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SCLÉROTIQUE

La substance histologique fondamentale de la sclérotique est constituée par un tissu cellulaire à fibrilles fines, dont les faisceaux, ou trames de faisceaux, sont entrelacés de la manière la plus variée, à l'instar de ce qu'on rencontre pour tous les autres téguments fibreux et résistants, tels que la dure-mère, le périoste, le stroma cellulaire du derme, etc Entre ces faisceaux sont situées de fines fibres élastiques réunies en réseaux, mais qui ne représentent qu'une faible fraction du tissu scierai.

11 faut distinguer comme pour la cornée : a, le tissu fondamental fibrillaire ; — b, la substance interfibrillaire; — c, l'appareil conducteur de la lymphe; — et d, les éléments cellulaires que ce dernier renferme. Ces diverses parties représentent les « éléments constituants » de la sclérotique.

Eléments constituants de la sclérotique. — Les fibrilles extrêmement fines, qui forment la masse principale de la sclérotique, sont réunies par une petite quantité de substance interfibrillaire pour former des faisceaux d'épaisseur variable. Ces faisceaux s'entrelacent dans les sens les plus variés, mais les directions équatoriale et méridionale (le globe oculaire étant envisagé comme une sphère) prédominent. Autour de l'entrée du nerf optique, les couches internes ont de préférence un trajet méridional, tandis qu'en dehors se voient surtout des fibres équatoriales. Vers le milieu de la circonférence oculaire, se rencontrent partout presque autant de fibres équatoriales que méridionales. Vers le bord cornéen, les tendons des muscles apportent beaucoup de fibres méridionales externes ; et tout près du canal de Schlemm réapparaissent de nouveau, en plus grand nombre, des faisceaux équatoiiaux.

Les faisceaux de fibrilles se réunissent de deux manières différentes. D'une part, de nombreuses petites traînées fibrillaires se détachent des faisceaux principaux, pour se joindre à des faisceaux voisins et prendre une autre direction; d'autre part, tous les faisceaux sont soudés par la même substance interfibrillaire, qui maintient aussi les diverses fibrilles.

On trouve creusées dans le ciment, comme pour la cornée, des lacunes avec leurs canalicules. Ces lacunes renferment les cellules scléroticales, soit pigmentées, soit non pigmentées, ainsi que de rares cellules migratrices et de la lymphe transparente. Ces dispositions ressemblent absolument, en général, à ce qui a été exposé en détail pour la cornée.

188 CORNÉE ET SCLÉROTIQUE

Ainsi les cellules sclérales, non pigmentées (cellules fixes), se comportent identiquement comme les cellules de la cornée. Elles représentent de minces plaques endothéliales, dont le noyau est le plus souvent contourné par un léger reste de proloplasma grumeux. Le nucléole ne s'aperçoit pas toujours.

Dans la sclérotique humaine, les cellules pigmentées sont fort rares; elles ne se rencontrent, d'une façon un peu régulière, que près de l'entrée du nerf optique et à l'entour de la cornée dans les couches scléroticales profondes. Par contre, on les constate très fréquemment chez les animaux. Isole-t-on ces cellules, elles apparaissent comme les mêmes éléments plats qu'offrent les autres cellules scléroticales non pigmentées : le pigment adhère ici partout au protaplasma granuleux qui, dans ces cellules pigmentées, se trouve en plus grande abondance et envoie même quelques prolongements.

On ne rencontre que rarement, dans le tissu frais de la sclérotique, des corpuscules migrateurs.

