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CATARRHE DU PHARYNX NASAL

B. — Catarrhe chronique du pharynx nasal.

Le catarrhe chronique du pharynx nasal, comme le catarrhe aigu, est rarement isolé. La contiguïté des muqueuses explique la propagation de la phlegmasie venant soit du nez soit du pharynx buccal.

Cette affection frappe tout particulièrement les personnes qui. par profession, sont obligées de parler beaucoup et souvent de crier. Il en est ainsi pour les chanteurs, les boursiers, les professeurs. Ce catarrhe chronique est encore fréquent chez les alcooliques et les arthritiques.

La sécrétion est variable, souvent visqueuse, quelquefois muco-purulenle. Parfois on rencontre des croûtes desséchées accolées aux parois du pharynx.

Les sujets se plaignent d’une grande sécheresse de l’arrière cavité; ils ont une sensation de corps étranger et font des efforts considérables pour s’en déharasser, sans pouvoir y parvenir.

Les maladies de l’oreille moyenne sont particulièrement graves chez les personnes affectées de catarrhe chronique. L’otite moyenne chronique a une évolution lente et est suivie de sclérose. Le malade ne s’aperçoit que tardivement de la surdité dont le début très léger est ancien, surdité qui va toujours en augmentant.

Les lésions de la trompe sont parfois insignifiantes et pas du tout en rapport avec l’affection qui a frappé la caisse.

Traitement. — Le traitement du catarrhe chronique du pharynx nasal est difficile à mener à bien, car l’affection est d’une ténacité désespérante. D’autre part les malades se prêtent peu à la thérapeutique ordonnée, et ne sont pas disposés à abandonner la profession qui est le point de départ des accidents auriculaires.

Les irrigations nasales et les gargarismes peuvent à la longue amener quelque sédation. C’est contre cette maladie qu’est employé avec succès le gargarisme rétro-nasal indiqué page 565.

RHINOLOGIE.

Les eaux de Cauterets produisent de bons résultats. Mais c’est plutôt une atténuation qu’une guérison, à moins que le traitement ne soit fait exactement chaque année.

Quant aux applications topiques consistant en badigeon¬

nages, Moldenhauer recommande la solution de nitrate d’argent.

Form. n° 48. Nitrate d’argent. 1 gr.

Eau distillée. de 10 à 30 gr.

On peut employer encore la solution de chlorure de zinc.

Form. n° 49. Chlorure de zinc. 1 gr.

Eau distillée. de 30 à 40 gr.

L’iode est un très bon médicament; on l’associe à la glycérine.

Form, n c 50. Iode. 1 gr.

Iùdure de potassium. 1 gr.

Glycérine.15 à 20 gr.

L’acéto-tartrate d’alumine en poudre ou en solution est encore recommandé.

Végétations adénoïdes. — Tumeurs adénoïdes

L’hypertrophie du tissu adénoïde normal du pharynx nasal constitue un état pathologique qui est bien souvent la cause de complications diverses pouvant atteindre les organes voisins (oreilles, nez) et pouvant produire, en outre, des modifications sérieuses dans l’état général, par la gêne apportée à la respiration nasale.

C’est Meyer (de Copenhague) qui le premier, il y a vingt ans, publia un travail complet sur ce sujet. Quelque temps après Lœwenberg, puis Chatellier, etc., appelèrent de nouveau l’attention des otologistes et des médecins sur cette affection mal connue!

Beaucoup de praticiens ne semblent pas vouloir admettre la valeur des observations si nombreuses publiées par les

otologistes, observations qui ne laissent aucun doute sur l’importance dé cette maladie chez les enfants.

Anatomie normale. — 11 est utile de savoir qu’à l’état normal, il existe dès la naissance, dans la muqueuse du pharynx nasal, un tissu appelé, tissu adénoïde de His, constitué par une couche de tissu conjonctif embryonnaire (cellules rondes et cellules fusiformes) et par une matière amorphe.

Ce tissu adénoïde n’est pas particulier à cette région ; on le trouve très répandu dans l’économie.

Chez l’adulte, cette couche de tissu adénoïde, molle et spongieuse, est plus marquée dans la partie supérieure du pharynx nasal et forme ce qu’on appelle la tonsille pharyngienne ou amygdale de Luschka. Cette couche s’étend en outré sur les parois latérales et tapisse les fossettes de Rosenmüller, puis la paroi postérieure du pharynx nasal et se termine pai quelques granulations isolées, facilement visibles quand le voile du palais se relève un peu.

