IRIDONCOSIS, ATROPHIE DE L'IRIS
mouvements brusques de l'œil, 'que par ses parties périphériques, et cela d'une façon qui, le plus souvent, n'est guère sensible. Pour que l'iris se meuve dans une portion notable de sa surface, il est indispensable que le cristallin, sur lequel repose ce voile membraneux, soit luxé ou manque complètement.
Contre l'avis des anciens, la liquéfaction seule du corps vitré n'est pour rien dans ce phénomène ; car, dès que le cristallin est déplacé ou extrait, même sur un œil parfaitement sain, on observe dans l'iris un tremblotement, très évident, à moins toutefois, dans le cas d'extraction du cristallin, que l'iris n'ait contracté des adhérences avec la capsule. En outre, on peut constater avec l'ophthalmoscope une liquéfaction complète du corps vitré, que révèle la présence de nombreuses opacités se déplaçant dans tous les sens avec une grande rapidité, sans que l'iris présente la moindre oscillation. Le même phénomène de tremblotement se produit lorsque le cristallin s'est résorbé en partie, à la suite de cataractes molles, ou enfin lorsque le cristallin transparent s'est notablement raccourci suivant ses diamètres et s'est détaché de la zonule de Zinn.
Les contractions de la pupille ne sont pas modifiées par cet état de l'iris, mais on n'en peut pas dire autant du muscle ciliaire, à l'action duquel le déplacement du cristallin a ôlé son but.
IRIDONCOSIS, ATROPHIE DE L'iRIS, SPAPHYLÔME UVÉAL
La partie antérieure et flottante de l'uvée peut devenir le siège d'une atrophie partielle ou complète, particulièrement à la suite de deux états morbides différents :
Fig. 184.
1° lorsqu'elle a été le siège d'une iritis parenchymateuse (gommeuse) intense ; 2° lorsque, fixée par son bord pupillaire au cristallin, elle a subi par l'accumulation de liquide derrière elle une distension prolongée et intense.
On peut encore voir parfois une atrophie partielle lorsque, par suite d'une perforation de la cornée, en particulier chez de très jeunes enfants qui ont souffert de l'ophthalmie purulente, le bord pupillaire s'est trouvé enclavé dans la cicatrice cornéenne. Cette atrophie peut déterminer à la longue de véritables fissures, avec formation de pupilles artificielles en forme de fentes.
A la suite de très anciennes irido-choroïdites, l'iris, projeté en avant, peut se détacher de son insertion périphérique et montrer une atrophie des plus accusées (staphylôme uvéal signalé par Mackenzie). Mais, sans que l'insertion indienne se soit
détâchée, l'atrophie de l'iris peut être telle que l'exploration des parties situées en arrière devienne possible. C'est ainsi que dans le cas représenté figure 184, où l'iris semblait réduit à ses fibres radiées, on pouvait voir par transparence, à l'éclairage latéral, le cristallin luxé en bas et en dedans, et atteint de cataracte probablement pierreuse.
ARTICLE VIII
ANOMALIES CONGÉNITALES DE L'iRIS, IRIDÉRÉMIE, COLOBOMA, POLYCORIE, CORECTOPIE, MEMBRANE PUPILLAIRE PERSISTANTE
Embryogénie. — L'iris se développe relativement fort tard et n'apparaît qu'à une époque où l'œil a acquis une organisation assez complète, alors que la choroïde est déjà développée, et que la fente choroïdienne s'est fermée. Si l'on examine les yeux d'un foetus de quatre mois, on voit, près des procès ciliaires, un anneau grisâtre complet, séparé du bord antérieur de la choroïde par un espace très étroit, qui contient une série de filets très ténus. En même temps, apparaissent les premières traces du tenseur de la choroïde sous forme d'un second anneau, situé près du bord ciliaire de la choroïde. Progressivement, l'iris se réunit plus intimement au tenseur -et à la choroïde elle-même. Jusque vers le sixième mois, l'iris forme un anneau mince, mais à partir de cette époque les fibres musculaires commencent à se développer.