Vaisseaux de la sclérotique. — Pour ce qui regarde les voies circulatoires de cette membrane, nous avons à distinguer les vaisseaux nourriciers et ceux qui la traversent simplement. Les premiers dérivent des artères ciliaires postérieures courtes et longues, ainsi que des artères ciliaires antérieures. Ces vaisseaux traversent l'espace supra-vaginal, puis l'espace de Tenon. La réunion anatomique que les artères ciliaires postérieures courtes affectent avec le réseau capillaire dérivé de l'artère cent7*alis retinœ, dans la région de la lame criblée (circulus Zinii), est digne d'être notée. Il n'existerait pas ici, d'après Leber, de veines qui correspondraient aux branches anastomosantes des artères ciliaires susmentionnées. L'adventice des artères ciliaires est enlacée de faisceaux de tissu cellulaire, enfeutrés, qui renferment un petit nombre de cellules plates de tissu connectif. Les veines, les capillaires et les nerfs ciliaires ont une gaine cellulaire particulière (Michel], formée de cellules endothéliales particulièrement riches en protoplasnr.a (gaine périthéliale). Les vaisseaux nourriciers de la sclérotique, représentant de petites artères, des veines et des capillaires, sont rares et se rencontrent principalement dans les couches superficielles, vers les régions antérieure et postérieure de la sclérotique.

Comme vaisseaux perforants, nous avons à citer les troncs des artères ciliaires qui se rendent à l'intérieur de l'œil, et les venœ vorticosœ. 11 est à remarquer ici que les artères ciliaires longues et antérieures, ainsi que les venœ vorlicosœ, et principalement ces dernières, traversent la sclérotique très obliquement. Dans le canal qui sert de passage aux vaisseaux, se trouve un peu de tissu connectif lâche avec de nombreuses cellules. En outre, comme l'a démontré Schwalbe, les venœ vorticosœ sont entourées d'espaces lymphatiques périvasculaires qui font communiquer l'espace périchoroïdien avec celui de la capsule de Tenon.

Les recherches sur les nerfs de la sclérotique n'ont jusqu'à présent conduit qu'à des résultats négatifs, ou du moins fort peu satisfaisants.

Comme particulièrement dignes de fixer notre attention, il faut signaler les zones limitantes de la sclérotique, qui sont les surfaces interne et externe de la sclérotique, l'entrée du nerf optique et la limite scléro-cornéenne.

Pour ce qui concerne la surface scléroticale externe, notons que, jusque vers l'insertion des muscles droits, et encore un peu plus en arrière, la sclérotique se trouve recouverte par la conjonctive bulbaire. Les faisceaux lâches du tissu cellulaire sous-conjonctival se réunissent ici directement avec ceux de la sclérotique, de manière que les traînées fibrillaires, qui appartiennent au tissu cellulaire sous-conjonctival, continuent, en petite partie au moins, à cheminer dans le territoire de la sclérotique.

Quant au rapport des tendons musculaires avec la sclérotique, ces tendons se différencient très nettement, sur des coupes, par des traînées fibrillaires qui affectent la même direction dans le tissu sclérotical ambiant et s'enfoncent dans celui-ci à la manière d'un cône; en sorte qu'une couche externe de fibres scléroticales entre-croisées couvre les tendons, dont les fibres prennent, pour ce qui concerne les muscles droits, la direction des faisceaux fibrillaires méridionaux, et, pour les tendons des muscles obliques, celle des faisceaux équatoriaux.

Derrière l'insertion des muscles, la sclérotique est délimitée, en dehors, par la couche de tissu cellulaire qui constitue le feuillet interne de l'espace de Tenon. Cette couche se montre, après imprégnation avec l'argent, recouverte d'un revêtement endothélial. Cet endothélium repose donc sur une mince couche de tissu connectif lâche, tissu épiscléial qui, uni à l'endothélium, forme, à proprement parler, la limite interne de l'espace de Tenon.

La surface interne de la sclérotique, qui regarde la choroïde, est, comme la surface externe de cette dernière, garnie, à partir de l'entrée du nerf optique jusqu'au bord seléro-cornéen, d'un revêtement d'endothlium à larges cellules, ainsi que l'a constaté Schwalbe. Entre la

choroïde et la sclérotique, se trouvent tendus des vaisseaux et des brides formées d'un tissu particulier, composé de minces pellicules élastiques. Cet espace, en fente sphérique, mais entrecoupé, placé entre la sclérotique et la choroïde, que Scliwalbe appelle « espace périchoroïdal », représente un espace lymphatique.

