CHAPITRE I
TROUBLES SENSORIELS
A. — Bourdonnements; bruits subjectifs; sensations sonores subjectives.
Les bruits variés qui accompagnent si fréquemment les diverses affections de l’oreille peuvent être comptés parmi les symptômes les plus pénibles ressentis par les malades. Il est difficile d’établir une classification précise. Comment en effet, dans la plupart des cas, ,1’otologiste analysera-t-il les différents bourdonnements, alors que le patient lui-même a tant de peine à les décrire.
Il ne faut pas confondre les bruits entotiques avec les bruits subjectifs dus à une irritation du nerf auditif.
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Les bruits entotiques naissent dans l’oreille ou son voisinage, et sont produits, par : les claquements du tympan et des parois tubaires ; par le gargouillement de l’air chassé dans la caisse, quand elle contient des mucosités; par les mouvements de l’articulation de la mâchoire; par les affections des gros vaisseaux de la région, etc. Ces bruits sont parfois perceptibles pour l’observateur. Ils peuvent dans certains cas être couverts par des sensations sonores subjectives, et se confondre avec elles.
Étiologie des bruits subjectifs. — Les bruits Subjectifs proviennent d’une irritation du nerf auditif soit à son point d’origine, soit dans son trajet, soit enfin dans ses ramifications terminales. Cette irritation peut être causée par une anémie ou une hyperémie du labyrinthe ou des centres nerveux. Mais généralement elle est due aux affections de l’oreille (externe ou moyenne) produisant une augmentation de la pression intra-labyrinthique, (voir Pathologie de ces organes ). L’ébranlement du labyrinthe par les bruits violents se traduit par des sensations sonores subjectives fort pénibles, et quelquefois d’une durée indéfinie.
Certaines personnes y sont prédisposées par leur profession ou leur état. Je citerai les artilleurs (détonation des canons); les soldats (exercices à feu): les ouvriers travaillant dans les forges,, les ateliers de chaudronnerie; les mécaniciens, chauffeurs, conducteurs de trains (ébranlement continuel). Chez ces derniers on observe fréquemment des affections de l’oreille moyenne, catarrhe chronique ou otite sclérémateuse. Cependant j’ai pu m’assurer en examinant un grand nombre d’employés de chemins de fer du service actif, que quelques-uns d’entre eux, affligés de bourdonnements, n’avaient ni maladies
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de la caisse, ni maladies du tympan, et que le labyrinthe était seul affecté.
L’exercice violent, la course, tous les excitants ainsi que la congestion, la syncope, peuvent produire des bourdonnements.
J’indiquerai encore les bruits subjectifs dus à l’absorption du sulfate de quinine, du salicylate de soude, du chloroforme (anesthésie), à l’usage et surtout à l’abus du tabac.
J’ai dans mes notes un certain nombre d’observations très nettes de bourdonnements continuels et violents ayant cessé peu à peu lorsque les malades cessaient de fumer.
Bruits d’origine réflexe. — Les bruits Subjectifs Sont dus parfois à des phénomènes réflexes dont le point de départ est loin de l’oreille. On les rencontre dans les névralgies du facial, du trijumeau, dans les affections des dents, du pharynx nasal. Je citerai encore comme causes éloignées, les maladies de l’estomac, gastralgie, dilatation,. etc., la maladie de Bright.
Il y a quelques années j’ai pu réunir un assez grand nombre de cas où les affections de l’estomac jouaient un rôle considérable. Depuis cette époque (1885), de nouvelles observations n’ont fait que confirmer mes premières recherches.
Je puis en dire autant de la ménopause. A l’âge critique, il se produit de telles perturbations dans l’économie de la femme que les modifications survenant dans les organes des sens, assez communes cependant, passent bien souvent inaperçues. Le travail que j’ai publié à ce sujet, en 1886, permet d’avancer que la ménopause peut avoir un retentissement du côté de l’oreille interne par hyperémie ou congestion, et produire des bourdonnements fort difficiles à modifier.
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En résumé, toute irritation du nerf auditif est susceptible de faire naître des bruits, et de les augmenter s’ils existent déjà.
Nature des bruits. — Le malade qui perçoit un ou plusieurs bruits subjectifs se trouve bien souvent dans l’impossibilité d’analyser les sensations sonores, de les préciser, et les comparaisons qu’il en donne sont loin d’être exactes. La gamme de ces bruits, est du reste fort étendue. Voici les principaux types : le bouillonnement de l’eau, l’échappement de la vapeur ou du gaz, les bruits de coquillage, les divers sifflements, tes bruits de battements, d’étoffe qu’on déchire, de cascade, 1e roulement des voitures, tes bruits métalliques, etc. Les malades entendent : parfois des mots, des phrases, des-.-voix qui leur partent (voyez Hallucinations, p. 155).
On voit parfois des sujets ressentant en même temps dans une oreille, des bruits de types différents et variés. Ces bruits superposés n’existent pas continuellement. Un seul rte plus ancien, domine généralement.
Il n’esUffcas rare non plus de rencontrer des malades ayant d’un Jèôté un bruit tout différent de celui que perçoit l’autre j^reille.
siège. — Certains sujets indiquent bien l’oreille comme point de départ des bruits. Mais beaucoup d’autres les localisent en arrière ou en haut de la tête, ou à côté de l’oreille. On ne sait rien de précis à cet égard, car dans cet ordre d’idées tout est hypothèse.
intensité. — L’intensité des bourdonnements est très variable. Tantôt^e malade perçoit à peine tes bruits et n’est pas gêné par eux, et tantôt il tes supporte difficilement alors même qu’ds ne sont pas très intenses. Dans
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certains cas, ils atteignent un tel degré de force qu’ils influent sérieusement sur le moral et la santé des sujets, au point de les pousser au suicide.