Les recherches les plus récentes ont prouvé que l'iris se développe bien, ainsi qu'on l'a admis, de la choroïde, mais à son développement prend aussi part la vésicule oculaire secondaire (Manz). Suivant Kessler, l'iris se compose de trois couches hétérogènes dont la plus externe naît des plaques céphaliques, la moyenne du feuillet interne, et la plus externe du feuillet externe de la vésicule oculaire secondaire (fig. 185). La portion de l'iris,
Fig. 185.— Développement de l'iris (Kessler). c, cornée; i, feuillet interne; a, feuillet externe de la vésicule secondaire.
au développement de laquelle prennent part les plaques céphaliques, se compose essentiellement de vaisseaux, dont un assez grand nombre se rendent dans la membrane pupillaire.
D'après les recherches de Koïliker, la membrane pupillaire constitue, avant le développement de l'iris, la paroi antérieure de la membrane capsulo-pupillaire qui entoure étroitement, sous la forme d'une poche vasculaire, le cristallin placé contre la cornée. L'iris, en se développant, intercepte une partie de la membrane capsulo-pupillaire qui, s'unissant à l'iris par la formation de vaisseaux émergeant directement de ce diaphragme, constitue la membrane pupillaire. Suivant J. Cloquet, la membrane pupillaire disparait vers le septième mois, et les vaisseaux qui s'y répandent, en formant des arcades, se replient sur le bord pupillaire, pour y constituer le petit cercle artériel.
1 . Jridérémie. — L'absence de l'iris peut être complète ou Incomplète. Dans l'iridérémie, la cornée n'est qu'imparfaitement développée (microphlhalmie) et peut
ANOMALIES CONGÉNITALES DE L'IRIS. 303
présenter une forme allongée ou êlre le siège de taies congénitales. Le cristallin se trouve quelquefois lui-même déplacé et opacifié. On a observé, dans quelques cas, une juxtaposition du cristallin à la cornée. L'oeil prend un aspect particulier, le fond apparaissant avec un reflet coloré. 11 existe d'ordinaire, avec l'iridérémie, une amblyopie plus ou moins accusée et des troubles du côté de l'accommodation. Il ne faut pas attribuer ceux-ci à l'absence de l'iris, mais bien à un arrêt de développement du muscle ciliaire souvent associé à l'iridérémie.
On n'a eu que fort peu l'occasion d'observer anaiomiquement l'iridérémie, ainsi que l'a fait M. H. Pagenstecber.Les rapports de la choroïde avec la cornée paraissaient intacts ; il existait une réunion solide entre le bord antérieur du corps ciliaire et cette membrane par un prolongement étroit, fortement vascularisé et pigmenté, qui remplaçait le ligament pectine de l'iris.
L'iridérémie partielle, telle que la figure 186 en montre un exemple, est fort rare.
Fie 186.
Il s'agissait d'une petite fille de quatre ans, chez laquelle les cornées ne mesuraient que 6 millimètres à droite et 5 à gauche. L'iris était réduit de chaque côté à une étroite bandelette de 2 millimètres, placée sous forme de demi-lune derrière le bord inférieur de la cornée. La choroïde ne présentait pas de coloboma, mais offrait un défaut général de pigmentation, sans autre altération notable des parties profondes de l'œil. Il existait, chez cette enfant, un nystagmus très accusé.
L'iridérémie est héréditaire ; ainsi Gut'hrie rapporte que l'iridérémie se reproduisit dans une famille jusqu'à quatre générations consécutives, en donnant lieu à un total de dix cas d'aniridie. A part l'éblouissement qu'occasionne cette anomalie, les troubles fonctionnels dépendent du développement incomplet des autres parties constituantes de l'œil.
Une correction aussi exacte que possible de la réfraction (l'exploration de l'astigmatisme cornéen), jointe à l'usage de la fente sténopéique, peut seule apporter quelque soulagement aux personnes affectées de cette difformité congénitale.
2. Coloboma de l'iris. — Le coloboma de l'iris coïncide presque constamment avec une. allération semblable de la choroïde. L'iris ne présentant de fente à aucune époque de la vie intra-utérine, il faut donc regarder le coloboma iridien comme un arrêt circonscrit, survenu dans l'accroissement de l'iris, et analogue à celui qui, plus accusé, constitue l'iridérémie. Cet arrêt de développement peut d'ailleurs se montrer à des degrés variables et donner à la pupille, suivant la profondeur de l'échancrure de l'iris, la forme d'un trou de serrure ou celle d'une poire plus ou moins allongée; parfois il n'existe même sur un point de la pupille qu'un simple feston.