La façon suivant laquelle la sclérotique est disposée autour de Ventrée du nerf optique présente un intérêt particulier. Pour élucider ce point, il importe, de bien se rendre compte delà disposition de la gaine du nerf optique. Celle-ci comprend, en allant de dehors en dedans, trois et même quatre couches différentes : 1° la gaine fibreuse externe; 2° l'espace lymphatique intervaginal, avec son système particulier de trabécules (espace subvaginal de Scliwalbe). Cet espace, ainsi que la gaine fibreuse externe, se subdivise, à la rigueur, de nouveau en deux portions, attendu que l'arachnoïde du cerveau se continue aussi le long du tronc du nerf optique. Par conséquent, la gaine externe doit être divisée en deux feuillets : un épais, « gaine durale », et l'autre mince, « gaine arachnoïdale ». Chez l'homme, il se trouve entre ces deux gaines une fente très étroite, la continuation de l'espace subdural. Entre la gaine arachnoïdale et la gaine sous-jacente ou gaine interne, est alors placé un autre espace plus large, qui est une continuation de l'espace subarachnoïdal. Ces deux espaces forment ensemble l'espace lymphatique intervaginal. Vient alors, 3°, la gaine interne du nerf optique ou «gaine piale », mais qu'on peut, elle aussi, subdiviser en deux couches différentes, savoir : une couche voisine de l'espace lymphatique, et dans laquelle, au moins près de la sclérotique, prédominent les fibres circulaires, et une couche interne la plus voisine des fibres du nerf qui, elle, renferme des fibres fines et longitudinales (Waldeyer). Cette dernière couche représente, en quelque sorte, le névrilème du nerf optique.

De chacune de ces trois couches, ou des quatre, si l'on subdivise la dernière décrite, des libres se rendent dans la sclérotique. Dans cette membrane, on peut, à proximité de l'entrée du nerf optique, distinguer une couche externe, dans laquelle prédominent les fibres équatoriales, et une interne, plus riche en traînées méridionales, et qui paraît plus solidement tissée et plus résistante. La gaine externe du nerf optique se rend directement dans la couche externe de la sclérotique. Immédiatement avant de se réfléchir dans la sclérotique, celte gaine se laisse aisément subdiviser en plusieurs feuillets.

La gaine interne (piale) s'étend de la même façon, d'une manière continue, dans la couche interne et solide de la sclérotique, et cela principalement pour ce qui regarde sa couche de fibres circulaires, qui change ainsi peu à peu la direction de ses fibres en traînées méridionales. La couche la plus interne, celle du névrilème, se rend partiellement dans la couche la plus interne de la sclérotique; mais, en majeure partie, elle fournit les fibres des faisceaux de la lame criblée.

L'espace lymphatique intervaginal s'étend, chez les divers individus, différemment loin en avant, ordinairement encore assez loin pour s'insinuer, sous forme de fente étroite, sur un court parcours entre les deux couches sclérales, l'interne et l'externe. Parfois, il pénètre aussi assez loin dans la région scléroticale propre. Les trabécules de conformation particulière qui le traversent se rattachent, sans choix propre, aux deux feuillets scléroticaux, et cela, peu à peu, entre les traînées de fibres de ces derniers. Les gaines endothéliales de ces trabécules ne seraient pas, suivant Waldeyer, partout non interrompues, ainsi que le veut Schwalbe. Ce dernier auteur trouve aussi, dans tous les espaces lymphatiques du globe déjà décrits, que les cellules endothéliales sont intimement réunies entre elles, formant ainsi des membranes qu'il appelle « pellicules endothéliales ».

