‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 9 sur 316 · FURONCLE, ANTHRAX · texte numérisé non relu

FURONCLE, ANTHRAX

(pseudo-érysipèle), par leur localisation et par la réaction inflammatoire qui tend, dès le début, à circonscrire le mal en l'isolant des parties saines.

Le furoncle gagnant plus en profondeur que les maladies précédentes, il est clair que la conjonctive doit participer plus manifestement à l'irritation inflammatoire et donner aisément lieu à une certaine sécrétion avec chémosis, Malgré le gonflement de la paupière, on ne confondra pas avec une ophthalmie purulente, à cause de la vive sensibilité que le malade accuse spontanément, ou au toucher, dans une partie circonscrite de la paupière, et à cause aussi de l'intégrité de la conjonctive des tarses.

Les petits furoncles, qu'on a le plus souvent occasion d'observer, sont localisés autour d'un follicule pileux du bord de la paupière, et sont connus sous le nom d'orgelet (hordeolum). Sans intéresser les glandes de Meibomius, l'orgelet apparaît sous la forme d'un bouton dur, très sensible au toucher, occupant le bord libre de la paupière et juxtaposé au tarse. Il se développe dans l'espace de quelques jours, détermine souvent un gonflement œdémateux considérable de la paupière et finit par percer.

L'orgelet n'a d'importance aux yeux du praticien que parce qu'il est sujet à récidiver fréquemment, de manière à devenir parfois, pour celui qui en est affecté, un véritable tourment. Cette particularité n'a d'ailleurs rien qui puisse surprendre si l'on considère l'orgelet comme un furoncle, c'est-à-dire comme la manifestation d'une sorte d'infection locale et contagieuse assez nettement caractérisée pour qu'on ait pu la désigner sous le nom de diatbèse furonculeuse (Elle n'a de même rien de surprenant lorsque l'orgelet ne représente qu'un simple bouton d'acné). Cette affection peut aussi résulter de causes infectantes répétées et extérieures.

Lorsque l'orgelet tarde à percer, on peut en pratiquer l'ouverture ou la faciliter au moyen de topiques émollients. Les lotions boriquées ou carboliques chaudes, l'épilation des cils qui tardent à s'éliminer, les pommades conseillées contre la blépharite pourront trouver un utile emploi.

S'il est vrai qu'un furoncle, en prenant un développement inusité, et en amenant la tension et la mortification de la peau, puisse se transformer en anthrax, il faut avouer que cette métamorphose se fait le plus souvent sous l'influence d'une infection particulière et de mauvaises conditions générales, par défaut d'aclivité des fonctions nutritives dans les parties affectées. Les compresses froides ou glacées seront employées au début pour réduire et limiter autant que possible le mal, mais on débridera largement dès que la suppuration apparaîtra.

Le bouton d'Alep est regardé par une partie des observateurs comme un simple furoncle, tandis que d'autres le considèrent comme une affection résultant d'une infection cutanée bien plus grave, c'est-à-dire comme une forme de lupus tuberculeux. Notons que dans des régions où. la température est très élevée, tels que Biskra, Bagdad, on observe une affection analogue.

La pustule maligne, lorsqu'elle se développe sur les paupières, accident dû au transport de matières animales en décomposition, ou du microbe de la morve ou du farcin, ne présente aucune particularité digne de remarque, si ce n'est que, dans cette région, cette affreuse maladie laisse des traces indélébiles et souvent funestes pour l'œil. Les parties centrales de la tumeur, siège de la pustule, sont prises d'une gangrène susceptible de bientôt s'étendre ; à ce moment, la rougeur et le gonflement augmentent souvent jusqu'au point d'envahir la moitié ou la totalité de la face. C'est alors qu'éclatent les symptômes d'une véritable intoxication : frissons, nausées, prostration des forces pouvant se terminer par la mort.

L'œdème malin ou charbonneux est une forme de phlegmon diffus de la peau, où la tendance à la gangrène par vastes plaques est accusée. Quoique aussi, dans cette affection, l'infection joue un rôle important, elle peut néanmoins éclater, dans quelques cas, sans que la contamination puisse être nettement établie par la présence d'une pustule formée.