Anatomie pathologique. — Ce tissu adénoïde normal subit, pour diverses causes, une sorte d’hyperplasie. Certains points sont hypertrophiés alors que d’autres s’atrophient. C’est ce qui explique les formes différentes que revêtent les végétations adénoïdes.

Tantôt c’est une nappe plus ou moins mamelonnée envahissant la plus grande partie du pharynx nasal, mais surtout au niveau de la voûte et sur les côtés. D’autres fois c’est un semis de granulations de grosseurs différentes, ou bien il existe des masses polypiformes prenant naissance sur les points les plus divers du pharynx nasal (orifices postérieurs des fosses nasales, pavillons des trompes, etc.)

Enfin on trouve chez quelques malades entre douze et seize ans une hypertrophie formant une masse centrale, mamelonnée, lisse et dure.

Les végétations adénoïdes sont parcourues par un assez grand nombre de vaisseaux sanguins.

Étiologie. — L’hypertrophie adénoïde s’observe surtout

RHINOLOGIE.

chez les enfants lymphatiques et scrofuleux. L’hérédité joue donc un rôle important dans l’étiologie de cette affection, et l’observation le démontre absolument. Il m’est souvent arrivé de trouver chez les parents d’enfants que je devais opérer d’adénoïdes, des malformations de la face et des stigmates qui ne laissaient aucun doute sur l’hypertrophie qu’avaient eue les ascendants dans leur jeune âge, hypertrophie qui avait subi une sorte de régression, dont je parlerai plus loin.

J’ai opéré assez souvent plusieurs enfants d’une même famille, frères et sœurs.

La similitude de structure du tissu adénoïde et des ganglions lymphatiques explique chez les adénoïdiens, les poussées ganglionnaires du côté du cou, évoluant parallèlement avec l’affection du pharynx nasal.

Les inflammations aiguës, subaiguës ou chroniques de la gorge et du pharynx nasal sont souvent le point de l’hypertrophie des amygdales palatines.

M. Lermoyez a relevé certains faits qui tendent à prouver qu’il existe une forme rare, mais nette, de végétations adénoïdes tuberculeuses, forme qui, histologiquement, se particularise d’une façon précise, mais ne semble pas posséder jusqu’ici de caractères cliniques permettant de les différencier.

Chez les enfants nés de parents tuberculeux, on devra toujours soupçonner cette forme particulière.

D’autre part, le professeur Dieulafoy vient de présenter à l’Académie un travail sur la Tuberculose larvée des trois amygdales, qui s’observe surtout chez les jeunes sujets et les adolescents. D’après cet auteur, les trois amygdales devront compter à l’avenir comme une des portes d’entrée les plus redoutables de la tuberculose humaine.

Ces conclusions ont été trouvées très exagérées par le professeur Cornil et le professeur Grancher. Ce dernier a dit que M. Dieulafoy avait démontré à son tour expérimentalement la présence du bacille tuberculeux à la surface des amygdales et des masses adénoïdes, mais qu’il fallait savoir maintenant ce que sont devenus les enfants porteurs de ces hypertrophies amygdaliennes et adénoïdes.

Au point de vue clinique, mon expérience personnelle me permet d’affirmer que, jusqu’à présent, je n’ai pas observé un seul cas de tuberculose adénoïdienne chez les nombreux enfants (plus de 500) opérés par moi dans ma clientèle particulière.

J’ai eu la possibilité de revoir au moins les trois quarts de ces malades, à des époques plus ou moins éloignées, sans avoir été témoin d’un seul fait de tuberculose.

La question est sérieuse et demande à être étudiée.

Symptomatologie

Le développement des adénoïdes est fort lent et la durée de ce développement tout à fait indéterminée. Au début, il n’y a pas de troubles ou, s’ils existent, ils sont assez légers pour passer inaperçus. La gêne nasale est loin d’être attribuée à la vraie cause.

Il faut qu’il survienne du côté des oreilles des accidents plus sérieux, tels que catarrhes, surdité, etc., pour appeler l’attention des parents et du médecin.

Symptômes objectifs. — J’ai indiqué, page 355, les trois méthodes d’exploration. Mais l ’exploration digitale peut seule donner une idée nette et précise de l’hypertrophie adénoïde et de ses caractères particuliers.

