‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 56 sur 316 · I. — Tumeurs bénignes · texte numérisé non relu

I. — Tumeurs bénignes

A. Polypes de la conjonctive.

On entend par polypes de la conjonctive de petites tumeurs pédiculées, d'une couleur pâle, rosée, rarement d'un rouge foncé, qui sont mamelonnées et ressemblent beaucoup à un amas de végétations. Ces tumeurs peuvent atteindre un assez grand volume ; elles présentent toujours un pédicule de peu de largeur, qui s'implante rarement dans les tissus profonds de la paupière, mais qui reste attaché au tissu sous-conjonctival.

Au microscope, ces tumeurs ressemblent assez à des papilles hypertrophiées : on y trouve une masse de libres de tissu cellulaire formant un lacis à larges mailles, beaucoup de ûbres*celluies entremêlées de cellules lymphoïdes, et le tout est recouvert d'une couche épaisse de cellules épithéliales, dont les plus internes ont souvent conservé leur structure polygonale.

L'étiologie de ces polypes est peu connue; nous croyons devoir les rapporter à une hypertrophie locale du corps papillaire. On rencontre souvent ces polypes conjonctivaux près des points lacrymaux et du pli semi-lunaire. Ils ne causent guère de gène aux malades, à moins qu'ils n'atteignent un développement capable d'altérer les mouvements de l'œil ou de cacher la pupille. Enfin, il est rare, qu'ils soient

disposés par leur grande vascularisation à saigner spontanément, lorsqu'ils soin comprimés ou blessés par le mouvement des paupières.

A côté des polypes conjonctivaux, signalons les excroissances charnues qui se développent parfois à la suite de blessures de la conjonctive, et en particulier après la syndectomie ou consécutivement à une ténotomie, lorsqu'on n'a pas suffisamment ménagé la muqueuse. De pareilles productions s'observent encore sur la conjonctive palpébrale après l'opération du chalazion, ou lorsque celui-ci s'est ouvert à la surface de la conjonctive.

Le traitement des polypes conjonctivaux consiste à les enlever, ce qu'on fait sans difficulté avec des ciseaux courbes. Un point important, c'est d'enlever avec les ciseaux une petite partie de la conjonctive sur laquelle est implanté le pédicule. En observant cette recommandation et en cautérisant avec le nitrate d'argent, ou mieux avec le cautère galvanique, on évitera, le plus souvent, les récidives, qui, sans cette précaution, se produisent aisément.

B. Pinguicula (plérygion pingué).

On désigne sous le nom de pinguicula une petite élevure de couleur jaunâtre, peu saillante au-dessus du niveau de la conjonctive, siégeant à peu de distance de la cornée, à peu près dans la direction de l'insertion des muscles droits interne ou externe, particulièrement du côté interne. Cette petite élévation peu vasculaire, assez nettement limitée, offre l'aspect d'un lobule graisseux siégeant dans le tissu sous-conjonctival.

La pinguicula, qui prend rarement un développement assez marqué pour devenir une gêne, reste le plus souvent stationnaire. On ne la rencontre que rarement chez les jeunes gens, tandis que les personnes âgées en sont souvent affectées. 11 semble que des irritations répétées de la conjonctive bulbaire (sous l'action de petits corps étrangers, par exemple) ne soient pas sans influence sur la production de cette tumeur; car il est constant que ce n'est que la partie de la conjonctive exposée à l'air qui est sujette à cette affection. On pourrait aussi accuser le relâchement de la conjonctive, son plissement, et la pression à laquelle cette partie de la muqueuse est exposée pendant l'occlusion des paupières.

La pinguicula est, tout simplement, un'e condensation du tissu conjonctival avec épaississement de la couche épitbéliale et oblitération d'un certain nombre de vaisseaux conjonctivaux. Elle ne contient donc pas de graisse.

Si cette tumeur causait par son développement quelque gêne au malade et menaçait de se transformer en plérygion, on n'aurait qu'à la saisir avec des pinces, à l'enlever avec des ciseaux courbes et à réunir la plaie par un point de suture.

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