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INFLAMMATION DE LA TROMPE

le rétrécissement, une bougie en gomme introduite avec précaution renseignera exactement le clinicien.

Pronostic. — Les rétrécissemenls dus au calarrhe chronique sont difficiles à modifier. Du reste, les lésions de la caisse qui les accompagnent assez souvent, rendent le pronostic défavorable. Mais le traitement doit être persistant. Si le rétrécissement est survenu à la suite d’une cicatrisation vicieuse, et qu’il ne se laisse pas franchir par la plus petite bougie, il vaut mieux s’abstenir.

Traitement. — Dans les divers chapitres consacrés à l’emploi des bougies, tant au point de vue de l’examen qu’à celui du traitement, j’ai donné les indications nécessaires avec assez de détails pour n’y pas revenir.

6° -r INFLAMMATION DE L’APOPHYSE MASTOÏDE

Je ne crois pas devoir parler de l’inflammation de la face externe de l’apophyse mastoïde qu’on observe à la suite et comme complication de l’otite périostique. Cettë question a été traitée avec un développement suffisant, lorsque j’ai étudié l’otite moyenne purulente aiguë. J’aurai du reste l’occasion d’y revenir encore dans le courant de ce chapitre.

Zaufal cite une observation d’inflammation primitive des cellules, sans maladie de la caisse et sans carie.

Mais le plus ordinairement la phlegmasie est Consécutive à une affection aiguë ou chronique de la caisse. Elle existe sans symptômes marqués; mais dès qu’il y a suppuration des cellules, la scène change, caria communication avec la caisse étant trop étroite, ou même oblitérée, il y a rétention du pus qui cherche à s ouvrir une voie soit à l’extérieur, soit du côté du rocher. Dans cè

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dernier cas, les complications graves sont à craindre.

Les symptômes de l’inflammation suppurée des cellules, se. confondent au début, avec ceux de l’otite moyenne aiguë. Mais, peu de temps après, on observe d’autres signes plus précis que j’indiquerai en parlant du diagnostic.

Diagnostic. — On peut se trouver en face des trois variétés suivantes :

1° La périostite simple.

2° La mastoïdite.

3° La périostite et la mastoïdite réunies.

Dans la périostite simple, ainsi que cela a été dit, le gonflement de la région, l’empâtement phlegmoneux s’étendent sur une assez large surface, en dehors même de la région mastoïdienne.

La rougeur des tissus est vive, intense, et la plus légère pression cause de la douleur. Le pavillon est écarté dé la tête, et le sillon aûricùlo-lemporal effacé.

La phlegmasie des cellules est caractérisée par un gonflement moins marqué, et ne dépassant pas la région. La douleur n’est provoquée que par une forte pression sur l’apophyse; l’écartement du pavillon n’existe pas, et le sillon postérieur est conservé.

Les symptômes généraux sont sensiblement les mêmes dans les deux cas, à moins qu’il n’existe des accidents cérébraux. On observe alors du vertige, des vomissements et du délire (méningo-encéphalite). Ces symptômes appartiennent exclusivement à la deuxième variété.

Si les deux variétés existent simultanément, le diagnostic est plus difficile, car les symptômes de la périostite peuvent masquer l’inflammation des cellules. L’incision de Wilde lèvera les doutes. Si après cette incision les phénomènes locaux et généraux ne se sont pas amendés

au bout d’un ou deux jours, on se trouve en présence d’une mastoïdite.

Pronostic. — 11 n’est pas douteux que l’inflammation aiguë, simple, des cellules peut rétrocéder et disparaître. Mais dès qu’il y a suppuration, la rétention du pus, sa fermentation, peuvent être cause des complications les plus graves.

Traitement. — Il faut employer les antiphlogistiques énergiques, lorsque l’envahissement des cellules par la phlegmasie est reconnu.