Le traitement consiste, lorsqu'on est appelé à temps, à détruire autant que possible le foyer infectant. Dans ce but, on fait sur la paupière une ou plusieurs incisions horizontales ; et, protégeant le globe de l'œil par l'interposition d'une plaque d'ivoire, on cautérise énergiquement au moyen de la galvanocaustique ou d'un petit thermocautère. Le pansement sera fait avec des solutions désinfectantes et l'on prescrira à l'intérieur la quinine et les toniqnes.

Dès que l'élimination des parties gangrenées s'est effectuée, on songera à prévenir autant que possible les suites fâcheuses des pertes de substance qu'ont subies les paupières, en ayant recours à la greffe dermique en minces languettes (Thiersch) et au besoin à la tarsorrhaphie.

d. AFFECTIONS EXANTHÉMATIQUES.

Les éruptions exanthématiques contagieuses, lorsqu'elles se localisent aussi sur la face, intéressent généralement les paupières, et c'est principalement le gonflement de la paupière supérieure qui nous frappe dans ce cas ; mais avec la disparition de l'éruption, sa localisation sur ces voiles membraneux ne laisse plus de traces, à l'exception de l'éruption varioleuse qui, seule, mérite d'attirer ici notre attention.

La difformité que subit, dans un certain nombre de cas, le bord marginal des paupières, et consistant dans une destruction partielle des cils et dans la déviation de ceux qui subsistent (trichiasis), résulte du développement particulier des pustules varioliques en cet endroit. Elles se forment de préférence vers les commissures et dans les follicules pileux des cils. C'est particulièrement la paupière supérieure qui est le siège de nombreuses pustules, et s'il s'agit d'une variole confluente, il peut se faire que tout le bord libre de la paupière soit garni d'une série contiguë de pustules.

Suivant M. Michel, il se développe dans les follicules pileux des cils, aussi bien que dans ceux de la peau des paupières, un réseau à mailles et à plaques irrégulièrement enfeutré (fig. 5) qui pénètre très profondément et paraît composé de faisceaux de structure fibrillaire, mais qui ne sont autre chose que des cellules épidermiques aplaties. Tout le follicule pileux semble très élargi et le cil comme comprimé (fig. 5, a). On trouve entre la gaine externe du follicule pileux et la couche épidermique, ainsi qu'entre la gaine externe et interne du follicule pileux même, entassés dans le tissu cellulaire lâche tout à l'entour, de nombreux corpuscules de pus. Les vaisseaux sont extrêmement distendus (fig. 5, c) et sur divers points des corpuscules rouges sont extravasés (fig. 5, d).

En outre, les conduits excréteurs des glandes de Meibomius peuvent devenir le siège de pustules aboutissant à l'oblitération de ces glandes. Enfin, on voit souvent persister longtemps sur le bord palpébral exulcéré et irrité par la sécrétion conjonctivale, de petits bourgeons charnus qu'il faut cautériser ou exciser.

Dès le début de l'éruption on doit appliquer sur les paupières des bandelettes

ECZEMA.

de taffetas de Vigo. Plus tard, à la période de dessiccation, on combattra la sécrétion eonjonctivale et son action irritante par des lotions désinfectantes (acide carbolique, sublimé).

Fig. 5. — Variole de la paupière supérieure. Coupe sagittale. Siège de l'efflorescence dans le follicule pileux d'un cit.

a, cils; 6, globules de pus; c, vaisseaux distendus; dans le tissu cellulaire lâche, se trouvent partout répartis de nombreux corpuscules de pus, dont le nombre semble s'accroître davantage près des vaisseaux; d, accumulation de corpuscules ronges du sang. Coloration à l'hématoxyline. Préparation au baume de Canada. Gross. Hartnack, VII. Oculaire, 3.

]\ous ne traitons pas en particulier des autres éruptions non contagieuses des paupières, telles que le lichen, \epemphigus, le psoriasis, la pellagre, la lèpre, etc., car rien de particulier n'est à signaler ici relativement à leur localisation sur ces voiles membraneux.

e. ÉRUPTIONS ECZEMATEUSES ET HERPETIQUES.

1° Eczéma.

L'eczéma des paupières deviendra un sujet particulier de nos recherches, lorsque nous aurons à traiter de l'inflammation du bord libre, de la blépharite; nous ne dirons ici que quelques mots sur l'eczéma généralisé de la peau des paupières, qui se rencontre assez fréquemment chez les enfants. L'affection peut prendre son point de départ dans la conjonctive, c'est-à-dire être provoquée par le contact des sécrétions morbides, ou survenir spontanément et devenir elle-même la cause d'une inflammation eonjonctivale.