Symptômes fonctionnels

Troubles de la phonation. — Le pharynx nasal et le nez forment une caisse de résonnance. Si les cavités sont obstruées plus ou moins complètement, le timbre des ondes sonores émises est modifié à des degrés variables. Il suffit de se rappeler comment prononce une personne atteinte d’un violent coryza. Je ne crois pas devoir entrer dans de plus grands détails.

Troubles de la respiration. — Il me faut encore redire que la respiration nasale est seule physiologique, et que toute

RHINOLOGIE.

fermeture plus ou moius complète des cavités des nasales, oblige le sujet à respirer par la bouche ce qui est anormal et insuffisant.

Quels sont les effets de cette modification respiratoire?

a. Le ronflement est dû aux mouvements du voile du palais, qui est soulevé à chaque inspiration et à chaque expiration buccales; Yagitation et les sueurs profuses qu’amène cette respiration buccale insuffisante sont une cause réelle d’affaiblissement. Ces troubles se renouvellent presque chaque nuit.

Chez les tous jeunes enfants à la mamelle, les accidents peuvent devenir plus sérieux, car ils sont obligés d’abandonner le sein pour respirer par la bouche. J’ai vu bien des faits de ce genre au Dispensaire.

b. ' Déformation du thôrax. — Les poumons dans l’enfanee ne se dilatent et n’augmentent de volume qu’en raison directe de la quantité d’air qui pénètre dans la poitrine. Or, la voie buccale étant seule libre, la quantité d’air inspiré est insuffisante, il en résulte un arrêt de développement qui porte en même temps sur la cage thoracique. Les épaules font saillie en avant, et la poitrine est rentrée.

Chez les enfants de dix à quinze ans on observe aussi des déviations de la colonne vertébrale.

Mon collègue au Dispensaire, M. Redard qui's’occupe d’orthopédie m’envoie un grand nombre de malades de son service atteints de déviation chez lesquels j’ai pu constater l’hypertrophie adénoïde.

c. Hématose. — Ces troubles de la respiration ont un retentissement considérable sur l’économie générale en rendant l’hématose incomplète.

L’oxygénation du sang, si importante dans le jeune âge est modifiée parce que l’air n’arrive pas en assez grande quantité jusqu’aux dernières ramifications pulmonaires.

Bien des médecins ne paraissent pas tenir assez compte de

cette cause d’affaiblissement que démontrent les nombreuses observations publiées.

d. Face. — Les divers sinus de la face, de la base du crâne, etc., étant incomplètement aérés, se développent non dans le sens transversal, mais dans le sens longitudinal, ce qui modifie le squelette de la face.

On voit alors la cloison du nez déviée fortement, la voûte palatine ogivale et les incisives chevauver les unes sur les autres par suite du manque de développement latéral des maxillaires supérieures.

Le nez est souvent aplati transversalement, et paraît moins large. Les ailes du nez sont un peu comprimées. Chez les adultes adénoïdiens, il n’est pas rare de trouver le nez saillant.

Physionomie

e. Faciès. — Le faciès chez les enfants en puissance d’adénoïdes est tout à fait caractéristique, on peut même dire pathognono mique.

La bouche est ouverte ou entr’ouverte, la lèvre supérieure est plus grosse. Un teint grisâtre remplace les couleurs rosées qu’ont d’habitude les enfants jouissant d’une bonne santé.

Ce teint est dû à une hématose défectueuse, ainsi que je l’ai dit plus haut.

La physionomie manque d’expression, et les petits malades ont l’air hébété, presque idiot.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de recevoir chez moi des parents me demandant pourquoi leur enfant, intelligent et travailleur tenait sa bouche grande ouverte, et paraissait avoir un air bête. Ils étaient loin d’en soupçonner la cause.

Les diverses modifications que je viens d’énumérer se rencontrent à des degrés variables. On les trouve à peine accusées chez certains malades, alors que chez d’autres elles existent avec leur plein développement.

RHINOLOGIE.

Complications

Oreille. — L’hypertrophie adénoïde est une cause fréquente de catarrhe de la trompe, d’otite moyenne catarrhale et souvent aussi d’otite moyenne purulente aiguë.

Fig. 121. — Photographie d’un enfant adénoïdien vu de face.

