Iritomie (iridotomie
L'iritomie, délaissée depuis près d'un siècle, a pu rentrer avec grand avantage dans la pratique, grâce au procédé opératoire imaginé, en 1873, par de Wecker, qui s'est inspiré de la méthode autrefois suivie par Janin. L'emploi des pincesciseaux (fig. 189) permettant d'exécuter, avec une grande sûreté et sans tracliou fâcheuse sur le corps ciliaire, la section de l'iris, à travers une étroite plaie de la cornée, devait donner à l'iritomie une importante place dans la chirurgie oculaire.
L'iritomie peut être exécutée exclusivement dans un but optique; mais, lorsqu'on se propose, en outre, de faire cesser des états irritatifs de l'œil, elle est dite antiphlogistique.
L' iritomie optique ne trouve son application que dans un nombre restreint de cas. Ainsi pour les leucomes et la cataracte zonulaire, le danger d'une blessure de la cristalloïde doit engager à s'adresser à la sphinctérectomie, d'une exécution beaucoup plus simple. Mais, si le cristallin se trouve luxé (eclopie congénitale), l'iritomie devient le procédé qu'il faut exclusivement employer, attendu que l'iridectomie exposerait à l'issue du corps vitré, lorsque l'on attire l'iris au dehors, ou même
IRÏTOMIE.
avant toute traction sur cette membrane, qui se renverse aisément sur les procès ciliaires si on ne la saisit pas lestement.
S'agit-il d'exécuter, dans un cas de luxation partielle du cristallin, une pupille
lie. 189.
optique par iritomie, pupille qui doit être placée dans Je sens opposé à la luxation, afin de faire servir à la vision une partie non occupée par la lentille, dont la transparence ou la courbure met obstacle à une bonne vue, on procédera de la manière suivante :
L'œil étant fixé, on introduit le couteau à arrêt (droit ou coudé, fig. 190) au
FiG. 190.
milieu du rayon cornéen correspondant à la direction suivie par le cristallin déplacé, de façon à former perpendiculairement à ce rayon une section de & millimètres environ. On retire le couteau rapidement pour conserver autant que possible l'humeur aqueuse, ce qui facilite l'introduction des pinces-ciseaux, dont on fait glisser la branche supérieure sous l'iris, et l'autre au-dessus, suivant le point opposé au sens du déplacement subi par le cristallin. Arrivé à proximité de la périphérie de l'iris, on sectionne cette membrane par un coup sec des pinces.
Le vrai but de l'iritomie est d'être à la fois optique et antiphlogistique, et ici son application essentielle se trouve dans les cas d'occlusions pupillaires (complètes ou incomplètes) qui suivent l'extraction de la cataracte ou une blessure du cristallin, avec résorption de ce dernier.
Les instruments nécessaires pour cette opération sont : 1° un écarteur à ressort; 2° une pince à fixation; 3° un couteau à arrêt; et 4° des pinces-ciseaux.
La section sera placée, autant que possible, en dehors près du bord cornéen, mais dans la cornée même, un peu au-dessus du diamètre horizontal de cette memhrane et perpendiculairement à ce diamètre, si la pupille fermée a été attirée en haut à la suite d'une extraction à section supérieure ; car il y a tout avantage, pour l'écart de la pupille à former, à ce que la section de l'iris rencontre cette membrane perpendiculairement au sens dans lequel elle a été tiraillée (Green). On enfonce com-
plètemcnt dans la cornée le couteau à arrêt, puis, l'ayant à moitié retiré de la plaie, en laissant doucement écouler pendant ce retrait l'humeur aqueuse, on pénètre de nouveau dans l'œil, de façon que le couteau forme dans l'iris, qui se place devant sa pointe, une boutonnière. 11 suffit cette fois que le couteau glisse simplement sous l'iris et la cristalloïde, qui y adhère ordinairement, et fasse une ouverture de 1 millimètre à lmm,5 d'étendue. On introduit alors les pinces-ciseaux, dont la branche supérieure glisse dans la boutonnière, suivant une étendue égale à celle que l'on veut donner à la pupille, et on ferme brusquement les pinces. De vastes incisions sont toujours de rigueur sur des iris dont la trame musculaire et élastique a longtemps souffert.
Lorsque l'iris a subi une forte traction et que, non seulement la pupille artificielle (dans le cas d'extraction combinée), mais encore la pupille naturelle sont venues se confondre avec le tissu cicatriciel qui environne la section, il faut renoncer à vouloir user de la rélractilité du tissu iridien, et bien se rendre compte que, si l'atrophie n'avait pas aboli cette contractilité, celle-ci s'épuiserait contre la résistance que lui opposerait la doublure que forment derrière l'iris, en lui adhérant, les masses exsudatives enfeutrées avec des restes de masses corticales et la cristalloïde. La combinaison de la simple incision, avec l'excision ou l'arrachement de l'iris, est donc ici d'urgence. Nous proposons dans ce cas deux procédés : l'un, Yirito-ectomie; l'autre, l' irito -dialyse.
L'irito-ectomic s'exécute de la façon suivante : on enfonce, ainsi que le montre la figure 191, le couteau à arrêt près de la cicatrice, à 1 ou 2 millimètres en dedans du bord cornéen, en le faisant pénétrer dans toute son étendue à la fois dans la cornée et sous l'iris, et on le retire doucement, pendant que l'assistant soulève l'écarteur et que toute pression est évitée sur le globe. Par deux coups de pincesciseaux qui convergent vers le bord opposé de la cornée, on circonscrit un lambeau triangulaire que l'on retire avec les pinces. Si l'on soupçonnait, par suite de la violence des phases inflammatoires par lesquelles l'œil a antérieurement passé, une grande liquéfaction du corps vitré, il serait préférable de s'adresser au procédé suivant, qui ne nécessite pas une section aussi étendue de la cornée.
Dans Yirito-dialyse, le couteau à arrêt n'est qu'à moitié enfoncé dans la chambre antérieure, et on ne pratique dans l'iris, après retrait partiel de là lame, qu'une simple boutonnière. On circonscrit alors, par deux coups de pinces-ciseaux, un lambeau triangulaire, dont cette fois la base est dirigée vers le bord opposé de la cornée (fig. 192), et l'on arrache de son insertion ciliaire, avec des pinces, ce lambeau d'iris doublé de croûtes exsudatives. Cet arrachement de l'iris, en général très atrophié près de son insertion ciliaire, ne transmet guère au corps ciliaire une traction préjudiciable. Après résorption du sang, qui s'épanche abondamment, il reste une très vaste pupille (1).
IL — Iridectomie (iridorrhexis).
L'iridectomie, introduite en 1780 par Wenzel comme moyen auxiliaire de l'ex-
(1) Pour éviter toute traction sur l'iris, M. Abadie propose de foire dans la cornée deux sections parallèles, distantes l'une de l'autre de 5 à 6 millimètres, sections ayant l'étendue du couteau à arrêt. Des angles de la section supérieure partent alors deux coups de pincesciseaux (dont une branche est pointue) vers le milieu de la section inférieure. Le lambeau triangulaire, ainsi formé dans l'iris et les masses exsudatives et capsulaires y adhérentes, est attiré en dehors et coupé à ras près de la section cornéenne supérieure.