DE WECKER ET MASSELON. ±

La peau des paupières qui, on le sait, est extrêmement fine, manifeste, lorsque l'eczéma date de quelque temps et surtout lorsqu'il siège à la paupière inférieure, une certaine tendance à se rétracter, à attirer en dehors le bord libre et à dévier le point lacrymal. Le larmoiement ajoute alors son action irritante à celle des produits de sécrétion morbide épanchés , et ces causes , par leur continuité, entretiennent la maladie, déjà si rebelle de sa nature au traitement, surtout chez les sujets qui subissent l'influence d'une prédisposition diathésique héréditaire.

La meilleure méthode de traitement local consiste dans l'emploi des compresses imbibées de faibles solutions astringentes, sulfate de zinc, sous-acétate de plomb, nitrate d'argent (1 gramme pour 300 grammes). Si l'humidité est mal tolérée, on aura recours à une poudre composée à parties égales d'oxyde de zinc et d'amidon, ou de 5 grammes d'acide salicylique pulvérisé et tamisé pour 50 d'amidon. Les corps gras, les pommades à l'oxyde de zinc, au précipité rouge, etc., l'huile de cade ne réussissent que lorsque les parties malades sont protégées par une couche épidermique assez épaisse. Si l'on a à combattre réversion du point lacrymal signalée plus haut, on y remédiera en le fendant suivant la méthode de Bowinan.

2° Éruptions herpétiques.

Parmi les éruptions herpétiques des paupières il faut distinguer deux variétés : l'une, tout à fait bénigne, est l'analogue de Vhydroa fébrile, l'autre consiste en une forme de zona d'une gravité souvent surprenante.

La première forme, semblable à l'herpès labial, est dépourvue de toute gravité et se développe principalement sur la paupière supérieure, qui se montre à peine gonflée et faiblement rougie. L'apparition de cet herpès est signalée au malade par la sensation d'une assez vive brûlure, mais les douleurs névralgiques font défaut.

Le zona ou herpès ophthalmicus est une maladie bien autrement sérieuse. Ici l'éruption des vésicules, ou plutôt des groupes vésiculaires, est manifestement liée à la distribution de la première et de la deuxième branche du trijumeau.

Le siège le plus commun du zona ophthalmique est la région de l'épanouissement de la première branche, c'est-à-dire la région de la paupière supérieure et celle du front. L'éruption occupe-t-elle en pareil cas de préférence l'angle interne et la paroi correspondante du nez, c'est le nerf sous-trochléaire qui est le conducteur de la phlegmasie; l'herpès a-l-il apparu vers la commissure externe, il faudra accuser le nerf lacrymal. Les éruptions siégeant dans la région du sourcil et du front se répartissent difficilement, quant à leur origine, entre l'action du nerf susorbitaire et celle du sus-trochléaire.

Les éruptions du zona ophthalmique sur la paupière inférieure se rapportent à une irritation de la deuxième branche du trijumeau et en particulier du nerf sousorhitairc. Rarement toutes les ramifications de la première branche du trijumeau sont atteintes, mais quelques filets de cette dernière branche peuvent simultanément être pris avec la deuxième. Enfin il peut se faire que toutes les ramifications des première et deuxième branches et tout l'épanouissement du trijumeau d'un ou des deux côtés soient à la fois compris dans l'altération morbide.

La forme la plus commune du zona ophthalmique est celle qui intéresse les nerfs sous-trochléaire, sus-orbilaire et sus-trochléaire, c'est-à-dire qui siège sur la moitié interne de la paupière supérieure, longe le dos du nez et la ligne médiane

ÉRUPTIONS HERPÉTIQUES. 19

du front et se propage sur la région sus-sourcilière. Comme pour le zona en général, son apparition est fréquemment précédée par des symptômes généraux de malaise, maux de tète, frissons, nausées, abattement et léger état fébrile De même, il apparaît des douleurs névralgiques localisées exclusivement dans les parties où doit se montrer l'éruption, ou bien s'irradiant sur toute la moitié de la tète (hémicrànie). Ces douleurs peuvent aussi faire absolument défaut, mais il n'y a guère de malades qui n'accusent dans la paupière une brûlure ou une cuisson ayant précédé d'au moins quelques heures l'éruption.