Ce sont des degrés différents d’un même processus inflammatoire survenant à la suite des affections du pharynx nasal soit [primitives, soit secondaires. La présence des tumeurs adénoïdes augmente leur fréquence et leur gravité.

Lorsqu’on examine les tympans d’un adénoïdien, on les trouve un peu ternes, moins concaves, et présentant parfois ainsi les lésions de l’otite moyenne chronique.

Il n’est pas rare d’observer de l’otalgie intermittente, ainsi que de la surdité variable.

La pathogénie de cette surdité est facile à concevoir. En

effet, chez certains adultes affectés de surdité lente et progressive, le début de l’affection remonte à l’enfance, et la maladie ne s’accentue que par suite de la chronicité de l’état pathologique.

Nie*. — L’influence des tumeurs adénoïdes sur les cavités

Fig. 122. — Le même enfant vu de profil.

nasales se traduit par de la rhinite, avec hypertrophie des cornets inférieurs et du catarrhe nasal. L 'ozène se rencontre assez souvent chez les adénoïdiens anciens.

Céphalée. — 11 n’est pas rare d’observer chez les enfants en puissance d’adénoïdes de la céphalée quotidienne ou intermittente, commençant dans la matinée, et durant plusieurs heures. Ces maux de tête persistants, sans être très forts, suffisent à fatiguer l’enfant et à lui retirer ses facultés de travail.

ÏWINOLOGIE.

Observation n° 29, personnelle.

a M. X., 10 ans, lymphatique, faciès caractéristique, est atteint de céphalée quotidienne depuis deux ans, commençant vers onze heures du matin et durant jusqu’à quatre ou cinq heures. Divers médecins ont essayé toutes les médications ; sulfate de quinine, bromures, douches froides, séjour à la mer, et enfin séjour à la campagne, dans un lieu élevé.

« Un vieux praticien de la localité, conseilla au père de faire examiner l’enfant par un spécialiste, car le nez lui semblait bouché.

a Après examen, je constatai une hypertrophie adénoïde considérable et je déclarai que la guérison n’était très probablement qu’une affaire de quinze jours à trois semaines, a L’intervention opératoire donna un succès complet. »

J’ai recueilli plusieurs observations du même genre, tout aussi probantes.

Marche. — J’ai déjà dit que le développement de l’hypertrophie adénoïde est lent, que l’évolution en est limitée.

Il est assez rare de la rencontrer dans les premiers mois de la naissance. C’est entre trois et six ans que les tumeurs adénoïdes atteignent leur maximum, et c’est à cette époque que les divers troubles énumérés plus haut se montrent avec une certaine intensité.

Vers quinze ou seize ans, parfois plus tôt, ou un peu plus tard, le tissu adénoïde hypertrophié subit une sorte de régression et diminue de volume. Mais les lésions quelles ont déterminées dans le jeune âge sont acquises et difficiles à modifier.

Le catarrhe des fosses nasales et du pharynx nasal qu’on rencontre si fréquemment à l’état chronique chez beaucoup de ces sujets, n’a pas d’autre point de départ. Quant aux malformations du squelette du nez et de la face, elles ne peuvent être corrigées.

Les tumeurs adénoïdes sont une affection particulière à l’enfance. Mais il y à des exceptions, et on les observe aussi chez les adultes.

J’ai opéré, il y a quelques mois, à la Pitié, dans le service de À. Robin, un jeune homme de vingt-six ans porteur de végétations assez considérables. L’intervention l’a complètement guéri. J’ai vu quelques cas de ce genre.

Diagnostic. — Le diagnostic est simple. Les caractères spéciaux de la physionomie, caractères que nous avons passés en revue, suffisent bien souvent à éveiller l’attention des parents et du praticien.

L’exploration digitale vient confirmer le diagnostic en permettant de se renseigner sur la présence des adénoïdes, leur degré de mollesse ou de dureté, et leur développement plus ou moins complet.

Quant aux affections de cette région, avec lesquelles on pourrait les confondre, je les énumérerai simplement, car il n’y a pas d’erreur possible. Ce sont les polypes du nez, les polypes naso-pharyngiens, le catarrhe chronique du pharynx nasal.

Pronostic. — On comprend facilement l’importance qu’il y a à reconnaître l’état adénoïdien chez les enfants. Dès qu’il est diagnostiqué, il faut se hâter d’intervenir. La guérison est la règle absolue, quand l’intervention n’est pas trop tardive.

