ULCÈRE INFECTANT OU RONGEANT
peul voir encore, avec une chambre antérieure à demi remplie de pus et la formation de nombreuses synéchies, les douleurs ciliaires, la photopliobie, le larmoiement et le blépharospasme faire plus ou moins défaut.
Cette forme d'ulcère montre généralement une tendance à aboutir à la perforation, en laissant une cicatrice d'autant plus apparente que l'étendue de l'ulcère était plus considérable.
Au point de vue et io logique, il est surtout à noter que ces ulcérations se développent souvent à la suite de traumatismes, et que ce sont encore principalement les yeux qui ont passé par des processus inflammatoires superficiels, montrant des cicatrices ou présentant encore une vascularisation, qui sont le plus souvent atteints. Pareils ulcères se développent aussi quelquefois sur des yeux affectés de véritable pannus granuleux incomplet, quoique la vascularisation de la cornée soit, en quelque sorte, une garantie contre une destruction étendue. La transformation d'abcès en de tels ulcères s'observe de même assez souvent, et ceux-ci peuvent parfois revêtir un caractère neuro-paralytique (ulcères des vieillards). L'étiologie est donc aussi variée que la forme, l'étendue et la marche que peuvent prendre ces sortes d'ulcères.
Le traitement consistera dans la compression, l'usage de l'ésérine et en cautérisations de l'ulcère avec le cautère galvanique, jointes à la détente de l'œil qu'on obtient par des paracentèses répétées, suivies de pansements à l'iodoforme et à l'iodol. L'emploi méthodique des fomentations chaudes peut aussi rendre ici de grands services pour accélérer la guérison. Mais il faut s'abstenir de la chaleur ainsi que de la compression, dès qu'il y a sécrétion abondante résultant d'une atïection conjonctivale. Dans ce cas, tout doit se borner à une propreté minutieuse, aux paracentèses et à l'usage interne des roborants, particulièrement de la quinine (iO à 60 centigrammes par jour). Enfin on tiendra sur l'œil des rondelles imbibées d'une solution boratéeàipour 100 ou d'une solution de sublimé à 0,20 pour 1000.
Le pronostic dépend essentiellement des données étiologiques et des symptômes inflammatoires concomitants du côté de la conjonctive, qui peuvent plus ou moins entraver l'intervention thérapeutique.
La formation d'une pupille artificielle, si la sécrétion conjonctivale est peu abondante, peut rendre aussi des services signalés lorsque l'ulcère occupe une certaine étendue, que son emplacement central engage à ouvrir aux rayons lumineux une voie plus favorable que celle que laissera la cicatrice et qu'on se propose de faire profiter l'œil de la détente qui suit l'iridectomie.
S'il s'établit une fistule permanente de la cornée, on a à redouter une hypérémie très considérable des membranes internes, par suite du défaut de tension intra-oculaire, puis un aplatissement de la cornée, avec diminution du diamètre du globe oculaire, et finalement l'atrophie de l'organe. Il sera donc urgent de tâcher d'obtenir la fermeture de la fistule par l'arrachement de ses parois à l'aide d'une pince fine, ou la destruction de celles-ci par la cautérisation galvanique, en adjoignant à ces moyens l'usage prolongé du bandeau compressif.
Nous indiquerons de quelle façon il faut agir lorsque de larges perforations se sont effectuées avec prolapsus de l'iris, en parlant de la variété de l'ulcère infectant.
c. Ulcère infectant ou rongeant.
Dans la forme infectante ou rongeante, la marche essentiellement progressive de l'ulcère, la rapidité de son évolution et le fait d'aboutir inévitablement à la perfo-
-j, iMÀLAUlES DE LA COKNEE.
ration constituent les traits caractéristiques. Celte variété se distingue encore par son caractère infectant, que révèle sa propagation constante dans une direction déterminée et désignée d'avance par une infiltration boursouflée et blanchâtre. En outre l'hypopyon est si fréquent, que, sur quatre cas, il ne manque qu'une fois.
L'image clinique de cette variété d'ulcère a particulièrement été tracée parM.Saemisch. Le début est assez insidieux. Généralement, au centre de la cornée, se montre une petite perle de substance ovalaire ou sphérique, d'une teinte faiblement grisâtre; elle est entourée d'un côté (le plus souvent en dehors ou en dedans, rarement en haut ou en bas) d'un croissant blanchâtre, composé habituellement de plusieurs rangées de petits points ou de stries. Ce bord dépasse le niveau de l'ulcère dont la profondeur est minime, il est boursouflé et envoie de légères stries grisâtres vers les parties périphériques de la cornée. L'ulcère s'agrandit en marchant constamment dans le sens du bord infiltré, ou mieux infecté, et sans que la pesanteur intervienne sur la fusion du pus.
Examine-t-on attentivement, à l'éclairage oblique, ces ulcères lorsqu'ils n'offrent encore que peu d'étendue, on se rend aisément compte des altérations qui se sont opérées dans la chambre antérieure. L'humeur aqueuse, légèrement trouble, paraît s'être en quelque sorte coagulée, sous forme d'une couche nuageuse ou vésiculeuse, vers la surface postérieure de la cornée avoisinant l'ulcère. Fréquemment, il part de ce dépôt un filament qui s'allonge vers le fond de la chambre antérieure et communique avec une collection de pus. A mesure que l'ulcère s'étend, ces dépôts augmentent, se condensent et finissent par former une épaisse couche de fibrine, infiltrée de globules de pus, et qui double la faible épaisseur de tissu cornéen constituant le fond de l'ulcère, devenu d'autant plus profond qu'il a gagné en étendue. La marche de l'affection peut être tellement rapide que presque toute la cornée se trouve ainsi rongée, plus ou moins profondément, dans l'espace de deux ou trois jours.
A un tel degré d'extension, une ou plusieurs perforations ne tardent pas à s'opérer dans le fond aminci de l'ulcère, qui peut alors regagner, après l'écoulement de l'humeur aqueuse et l'entraînement au dehors d'une partie des masses fibrineuses, une transparence marquée. A partir de ce moment, la régénération peut s'effectuer dans une portion excentrique de l'ulcère. Malheureusement, l'action curative de la perforation s'arrête souvent par une occlusion prématurée, au moyen des dépôts librineux de la chambre antérieure. Une très grande étendue du fond aminci de l'ulcère se sphacèle alors, l'iris, lui-même infiltré de pus, est chassé au dehors de l'œil largement ouvert, et, si une panophthalmitis n'éclate pas, la cicatrisation aboutit au développement d'un staphylôme, ou, plus rarement, à l'aplatissement de la cornée, avec phthisie antérieure du globe oculaire.
Pendant tout le parcours rapide de ces phénomènes, les symptômes irritatifs de l'œil peuvent varier sensiblement. En général les premiers débuts s'accusent par une très grande sensibilité de l'œil, qui persiste jusqu'à la perforation, celle-ci s'annonçant d'ordinaire par un apaisement presque complet des douleurs.
Etiologie. — L'ulcère infectant s'observe surtout dans la classe pauvre et pendant l'époque des chaleurs. Pour le développement de cette variété d'ulcère infectant, il faut le concours d'une lésion de la cornée et la présence d'une substance infectante. Celle-ci est souvent fournie par la sécrétion conjonctivale et principalement par les affections des voies lacrymales, ou par des masses décomposées occupant le bord palpébral atteint de blépharite; tandisqueles travaux des champs exposent aisément aux érosions delà cornée (ulcère des moissonneurs, des vignerons, des vendangeurs) et à des infections provenant du terrain sur lequel ils travaillent (Sattler). L'ulcère