Un autre moyen a quelque chance d’efficacité. Ce sont les grandes injections antiseptiques faites par la trompe, et ressortant par le conduit auditif (si le tympan n’est pas suffisamment ouvert, il faut l’inciser largement). Ces injections faites deux fois par jour, pouvant arriver jusqu’aux cellules, combattent la rétention du pus. On peut encore les faire directement par le conduit en se servant de la canule d’Hartmann dont le bec est introduit à travers le tympan jusqu’à l'antre. J’ai dit plus haut quels services m’a rendus ce traitement, dans les otites grippales infectieuses, suivies d’inflammation des cellules.

Trépanation de l’apophyse

Cette opération pratiquée autrefois, puis abandonnée à la suite d’accidents mortels, a reconquis la faveur à laquelle elle a droit, et donne d’excellents résultats.

Le professeur Duplay, dans un travail paru en 1888 dans les Archives de médecine, a traité cette question avec une clarté, un soin, et une netteté remarquables. Je puiserai largement à celte source.

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Indications et contre-indications.

Les indications de la trépanation sont assez simples à déterminer théoriquement. Dans la pratique, les divers symptômes indiqués par les auteurs ne sont pas toujours en rapport avec les lésions intérieures. Il faut donc rechercher quels sont les caractères cliniques qui doivent décider l’intervention.

J’ai donné les caractères différentiels des trois formes qui peuvent se présenter. Toutes les fois que les symptômes observés indiquent l’inflammation suppurée des cellules, et que ces symptômes ne cèdent pas aux moyens thérapeutiques (antiphlogistiques, lavages de la caisse et de l’antre), la trépanation sera faite immédiatement.

Dans ce cas, Duplav regarde l’incision de Wilde comme dangereuse et inutile, par le retard qu’elle apporte à une intervention plus complète. Je partage celte opinion, et je connais quelques cas où cette conduite a eu pour résultat la mort des malades.

Je ferai la même réflexion au sujet des symptômes cérébraux graves (phénomènes de compression, d’irritation, etc.), car attendre qu’ils se soient déclarés, c’est courir au-devant d’un échec qui pouvait être évité. Comme le dit Duplay, l’existence de ces accidents ne doit pas contre-indiquer l’opération, mais faire réserver le pronostic opératoire. On peut donc résumer les indications de la. façon suivante :

Périostite simple. — Faire l’incision de Wilde avec le bistouri ou le Paquelin.

inflammation des cellules. — Employer les moyens thérapeutiques indiqués; s’ils n’ont pas d’effet, trépaner de suite, qu’il existe ou non des symptômes cérébraux.

Périostite et inflammation des cellules réunies. —

Comme pierre de touche, pratiquer l’incision de Wilde, et si les symptômes généraux ne paraissent pas s’amender le jour même, la trépanation est indiquée.

Il est des cas où l’inflammation des cellules existe sans se manifester extérieurement par les signes déjà exposés. Dans ces conditions, c’est la douleur qui est le seul symptôme, qu’elle soit provoquée ou spontanée. Le maximum de la douleur provoquée, est généralement à la base de l’apophyse, et un peu en avant. La douleur spontanée s’irradie dans le côté correspondant de la tête, et parfois elle est plus particulièrement marquée en arrière de l’apophyse.

Ces douleurs ne sont point pathognomoniques de la suppuration, et Duplay signale quelques symptômes fort utiles à connaître et dont voici le résumé :

1° L’abondance extrême de la suppuration qui se reproduit immédiatement dès qu’on a lavé ou essuyé le conduit et la caisse.

2° Le gonflement du conduit auditif osseux à la partie postéro-supérieure. Ce signe particulièrement important est facile à apprécier. C’est comme un effondrement de cette paroi postéro-supérieure.

3° La pression sur la pointe de l’apophyse semble augmenter la quantité du pus qui s’écoule par l’oreille.

4 Ü Les accidents cérébraux, vomissements, délire, vertiges, paralysies, contractures.