Hématose incomplète, dépérissement, déformation du thorax, de la face, de la bouche, du nez affections graves des oreilles, telles sont les lésions qui peuvent frapper les adénoïdiens.

Les tumeurs adénoïdes peuvent-elles se reproduire? Non, certainement, disait-on il y a quelques années, si l’ablation a été faite complètement.

D’après mes observations, je crois que l’hypertrophie adénoïde peut se montrer de nouveau dans quelques cas, même, après une opération radicale. Voici l’hypothèse que je propose pour expliquer le fait. Tout le tissu adénoïde normal n’est pas toujours hypertrophié dans son entier. Certaines bandes de ce tissu ont été le siège de l’hvperplasie de leurs éléments, mais d’autres sont restées intactes, comme on peut s’en rendre compte en explorant avec soin. L’intervention opératoire enlève toutes les parties hypertrophiées, et celles-lâ ne s’hypertrophient pas de nouveau.

Mais, l’état scrofuleux très marqué chez certains sujets amène petit à petit l’hypertrophie de ces bandes restées

RHINOLOGIÉ.

saines. Lorsqu’on examine des enfants débarrassés depuis deux ou trois ans, on retrouve parfois quelques tumeurs adénoïdes plus rares, plus ou moins mollasses, séparées par des zones de muqueuse tout à fait normale.

Telle est la conclusion que j’ai cru pouvoir tirer des nombreux examens faits au dispensaire Heine sur un grand nombre d’opérés.

Traitement

Traitement médical. — Il est bien des médecins qui croient qu’un traitement purement médical peut suffire dans la plupart des cas pour amener la guérison des adénoïdes.

Ils conseillent les toniques, l’iôde, les bains de mer, les eaux de Salins, de Salies, de la Bourboule, les eaux sulfureuses.

Ce traitement peut-il seul donner des résultats? Je le crois, s’il n’existe qu’un semis adénoïdien n’amenant aucun des troubles signalés plus haut. Cette médication du reste doit toujours être employée pour relever l’économie des opérés :

Mais, dans la grande majorité des cas, on peut dire hardiment que Vablation est le procédé de choix.

M. Marage a fait récemment une communication à l’Académie, au sujet d’un nouveau traitement par les badigeonnages de résorcine en solution aqueuse, à parties égales, faite tous les trois ou quatre jours pendant quatre ou cinq semaines. Les résultats sont excellents, parait-il.

J’expérimente en ce moment ce nouveau traitement au dispensaire Heine.

Indications et contre-indications

indications. — Lorsqu’un enfant, présente les symptômes nettement tranchés de l’hypertrophie adénoïde et que les lésions nasales, auriculaires, etc., se montrent à un degré plus ou moins accentué, il faut intervenir opératoirement. Pourquoi a-t-on paru vouloir faire de celte intervention une

sorte d’épouvantail en la compliquant bien inutilement, alors qu’elle est simple, exempte de douleurs, de dangers et d’inconvénients, si le praticien agit comme je l’indique plus loin. Chez quelques enfants et adultes, il existe un léger semis adénoïdien qui à la longue n’est pas sans action sur la santé générale.

J’ai plus de trente observations de malades présentant cette variété pathologique. Dans ces cas on trouve comme symptôme un catarrhe chronique de l’arrière-nez, et certaines complications névropathiques : difficulté d’avaler, pharyngite chronique avec spasmes, hypertrophie des cornets inférieurs, etc.

Un seul curettage convenable suivi de badigeonnages iodés forts, pendant quelque temps, arrive à guérir tous les accidents en deux ou trois mois.

Je tiens encore à faire une réflexion que l’observation de quelques cas me pousse à formuler.

L’hypertrophie adénoïde est une cause d’irritation chronique du pharynx nasal, car elle entretient une sécrétion plus ou moins septique. Quand survient une maladie infectieuse, commune dans l’enfance, rougeole, scarlatine, etc., la phlegmasie de la région emprunte un caractère particulier de gravité à la présence de ces masses adénoïdes.

11 y a donc intérêt à débarrasser les enfants.

Contre-indications. — On peut ne pas opérer si le petit malade ne se plaint pas, et si l’on ne constate aucun des troubles décrits. Du reste on ne nous amène pas les enfants qui ne se plaignent pas, et chez lesquels on ne remarque rien d’anormal.