Qu'il y ail eu des phénomènes prodromiques ou non, il apparaît des plaques érythémateuses gonflées, parfois confluentes, d'autres fois disséminées et très distancées, qui frappent par la netteté avec laquelle elles se délimitent le long de la ligne médiane du front ou le long du dos du nez, rappelant ainsi qu'elles sont liées à une distribution d'éléments anatomiques. Ces plaques se garnissent plus ou moins rapidement (un à deux jours) de petites vésicules, qui, de leur côté, peuvent être clairsemées ou entassées de façon à devenir confluentes. Celte éruption de vésicules, accompagnée parfois d'une élévation de température du côté malade, se fait par poussées, de manière que les phlyctènes peuvent apparaître à des périodes différentes, soit sur les diverses plaques, soit aussi sur une seule et même plaque (Hybord). La transformation de ces phlyctènes en pustules, à contenu trouble, et leur dessiccation s'effectuent souvent avec une telle rapidité qu'on n'a pas le temps, si on ne voit ses malades qu'une fois toutes les vingt-quatre heures, d'assister à ces diverses phases. La durée de l'éruption peut varier sensiblement suivant sa gravité; dans la généralité des cas il faut compter trois semaines pour l'évolution totale de la maladie. De l'intensité de l'éruption dépend aussi si elle laissera des traces cicatricielles ou non.

Ce qui rend le zona ophthalmique particulièrement pénible pour le malade, ce sont les suites fâcheuses et les complications graves qu'il peut présenter.

Il a déjà été question des névralgies qui précèdent l'apparition du zona. Celles-ci peuvent se continuer d'une manière permanente, dans la région occupée par l'éruption, et persister, alors que les cicatrices seules révèlent encore la maladie primitive. En même temps que ces névralgies persistent, la peau occupée par l'éruption du zona se montre plus ou moins anesthésiée. Comme l'a observé BoiDman, il peut se faire que cette anesthésie rétrograde en même temps que les douleurs névralgiques, et qu'une hyperesthésie cutanée la remplace et concorde avec une recrudescence des douleurs névralgiques.

Les complications du zona palpébral les plus sérieuses consistent dans l'extension de la maladie aux branches du trijumeau, qui fournissent à la conjonctive, à la cornée et à l'iris.

Une éruption d'herpès conjonclival, semblable à la conjonctivite phlyclénulaire, s'observe exceptionnellement, échappe facilement à l'observation, à cause du gonflement des paupières qui accompagne l'éruption cutanée, et semble précéder la formation des vésicules sur le derme (Hybord). Cette éruption a pour effet d'augmenter la sécrétion conjonctivale, elle accentue le larmoiement, laisse plus facilement persister une anesthésie de la muqueuse, mais ne présente guère d'autre importance.

Un fait bien autrement sérieux est la productien d'un herpès cornéen, accompagné dans la presque lolalilé des cas de symptômes d'iritis. Cette complication, annoncée par la photophobie et de vives douleurs, se révélant par l'injection périkératique, ainsi que par l'apparition d'un nombre variable de petites ulcérations

(car on ne peut guère voir l'éruption même d'herpès sur la cornée), s'observe à peu près dans la moitié des cas. Nous renvoyons, quant à la description de l'altération cornéenne, à l'article spécial (herpès cornéen). Comme Hutchinson l'a fait ressortir, les complications du côté de la cornée et de l'iris n'apparaissent que lorsque l'éruption du zona est en pleine évolution, ou même sur son déclin (sixième ou septième jour). On peut formuler, comme Hybord l'a fait, que « dans le zona ophthalmique, l'iris et la cornée souffrent rarement quand l'éruption ne siège pas sur le territoire des branches du nerf nasal; ils souffrent habituellement quand tout le côté du nez est envahi; l'iris et la cornée sont d'autant plus exposés à souffrir, et peut-être à souffrir gravement, que l'éruption recouvre tout le côté du nez ou l'aile du nez. »

Comme il a été dit à propos de la participation de la conjonctive au zona, une anesthésie analogue et parfois complète peut persister longtemps du côté de la cornée ; la paresse de l'iris semble, elle aussi, se rapporter à un état semblable. Dans un nombre restreint de cas , des paralysies musculaires plus ou moins complètes peuvent accompagner le zona.

Pour ce qui regarde l'anatomie pathologique du zona, sur laquelle les travaux de Charcot ont jeté une vive lumière, on peut dire que le zona en général est la manifestation cutanée d'une névrite infectieuse (et à prédisposition héréditaire), localisée, dans la forme ophthalmique, au ganglion de Gasser, mais que la voie de transmission n'est guère élucidée.