5° La fièvre persistante avec élévation constante de la température.

La trépanation est nettement indiquée encore lorsque la suppuration des cellules s’est fait jour dans la région mastoïdienne, de dedans en dehors, en détruisant la face externe de l’os. On rencontre dans ces cas les fistules, la carie, la nécrose. Le chirurgien trouve sa besogne à

moitié faite, et n’a plus qu’à agrandir les trajets fîstuleux, curetter les parties malades, irriguer largement, etc. J’ai eu l’occasion de recourir souvent à cette intervention opératoire, qui donne de bons résultats, quand elle n’est pas trop tardive.

Il est enfin une dernière forme d’inflammation de l’apophyse, appelée mastoïdite condensante douloureuse, pouvant exister en l’absence de toute suppuration, et avec l’intégrité du tympan. La trépanation dans ces cas-là a donné des succès. Outre l’observation de Lippincott citée par Du play, il existe encore d’autres faits non moins probants.

Politzer et d’autres auteurs estiment que la trépanation pourrait dans certains cas, combattre avec succès les suppurations chroniques intarissables, et gênées par un écoulement insuffisant, même lorsqu’il n’existe aucune indication de lésions des cellules.

Walb la conseille dans les suppurations chroniques de la coupole, quand les lésions de voisinage sont un peu étendues.

Je suis du même avis que Duplay qui ne peut admettre la trépanation en vue d’obvier à la surdité, aux malformations de l’oreille externe, ou pour aider à l’extraction d’un corps étranger enclavé dans la caisse.

Technique opératoire

On trouvera dans la partie anatomique du manuel les indications ayant trait aux rapports de l’apophyse mastoïde et des cellules avec les organes du voisinage. Je ne saurais trop répéter que ces rapports ont une importance toute particulière.

Yoici la liste des instruments nécessaires :

- bistouris ; 2 pinces à disséquer dont 1 à griffes ; 6 pin-

ces hémostatiques ; 1 rugine ; 1 ciseau droit de 6 millimètres ; 5 gouges de 6, de 5 et de 4 millimètres ; 3 curettes tranchantes à main, de modèles variés ; 4 écarteurs ; 2 pinces à séquestre; 1 petit davier ; 1 marteau de plomb ; 1 stylet avec curseur; 2 injecteurs à oreille.

Il faut joindre à cela : coton hydrophile boriqué, solutions de sublimé, d’acide phénique à 3 pour 100, tubes à drainage, gaze iodoformée, fils à ligatures, bandes, etc.

Je n’ai parlé ni des forêts ni des perforateurs avec ou sans manivelle ; ils sont dangereux et ne présentent pas d’avantages. Il y a bien longtemps que je pense ce qu’a dit Gruening : « On fait avec la gouge tout ce qu’on ferait avec les perforateurs ; mais on ne fait pas avec les perforateurs tout ce qu’on peut faire avec la gouge. » Je vais donc plus loin que Duplay; je proscris le perforateur.

Passons maintenant à l’opération. Le malade étant couché et chloroformé, on fait une incision de 6 centimètres légèrement courbe, à quelques millimètres de l’attache du pavillon parallèlement au sillon rétro-auriculaire. Il est souvent utile de pratiquer une deuxième incision, perpendiculaire à la première, partant de l’extrémité supérieure pour se diriger en arrière. La dissection est faite lentement au ras de l’oreille. Il est impossible de ne pas blesser l’auriculaire postérieure ou quelques-unes de ses branches. On place de suite des pinces hémostatiques. Il faut alors détacher le pavillon de l’oreille jusqu’à l’entrée du conduit osseux, et le rabattre sur la joue. Le lieu d’élection de la trépanation est dans le quadrant antéro-supérieur. Pour préciser avec plus de soin, je dirai avec Poirier : que l’os doit être entamé au niveau du conduit auditif externe osseux , immédiatement en arrière de ce conduit, et

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immédiatement au-dessous de la crête temporale susmastoïdienne. (Voir fîg. 90.)

