CHAPITRE I
GÉNÉRALITÉS SUR LES OTITES A. — Définition et classification
L’otite est «ne inflammation de tout ou partie de l’appareil auditif.
On peut classer les otites suivant leur nature, suivant leur siège, suivant leur marche et suivant les lésions qu’elles déterminent.
1° Suivant leur nature. — Cette classification des otites, au point de. vue de leur nature, est purement artificielle, car, en somme, toutes les otites sont de nature infectieuse. Cependant pour me conformer à l’usage et faciliter la description, je les diviserai en otites infectieuses non spécifiques, otites infectieuses spécifiques et otites dyscrasiques.
a. Otites infectieuses non spécifiques. — Elles peuvent être primitives, c’est-à-dire indépendantes de tout état morbide général concomitant. Elles peuvent être secondaires, c’est-à-dire survenant dans le cours où à la suite de maladies générales infectieuses telles que: la fièvre typhoïde, la scarlatine, la rougeole, la variole, la diphthérie, la grippe, les pneumonies, les oreillons, etc., etc.
b. Otites infectieuses spécifiques. — Les seules affections que les pathologistes regardent actuellement encore
PATHOLOGIE
comme spécifiques sont la syphilis et la tuberculose.
c. Otites dyscrasiques. — Parmi les affections dyscrasiques qui se compliquent le plus facilement d’otite, il faut citer le rhumatisme, la goutte, la leucémie, la maladie de Bright.
2° Suivant leur siège. — L’inflammation peut frapper chacune des parties de l’organe auditif ou plusieurs simultanément.
Oreille externe.
Oreille moyenne
Oreille interne.
Pavillon
Conduit auditif externè
Tympan.
Caisse du tympan.
Trompe d’Eustache.
Apophyse mastoïde.
1 Nerf auditif j ( Labyrinthe. 1
origine,
tronc.
On rencontre des cas dans lesquels l’oreille moyenne et l’oreille interne sont prises ensemble, ou rapidement l’une après l’autre (panotite).
3° Suivant leur marche et les lésions quelles déterminent.
a. Suivant leur marche. —Les otites ont une marche aiguë ou chronique. La forme aiguë n’évolue pas toujours dans Un cycle régulièrement déterminé. L’intensité et la durée des symptômes dépendent du degré de la phlegmasie.
La forme chronique a une durée illimitée. Elle présente parfois des poussées aiguës au cours de son évolution.
b. Suivant les lésions qu'elles déterminent. — L’inflammation superficielle du revêtement de l’oreille, est dite catarrhale, et se traduit par un exsudât séreux ou muqueux, mais non purulent. Lorsque les couches profondes sont envahies, l’inflammation revêt le caractère
ÉTIOLOGIE.
phlegmoneux et donne naissance à des épanchements purulents. Enfin, si la muqueuse a élé détruite, le périoste et l’os sous-jacent peuvent être attaqués. On observe alors la carie et la nécrose.
Cependant on doit remarquer que cette classification des lésions est artificielle, car le degrés d’infection paraît dépendre plutôt de la virulence des micro-organiques, que de la profondeur de la lésion.
B. — Étiologie et pathogénie générales 1° — ÉTIOLOGIE
Causes prédisposantes. — On observe, dans les pays à climats humides, une prédominance marquée des inflammations de l’oreille. Les saisons ont une grande influence, surtout l’automne et l’hiver.
Les otites catarrhales se rencontrent plus fréquemment dans l’enfance sujette, on le sait, aux affections de la gorge et du pharynx nasal. La forme chronique, qui se voit aussi dans le jeune âge, est plus particulière aux vieillards.
Les hommes sont-ils plus que les femmes sujets aux phlegmasies de l’oreille? Oui, disent les statistiques, dans la proportion de 3 à 2. D’autre part, il ne faut pas oublier qu’à l’âge critique les perturbations de la santé chez la femme ont un retentissement sérieux sur l’oreille.
Les personnes obligées de vivre au grand air, comme les marins, les soldats, les employés de chemin de fer, chauffeurs, mécaniciens, conducteurs, sont p'us aptes que d’autres à être frappés par les phlegmasies. J’en dirai autant des ouvriers forgerons, chaudronniers, serruriers, ainsi que des artilleurs qui sont exposés aux secousses violentes ébranlant l’oreille interne.
PATHOLOGIE
2» — PATHOGÉNIE
Je ne puis dans un manuel traiter cette question avec tous les développements qu’elle comporte. Je me bornerai à une courte excursion dans le domaine bactériologique.
Il est démontré qu’il existe sur la muqueuse de la bouche, de la gorge, du nez et du pharynx nasal une quantité de microbes, parmi lesquels on cite le staphylococcus aureus et albus, le streptococcus pyogenes, et même le pneumococcus (1). Ils se trouvent aussi dans la trompe et dans la caisse, ainsi que dans le conduit auditif normal. Pour ce dernier, j’ai fait de nombreuses expériences dans mon service du dispensaire Heine, avec l’aide de mes internes MM. Daum et Tixeron. La présence du staphylocoque et du streptocoque dans le conduit normal a été démontrée par les cultures.
L’oreille, au dehors comme au dedans ,est donc habitée par ces microbes qui deviennent pathogènes sous l’influence des causes déterminantes variables (maladies générales, maladies infectieuses).
L’an dernier, M. Martha, dans un travail intéressant sur les microbes de l’otite moyenne a donné les résultats des recherches faites par les auteurs et de ses recherches personnelles. Toutes les variétés de micro-organismes se rencontrent dans les otites; on ne peut les classer d’après la présence de tel ou tel microbe. Netter regarde l’otite à streptocoque comme la plus fréquente et la plus grave par ses complications. Quant à l’otite à pneumocoque, elle peut exister avec ou sans pneumonie.
\. Le professeur Straus vient de démontrer la présence du bacille de la uberculose dans les cavités nasales à l’état-normal, chez des individus vivant dans les milieux contaminés.
PATHOGÉNIE
Je vais donner le relevé des expériences que nous avons faites au dispensaire Heine, mes internes et moi, Parmi les cas observés, il en est 3 qui présentent un intérêt particulier. Il s’agissait de 3 enfants affectés d’otite moyenne purulente .aiguë auxquels j’ai fait la paracentèse trois jours au plus tard, après l’invasion de la maladie. J’ai donc pu examiner l’épanchement à sa sortie du tympan.