C'est entre soixante et soixante-dix ans qu'on observe le plus souvent le zona ophthalmique qui, comme le zona en général, frappe plus fréquemment le côté droit que le gauche, et diminue de fréquence progressivement jusqu'à l'âge adolescent. Les hommes paraissent plus spécialement exposés à cette maladie que les femmes.

Le traitement pendant l'éruption doit consister dans l'emploi de poudres desséchantes (poudre de riz et oxyde de zinc ou acide salicylique pulvérisé) et l'usage de la pommade antiblépharitique sur des bandelettes de toile. Les lésions oculaires seront soignées suivant les données ordinaires. Des injections de morphine doivent être employées contre les névralgies ou l'hyperesthésie tourmentant le malade. Pour combattre les névralgies persistantes intenses, on aura rarement besoin de recourir à la section nerveuse (Boivman, Hutchinson), car on trouvera un agent puissant dans les courants continus.

2° Inflammation du bord libre des paupières.

Le but essentiellement clinique de cet ouvrage explique pourquoi nous avons, d'une part, dissocié des maladies inflammatoires de la totalité des paupières, celles de son bord libre, et d'autre part, comment nous comprenons sous le nom de phlogoses, non seulement a. les altérations désignées sous le titre général de blépharite, mais encore b. les affections syphilitiques et c. les altérations morbides des cils.

U. BLÉPHARITE C1LIAIRE, BLÉPHARO-ADÉNITE.

Les causes qui produisent l'hypérémie du bord ciliaire peuvent, lorsqu'il s'y ajoute en môme temps un élément infectieux, déterminer une inflammation d'intensité et de gravité variables. L'irritation vient, soit de la conjonctive devenue le

BLÉPHARITE CILIA1RE. 21

siège d'une sécrétion morbide, soit des follicules pileux, des glandes sébacées, sudoripares ou de Meibomius, soit enfin du contact prolongé des larmes, lorsqu'un obstacle quelconque s'oppose à l'élimination de ce produit. Tout en admettant cette multiplicité de causes, il ne faut pas perdre de vue que le résultat final est la production d'une des diverses variétés d'eczéma, et qu'à part la forme d'eczéma qu'on peut avec Gayat appeler traumatique, il arrive encore que l'on observe une forme spontanée, ou idiopathique, chez des individus prédisposés. Dans ce dernier cas les paupières ne sont qu'un point de prédilection, comme le pourtour des orifices naturels, les replis tégumentaires (pavillon des oreilles, aines, aisselles, etc.).

Au point de vue pratique, on peut distinguer trois variétés de blépharite, ce sont :

1° La blépharite ciliaire simple;

2° La blépharite ciliaire hypertrophique ;

3° La blépharite ciliaire exulcéreuse.

1° La blépharite simple est celle dont l'évolution n'entraîne aucune altération anatomique importante dans les parties constituantes du bord ciliaire. Celui-ci est rouge, offre des vaisseaux turgescents, et la partie du derme qui supporte les cils, légèrement tuméfiée, est enduite de pellicules peu épaisses qui couvrent parfois de faibles excoriations, succédant à de petites pustules développées entre les cils ou à leur base. A côté de cet eczéma rappelant la forme aiguë, on peut rencontrer la variété d'eczéma sycositeux, dans laquelle la racine du cil se montre déjà, à l'inspection directe, très gonflée et jaunâtre. La gaine externe adhère ici au poil, les couches épithéliales qui la composent se trouvent fortement gonflées et imbibées, et comme la racine du cil lui-même, farcies de bacilles et de globules de pus D'autres fois ce sont des pellicules fines et friables qui recouvrent les cils suivant une hauteur variable. Dans cette forme d'eczéma squameux (de séborrhée sèche), les cils se montrent aussi sensiblement altérés, souvent leur pointe apparaît dédoublée et, en les enlevant, on entraîne la gaine interne du cil qui est gonflée et ramollie. La masse médullaire du poil est pigmentée jusque vers la racine, et quoique pareille chose s'observe aussi normalement, le nombre de ces cils à racine pigmentée frappe l'observateur.