La figure fait bien comprendre ces indications. En résumé, le point attaqué par le ciseau est parallèle au

Fig. 89. — Rapports des gros vaisseaux avec le rocher. La ligne pointillée circonscrit l’insertion du pavillon.

conduit auditif osseux. Je ne saurais trop recommander aux élèves qui opèrent sur le cadavre d’introduire un petit bâton dans le conduit auditif. Ils auront là un excellent point de repère. C’est donc au point indiqué plus haut qu’agira le ciseau pour enlever la lamelle de tissu compact, préalablement dépouillée de son périoste au moyen de la rugine.

La direction qui doit être suivie ensuite est impor-

Fig. 90. — Rocher ; lieu d’élection de la trépanation.

On prend une gouge plus petite pour agrandir l’orifice, jusqu’à un demi-centimètre environ. Dès qu’on arrive aux cellules (si elles sont pneumatiques), il faudra employer une curette tranchante à main, qui servira à évider l’os. Dans aucun cas on ne dépassera 10 millimètres pour ne pas blesser le facial ou le canal demi-circulaire horizontal.

Si le chirurgien rencontre du tissu compact à 10 millimètres, il devra s’arrêter. Quand les cellules sent pneu-

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matiques, on peut apercevoir le pus. Mais de ce que le pus n’est pas visible, il ne faut pas conclure à sa nonexistence, car il peut être retenu plus profondément par des cellules qui ont résisté, par des bourgeons charnus, ou par des cholestéatômes qui empêchent sa sortie. Souvent au bout de quelques jours, la communication s’établit seule.

Quel que soit le résultat, on placera un drain ou une mèche de gaze maintenus au niveau de la plaie suturée en haut et en bas. Le tout sera recouvert d’un pansement humide.

Lorsque les cellules sont remplacées par du tissu compact, il faut fermer la plaie et appliquer le pansement simple. L’opération dans ce cas, peut être de même suivie de guérison.

Toutes ces indications correspondent à ce que Duplay appelle la trépanation type.

Si, au contraire, la suppuration intra-mastoïdienne s’est fait jour à l’extérieur et qu’il existe une ou plusieurs • fistules, l’incision sera faite comme précédemment, et le chirurgien n’aura plus qu’à agrandir le trajet et à euretter jusqu’à ce qu’il arrive sur l’os sain.

Mais, il est des circonstances où le praticien peut se trouver dans l’obligation de faire une opération plus étendue que cette trépanation type dont je viens de parler.

Dans ces derniers temps, plusieurs chirurgiens se trouvant en face d’otites moyennes compliquées de carie, etc. ont dû excaver plus largement les cellules afin d’enlever des séquestres situés profondément. Dans certains cas, ils ont ouvert des foyers purulents inframéningés, quelquefois ignorés.

Il existe plusieurs observations intéressantes de MM. Ségond, II. Nimier, Chaput etc. Ce dernier, quand il existe une carie étendue de cet os, a donné des indi-

cations précises sur ce qu’il appelle la trépanation large du rocher ,- procédé qui est une combinaison de la trépanation et de l’opération de Stacke que j’ai décrite plus haut (Y. page 233).

Cette question présente un intérêt considérable. La vie de certains malades dépend de la hardiesse et de l’habileté de l’opérateur. On devra donc répéter souvent ces manœuvres sur le cadavre, afin d’acquérir la sûreté de main nécessaire pour éviter de blesser le sinus latéral, le nerf facial et le canal demi-circulaire horizontal, dont les rapports ont été indiqués.

Accidents. — L’accident auquel on est le plus exposé, est l’ouverture du sinus latéral dont la situation est si variable. Cet accident est arrivé à des chirurgiens expérimentés et fort adroits, tant en France qu’à l’étranger. G’est une complication opératoire sérieuse mais qui heu’ reusement n’est pas toujours mortelle,

Il est des cas, du reste, où la situation du sinus e t telle qu’il est impossible qu’on ne le blesse pas.

