PAUPIÈRES
— KYSTES CONGENITAUX DES
Les anomalies congénitales qui portent sur la position des paupières sont extrêmement rares, et les formes d'entropion ou d'eclropion qu'on a observées étaient en quelque sorte la simple conséquence d'une réduction ou d'une augmentation de volume du globe oculaire (microphthalmie ou buphtbalmie).
Une déviation particulière de la paupière en dehors a très rarement été signalée. Elle était occasionnée par une sorte d'ectopie du tarse qui, étant placé entre le globe oculaire et le derme dans un reuli de la muqueuse, se présentait en quelque sorte comme une paupière supplémentaire.
Ce que l'on a parfois décrit comme quatrième paupière n'était autre chose qu'un épaississement, sous forme de repli de la conjonctive, qui siégeait soit du côté de l'angle externe, soit sur la paupière inférieure, mais sans présenter trace de tarse.
Des kystes séreux congénitaux des paupières inférieures ont été rencontrés avec
microphthalmie 1res prononcée ou avec anophthalmie. La figure 94- montre un exemple d'anophthalmie avec kystes congénitaux des paupières inférieures simulant une ectopie des yeux.
Cet enfant, de sexe masculin, âgé de six mois, très bien portant, fut amené à la clinique en juin 1876. Les paupières inférieures étaient le siège d'une tumeur de coloration bleuâtre, donnant au toucher l'impression de vésicules mollasses, fluctuantes, à parois minces, n'ayant aucune communication perceptible avec la partie postérieure des orbites. Quant aux cavités orbitaires, elles présentaient un sac conjonctival profond, en infundibulum, absolument dépourvu de quoi que ce soit que l'on pût regarder comme un globe oculaire mal formé ou atrophié. Une ponction de ces vésicules faite avec la seringue de Pravaz fournit un liquide privé de tout élément histologique. L'analyse chimique montra que ce liquide avait une certaine analogie avec l'humeur aqueuse.
ARTICLE PPEMIER
HYPÉRÉMIE DE LA. CONJONCTIVE. — CATARRHE SEC (CdtarrhUS SÎCCUS).
Caractères anatomiques. — Le changement de coloration et la diminution dans la transparence, déterminés par l'injection anormale de la muqueuse, sont les premiers symplôines qui frappent le chirurgien, lorsqu'il examine une personne atteinte d'hypérémie de la conjonctive. Du côté de la conjonctive palpébrale, les petites branches vasculaires qui se ramifient entre les glandes de Meibomius se révéleront par une coloration plus marquée, et, si l'hypérémie est vive, l'injection ne permettra plus que difficilement de voir les glandes par transparence.
Sous l'influence de la maladie, la conjonctive du cul-de-sac perd la couleur pâle et jaunâtre qui lui est propre, elle devient rouge : un grand nombre de vaisseaux sinueux et entre-croisés apparaissent dans cette partie de la muquense, en même temps que sur la conjonctive bulbaire, et forment un réseau à mailles larges d'un rouge brillante et peu foncé. Ces vaisseaux peuvent se prolonger jusque vers la cornée, et même en partie sur l'anneau conjonctival. Mais, comme dans une hypérémie simple, seuls les vaisseaux de la muqueuse, mobiles sous le doigt, s'injectent, la rougeur diminue sensiblement du cul-de-sac conjonctival vers la cornée. Nous voyons donc que le changement de coloration déterminé par l'injection anormale des vaisseaux va en décroissant de la conjonctive du tarse vers le limbe conjonctival.
Ce caractère propre à l'hypérémie conjonctivale est donc tout opposé à ce que l'on désigne sous le nom d'injection péricornéenne. Cette autre forme de vascularisation résulte, soit d'une augmentation du calibre des vaisseaux ciliaires antérieurs, de façon à déterminer une injection foncée située sous la conjonctive, qui se laisse déplacer au-dessus d'elle, soit d'une hypérémie des branches superficielles de la conjonctive et des anses terminales du bord cornéen. Le plus souvent ces deux injections sus-conjonctivale {épisclérale) et conjonctivale se combinent. L'injection sclerale, qui est la troisième forme d'injection que l'on peut observer sur le globe de l'œil, est susceptible de se montrer indifféremment sur toute la moitié antérieure de la sc'érotique. Elle affecte la forme de taches, couleur lie de vin, sur lesquelles on peut déplacer la conjonctive.
A l'engorgement des vaisseaux, qui constitue le signe essentiel de l'hypérémie, s'adjoint un autre symptôme qui en dérive naturellement, c'est {'accentuation de l'irrégularité de surface de la conjonctive. Si, à l'état normal, il n'est pas facile de voir nettement des papilles de la conjonctive, il n'en est plus de même pendant une hypérémie de cette membrane. Les petites élevurcs(qui n'ont rien à voir avec les granulations) sont surtout prononcées vers le bord interne des tarses, et en particulier vers les angles de l'œil. Les papilles donnent à la conjonctive un aspect rouge el velouté.
Eniin, comme conséquence de l'hypérémie, signalons encore une légère transsudation ayant pour effet de provoquer un minime gonflement de la conjonctive tarsienne et bulbaire. Une exsudation allant jusqu'à un véritable soulèvement et produisant un chémosis, ne s'observe pas dans la simple hypérémie conjonctivale.
Quand l'hypérémie aiguë passe à l'état chronique, le réseau vasculaire de la conjonctive du bulbe pâlit, et l'hypérémie abandonne cette partie de la muqueuse; elle persiste, au contraire, sur la conjonctive des paupières et du cul-de-sac.