Dans la plupart des cas observés, le coloboma était situé en bas et en dedans, et des recherches nombreuses ont prouvé que la fente de l'iris se prolongeait plus ou moins sur les procès ciliaires. La fréquence des colobomas dans la partie inférieure de l'iris est en rapport avec une occlusion incomplète de la fente choroïdienne chez le fœtus; ce qui s'explique, si l'on remarque que l'iris et le muscle ciliaire ne se développent qu'après que le bord ciliaire de la choroïde est entière-
nient constitué et qu'ils empruntent vraisemblablement à celle-ci les éléments de leur nutrition.
L'anomalie, dont nous nous occupons, s'observe très souvent sur des sujets qui présentent d'autres altérations congénitales, telles que la microphthalmie, la cataracte congénitale, le croissant inférieur de la papille et le coloboma du nerf optique, ainsi que la persistance de fissures qui auraient dû se fermer pendant la vie intrautérine (coloboma des paupières, bec-de-lièvre, fente de la voûte palatine, réunion incomplète des os du crâne, réunion incomplète de i'urèthre, épispadias). Notons encore l'astigmatisme cornéen et, surtout, dans les cas où il existe simultanément un coloboma choroïdien, le nystagmus.
Le coloboma de l'iris se voit, en général, sur les deux yeux à la fois ; s'il est unilatéral, il affecte de préférence l'œil gauche, et, dans la plupart des cas, la vision n'en parait pas beaucoup altérée.
3. Corectopie. — La troisième anomalie, que nous avons à signaler, est la corectopie, ou le déplacement congénital de la pupille, située normalement un peu en dedans et au-dessus du centre de l'iris. Elle doit aussi se rapporter nécessairement à une irrégularité survenue dans le développement du cercle iridien, et telle que ce dernier a pris, d'un côté, une largeur normale ou excessive, tandis qu'il s'est arrêté du côté opposé. Lorsque la corectopie est très prononcée, non seulement la pupille est très excentrique et n'est séparée du bord adhérent de l'iris que par une mince bandelette de tissu iridien, mais elle a perdu sa forme circulaire, pour devenir ovale ou même lancéolée.
k. Polycorie. — La polycorie, ou multiplicité des pupilles, est une affection congénitale assez rare et qu'il faut sans doute attribuer à des causes différentes. Ainsi on peut rencontrer une ou plusieurs petites pupilles supplémentaires, près du bord de la pupille normale, dont elles ne sont séparées que par des bandelettes étroites de tissu iridien. Cet état particulier, fort rare, paraît se lier à la persistance d'une partie de la membrane pupillaire. Lorsque la pupille supplémentaire siège dans le diaphragme iridien, à quelque distance de la pupille normale, la corectopie résulte d'un coloboma annulaire ou à pont (de Ammon), coloboma qui est fermé, du côté de la pupille normale, par une persistance partielle de la membrane pupillaire. Enfin, si la pupille supplémentaire est voisine du bord ciliaire, elle peut provenir d'une dialyse congénitale du bord périphérique de l'iris (irido-diastasis de Ammon). Cette dernière variété de pupille, qui affecte la forme d'un croissant, est privée de toute motilité.
La présence de plusieurs pupilles ne trouble généralement pas la vue et ne cause pas de diplopie monoculaire.
5. Membrane pupillaire persistante. — La persistance à un haut degré de la membrane pupillaire est une anomalie congénitale assez rare, et qui, dans nombre de cas, n'entrave en rien la vision. Le plus souvent, il s'agit d'un nombre variable de filaments de même structure et de même couleur que l'iris, présentant quelquefois des vaisseaux, et qui sinsèrent par leurs extrémités, directement ou indirectement, sur le grand cercle de l'iris, pour passer librement au-devant du bord pupillaire et de la pupille. Parfois les faisceaux, formés par les filaments, s'accolent au centre de la pupille, sur une plaque pigmentée recouvrant la capsule, ou sur une cataracte capsulaire et polaire, antérieure formant un disque blanchâtre; mais dans ces cas aussi, le bord pupillaire reste libre et la pupille conserve sa motilité.
11 semble que celte curieuse anomalie soit encore plus fréquente dans un âge peu avancé, et que, par conséquent, les vestiges de la membrane pupillaire tendent