Parmi les particularités propres à certaines espèces, signalons la richesse en pigment de la sclérotique du cheval, du bœuf et du cochon d'Inde. En général, l'épaisseur de la sclérotique décroît en raison directe de la grandeur du mammifère; ainsi, par exemple, chez la souris, la sclérotique parait à peine plus forte que la choroïde. Tandis que la réunion de l'uvée à la sclérotique est relativement intime chez le porc et la souris, elle est lâche chez l'homme, le bœuf et le cheval. Les oiseaux portent généralement, vers la périphérie antérieure de leur sclérotique, un anneau osseux recouvert sur ses deux surfaces de tissu connectif fibrillaire. Chez certaines espèces, il se rencontre encore un second anneau osseux postérieur. Les batraciens anoures offrent une sclérotique à substance fondamentale cartilagineuse. Les reptiles se rapprochent des oiseaux par l'apparition d'un anneau sclérotical osseux plus ou moins ferme.

19u CORNÉE ET SCLÉROTIQUE.

BORD CORNÉO-SCLÉRAL

La région du bord corneo-scleral est une des plus importantes du globe de l'œil. Nous avons ici successivement à étudier : 1° la transition de la substantiel propria cornea en tissu connectif propre de la sclérotique; 2° le passage de la conjonctive sur la cornée; 3° la portion postérieure du bord cornéen, avec les parties périphériques de la membrane de Descemet, le réseau à mailles de Fontana (l'espace de Fontana), le canal de Schlemm, ainsi que l'insertion du muscle ciliaire et les dispositions histologiques de la caméra oculi anterior.

1° La transition de la sclérotique en cornée est, pour ce qui regarde le tissu fondamental cellulaire des deux membranes, continue et directe. Les faisceaux de tissu cellulaire de la sclérotique passent, sans interruption ni séparation, avec leurs fibrilles dans les aisceaux ou les fibrilles de la cornée; les espaces lymphatiques, ainsi que les canalicules de la cornée et de la sclérotique, communiquent directement les uns avec les autres à la limite des deux membranes. Les cellules scléroticales ne se différencient particulièrement en rien des cellules cornéennes. Dans le parcours et l'arrangement des faisceaux de fibres, dans la forme des espaces et des canalicules, les modifications sont insignifiantes. Sous un faible grossissement, un contour indécis (fig. 120) indique, entre la cornée et la sclérotique, la ligne de démarcation ; c'est ici que les fibrilles scléroticales passent dans le parcours plus régulier des fibrilles de la cornée, et les espaces lymphatiques se serrent un peu plus.

2° Pour ce qui concerne le passage de la conjonctive bulbaire sur la cornée, il ne peut tout d'abord pas exister de doute que l'épithélium cornéen ne soit la continuation directe de la conjonctive. La membrane basale antérieure se termine progressivement en s' effilant et en prenant de plus en plus un aspect fibrillaire, pour se confondre avec les couches plus denses juxtaposées à l'épithélium et qu'on désigne sous le nom de tunica propria de la conjonctive. Les fibres du tissu conjonctival lâche ne se délimitent pas non plus d'une manière nette, mais envoient des fibres qui se continuent exactement sous la membrane anhiste antérieure de la cornée. Nous avons d'ailleurs déjà parlé plus haut d'une couche conjonctivale, autrement dite cutanée, de la cornée.

3° Avec les parties périphériques de la membrane de Descemet et les tissus qui s'y rattachent, nous avons à étudier le réseau de trabécules caverneuses de l'encoignure de l'iris, et les espaces assez étendus qu'il renferme, le canal de Schlemm et celui de Fontana.

L'angle aigu, placé entre l'iris et la jonction scléro-cornéenne, représente une région particulièrement intéressante, que l'on peut désigner sous le nom d'angle indien (Waldeyer). Dans cet angle se rencontrent : 1° la racine de l'iris; 2° la partie fondamentale du tissu cellulaire du corps ciliaire; 3° la musculature de l'accommodation; 4° les parties les plus postérieures et les plus périphériques de la cornée et de la membrane de Descemet, ainsi que leur endothélium; 5° la sclérotique. Au point de jonction de toutes ces parties, se développe, par la confluence de leur substance fondamentale et connective propre, un tissu caverneux particulier qui remplit et arrondit plus ou moins l'angle iridten.

