournissent des exemples remarquables. Enfin citons particulièrement l'œdème palpébral que l'on observe chez de jeunes sujets, faibles et d'une constitution lymphatique, ou chez des personnes âgées, atteintes de marasme.
Il est bien entendu que cet état n'est parfois qu'un signe précurseur, une première manifestation del'anasarque, conséquence elle-même d'une grave altération du cœur, du foie ou des reins.
Le gonflement œdémateux des paupières peut varier en intensité. Tantôt transformant les parties qu'il occupe en de véritables bourrelets épais semi-transparents et luisants, il anéantit complètement la fente palpébrale ; tantôt, n'atteignant que la paupière inférieure, il en fait une sorte de poche pendante et vacillante qui, fortement tuméfiée le matin, perd notamment de son volume dans le cours de la journée. Dans presque tous ces cas, l'œdème s'accompagne d'un relâchement manifeste de la conjonctive bulbaire ou d'un chémosis séreux.
Alors que l'œdème traumatique des paupières et celui qui n'est que le symptôme d'une phlogose des parties voisines disparaissent rapidement, après la suppression de la cause qui les a produits, l'œdème idiopathique se montre en général fort tenace et réclame l'emploi de la compression, appliquée surtout la nuit.
Parfois on doit recourir à l'excision d'un pli horizontal de la peau, plus ou moins large selon les circonstances. Il va sans dire que l'état général doit être l'objet d'une attention toute spéciale, et qu'il est bon, s'il n'existe pas de contre-indication, de hâter la disparition de l'œdème par l'administration des diurétiques.
b. ecchymoses palpébrales (hématome).
Les extravasations de sang dans le tissu lâche des paupières s'observent, soit à la suite d'une lésion directe, soit spontanément, dans quelques cas rares où elles constituent une sorte d'apoplexie ; enfin, on les rencontre consécutivement à un traumatisme grave ayant intéressé les parois de l'orbite, ou même la base du crâne. On les désigne comme sijmptomatiques lorsqu'elles s'opèrent par diapédèse, sans rupture des parois vasculaires.
Si la collection sanguine, qui suit une forte contusion des paupières, est très
ÉPANCHEMENTS SOUS-CUTANES. 11
abondante, il est tout naturel de songer à une blessure sérieuse des parois de l'orbite et d'examiner avec soin l'œil, caebé derrière les bourrelets violacés que constituent les paupières contuses.
En général, même des collections énormes se résorbent facilement dans l'espace de quelques semaines. La formation d'un kyste rempli d'une sérosité sanguinolente (hématome) ne survient que par exception, et. encore ces kystes sanguins, à paroi mince, constituée par du tissu cellulaire condensé, et dont le contenu est formé d'une sérosité sanguinolente, dans laquelle on retrouve longtemps des globules sanguins inaltérés, sont-ils susceptibles de disparaître spontanément.
On a depuis longtemps attribué aux ecchymoses des paupières une importance capitale pour le diagnostic non seulement des fractures qui intéressent les parois orbitaires, mais aussi de celles du crâne, en général, et en particulier de la base crânienne. Lorsqu'il s'agit d'une extravasation sanguine entre le périoste et la voûte orbitaire, le sang apparaît alors, en premier lieu, sous la peau de la paupière supérieure; mais, si l'hémorrhagie se montre d'abord dans le tissu cellulaire de l'orbite, puis sous la conjonctive oculaire, et fuse ensuite dans les paupières, l'aspect qui se présente alors est, si cela arrive après une blessure de la tête, très caractéristique pour une fracture de la base du crâne. Toutefois il faut faire remarquer que des ecchymoses peuvent apparaître dans un ordre semblable, à la suite de blessures contondantes de l'abdomen et du thorax. Notons d'ailleurs que le mode de production de ces extravasations n'est pas encore complètement élucidé; mais on peut actuellement expliquer comment, à la suite d'une énucléation, on voit parfois le lendemain des ecchymoses palpébrales se montrer du côté opposé près des angles interne et externe, et cela sans que le malade ait éprouvé des vomissements, par la fusion du sang le long des gaines des nerfs optiques.
Les épanchements sanguins des paupières sont très rarement spontanés; ils ont, en pareil cas, été signalés comme un prodrome des apoplexies cérébrales. Encore moins fréquentes sont les ecchymoses symptomatiques, telles qu'on les rencontre à la suite du scorbut, de la maladie de Werlhof (purpura). On les a vues alors, conjointement avec un œdème considérable des paupières, apparaître dans la profondeur du derme, du côté de la conjonctive.
Pour ce qui est du traitement, nous devons avouer que nous n'avons qu'un seul moyen propre à accélérer la résorption du sang, c'est la compression méthodique.