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INFILTRATION PROFONDE

moule peu profond, à bords mousses, et recouverte d'une couche épitliéliale qui la rend par conséquent miroitante et qui lui communique souvent à l'éclairage artificiel un chatoiement particulier.

■ Cette affection, qui atteint surtout les enfants, ne s'accompagne guère de symptômes inflammatoires ou irritatifs sensibles. A peine l'œil tend-il à rougir ou à pleurer sous l'influence du vent, ou après une application un peu soutenue. Un autre signe caractéristique de ces ulcères par absorption est leur état stationnaire. Ce n'est qu'à la longue, parfois après des mois, que peu à peu, sous l'influence d'une vascularisation notable, le fond de l'ulcère remonte et rentre dans le niveau de la surface cornéenne; mais, en général, ce nivellement n'est qu'apparent, et il persiste une facette, entraînant un astigmatisme irrégulier plus ou moins préjudiciable à la vision.

Le traitement de cette forme d'ulcère exige l'emploi des moyens irritants. Ceux-ci consistent dans l'emploi journalier de la pommade au précipité jaune, de la lanoline hydrargyrique, ou d'insufflations de calomel. Aux malades qui ne peuvent se présenter journellement à la consultation, on ordonne l'usage d'un collyre au laudanum (parties égales de laudanum et d'eau distillée), ou de faibles pommades au précipité rouge (au quinzième, au vingtième), en y joignant des compresses antiseptiques chaudes.

KÉRATITE PROFONDE

A. Infiltration profonde.

De même que pour la kératite superficielle, dont le type inflammatoire était l'infiltration, nous rencontrons ici une forme circonscrite et une forme diffuse.

\° Infiltration circonscrite (sclérosante). — L'infiltration profonde et circonscrite apparaît par foyers arrondis, soit dans les parties centrales, soit vers le bord de la cornée, où les côtés s'effilent plus ou moins le long de la limite cornéenne. Souvent, il se montre deux ou même plusieurs foyers de couleur gris bleuâtre, réunis entre eux par des traînées linéaires à points interrompus, que l'éclairage oblique nous révèle comme étant situées bien plus superficiellement que les foyers principaux. La couche épithéliale montre au-dessus des parties infiltrées une légère irrégularité. Mais l'affection n'a aucune tendance à se transformer en abcès ou en ulcère. Son caractère particulier est de rester longtemps stationnaire, tout en se compliquant plus ou moins d'irritation du côté de la partie antérieure du tractus uvéal ou du tissu épiscléral et scierai même. Cette dernière complication, l'épi— scléritis, s'observe surtout lorsque l'infiltration siège vers le bord cornéen, tandis que l'iritis accompagne plus particulièrement les infiltrations profondes occupant les parties centrales de la cornée.

A l'inverse de ce qu'on rencontre dans les infiltrations superficielles, les signes inflammatoires font souvent défaut, quoique les complications si fréquentes du côté de l'iris, l'apparition de douleurs ciliaires sourdes, dénotent que la maladie a une importance bien plus grande.

En général, l'infiltration circonscrite et profonde a peu de tendance à se dissiper

en totalité; dans certaines parties les cellules infiltrées s'organisent et le tissu cornéen comprimé n'arrive plus à acquérir son ancienne transparence. Cette tendance de l'infiltration à se scléroser est d'autant plus prononcée, qu'elle siège plus près du bord cornéen, ou qu'elle l'occupe même. Dans ce cas, l'on peut voir persister comme un véritable empiétement de la sclérotique sur la cornée.

L'infiltration circonscrite profonde, plus fréquente chez la femme que chez l'homme, se rencontre surtout sur des sujets voisins de la quarantaine; on l'observe parfois chez des rhumatisants, et, dans un certain nombre de cas, elle concorde avec une infection syphilitique ancienne.

Le traitement devra consister, localement, dans l'emploi de fomentations chaudes, avec une infusion de camomille ou de feuilles de belladone. Si l'inflammation tend à envahir l'iris, on prescrira un collyre d'atropine. Par ces moyens, on peut parfois obtenir la vascularisation des parties infiltrées et, avec la disparition des symptômes irritatifs du côté de l'iris, un éclaircissement sensible dans la portion infiltrée de la cornée. Les transpirations obtenues avec les injections de pilocarpine, faites journellement avec 5 à 6 gouttes d'une solution au dixième, peuvent rendre de très grands services. Simultanément, on conseillera, si le rhumatisme est en cause, l'emploi journalier de 2 à 3 grammes de salicylate de lithine; ou on pratiquera chaque jour une injection sous-cutanée avec 10 gouttes d'une solution de sublimé, à un centième, et on donnera conjointement l'iodure de potassium, dans les cas où la syphilis devra être incriminée.

Bien que l'iridectomie et la sclérotomie présentent certains avantages, dus aux changements de nutrition qu'elles opèrent dans la cornée, il faut se souvenir que, dans cette affection, les sections faites dans la cornée, ou dans son proche voisinage, offrent l'inconvénient de devenir fréquemment le point de départ d'une opacité (par sclérose cornéenne), qui, elle-même, vient s'adjoindre aux opacités qui existent déjà, pour troubler ainsi le résultat optique.

L'opération par excellence, qui peut non seulement éclaircir les parties infiltrées, mais encore s'opposer à ce que de nouveaux foyers se forment, consiste dans l'abrasion conjonctivale (voy. p. 211), qui s'impose surtout pour les infiltrations sclérosantes du bord cornéen, ainsi que les pointes de feu voisines du bord cornéen sclérosé. Cette dernière opération peut même être pratiquée dans la période aiguë; elle a alors pour effet de diminuer sensiblement la durée de l'affection.

2° Infiltration profonde diffuse; kératite interstitielle, parenchymateuse. — Cette inflammation de la cornée se caractérise par une opacité grisâtre qui se répand plus ou moins rapidement sur toute l'étendue de la cornée, ou s'y propage de proche en proche, du bord cornéen vers le centre ou inversement, pendant que les phénomènes inflammatoires sont très peu accusés du côté de la cornée et du tissu cellulaire sous conjonctival. L'opacification est uniforme, quoique, en général, d'intensité variable sur divers segments d'une cornée atteinte en totalité; c'est à peine si, à l'éclairage oblique et avec un grossissement fort, on peut y apercevoir un pointillé irrégulier ou un dessin de stries. Peu à peu l'opacification devient plus épaisse; alors la cornée perd son brillant et, en la faisant miroiter, on voit que la couche épithéliale est devenue rugueuse et semble avoir été piquetée avec une pointe d'aiguille.

Très souvent, la kératite n'affecte pendant assez longtemps qu'une partie de la cornée, située en général à la périphérie, et gagne insensiblement là membrane tout entière, mais quelquefois avec une lenteur telle, que les points, pris les pre-

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