La niasse fondamentale de ce tissu caverneux est composée de trabécules aplati, élastiques, qui prennent parfois, et cela principalement vers la membrane de Descemet, le caractère de lamelles fenètrées. Comme contribuant particulièrement à la formation de ce réseau de trabécules, il faut, suivant Waldeyer, signaler, chez l'homme, les tendons élastiques et le tissu cellulaire intra-nuisculaire de la partie méridionale du muscle ciliaire (fig. 120).

Schwalbe a démontré que le tissu de l'angle iridien renferme deux traînées de faisceaux en forme d'anneau. Il les désigne sous les noms d'anneaux délimitants antérieur et postérieur. L'anneau antérieur (fig. 120, n° 9) naît immédiatement à la périphérie, près de la partie verrnqueuse de la membrane de Deseemet (fig. 121), à laquelle s'attachent les trabécules les plus externes du soi-disant lig. iridis pectinatum, dont il sera question tout à l'heure. Cet anneau est composé de fibres qui, naissant dans la substance homogène de la portion postérieure de la membrane de Descemet, prennent une direction circulaire. L'anneau délimitant postérieur (fig. 120, n° 10) se trouve situé vers l'angle postérieur, près du canal de Schlemm, et est formé par la réunion des plaques élastiques percées qui se trouvent au voisinage dit canal et forment en partie sa paroi interne. C'est à cet anneau postérieur que sont, suivant Schwalbe, attachées les fibres du muscle ciliaire.

La membrane de Descemet, en se dissociant vers la périphérie en plaques et fibres élastiques, prend une seconde et principale part à la formation du réseau trabéculaire dont nous

Fig. 120. — Section méridionale à travers le bord cornéo-scléral d'un homme d'environ trente ans. — Conjonctive, sclérotique, cornée, avec leurs régions limitantes : muscle ciliaire, iris, procès ciliaires, tissu de l'angle iridien avec le canal de Schlemm et les lacunes homologues de l'espace de Fontana. (Hartnack, III, tube rentré.)

A, épithélium conjonctival et eornéen; — B, conjonctive scléroticale ; — C, sclérotique; — D, membrane suprach'jroïdea ; — E, région du muscle ciliaire; — F, tissu do la choroïde et des procès ciliaires; — G, tapetum nigrum et pars ciliaris rctinse; — H, cornée (substance propre); — J, iris; — K, faisceaux méridionaux du muscle ciliaire ; — L, faisceaux équatoriaux du muscle ciliaire ; — M, faisceau du muscle ciliaire qui s'attache en arrière à la sclérotique (homologue du M. cramptonianus des oiseaux) ; — N", tissu de l'angle do l'iris; — 0, angle de l'iris; — P, racine de l'iris. — 1, lamelle anhiste antérieure de la cornée; 2. membrane do Descemet avec l'endothélium de la chambre antérieure; celui-ci se continue d'une manière non interrompue sur le tissu de l'angle de l'iris et la surface indienne ; 3, lacunes d'une certaine étendue dans le tissu trabéculairc de l'angle iridien et homologues des espaces de Fontana. Les trabécules juxtaposées allant vers l'angle iridien, et qui séparent ces lacunes de cet angle, sont les prolongements iridiens deRollctt; i, canal de Schlemm, garni d'endothélium ; 5, vaisseaux qui s'ouvrent dans le canal de Schlemm; 6, vaisseaux sanguins du plexus ciliaire de Leber; 7, forts faisceaux équatoriaux de la sclérotique à l'entourdu canal de Schlemm, faisceaux garnis de vastes espaces lymphatiques qui communiquent avec ceux de l'angle iridien; 8, faisceaux de la sclérotique coupés obliquement; 9, anneau terminal antérieur du muscle ciliaire (fibres coupées transversalement); 10, anneau terminal postérieur (insertion des faisceaux méridionaux du muscle ciliaire); 11, coupe transversale de vaisseaux sanguins conjonctivaux et scléraux; 12, coupe transversale d'une artère ciliaire.

