TRAITEMENT DE L'IRITIS EN GENERAL
Pour que l'action mydriatique soit obtenue, il est nécessaire que l'atropine soit absorbée et pénètre dans la chambre antérieure pour agir sur les nerfs ciliaires. Une tension trop élevée s'opposerait à la pénétration du collyre. Cette absorption est révélée par l'expérience consistant, après instillation d'atropine dans l'œil d'un lapin, à retirer avec une seringue une partie de l'humeur aqueuse qui, instillée dans un autre œil, suffit pour provoquer la mydriase. D'un autre côté, la solution dilatatrice ne doit pas être chassée du sac conjonctival par un larmoiement abondant. Dans ce cas, l'agent mydriatique pourrait avec avantage être employé sous forme d'une pommade à la vaseline.
Lorsqu'on instille l'atropine aune période peu avancée du mal, alors qu'il n'existe encore que de faibles adhérences, on évite par la dilatation, si on l'obtient, l'un des plus grands dangers de la maladie. 11 est bien rare, en effet, qu'il se forme des synéchies pendant que la pupille est fortement dilatée. Si l'inflammation a déjà pris une grande intensité et a provoqué de véritables adhérences, il sera nécessaire de multiplier les instillations d'un collyre assez concentré, auquel on adjoindra au besoin la cocaïne, pour en accroître la puissance (5 centigrammes de sulfate neutre d'atropine ou de duboisine et 25 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne pour 10 grammes d'eau distillée). En pareil cas, les synéchies se distendent et s'allongent avant de se rompre, et l'emploi pendant des mois entiers peut souvent suffire pour dégager le bord pupillaire.
Ce n'est que longtemps après la disparition des phénomènes inflammatoires, que l'on pourrait chercher à rompre des adhérences persistantes par des tractions exercées alternativement en sens opposé, en faisant successivement usage des mydriatiques et des myotiques. Si pareil essai reste infructueux, il sera préférable de s'en tenir à un emploi prolongé des mydriatiques, qui, eux, en général, n'offrent du moins aucun inconvénient, tandis que les myotiques pourraient à la longue réveiller l'iritis.
Après un usage prolongé d'une forte solution d'atropine, il peut exceptionnellement arriver que le sac conjonctival s'enflamme et qu'il se développe une conjonctivite folliculaire. Ce catarrhe folliculaire, parfois accompagné de léger chémosis et surtout d'eczéma des paupières, se reproduit alors chaque fois qu'on veut revenir à l'emploi du genre de mydriatique qui l'a provoqué. Dans ce cas, on devra remplacer l'atropine, par la duboisine ou l'homatropine. Quant au dessèchement de la gorge, que provoque surtout la duboisine, on l'évitera par une compression exercée avec le doigt sur le sac lacrymal, afin de s'opposer à la pénétration du collyre, au moment de son instillation, dans les voies lacrymales. A moins d'un emploi inconsidéré de l'atropine, on n'aura guère à redouter des symptômes d'intoxication, avec ténesme vésical très pénible et rétention de l'urine, joints parfois, chez les vieillards, à de véritables accès de manie. Nous n'avons pas eu occasion d'observer des degrés d'intoxication caractérisés par une éruption scarlatineuse, accompagnée d'un fort mouvement fébrile (Zehender).
Les instillations de mydriatiques (combinés à la cocaïne) sont encore d'un excellent effet pour calmer les douleurs chez des malades, et il y en a peu qui n'en témoignent bientôi leur satisfaction. Il faut les répéter de quatre à huit fois par jour. Nous insistons pour que l'on continue l'emploi de l'atropine plusieurs semaines après la disparition de tout symptôme inflammatoire, soit dans le but de déchirer des synéchies qui ont résisté jusque-là, soit pour prévenir les contractions fatigantes et nuisibles de l'iris.
Quant à la médication générale, elle doit varier suivant les cas.