2° La blépharite hypertrophique peut procéder de la forme précédente. Elle se caractérise par ce fait que les follicules pileux prennent, à l'inflammation, encore beaucoup plus de part. Le tissu conneclif, par suite d'une accumulation de cellules lymphoïdes, s'hypertrophie, d'où il résulte un gonflement souvent très marqué du bord de la paupière correspondante. C'est dans cette variété de blépharite que l'on a lieu d'observer une production exagérée des éléments épilhéliaux et graisseux que le follicule renferme. Le chorion se trouve infiltré de cellules et ses papilles gonflées et hypertrophiées.

3° La blépharite exidcérative a pour caractère essentiel la destruction par suppuration des follicules pileux. 11 est possible que l'inflammation primitive ait été assez intense pour déterminer cette suppuration; mais il est bien plus fréquent de voirie mal débuter par la blépharite simple ou hypertrophique, et déterminer dans les orifices des follicules un rétrécissement tel, que les produits qu'ils sont destinés à évacuer soient retenus dans le sac du bulbe, où ils deviennent le point de départ d'une inflammation suppurative.

Dans cette variété de blépharite, on voit s'élever, sur les bords gonflés des paupières, des pustules assez larges, perforées par un cil. Lorsqu'on arrache le poil au moyen d'une traction modérée, il est quelquefois possible d'amener avec lui une

o-outtelette de pus enveloppée dans une sorte de poche composée de cellules épithéliales. Ces pustules deviennent le point de départ d'ulcérations profondes et de croûtes, occupant toute la longueur du champ d'implantation des cils et donnant lieu finalement à une traînée cicatricielle. A mesure que le tissu inodulaire se développe, le hord libre de la paupière cesse de s'appliquer exactement contre le globe de l'œil, et se tourne en dehors; en même temps les orifices des glandes de Meibomius prennent une direction curviligne et s'oblitèrent. L'éversion du bord palpébral, rougeàtre et complètement arrondi, augmente progressivement et il se forme alors un véritable ectropion. Les conduits lacrymaux, tournés en dehors, perdent ainsi leurs fonctions, et la stagnation des larmes qui en résulte est encore une cause puissante d'irritation, car elle agit en excoriant les parties exposées au contact de ce liquide. Les paupières sont presque absolument dépourvues de cils (madarosis) et ceux-ci sont remplacés par quelques poils incolores.

La marche de la blépharite, quelle que soit la forme qu'elle affecte, est généralement chronique. 11 est rare d'observer une inflammation aiguë du bord ciliaire.

Nous croyons peu nécessaire d'insister sur Yétiologie de la blépharite, caries différentes sources de cette affection ont déjà été indiquées. Les points d'implantation des cils sont, même chez les personnes soigneuses, des nids de bactéries, aptes à infecter cette région. Il est de fait que les sujets qui paraissent prédisposés à la séborrhée, qui souffrent de l'acné, ou dont la peau est couverte de comédons nombreux, sont plus exposés que les autres à la blépharite ciliaire. Il en est de même des personnes, ordinairement blondes, dont la peau est irritable à l'excès et devient aisément le siège d'un eczéma. Quant aux blépharites unilatérales, on a presque toujours lieu de les rapporter soit à l'obstruction de quelque partie des voies lacrymales, soit à une simple déviation des points lacrymaux.

Traitement. — Il importe tout d'abord de rechercher si la blépharite n'est que la

Fig. 6.

conséquence d'une autre affection contre laquelle il faudra premièrement porter toute son attention. Dans ce chapitre, nous nous occuperons spécialement de la dermatose. Un praticien attentif doit se renseigner exactement sur la source d'où elle a pris naissance et d'où elle tire les éléments qui l'entretiennent. Si, par exemple elle est le fruit d'une hypersécrétion des glandes sébacées, on doit faire consister le traitement dans l'emploi des moyens recommandés contre la séborrhée. Les soins d'une propreté minutieuse, au moyen de lotions aseptiques chaudes, sont indiqués ici d'une façon toute spéciale : les malades doivent débarrasser régulièrement leurs cils et le bord libre de la paupière des croûtes qui y restent adhérentes, et dans ce but, on conseille aux personnes intelligentes l'emploi d'une petite pince à curettes pleines (fig. 6), très apte à entretenir une propreté scrupuleuse si nécessaire en pareil cas. Il est indispensable pour les personnes atteintes de blépharite ou qui y sont prédisposées de se nettoyer chaque matin les paupières avec de l'eau aussi chaude qu'il sera possible de la supporter, et l'usage des cataplasmes doit jouer un rôle essentiel dans le traitement des blépharites invétérées.

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