Pour remédier à cet accident, il faut s’empresser de bourrer la plaie avec des lanières de gaze iodoformée qu’on comprime fortement dans le fond de la plaie. Un bandage très serré est placé par-dessus, et ne doit être levé que trois ou quatre jours après. Avec ces précautions, quand la blessure n’a pas entamé le sinus latéral sur une trop grande surface, l’expérience a démontré qu’elle n’avait pas de suites graves.

La blessure de la dure-mère ou du cerveau peut avoir des résultats plus sérieux.

On ne connaît que quelques très rares cas d’inflammation primitive du labyrinthe, tandis que l’inflam-

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mation secondaire est des plus fréquentes. Cette dernière peut être due : 1° à la propagation d’une affection de l’oreille moyenne; 2° à la méningite cérébro-spinale.

a. Les phlegmasies de l’oreille moyenne se propagent à l’oreille interne sans qu’il y ait perforation tympanique, ainsi que l’ont vu Moos, Schwartze, Haberman et d’autres auteurs. Elle se rencontre surtout à la suite de la scarlatine, de la rougeole et de la diphthérie.

On trouve dans les points altérés de l’oreille interne le streptocoque qui est observé dans le pus de la caisse (Haberman).

L’olorrhée chronique n’est que rarement la cause d’une phlegmasie du labyrinthe.

Si la mort ne survient pas à la suite des inflammations de l’oreille interne, il reste des altérations de la base du labyrinthe, des ossifications qui compromettent l’état fonctionnel de l’organe.

b. La méningite cérébro-spinale si fréquente chez les enfants est d’une-gravité exceptionnelle. Quand elle n’emporte pas le malade (ce qui est la régie), elle laisse après elle une surdité complète, qui mène à la surdi-mutité, si l’enfant est en bas âge. Cette affection était regardée par Yoltolini comme une inflammation primitive du labyrinthe.

Dans les cas récents, on trouve une infiltration inflammatoire du périoste du labyrinthe, et des hémorrhagies. Les rampes sont pleines de pus renfermant des microbes variés (Haberman).

Dans les cas plus graves, les filets nerveux sont atteints par la phegmasie qui se propageant dans la cavité crânienne, arrive jusqu’à l’origine du nerf auditif.

Toutes les expansions nerveuses du labyrinthe peuvent être touchées; celles des ampoules peuvent aussi y participer.

Enfin le tissu de granulation envahit les cavités osseuses du conduit auditif interne et du limaçon, et se transforme en tissu osseux de nouvelle formation qui comble les espaces du labyrinthe (Haberman).

Les recherches deFoa, puis de Schwabach et de Haberman, ont démontré dans la méningite cérébro-spinale la présence du pneumocoque qu’on retrouve aussi dans l’oreille interne.

D’après Haberman le pneumocoque qu’on rencontre en grande quantité dans le liquide cérébral pénètre dans l’oreille interne par l’aqueduc du labyrinthe. Tel serait le mécanisme de la propagation de l’inflammation de la cavité crânienne au nerf acoustique.

Maladie de Ménière

Peu de temps après la publication du travail de mon père sur les lésions de Voreille interne donnant lieu à des symptômes de congestion cérébrale apoplectiforme (Gaz. médicale 1861), l’attention des otologistes fut attirée par des faits de même nature qu’ils avaient eu l’occasion d’observer. Bien des années se passèrent et ce fut Duplay qui (le premier en France) proposa d’appeler cette affection labyrinthique, la maladie de Ménière, afin d’honorer la mémoire de l’ancien médecin en chef des sourds-muets de Paris, qui avait décrit pour la première fois cet ensemble de ph ' nomènes vertigineux dus à une lésion de l’oreille interne.