Chez les sujets ayant dépassé quatorze ans, lorsque l’hypertrophie adénoïde est constituée par une masse sessile, centrale, dure et lisse, je ne dis pas qu’il faut s’abstenir absolument, mais je recommande la prudence, caries hémorrhagies en nappe dans cette région inaccessible à la vue directe, sont toujours difficiles à arrêter.

J’ajouterai pour terminer que l’otorrhée purulente chronique n’est pas une contre-indication opératoire. Dans bien des

IIHINOLOGIE.

cas j’ai pu activer la guérison de l’écoulement en enlevant les adénoïdes.

Traitement chirurgical

Il existe deux méthodes opératoires : la première en une seule séance, et la seconde en deux séances.

L’ablation en une seule séance se fait avec le couteau deMoritz Schmidt ou avec les pinces coupantes. Cette méthode, très en honneur à l’étranger, compte beaucoup d’adeptes en France.

Mais il faut pratiquer l’anesthésie avec le chloroforme, ou plus souvent encore avec le bromure d’éthvle, car l’opération demande un peu de temps et est fort désagréable pour le malade.

Sur ce point particulier, je suis en contradiction avec la majorité de mes confrères en otologie et en larÿngologie. L’anesthésie avec le chloroforme ou le bromure d’éthyle est toujours une chose grave. Sédillot a dit avec raison que toutes les fois qu’on endort un malade, on lui fait courir un danger de mort.

L’anesthésie est obligatoire dans toute opération sérieuse, aussi bien pour le malade que pour le chirurgien. Mais a-t-on bien le droit de faire courir ce danger de mort (si minime qu’il soit, d’après les statistiques) pour une intervention opératoire aussi simple, exempte de douleurs, qui doit durer si peu de temps (quelques secondes) et dont l’enfant ne se souvient plus, habituellement, une demi-heure après, quand on opère en deux séances?

Enfin l’opération en une séance, avec le couteau ou les pinces, occasionne une perte de sang assez considérable, et n’est pas exempte d’inconvénients qui, sans être graves, peuvent être évités. De plus, les enfants sont fréquemment obligés de garder le lit quelques jours, car on observe parfois des malaises, de la fièvre et des températures élevées.

Je répéterai donc encore que l’opération en deux séances est d’une grande simplicité et exempte de douleurs, de dan-

gers et de complications. Il faut donc montrer cette intervention, ce qu’elle est réellement, simple et sans inconvénients sérieux, afin de la faire entrer dans la pratique courante. Les résultats qu’elle donne sont vraiment remarquables. Lorsque les familles et les médecins seront bien convaincus de l’innocuité absolue de cette petite opération, ils la demanderont sans arrière-pensée.

J’ai fait à l’heure actuelle, (mars 1895) plus de deux mille opérations sans avoir jamais eu le moindre accident ou une complication sérieuse : j’ai observé, mais bien rarement, un petit mal de gorge ou de tête durant douze ou vingt quatre heures. J’ai employé tous les procédés et je m’en tiens depuis longtemps à l’usage des pinces coupantes pour la première séance. Six à huit jours après je termine par un grattage avec la curette de Lange.

Technique opératoire

Voici la technique de la méthode en deux séances. Je me sers des pinces deLoewenberg et deWoakes modifiées, sur mes indications, en 1884 par Collin. Elles sont de trois grandeurs différentes. (Voir fig. 123).

Les modifications que j’ai faites portent sur la forme un peu plus sphérique des mors et sur l’échancrure de la partie antérieure de ces mors, échancrure qui permet d'éviter la blessure de la cloison, en haut.

Quatre ou cinq jours avant l’intervention, je fais pratiquer l’antisepsie du champ opératoire, en* prescrivant les lavages du nez et de la gorge avec l’eau chaude bouillie (demi-litre environ) additionnée d’une cuillerée à café de coaltar saponiné ou deux cuillerées à café de boricine.

L’emploi de la cocaïne n’est pas d'une grande utilité, d’après mon expérience. En effet, pour être efficaces, les badigeonnages doivent être faits avec une certaine force, afin d’imprégner le tissu adénoïde hypertrophié. Bien des enfants, à l’époque où je me servais de cocaïne, m’ont dit que le badigeonnage était plus désagréable que la prise avec la pince. Je

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