‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 8 sur 316 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

sarcoJemme des muscles, mais c'est particulièrement dans le tissu graisseux (fig. 4, b) et autour des glandes (fig. 4, c) que les corpuscules de pus s'accumulent en masses.

L'érysipèle, en se localisant sur les paupières, bien que peu grave en général, offre cependant le danger de certaines complications dignes de fixer l'attention du praticien :

a. L'inflammation de la peau peut se terminer par suppuration et donner lieu à un phlegmon diffus (pseudo-érysipèle des auteurs). Un des plus fâcheux caractères du phlegmon diffus est la mortification étendue de tissu cellulaire qui l'accompagne,

Fig. A. — Érysipèle de la paupière supérieure ayant débuté du côté de la tempe. Section sagittale à travers le milieu de la paupière supérieure.

A, partie antérieure. — B, partie postérieure. — a, abcès; b, tissu graisseux infiltré de pus; c, glande tarsienne, inihibe'e de globules purulents. Coloration au carmin. Préparation avec le baume de Canada. Harlnack, IV, 3.

mortification assez considérable, dans certains cas, pour causer des pertes de substance irréparables et des déformations très difficiles à guérir.

b. L'inflammation gagne le tissu graisseux de l'orbite et le tissu cellulaire qui tapisse la capsule de Tenon, en se propageant vers le fond de l'orbite. Cette extension est signalée par une protrusion généralement peu prononcée de l'œil, dont la inutilité diminue. La conjonctive bulbaire se prend d'un chémosis notable ; la cornée reste intacte et l'iris montre une paresse inaccoutumée. La vue peut être totalement abolie par atrophie de la papille suite de névrite optique. On ne saurait, en outre, nier la possibilité d'une migration des symptômes inflammatoires vers les méninges, le long de la gaine du nerf optique et des vaisseaux.

I i MALADIES DES PAUPIERES.

c. L'érysipèle n'a été qu'une des manifestations d'une maladie bien plus grave, la phlébite faciale. De petites plaies suppurantes (ulcères, furoncles, etc.) sont susceptibles, dans quelques cas, de devenir le point de départ d'une forme particulière d'érysipèle palpébral, caractérisée par la distension et la dureté des veines, avec abcès multiples se formant dans la profondeur de l'orbite et le long des veines frontale et temporale. Ajoutons que l'on peut voir éclater soudain, par suite de la thrombose des sinus, les phénomènes les plus graves, tels que le délire, le coma et les convulsions.

Quant à Vétiologie de l'érysipèle localisé sur les paupières, il semble ressortir d'une observation attentive qu'il a toujours son point de départ dans une lésion traumalique, un petit foyer purulent (furoncle, orgelet), une affection du sac lacrymal avec infection consécutive.

Le traitement de l'érysipèle des paupières ne doit en rien différer de celui que l'on oppose aux autres inflammations franches de la peau. Si le mal est peu intense, on devra s'en tenir à l'expectation, ou se contenter d'administrer une légère purgation contre l'embarras gastrique; si le gonflement des paupières est considérable et si le sac conjonctival est le siège d'une sécrétion muco-purulente, on appliquera sur les paupières des compresses antiseptiques froides ou glacées. Dans les cas de phlegmon ou de véritable phlébite, on devra ouvrir au plus tôt les foyers purulents et recourir aux frictions mercurielles le long des veine gonflées.

b. PHLEGMON DES PAUPIÈRES. ABCÈS.

Comme dans l'érysipèle, on observe dans les cas de phlegmon (abcès), dont les causes sont pour la plupart traumatiques et infectieuses, une rougeur diffuse de la paupière malade ; mais le toucher révèle, presque dès le début, un point induré qui présente parfois la consistance du cartilage. A mesure que le gonflement augmente, ce noyau s'agrandit ; bientôt il se ramollit au centre, son sommet prend une coloration jaunâtre et donne assez distinctement la sensation de la fluctuation. Si l'abcès est alors ouvert, ou s'il perce spontanément, le pus s'échappe en abondance, l'induration se dissipe, et la paupière se dégonfle sans qu'on voie s'éliminer des produits de mortification, comme il arrive dans le phlegmon diffus et gangreneux, ou dans les affections qu'il nous reste à décrire (furoncle, anthrax). A la paupière supérieure, l'abcès peut parfois acquérir le volume d'un œuf de poule, et lorsqu'il siège vers le grand angle (anchilops), il peut être fort difficile de juger si le sac lacrymal est intéressé.

Les réfrigérants réussissent rarement à prévenir la suppuration et, lorsqu'on aura senti nettement l'induration, on aura recours aux émollients, en se tenant prêt à débrider la paupière dans les parties déclives, parallèlement au bord palpébral, dès que la fluctuation commencera à se manifester.

C. FURONCLE, ORGELET (HORDEOLUM). ANTHRAX DES PAUPIÈRES. BOUTON D'ALEP ET PUSTULE MALIGNE (ŒDÈME CHARBONNEUX).

Ces affections se distinguent de l'inflammation phlegmoneuse simple, telle que nous venons de la décrire, en ce qu'elles s'accompagnent de gangrène des parties envahies, gangrène bornée, pour le furoncle, au tissu sous-cutané; mais intéressant aussi la peau, dans l'anthrax. L'un et l'autre diffèrent du phlegmon diffus

Page 1