Depuis cette époque, les recherches ont continué, les observations se sont multipliées, et beaucoup d’auteurs ont voulu faire rentrer dans le cadre de la maladie de Ménière tous les états vertigineux accompagnés de bruifs, de troubles de l’équilibre, de vomissements et de surdité. Il en résulte une confusion regrettable qui ne

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cessera que lorsque des faits nouveaux suivis d’autopsie seront venus éclairer ce point de pathologie.

En étudiant les troubles fonctionnels (3 e partie, L. I er , p.160 ), j’ai donné la description du syndrome de Ménière. Ce syndrome complet ou incomplet peut être lié à des troubles fonctionnels ou à une lésion de l’oreille interne. Mais, d’autre part, les troubles fonctionnels peuvent être directs ou provenir d’un retentissement cérébral. Ainsi se trouve expliquée la fréquence du syndrome ainsique sa caractéristique spéciale. Il ne faut donc pas confondre le syndrome de Ménière qui se rencontre dans un grand nombre d’affections de l’oreille, avec la maladie de Ménière caractérisée anatomiquement par une lésion labyrinthique primitive ou secondaire, et cliniquement par le syndrome déjà décrit.

Anatomie pathologique. — L’autopsie du Cas cité par mon père fît constater une exsudation sanguine dans les canaux demi-circulaires, mais aussi l’intégrité absolue du limaçon.

Politzer a donné une observation de fracture du rocher avec fissures; il trouva comme lésion un épanchement sanguin dans tout le labyrinthe. Pendant sa vie le sujet avait présenté tous les signes de la maladie de Ménière. Yoltolini a relaté un cas de ce genre.

Les autopsies sont rares et les lésions anatomo-pathologiques encore mal définies. Relativement au siège de l’affection, il faut donc, comme le dit Duplay, analyser les différents symptômes de la maladie de Ménière en se basant sur l’expérimentation physiologique. Cette partie de la question a déjà été traitée lors de l’étude des vertiges (expériences de Flourens, de Goltz, etc.).

Étiologie. — La maladie de Ménière est primitive ou secondaire. Lorsqu’elle est primitive ou idiopathique, elle

MALADIE DE MÉNIÈRE

frappe les sujets en pleine santé, alors même qu’ils n’ont jamais eu de maladies d’oreilles. Les causes occasionnelles sont un vif refroidissement, ou au contraire un coup de soleil, comme j’en ai vu deux cas. Quand la maladie est secondaire, elle est due à des inflammations de l’oreille moyenne propagées au labyrinthe; à la syphilis, à la leucémie, aux traumatismes.

Symptomatologie. — Je vais transcrire le second paragraphe du mémoire de mon père; ce sont les caractères cliniques d’une attaque vertigineuse.

« Un homme jeune et robuste éprouve subitement, sans cause appréciable, dés vertiges, des nausées, des vomissements; un état d’angoisse inexprimable anéantissait ses forces ; le visage pâle et baigné de sueur annonçait une syncope prochaine. Souvent même le malade après s’ètre senti chancelant, étourdi, était tombé à terre, sans pouvoir se relever ; couché sur le dos, il ne pouvait ouvrir les yeux sans voir les objets environnants tourbillonner dans l’espace; le plus léger mouvement imprimé à la tête augmentait les vertiges et les nausées. Ces accidents n’avaient aucun rapport avec l’état de plénitude ou de vacuité de l’estomac; ils survenaient au milieu d’une santé irréprochable; ils duraient peu, mais leur caractère était tel que les médecins appelés croyaient à une congestion cérébrale et prescrivaient un traitement en rapport avec cette vue étiologique....

« Mais le patient attentif ne tardait pas a signaler certains phénomènes, par exemple, des bruits dans les oreilles, souvent très forts, très persistants et puis l’ouïe s’affaiblissait d’une manière notable d’un côté, quelquefois même des deux côtés....

