RUPTURES
Les brûlures de la cornée sont le plus souvent dues au contact d'agents chimiques, tels que la chaux, les acides minéraux, etc., ou de corps portés à une haute température. Les brûlures les plus dangereuses sont celles que fait la chaux, car elles entraînent la formation d'opacités indélébiles. Après nettoyage exact du sac conjonctival, on appliquera des compresses froides imbibées de solutions antiseptiques, ou de liquides alcalins (eau de Vichy) lorsqu'il s'agit de brûlures par l'acide sulfurique.
Corps étrangers. — De petits morceaux de fer, des grain? de poudre, des parcelles de charbon, des éclats de pierre ou de verre, peuvent, en provoquant une vive sensibilité, accompagnée d'injection, s'implanter dans la cornée, et, s'ils sont portés à une température élevée, la blessure se complique de la brûlure des parties voisines. On procédera à l'extraction de ces petits corps, à l'aide d'une aiguille à cataracte ou à corps étrangers (petite gouge), après avoir préalablement insensibilisé la cornée par une instillation d'un collyre de cocaïne.
Lorsqu'un corps étranger se trouve implanté très profondément dans la cornée, on peut, s'il proémine, réussir à l'extraire en le saisissant avec des pinces fines. Ce mode d'extraction est toujours périlleux, car on s'expose à repousser le corps étranger dans la chambre antérieure. Pour éviter cet accident, il faut enfoncer derrière la particule une aiguille à paracentèse, qui l'empêche d'obéir aux impulsions fâcheuses qu'on pourrait lui donner. Une fois le corps étranger ainsi fixé, on peut l'enlever à l'aide d'une aiguille à cataracte, ou, s'il oppose trop de résistance, tailler avec le couteau à cataracte un petit lambeau qui le comprenne. On devra préalablement soumettre l'œil à l'action de l'ésérine, afin de pouvoir extraire ce corps en ouvrant la chambre antérieure, dans le cas où il tomberait malencontreusement dans cette cavité. Les paillettes de fer doivent déjà présenter un certain volume pour se prêtera l'emploi de l'électro-aimant.
ARTICLE VIII
RUPTURES DE LA CORNÉE ET DE LA SCLÉROTIQUE. LÉSIONS ET CORPS ÉTRANGERS DE LA CONJONCTIVE ET DE LA SCLÉROTIQUE
Les ruptures des enveloppes de l'œil peuvent se produire dans le point directement frappé ou indirectement sur un autre point. En outre, une seule enveloppe de l'œil se trouve parfois atteinte, tandis que, dans d'autres cas, plusieurs membranes sont simultanément déchirées. Les effets si divers des violences exercées contre le globe de l'œil varient, non seulement suivant le degré de la force qui a agi sur lui, mais aussi surtout suivant le déplacement que cet organe a subi et l'obstacle que lui a opposé, dans ce déplacement, son entourage osseux.
Les ruptures simples de la cornée, n'intéressant que cette membrane, sont rares; le plus souvent pareilles ruptures s'étendent au delà du bord scléro-cornéen. Lorsque le globe oculaire a été simplement projeté contre l'une des parois de l'orbite, il est assez ordinaire de voir éclater la sclérotique dans ses parties antérieures les moins résistantes, c'est-à-dire en avant et entre l'insertion des muscles droits, et particulièrement entre l'insertion du droit supérieur et du droit interne. Dans ce cas, le cristallin est luxé ou même chassé hors de l'œil, cet organe pouvant parfois se loger sous la conjonctive non déchirée. S'il n'y a eu qu'ébranlement violent du globe, par une force qui a exercé son action sur l'entourage de l'œil, sans atteindre l'œil même, nous ne voyons jamais une déchirure autre que celle des mem-
branes internes (choroïde, insertion iridienric, rétine, zonule, capsule cristalli-
nienne).
Habituellement, les blessures qui intéressent la cornée et la sclérotique à la fois ont déterminé de si fortes lésions intra-oculaires, qu'on se trouve parfois dans l'obligation d;: recourir à l'énucléation, afin d'éviter au blessé une guérison longue til pénible et les dangers d'une transmission sympathique. S'il subsiste quelque vision s'opposant à l'emploi d'un moyen aussi radical, on se contentera de réunir très exactement par des sutures, d'appliquer, après désinfection scrupuleuse, le bandeau compressif et d'instiller des myotiques. Est-on appelé à soigner d'anciennes ruptures sclérales ou scléro-cornéennes où un staphylôme ciliaire s'est développé, et pour lesquelles le malade ne consent pas à l'énucléation, enfin une conservation partielle de la vision s'oppose-t-elle à cette opération? Dans ce cas, on aura recours à la névrotomie ciliaire, avec dégagement du tissu cicatriciel (abrasion cicalriso-ciliaire). La conjonctive ayant été d'abord détachée près du bord cornéen et au-dessus de l'ancienne rupture sclérale, on saisit avec le double-crochet le muscle droit voisin et on y passe, avant de le sectionner, une suture destinée à le fixer dans son emplacement primitif après l'opération. A l'aide de ciseaux mousses, on dégage du globe oculaire tout le tissu cicatriciel; puis, saisissant sur le crochet à strabisme le nerf optique, on procède à l'abrasion des nerf ciliaires.
Faut-il intervenir dans les cas desimpies ruptures sclérolicales? Évidemment non, si la conjonctive recouvre la plaie; dans le cas contraire, et lorsque les lèvres de la plaie présenlent un certain entre-bâillement, on appliquera, après désinfection préalable, une ou deux sutures de catgut ou de soie fine bien désinfectée et on immobilisera l'œil sous le bandeau compressif. Le danger est de voir se produire ultérieurement, sous l'influence de la rétraction cicatricielle et consécutivement à la perte du corps vitré, un décollement de la rétine.
Les brûlures qui agissent profondément, détruisent à la fois la muqueuse et une partie ou même la totalité de la trame fibreuse de la sclérotique. Parmi les agents chimiques capables de provoquer ces lésions de la conjonctive et de la sclérotique, nous aurons à citer les corps alcalins, la chaux, la potasse, la cendre, etc., ou les corps acides, l'acide sulfuriquc, l'acide acétique, etc. Le contact même très passager de ces agents provoque, le plus souvent, des cautérisations profondes, suivies d'ulcérations avec rétrécissement considérable de la muqueuse. Consécutivement à ces brûlures, on voit parfois la sclérotique se sphacéler sur une large étendue et la phthisie suivre la large ouverture que laisse le détachement de l'eschare.
En particulier les brûlures produites par la chaux, prennent sur la conjonctive la forme de plaques blanchâtres qui rappellent la diphthérite. Ces brûlures, suivies d'un bourgeonnement considérable de la muqueuse, sont d'autant plus à craindre, qu'elles ont eu lieu sur une plus grande étendue, parce qu'alors, non seulement la cornée peut en soulfrir comme dans la diphthérite, mais encore parce que les suites de la cicatrisation sont funestes pour l'œil. Un symblépharon sera le résultat presque inévitable d'une destruction des couches des deux feuillets de la muqueuse, qui se trouvent en contact. Dans d'autres cas, si les bords des paupières ont été atteints, ils pourront se réunir et former un ankyloblépharon d'une étendue plus ou inoins grande.
On conseille aux malades, après un nettoyage minutieux des yeux avec des solutions antiseptiques, de l'eau de Vichy, d'appliquer constamment des compresses glacées. Ces compresses seront remplacées deux ou trois jours après l'accident, par des compresses chaudes, qui facilitent sensiblement l'élimination des eschares et