Surdité et bruits. — Quelles relations observe-t-on entre les bruits et la surdité? Il est impossible de se prononcer, car on rencontre toutes les variétés. Les bourdonnements peuvent précéder, accompagner ou suivre la surdité* et inversement.
Un malade très: sourd peut ne pas avoir de bourdonnements, alors qu’un autre affecté d’une très légère surdité ressentira des bruits subjectifs violents. On voit encore les bourdonnements accompagnant une surdité qui augmente progressivement, cesser tout à fait lorsque cette surdité devient complète. Enfin, dernière variété, j’ai rencontre quelques personnes ayant une audition normale avec des bruits persistant depuis quinze ou vingt ans.
Diagnostic. — Les bruits perçus par les malades ne donnent pas d’indications absolues pouvant servir au diagnostic des maladies de l’organe auditif. Les symptômes fournis par l’exploration de l’oreille moyenne et du nerf auditif ont seule de la valeur. Certains bourdonnements dus à la présence d’un corps étranger ou à l’enfonçure du tympan dans le catarrhe tubulaire, disparaissent rapidement avec la cause. La persistance des bruits indique une lésion plus ancienne.
Les affections de la caisse produisent des bourdonnements essentiellement variables dans leur intensité et leur durée.
Les bruits violents, les sifflements aigus sont regardés avec raison comme pathognomoniques du syndrome de Ménière.
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Pronostic. — L’expérience permet d’avancer que, dans la majorité des cas, les bruits subjectifs peuvent être regardés comme un symptôme fâcheux,
Le pronostic sera plutôt favorable si les bourdonnements sont légers et intermittents. Mais les bruits continus, sans rémissions, sont considérés comme devant amener plus tard la perte de la fonction. Suivant Politzer, si l’on obtient un amélioration considérable de l’ouïe, sans modification des bruits, dans les cas d'affection chronique de l’oreille moyenne avec bourdonnements constants, il est presque certain qu’il y aura rechute. Je ne partage pas entièrement cette opinion, car j’ai observé des améliorations durables, dans les conditions indiquées par Politzer.
Traitement. — Le traitement doit être dirigé d’abord contre la cause présumée. Pour combattre spécialement les bruits, je donnerai seulement quelques indications générales, me réservant d’insister sur certains points lorsque j’étudierai les affections de l’oreille moyenne.
Je rejette les injections médicamenteuses dans la caisse, par le cathéter. Elles donnent peu de résultat et occasionnent parfois des poussées inflammatoires.
Les vapeurs sont d’un emploi plus fréquent. On peut essayer les vapeurs d’éther sulfurique ou acétique, de chloroforme, d’iodure d’éthyle, d’iode.
Comme médication générale le bromure de potassium à haute dose produit de bons effets.
Form. n° 1. Bromure de potassium. .
— de sodium. .
— d’ammonium.
Sirop d’écorce d’oranges
A prendre de 2 à 3 cuillerées à soupe par jour, à
ââ de 5 à 12 gr.
... 200 gr.
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intervalles de six à huit heures, dans un peu d’eau. Les iodures de potassium et de sodium réussissent assez bien.
Form. n° 2. Iodure de potassium.10 à 15 gr.
Sirop d’écorces d’oranges. 200 gr.
2 cuillerées par jour, avant les repas. Je citerai encore Vacide bromhydrique, 15 gouttes 3 fois par jour : soient 45 gouttes. On peut monter jusqu’à 60 gouttes par jour. La teinture d'arnica, 3 à 15 gouttes, 3 fois par jour (Wilde) : la liqueur de Fowler de 2 à 10 goutttes par jour (Voltolini). Le sulfate de quinine est conseillé par quelques' otologistes.
B. — Hallucinations de l’ouïe
On donne le nom d’hallucination au trouble psychosensoriel caractérisé par la croyance à une sensation réellement perçue, au moment où l’exercice du sens n’a été déterminé par aucune excitation extérieure (Motet).
Les hallucinations de l’ouïe sont fréquentes et appartiennent aux formes classiques des aliénations mentales. Elles peuvent exister, chez des sujets prédisposés, en dehors de toute lésion de l’appareil auditif. De simples corps étrangers exerçant une pression sur le tympan, peuvent quelquefois produire ces hallucinations. Mais les causes les plus ordinaires sont les diverses maladies aiguës ou chroniques de l’oreille moyenne.
Les hallucinations ont lieu chez certaines personnes, du côté de l’oreille malade et non de l’autre. On les observe assez souvent longtemps après la constatation des affections de l’oreille. Les hallucinations se produisent dans les conditions les plus variées. C’est souvent le soir que l’aliéné entend des voix, des phrases, des conversations entières. Les paroles sont prononcées tantôt à son oreille, et tantôt semblent venir d’un endroit
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éloigné. Les malades suivent leur propre pensée formulée à haute voix.
Les hallucinations sont particulièrement fréquentes dans le délire de la persécution. On les rencontre aussi dans les délires mystiques, et elles peuvent conduire au suicide et au meurtre.
Les aliénistes regardent les hallucinations de l’ouïe, comme les plus tenaces. Elles peuvent se combiner avec les hallucinations de la vue ; mais les premières conservent toujours une prédominance marquée (Motet).
J’ai pu observer les variétés les plus diverses. La thérapeutique est généralement impuissante.