DE WECKER ET MASSET.ON. 18
h /lis simple el plastique. — Dans l'inflammation aiguë qui s'accompagne d'une irritation considérable, on recommande, surtout si l'œil est très douloureux, même au toucher, l'application de huit à douze sangsues à la tempe ou derrière les oreilles, application qu'on fera le soir, le malade étant couché. Nous devons dire que, peu enclin à la routine, nous nous sommes toujours abstenu de ces déplétions; nous avons d'ailleurs constaté qu'une action calmante peut être obtenue plus sûrement par l'emploi de fomentations chaudes, soit avec une infusion de camomille, soit avec une solution d'extrait de belladone (10 grammes d'extrait pour 300 grammes d'eau, une cuillerée dans un bol d'eau chaude), et surtout en pratiquant une paracentèse, comme nous l'indiquerons plus loin.
Pendant la période aiguë, on pourra recourir aux purgations dérivatives et aux bains de pieds ; si l'on remarque que l'irilis s'accompagne d'une exsudation abondante, on prescrira deux ou trois prises de calomel par jour (à 5 centigrammes) et des frictions d'onguent mercuriel , ou mieux des injections sous-cutanées de sublimé (une demi-seringue de Pravaz, d'une solution au centième). Des frictions sur le front, avec l'onguent mercuriel belladone, restent sans action propre sur la dilatation de la pupille, mais on ne saurait leur refuser une influence indirecte sur la maladie.
Il est indispensable de procurer un sommeil assez tranquille au malade, et il faut, dans ce but, pour calmer les douleurs, lui administrer une dose de chloral (3 grammes) ou de la morphine en injection.
Lorsqu'on voit que la tension de l'œil augmente, que l'humeur aqueuse se trouble notablement, qu'il se forme un hypopyon, et que le malade est tourmenté par des douleurs insupportables, on doit recourir à la paracentèse de la chambre antérieure, que l'on pratique vers la circonférence de la cornée, en s'efforçant de ne laisser écouler que très lentement l'humeur aqueuse. Le soulagement que cette petite opération (indolore après un large emploi de la cocaïne) procure au malade est remarquable. Dans le cas où il se serait formé un hypopyon considérable, il serait nécessaire pour l'évacuer de faire usage d'une large aiguille à paracentèse (couteau à arrêt).
Dans certains cas exceptionnels, tous ces moyens thérapeutiques restent inefficaces pour empêcher une exsudation considérable, avec occlusion de la pupille, qui s'accompagne souvent d'une synéchie totale, cause d'une augmentation dans la pression intra-oculaire. C'est alors qu'on doit recourir sans hésiter à l'irideclomie, dès qu'un moment d'accalmie se produit dans les symptômes inflammatoires. On épargne ainsi au malade de longues souffrances et on réduit sensiblement les chances de rechute. En outre, le cercle vicieux dans lequel est entraîné l'œil, par l'iritis et les synéchies qui aboutissent à la synéchie postérieure complète, avec rétention prolongée d'un liquide nourricier infecté, est très souvent à jamais rompu.
L'opération désignée sous le nom de corélysis, ou dégagement de synéchies postérieures isolées, ne s'est guère répandue, par la raison qu'il n'est nullement démontré que celles-ci doivent forcément entraîner des rechutes d'iritis et que l'étiologie de l'iritis par traction mécanique cède de plus en plus la place à la véritable cause de la phlogose, c'est-à-dire l'infection.
Les iritis simples et peu intenses n'exigent pas un traitement aussi énergique que celui (jue nous venons d'indiquer. L'atropine, le repos, l'emploi de l'iodure de potassium et de faibles doses de sublimé en ont rapidement raison.
L'iritis truumatique exige quelques modifications dans le traitement que nous avons indiqué. Ainsi, toutes les fois que l'inflammation résulte d'une infection de l'œil, on doit, le cul-de-sac conjonctival et au besoin la chambre antérieure ayant