CORNÉE ET SCLÉROTIQUE

traitons. Une quantité égale de fibres est aussi envoyée par les parties juxtaposées de la cornée. Les fibres de la sclérotique, au proche voisinage du canal de Schlemm, sont aussi, de leur côté, en continuation directe avec le réseau trabéculaire, et il est remarquable qu'en cet endroit se montre, dans la sclérotique, un nombre surprenant de fibres circulaires (fig. 120, n° 7). Chez l'homme, l'iris, en perdant son pigment, n'entre que pour une part relativement minime dans la constitution de ce réseau trabéculaire. Tout à fait restreint est le concours que prête à sa formation le corps ciliaire, car la racine de l'iris et le muscle ciliaire, allant à la rencontre l'un de l'autre, séparent en quelque sorte le corps ciliaire de ce réseau.

Chez le bœuf, le cheval, le porc et d'autres animaux, on voit partir du tissu iridien des trabécules pigmentées et isolées les unes des autres, qui se rendent à la surface postérieure de la membrane de Descemet, pour s'y perdre insensiblement (prolongements iridiens, de Rollett). Ces prolongements forment en quelque sorte un système de palissades, placé audevant du réseau trabéculaire et caverneux à mailles étroites de l'angle iridien, et laissent

entre eux des espaces assez larges et vastes, les espaces , de Fontana, car on aurait tort de parler ici d'un canal.

Chez l'homme (fig. 121), de forts prolongements irridiens n'existent pas. Par contre, il se trouve, dans la partie du tissu trabéculaire le plus proche de la chambre antérieure, des trabéeules plus fortes et pigmentées, qui naissent de la racine iridienne et qui ne vont que jusque vers l'anneau terminal antérieur, sans atteindre la membrane de Descemet. Ce sont ces trabécules de plus fort calibre auxquelles on a donné, depuis Hueck. le nom de lig. pectinatum iridis, et dont les mailles représentent l'espace de Fontana des animaux.

De même qu'il existe en arrière, au fond de l'angle iridien, les espaces de Fontana, nous avons à signaler en avant, le, canal de Schlemm. Schwalbe décrit la configuration de ce canal de telle façon qu'il existerait près du bord scléro-carnéen une rainure circulaire, la rainure sclérale de Schivalbe; cette rainure, couverte du côté du muscle ciliaire et de la membrane de Descemet, par le tissu trabéculaire et caverneux susdécrit, se transformerait en canal qui serait le canal de Schlemm. Toutefois, il faut noter que toute trace d'une pareille rainure fait parfois défaut, et qu'on peut rencontrer là le tissu trabéculo-caverneux de l'angle iridien. En principe, le canal de Schlemm ne diffère pas, quant à sa conformation, des espaces de Fontana. Tous les deux consistent dans des lacunes du tissu de l'angle iridien de diverses grandeurs, seulement placées en des endroits différents.

Le canal de Schlemm, que Waldeyer place en totalité dans la sclérotique, se présente d'ordinaire, sur une coupe méridionale (fig. 120), sous la forme d'un espace triangulaire ou parfois d'un ovale à extrémités effilées. Sur de pareilles coupes, on rencontre très souvent un vaisseau (5, fig. 120) qui aboutit dans la paroi antérieure et est placé presque à angle droit vers le canal. Ce vaisseau marche directement vers les veines profondes de la sclérotique et se remplit, par injection, avec elles. Ni Schwalbe, ni Waldeyer n'ont pu découvrir de valvules dans ces vaisseaux. D'autres vaisseaux, assez régulièrement placés en avant et en dehors du canal de Schlemm, se rencontrent aussi sur des coupes. Ces vaisseaux, qui se remplissent également par des injections veineuses, et présentent, du reste, la structure des veines, appartiennent au plexus ciliaire veineux décrit par Leber (fi, fig. 120). ..

