C. — Paracousie de Willis
11 n’est pas rare de rencontrer des malades qui d’euxmêmes ou après interrogatoire, déclarent entendre mieux au milieu du bruit. Ce phénomène est plus particulièrement marqué quand les sujets sont en chemin de fer, en voiture, ou lorsqu’ils marchent.
Les auteurs expliquent diversement cette paracousie. Müller pense qu’il y a torpeur du nerf auditif, dont l’activité se trouve réveillée par une excitation extérieure. Politzer l’attribue à l’ébranlement de la chaîne des osselets. L’hypothèse la plus logique me paraît être l’association de ces deux opinions. L’ébranlement produit par les secousses de la voiture, du chemin de fer, se transmet par tout le système osseux, (colonne vertébrale, crâne) à la chaîne des osselets et aux dernières expansions du nerf auditif. Les appareils de transmission et de perception sont donc tous deux mis en vibration momentanée, ce qui facilite l’audition.
Quelle que soit du reste l’explication, le fait existe. On l’observe chez les malades affectés d’ankylose des
TROUBLES SENSORIELS
osselets et de lésions labyrinthiques les plus variée', avec conservation d’une partie de la sensibilité auditive. C’est toujours un symptôme grave, qui rend le pronostic peu favorable.
D. — Paracousie de lieu
L’audition binauriculaire est nécessaire, à l’état normal pour l’appréciation exacte de la direction des ondes sonores, comme la vision binoculaire pour la perception des contours.
Toutes les fois qu’une oreille est affectée un peu sérieusement, le sujet ne peut savoir de quel côté vient le son. Certains malades ne s’aperçoivent de leur surdité que par hasard. Étant à la chasse ils croient entendre les chiens courants à droite, alors qu’ils sont à gauche. Après plusieurs erreurs de ce genre, ils placent leur montre contre l’oreille et s’étonnent de ne pas l’entendre, c’est alors qu’ils viennent demander conseil.
Cette forme de paracousie est assez fréquente, et j’ai bien souvent insisté sur son importance, en donnant des certificats à des sourds appelés à passer devant le conseil de révision.
Il existe des exceptions à cette règle, car j’ai eu l’occasion d’examiner quelques malades que je n'ai jamais pu prendre en défaut, malgré les expériences les plus variées.
E. — Paracousie double ; Diplacousie
C’est une anomalie de l’ouïe, qui fait entendre au sujet deux sensations sonores différentes perçues, l’une par l’oreille saine, l’autre par l’oreille malade. Si l’oreille normale est bouchée avec le doigt, le malade peut se
PATHOLOGIE
rendre compte que le double son est entendu par l’autre.
Celte paracousie double, dont la cause peut être une affection de l’oreille moyenne ou de l’oreille interne, est assez rare. Je ne l’ai observée que deux fois. Chez l’un de mes malades il existait un catarrhe chronique avec rétraction tympanique. J’ai pu le guérir après un long traitement.
F. — Autophonie
On appelle autophonie la résonnance de la voix du malade, ressentie par lui-même lorsqu’il parle. Cette résonnance si fatigante et si pénible, peut être due à la béance anormale de la trompe, béance qui permet à la voix de pénétrer directement dans la caisse, en produisant des vibrations exagérées du tympan. Mais on rencontre l’autophonie chez des sujets affectés de catarrhe aigu de la caisse et de la trompe, le canal tubaire n’étant pas perméable.
Diverses opinions ont été émises pour expliquer ce phénomène: pour les uns, c’est la béance due à un spasme des muscles pharyngo-staphylins ; pour les autres, c’est le gonflement inflammatoire des parois tubaires, qui les empêche de remplir leur rôle de soupape.
L’autophonie n’est pas aussi rare que le prétendent quelques otologistes. J’en ai observé beaucoup de cas, et plusieurs de mes malades ont dû subir un traitement prolongé par les bougies pour être guéris.
G. — "Vertiges
On désigne sous le nom de vertiges un trouble dans lequel il semble que les objets environnants se déplacent, et qu’on le déplace soi-même dans une direction déter-
TROUBLES SENSORIELS
minée, variable suivant les cas, de telle sorte qu’on se sent en état d’instabilité et qu’on a tendance à perdre l’équilibre » (Hallopeau).
Les vertiges peuvent être produits par des affections des yeux, des oreilles, du nez, du larynx, de l’estomac et des reins (brightisme).
Les vertiges sont dus à une action cérébrale ou à une action réflexe d’origine périphérique. On peut ajouter qu’ils sont sous la dépendance d’une irritation directe ou indirecte des nerfs ampullaires.
Pour que l’état de vertige se développe, il faut que l’appareil nerveux de l’oreille interne soit le siège d’une irritation. D’après Cyon, la compression du liquide labyrinthique ne suffît pas à produire le vertige; il faut une irritation des canaux demi-circulaires. Cette irritation, quelle que soit son origine, peut déterminer des phénomènes vertigineux qui se présentent sous trois modes : troubles de l’équilibre, sensations de vertige, mouvements anormaux.
Les troubles, de l'équilibre sont produits chez les animaux par la lésion des canaux demi-circulaires (expériences de Flourens, de Cyon, de Yulpian, etc.) Les sensations de vertige consistent en une sorte de mouvement giratoire des objets environnants ; d’autres fois, c’est le sol qui paraît manquer sous les pieds.
Le vertige simple, le seul dont nous ayons à nous occuper ici, se développe sous l’influence d’une sensation subjective. Le sujet perçoit un bourdonnement, un sifflement plus ou moins aigu, puis une sensation de tournoiement, avec ou sans chute.
Il y a des vertiges dus à une influence directe extérieure et des vertiges spontanés. Ces derniers peuvent • être continus ou intermittents. L’intensité des vertiges est variable. Hs sont quelquefois tellement subits que le
PATHOLOGIE
malade est projeté à terre. D’autres fois, l’état vertigineux, plus léger, est cependant assez marqué pour que les objets environnants semblent tourner autour du sujet.
11 est une autre forme de vertige résultant de lésions produites par des troubles auriculaires sur le cerveau, ou constituant le premier acte d’un retentissement encéphalique, (voir, Livre VI, page 335). Dans ces différents cas, le vertige existe rarement seul, et quand il est isolé c’est pendant peu de temps. Le plus ordinairement il fait partie d’un syndrome.