Dans l'hypérémie chronique comme dans l'hypérémie aiguë, la sécrétion de la conjonctive n'est pas altérée; voilà pourquoi les anciens ont donné à cette forme le nom de catarrhus siccus, pour la distinguer de la conjonctivite catarrhale simple.
Symptômes généraux. — L'hypérémie conjonctivale cause d'autant plus de gêne et d'inquiétude au malade que les paupières sont naturellement, chez lui, plus étroitement appliquées sur le globe de l'œil. Les symptômes consistent en un malaise caractérisé par des picotements et des tiraillements, comme si un corps étranger s'était glissé entre le globe de l'œil et sa membrane protectrice ; toute application, tout travail minutieux et prolongé, augmentent cet état. Sur le soir, ces légers phénomènes prendront de l'intensité, le malade éprouvera un sentiment de lourdeur dans la paupière supérieure, et, ne pouvant tenir longtemps les yeux ouverts, il se laissera aller à un clignotement souvent répété. Cet ensemble de petits tourments, dus au gonflement papillaire, prendra un plus grand développement, si le malade s'expose à la lumière vive, à un air vicié, à la fumée du tabac, etc.
Etiologie. — Nombreuses sont les causes qui provoquent l'hypérémie conjonctivale : aussi cette affection est-elle fréquente. C'est ainsi, par exemple, que des cils, peu développés, entretiennent une légère irritation de la conjonctive en se portant vers le globe de l'œil. Parfois il s'agit uniquement d'une pigmentation très accusée de la racine. Les glandes de Meibomius infarctées, c'est-à-dire remplies d'une sécrétion épaissie par des sels calcaires, déterminent également l'hypérémie de la conjonctive, mais une des causes les plus fréquentes de celte affection est le séjour forcé des larmes dans le sac conjonctival, par obstruction plus ou moins complète des conduits lacrymaux. Le contact des corps étrangers et de la poussière, qui restent quelque t^mps attachés à la conjonctive du tarse supérieur, un air vicié par la présence d'un grand nombre de personnes dans une même enceinte, la fumée de tabac ont aussi pour effet d'hypérémier la conjonctive.
Souvent l'hypérémie de la conjonctive n'est qu'un phénomène réflexe d'une hypérémie des membranes internes de l'œil. C'est ce que nous observons chez les personnes fréquemment exposées à une lumière très vive. La même influence résulte d'efforts accommodateurs exagérés, de l'insuffisance musculaire, des anomalies de la réfraction (hypermétropie, astigmatisme), lorsque ces états ne sont pas corrigés par des verres appropriés. 11 existe alors à la fois une hypérémie de la rétine et de la conjonctive.
Traitement. — Avant tout, il sera indispensable d'éloigner, autant que possible, les causes directes de l'hypérémie; en agissant de la sorte, nous parviendrons, dans la plupart des cas, à obtenir la guérison, sans aucun autre traitement. Ainsi l'on portera son attention sur Ja direction des cils et l'on recommandera au malade d'exercer de temps en temps une légère traction sur le bord des paupières, afin de faciliter l'élimination des cils qui doivent tomber. Les infarctus des glandes de Meibomius seront vidés en les incisant avec une aiguille. L'état des voies lacrymales sera soigneusement exploré, afin de rétablir s'il y a lieu le cours des
larmes. Knlin, si les phénomènes d'hypérémie ont été brusques, on s'assurera qu'un corps étranger ne s'est pas introduit dans le sac conjonctival.
Toute anomalie de réfraction devra être soigneusement corrigée et on défendra aux malades le séjour prolongé dans une enceinte populeuse, telle que théâtre, café, etc. Des verres fumés seront prescrits pour préserver les yeux au dehors contre la lumière vive et la poussière.
Dans certains cas, il sera nécessaire de recourir à un traitement local. Dans l'hypérémie peu intense, l'eau fraîche suffira, et l'on fera deux ou trois applications par jour de compresses imbibées d'eau froide, et cela pendant dix à vingt minutes chaque fois. L'effet du froid sera plus efficace, lorsqu'on l'administrera au moyen de la douche ou d'un pulvérisateur.
Parfois on devra s'adresser aux astringents qui seront employés sous forme de lotions, de compresses ou d'instillations. Pour les lotions ou les compresses, nous prenons généralement les médicaments suivants : sulfate de zinc, sulfate de cuivre, acétate de plomb, pierre divine. On emploie ces médicaments dans la proportion de 50 centigrammes à 1 gramme pour 300 grammes d'eau distillée, à laquelle on peut, au besoin, ajouter une eau aromatique. Pour les instillations, on augmentera la dose du sel prescrit. Ainsi, on pourra prescrire de 10 à 25 centigrammes des médicaments susmentionnés pour 20 à 30 grammes d'eau distillée.
Dans les cas d'hypérémie chronique de la conjonctive dépendant d'une irritation des paupières, on fera bien d'employer de faibles solutions astringentes sous forme de lotions chaudes, ou des solutions antiseptiques, telles que l'acide borique à 20/500, ou le sublimé à 0,20/500, que l'on coupera d'eau chaude au moment de l'emploi.
Ce n'est que bien rarement que l'on se trouvera dans l'obligation de faire usage de quelques cautérisations avec une solution de nitrate d'argent, sur les paupières renversées, à l'aide d'un pinceau, et en neutralisant aussitôt l'excès de caustique avec de l'eau salée.