Enfin, il est indiqué dans la littérature, sous la dénomination de circulas venosus Hovn, un plexus d'espaces vasculaires de cette région, dont l'interprétation n'est pas bien définie.

Fig. 121. — Région du passage de la membrane de Descemet à l'angle iridien : verrues, anneau délimitant antérieur, trabécules de l'angle iridien (prolongements iridiens), endothélium de la chambre antérieure. (Préparation prise sur un homme d'environ trente ans(Hartnack, IV, tube rentré).

1, région de la membrane de Descemet, portant des verrues entremêlées de cellules endothéliales altérées ; 2, même région sans cellules endothéliales; 3, cellules endothéliales de forme ordinaire; 4, anneau circulaire (fibres équatorialcs); 5, prolongements de l'iris; 6, cellules endothéliales sur les prolongements de l'iris.

Ces espaces, qui n'ont rien de commun avec les canaux de Schlemm et de Fontana, ne représenteraient autre chose qu'une couronne d'anastomoses des vasa vorticosa.

Si Ton poursuit l'endotliélium de la chambre antérieure, on voit que celui-ci se rend, de la membrane de Desccmet, sur les prolongements indiens en les garnissant complètement d'une gaine (fig. 121). De là partent des cellules plates qui pénètrent, en s'adossant toujours aux trabécules du tissu de l'angle iridien, jusque dans les plus petites lacunes de ce tissu. Ces espaces vont, en décroissant, se confondre vers la cornée, la sclérotique, l'iris, le muscle ciliairc et le corps vitré avec les canaux du suc de ces divers tissus, espaces qui finissent par ne plus renfermer qu'une seule cellule (cellules sclérales, cornéennes, etc.).

Le canal de Schlemm est aussi garni de cellules endothéliales plates, et comme ses parois sont constituées par des plaques perforées, ce canal s'ouvre aussi par des voies de communication, ayant l'aspect de pores, vers le tissu de l'angle iridien et de là, finalement, dans la chambre antérieure. En réalité, le canal de Schlemm, ainsi que les veines de la sclérotique (fig. 120, n° 5), se remplissent constamment par des injections pratiquées du côté de la chambre antérieure; mais l'injection de ce canal, ne peut, par contre, être obtenue en agissant sur l'artère ophthalmique ou la veine cave supérieure; ce qui résulte vraisemblablement de ce que les vaisseaux communiquant avec ce canal sont pourvus de valvules (dont la présence n'a pu cependant être démontrée). Aussi Schwalbe et Waldeyer n'hésitent pas à ranger le canal de Schlemm dans le système de lacunes du tissu de l'angle iridien, et à le classer ainsi dans l'appareil lymphatique. D'ailleurs des corpuscules sanguins ne se rencontrent jamais dans ce canal, et cela en dépit de ses connexions avec les veines sclérales. Ce n'est que dans des conditions tout à fait exceptionnelles (chez les pendus) que la présence du sang dans le canal de Schlemm a été observée.

L'humeur aqueuse aurait donc, suivant Waldeyer, deux principales voies d'écoulement l'une par le système caniculaire ou par le ciment des tissus voisins, dont la communication est établie par la continuité des espaces lymphatiques avec ceux du tissu caverneux de l'angle iridien; l'autre, par le canal de Schlemm et le concours de veines sclérales.

L'endothélium de la membrane de Descemet se continue au delà des trabécules de l'espace de Fontana sur la surface de l'iris, et complète ainsi le revêtement endothéllial de la chambre antérieure, qui, chez l'adulte, n'est interrompue que par la pupille et forme ainsi un sac presque clos. Près du bord pupillaire l'endothélium de la face antérieure touche l'épithélium de la face postérieure de l'iris, remarquable contact qui s'établit au moment de la disparition de la membrane pupillaire.

