‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 93 sur 316 · CHANGEMENTS DE LA CHAMBRE ANTÉRIEURE · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DE LA CHAMBRE ANTÉRIEURE

à disparaître à une époque ultérieure. Ainsi, il n'est pas très exceptionnel de rencontrer, chez des malades qui viennent consulter pour un tout autre sujet, un vestige de la membrane pupillaire, sous la forme d'un simple cordon très délié traversant la pupille. Ces cordons se distendent fortement lorsqu'on emploie l'atropine; au contraire, ils se plissent en de nombreuses ondulations lorsqu'on fait usage de l'ésérine. Quoiqu'on n'ait pas encore fait l'examen microscopique de pareils cas, il est à présumer que ces cordons observés sur des sujels âgés doivent leur persistance à une organisation bistologique parfaite et à une vascularisalion garantissant leur nutrition.

CHANGEMENTS DANS LA CONFORMATION ET LE CONTENU DE LA CHAMBRE ANTÉRIEURE

La description des maladies de l'iris doit être complétée par une énumération des diverses altérations du contenu de la chambre antérieure, qui s'opèrent pendant ou après l'évolution des différentes maladies du tractus uvéal.

A. La configuration de la chambre antérieure montre, même à l'état normal, des variations notables, et l'on peut dire qu'en général la profondeur de la chambre antérieure diminue avec l'âge, pour ne mesurer chez le vieillard qu'à peine 1 millimètre, au lieu de 1 millimètre ou lmm,5 qu'on observe sur l'adulte. Suivant la réfringence et l'usage prépondérant des diverses portions du muscle ciliaire (voy. p. 253 et 25-i), il existe une différence sensible : ainsi, les myopes ont une chambre antérieure plus profonde que les hypermétropes.

On observe une diminution anomale et très notable de la chambre antérieure, lorsque, dans des cas d'irido-choroïdite, le plan de l'iris qui se trouve attaché par son bord libre au cristallin, est refoulé par des exsudations vers la cornée. 11 peut alors arriver que les parties périphériques de ce diaphragme membraneux, par un contact prolongé avec la cornée, s'y attachent et y forment des synéchies antérieures multiples, qui réduisent la chambre antérieure à un petit espace infundibuliforme situé cenlralement. Le diamètre antéro-postérieur de la chambre antérieure se réduit aussi considérablement, lorsque, par suite d'une augmentation survenue dans la pression intra-oculaire, le cristallin est repoussé vers la cornée (glaucome). Au contraire, nous avons vu que, dans l'iritis séreuse (lymphangite oculaire), la chambre antérieure gagne beaucoup en profondeur, à moins que la pression de l'œil ne vienne à s'accroître.

Des différences dans la profondeur de la chambre antérieure s'observent, lorsque le cristallin s'opacifie et que ses parties corticales se ramollissent et sont le siège d'un gonflement; celui-ci se dissipant quand la cataracte a persisté quelque temps et quand le liquide que renfermait la capsule a disparu.

La chambre antérieure gagne notablement en profondeur dans tous les cas où il survient une distension des parties antérieures du globe oculaire (hydrophthalmie), lorsque le cristallin se trouve déplacé, etc.

B. Les modifications du contenu de la chambre antérieure peuvent résulter d'inflammations, d'épanchemenls de cause traumatique, ou de la présence d'un corps étranger.

Uhypopyon occupe ici une des premières places, et il faut en distinguer trois formes, d'après l'origine de la collection morbide. Ainsi, il peut provenir d'une

DE WECKER ET MASSELON. 20

inflammation de la cornée, de l'iris ou des parties antérieures de la choroïde, en particulier des procès ciliaires.

Le chemin que prennent les cellules lymphoïdes, qui constituent l'hypopyon peut être différent.

1° Les cellules peuvent être passées par une perforation de la cornée même, ou tomber à travers le tissu trabéculaire péricornéen, au moment de faire invasion pour se collectionner en abcès dans la cornée. Il est inadmissible qu'avec une intégrité parfaite de l'épilhélium cornéen. du pus traverse cette membrane pour arriver dans la chambre antérieure, mais cette immigration, reconnue pour la cornée dépouillée de sa couche épithéliale ou ulcérée (Cohnheim), est fort soutenable, quoique difficile à démontrer dans des états morbides aussi complexes.

2° Les études sur la lymphangite oculaire (iritis séreuse) prouvent avec évidence que, dans les cas où une infiltration purulente de l'iris accompagne la formation d'un abcès ou d'un ulcère de la cornée, une notable partie du pus provient directement des vaisseaux de l'iris. Ainsi, dans sept cas sur neuf, M. Strohmeyer rencontra, dans des affections suppuratives (infectieuses) de la cornée compliquées d'hypopyon une infiltration purulente de l'iris.

3° La formation d'un hypopyon, tel que nous le rencontrons dans des cas de corps étrangers siégeant dans la partie antérieure du cercle ciliaire, doit, en l'absence de lésions cornéennes, être rapportée à la diapédèse des vaisseaux du corps ciliaire et de l'iris.

Donc nous pouvons nous résumer et dire, dans les états irritatifs de l'œil, que le siège de l'irritation soit dans la cornée, dans l'iris ou dans le corps ciliaire, la principale source du pus se trouve dans les vaisseaux du corps ciliaire, contigus à la limite scléro-cornéenne, et le circulas venosus iridis (Strohmeyer). Plus l'infection a été violente, l'immigration rapide, plus il y aura mélange de globules rouges avec les leucocytes et adjonction de masses llbrineuses.

Pour ce qui regarde le traitement, ce sujet a déjà été étudié à propos des affections de la cornée. Dans les cas d'iritis, on n'aura recours à une évacuation (à l'aide d'un couteau lancéolaire à arrêt, fig. 190, p. 309) de l'hypopyon que si celui-ci atleini une certaine étendue et s'accompagne de vives douleurs.

L'hyphéma, ou épanchement sanguin de la chambre antérieure, peut être dû à une cause traumatique ou à la rupture spontanée d'un vaisseau.

Dans l'hyphéma traumatique, le sang peut avoir pénétré dans la chambre antérieure de dehors en dedans, de même qu'il peut provenir d'une lésion directe des membranes profondes, sans blessure des enveloppes externes. On peut encore voir survenir un hyphéma à la suite d'une détente brusque de la pression intraoculaire, succédant à l'ouverture delà chambre antérieure dans un but opératoire. Dans la plupart des cas d'hyphéma provoqué par une contusion directe de l'œil (coup de fouet), une dialyse explique la provenance du sang, et il est surtout à craindre qu'une subluxation du cristallin ne se soit produite avec ses menaces glaucomateuses ultérieures.

Huant à l'hyphéma spontané, nous en distinguerons deux variétés. Dans l'une, des changements, dont les membranes de l'œil sont le siège, expliquent la rupture du vaisseau; c'est ce qu*on remarque dans les maladies où la pression interne de l'œil a considérablement augmenté, et où la circulation est notablement entravée (glaucome, tumeurs internes de l'œil, irido-choroïdiles, etc.). Dans l'autre, l'épanchement sanguin doit se rapporter à un trouble de la circulation générale (accès de toux, de vomissements, ell'orts de parlurition, maladies du cœur, avec sclérose

Page 1