C. Ulcère profond de la cornée
Nous pouvons, au point de vue clinique, distinguer trois variétés d'ulcère profond. Ce sont : a. l'ulcère non inflammatoire, asthénique; b. l'ulcère inflammatoire, sthénique; et c. l'ulcère infectant ou rongeant de la cornée (1).
a. Ulcère profond non inflammatoire ou asthénique de la cornée.
Ce genre d'ulcère, qui se développe d'emblée (sans être précédé d'abcès), de préférence dans les parties centrales ou tout à fait sur la limite même de la cornée, ressemble beaucoup à la variété superficielle que nous avons décrite sous le nom d'ulcère par absorption. On rencontre également ici une perte de substance entourée d'une partie de cornée, en apparence, tout à fait saine. Les bords sont taillés à pic dans un tissu transparent ; à peine l'éclairage oblique nous révèle-t-il une légère teinte grisâtre, composée de petites stries rayonnantes dirigées de la périphérie vers le fond de l'ulcère.
Ces ulcères ont d'ordinaire des contours arrondis, que limite le bord cornéen pour la forme périphérique. Si l'ulcère a peu d'étendue, comme il arrive souvent lorsqu'il siège
p. 351) s'exprime ainsi : « Il résulte de ces observations (inoculations de la cornée) que les champignons, qui se développent dans la cornée, exercent une action lointaine suites parties avoisinantes, bord cornéen, conjonctive, iris, etc., en provoquant dans ces parties une hypérémie inflammatoire, une exsudation et une immigration de leucocytes. Cette action à distance ne peut pas être rapportée à l'intervention de nerfs sensitifs ou à une action réflexe, comme on l'a autrefois souvent pensé. La kératite neuro-paralytique démontre, que, pour la production d'une inflammation suppurative, la conservation de conductibilité dans les nerfs sensitifs n'est pas nécessaire. »
(1) On désigne particulièrement la forme rongeante comme ulcère infectant, quoique tous les genres d'ulcérations se rapportent à l'infection. Le plus ou moins d'irritation dépend du genre d'infection et des conditions nutritives que rencontrent les micro-organismes pour leur développement dans la cornée.
vers la périphérie, on est frappé de sa profondeur et on s'étonne qu'il ne détermine pas une perforation brusque. Pour les ulcères asthéniques siégeant dans les parties centrales de la cornée, on n'assiste guère à une telle persistance d'un creusement profond de la cornée, attendu que ces ulcères ont généralement une étendue plus grande, et que, lorsqu'ils ont atteint une certaine profondeur, la membrane de Descemet se bombe en avant et vient se mettre au niveau de la surface de la cornée, ou même la dépasse (kératocèle). La parfaite transparence du bord et du fond de ces ulcères peut tromper l'observateur sur l'imminence d'une perforation, à laquelle ils aboutissent aisément.
Le caractère clinique particulier de l'ulcère asthénique profond est la très longue persistance de l'affection qui, sans s'étendre sensiblement, sans provoquer des symptômes irritatifs bien marqués, dure ainsi des semaines ou même des mois sans aboutir à une guérison. Ce n'est qu'après la perforation que l'on voit l'affection prendre une allure plus vive, ou, pour la forme périphérique, lorsqu'un nombre plus ou moins considérable de vaisseaux commence à se développer.
La ressemblance de l'ulcère asthénique profond et de l'ulcère par absorption est souvent telle que, si ce n'était la tendance du premier à aboutir fréquemment à la perforation et à acquérir une étendue et une profondeur plus considérables, il serait bien difficile d'établir une distinction entre cet ulcère perforant et l'ulcère simple par absorption.
L'étiologie de celte variété d'ulcère est assez obscure, comme origine infectieuse. Nous la voyons dans de nombreux cas se développer chez des personnes qui ont à différentes reprises souffert de kératites superficielles. Le plus souvent, l'ulcère profond asthénique se développe, non chez des enfants, mais sur des adultes. Parfois les deux yeux se trouvent atteints ^en des points symétriques, surtout dans la forme marginale, circonstance qui pourrait faire songer à un défaut de sensibilité ayant facilité l'infection en deux points symétriques.
Pour ce qui regarde le traitement, on associera les paracentèses répétées aux pansements à l'iodol, à l'iodoforme et à l'ésérine, joints à l'usage du bandeau compressif et des fomentations chaudes, et on ne se décidera à recourir aux irritants que lorsque le fond de l'ulcère sera presque rentré clans le niveau de la surface cornéenne. L'emploi du jéquirity peut donner des résultats excellents, en abrégeant très notablement la durée de l'affection, qui guérit alors avec bien moins d'opacité.
b. Ulcère profond inflammatoire (sthénique).
Ce qui caractérise ce genre d'ulcération, ce n'est pas l'irritabilité de l'œil qui peut être minime, mais ce sont les signes inflammatoires manifestes, par infection, que montre la lésion cornéenne. Ainsi les bords et le fond de l'ulcère sont infiltrés de leucocytes et une quantité variable de tissu nécrosé adhère à ces points. Cet état persiste aussi longtemps que dure la période de progression, l'action infectante, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'une couche épithéliale vienne recouvrir l'ulcère, qui entre alors dans la phase de réparation.
Ces symptômes inflammatoires ne se localisent pas seulement autour de l'ulcère, mais rayonnent sur le voisinage, et des signes d'iritis, l'accumulation d'une quantité variable de pus dans la chambre antérieure, sous forme d'hypopyon, s'observent communément. Toutefois cette irradiation, lorsqu'elle se limite à la partie antérieure du tractus nvéal, n'implique pas l'apparition de symptômes irritatifs accusés, sauf parfois au début, lors de la destruction de la superficie de la cornée, et l'on