La sclérotique ne possède pas plus que la cornée de véritables vaisseaux lymphatiques avec des parois propres ; deux espaces lymphatiques, connus sous les noms d'espace périchoroïdal et d'espace de Tenon, limitent cette membrane, l'un à sa surface externe, l'autre à sa surface interne. A ces deux espaces lymphatiques, s'associent ceux déjà décrits dans les gaines du nerf optique (supravaginal et intervaginal), ainsi que le système des lacunes de la sclérotique.

L'espace périchoroïdal communique d'abord avec celui de Tenon au moyen des fentes lymphatiques qui entourent, comme d'une gaine annulaire, les vasa vorticosa. Si l'injection est poussée avec une certaine force, elle remplit aussi les lacunes de la sclérotique ; mais d'autres cavités lymphatiques du bulbe ne peuvent être injectées par l'espace périchoroïdal. Par contre, ce dernier peut être rempli à travers les lacunes de la sclérotique, en injectant par l'espace intervaginal (subvaginal). Enfin une injection peut passer de l'espace subvavaginal (intravaginal) dans l'espace supravaginal (à travers des fentes lymphatiques occupant la gaine externe du nerf optique) et dans celui de Tenon. De ce dernier point, on peut aussi injecter l'espace périchoroïdal.

Quelle voie suit la lymphe pour sortir de la chambre antérieure? Nous avons déjà mentionné l'union qui existe entre celte chambre antérieure et le système veineux de la sclérotique. Quant à l'existence d'une voie d'écoulement normale, elle serait, suivant Waldeyer, très douteuse. Ce qui, à cet auteur, paraît le plus vraisemblable, c'est que le liquide de la chambre transsude peu à peu à travers les lacunes de la cornée, de la sclérotique et du muscle ciliaire, le tissu caverneux du ligament suspenseur de l'iris devant à cet égard être pris en considération.

D'après les recherches de Schwalbe, les courants lymphatiques dont il a été question plus haut se déversent par l'espace supravaginal dans la cavité lymphatique cérébrale connue sous le nom d'espace subdural.

Outre les espaces sus et sous-vaginal, il existe encore, d'après de récentes recherches, une troisième cavité lymphatique, que Waldeyer désigne sous le nom d'espace permettrai,

DE YVECKER ET MA.SSELON. 13

et qui se trouve entre la gaine interne du nerf optique et la substance propre de ce nerf. D'après Axel Key et Retzius, cet espace ne communiquerait pas avec la cavité subdurale, mais bien avec l'espace subarachnoïdal de la boîte crânienne. En réalité, il existe une communication entre les trois espaces qui entourent le nerf optique et ses gaines.

Pour résumer ce qui a rapport aux lymphatiques de l'œil, on peut, avec Schwalbe, distinguer deux courants lymphatiques : un antérieur, l'autre postérieur. L'antérieur embrasse les paupières, la conjonctive, la cornée et aussi les parties voisines de la sclérotique ; il possède sur les paupières et la conjonctive une voie d'écoulement ordinaire (des vaisseaux), dont le trajet n'est pas entièrement élucidé, et un espace lymphatique, la chambre antérieure, qui communique avec les veines; peut-être aussi a-t-il encore dans les lacunes de la cornée et de la sclérotique, les vaisseaux de l'iris et du muscle ciliaire, d'autres voies d'échappement.

Le courant lymphatique postérieur est immédiatement en rapport avec le cerveau. Nous avons ici affaire à un système de fentes, de canaux et à des espaces. Ces derniers : périchoroïdal, de Tenon, supravaginal, subvaginal et périneural, communiquent plus ou moins directement les uns avec les autres et débouchent tous, par l'entremise des espaces périneural, subvaginal, ou dans l'espace subarachnoïdal, ou dans le subdural.

ARTICLE PREMIER

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