« Chez quelques malades, il me fut possible, à l’aide de questions très précises, d’établir que les vertiges,

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l’état syncopal, la chute subite du corps, les vomissements avaient été précédés de bruils dans les oreilles, que ces bruits ne reconnaissaient aucune cause appréciable, qu’ils persistaient dans l’intervalle des accès, mais qu’ils coïncidaient souvent avec l’augmentation des étourdissements....

« Je me croyais suffisamment autorisé à ne voir en ces phénomènes si graves que l’expression symptomatique de la lésion d’un appareil spécial, compatible avec la conservation de la santé générale, et en effet beaucoup de malades après avoir été en proie à des crises de ce genre, pendant des mois et des années, les avaient vues peu à peu disparaître....

« C’est alors que se manifestait un autre ordre de symptômes, les bruits persistaient avec une opiniâtreté remarquable, l’ouïe s’affaiblissait de plus en plus, et je pouvais constater son abolition complète, dans des cas où l’oreille n’avait été le siège d’aucune douleur. »

Cette crise vertigineuse est rarement unique. Elle peut se renouveler après quelques jours, quelques mois, et parfois même après plusieurs années. La surdité est complète ou incomplète, et dans ce dernier cas toujours assez intense.

Lorsque la maladie est idiopathique, l’examen objectif est absolument négatif. La perception crânienne du diapason est nulle ou très amoindrie. Les sons aigus sont moins bien perçus que les sons graves.

Il est un point sur lequel Guye a appelé l’attention, au congrès d’Amsterdam (1879).

Il s’agit de Vécriture tremblée des sujets atteints de maladie Ménière, dont il a présenté quelques spécimens fort curieux.

Marche et durée. — La marche dépend de l’intensité

MALADIE DE MÉNIÈRE.

des lésions. Les crises sont séparées par des intervalles qui ri’ont rien de fixe; elles peuvent se renouveler au bout de plusieurs mois, et même de plusieurs années.

Les phénomènes qui disparaissent le plus vite, par rapport aux autres, sont les tendances syncopales, les nausées et les vomissements. Mais le vertige existe plus ou moins fort pendant un temps très long, et le malade ne peut garder son équilibre complet. Il a une démarche particulière, typique.

La recrudescence des bruits est souvent très prononcée au moment même où la crise va éclater. Charcot a insisté dans ses leçons, sur cette particularité.

La surdité varie d’intensité; mais dans certains cas, tout en étant très forte, elle est loin d’être toujours aussi complète qu’on le dit. Du reste toutes les variétés s’observent dans cette maladie, et chaque cas se montre avec des manifestations diverses.

Terminaison. — Lorsque la maladie de Ménière frappe un sujet en pleine santé et sans antécédents diathésiques, la vie du malade n’est pas ordinairement en danger.

Les vertiges et les bruits peuvent cesser après la perte de l’audition ; il n’est pas rare cependant d’observer la persistance de ces deux symptômes après l’abolition de la fonction.

Diagnostic. — Distinguer la maladie de Ménière d’une congestion apoplecliforme, est chose assez facile, car dans celle-ci il existe des phénomènes de paralysie, et une perte de sentiment qui ne se rencontrent pas dans la maladie de Ménière.

Une crise vertigineuse peut être causée par une simple obstruction de la trompe, réagissant sur la caisse. Au

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début le diagnostic présente quelques difficultés. Les cas de Burckner et de Blau sont connus. J’en ai observé deux semblablés. Voici celui qui était le mieux caractérisé.

(Observation n° 7, résumée).

« M. X... 26 ans, garçon d’hôtel; pris deux mois avant sa visite de vertiges avec bourdonnements, vomissements, syncopes et chutes. Ces crises avaient lieu plusieurs fois par jour; puis on notait des rémissions de 8 à 15 jours. Le médecin de la maison le soigna pendant un mois avec le sulfate de quinine.

« Quand il vint me demander conseil, ma première impression, avant tout examen fut, je l’avoue, de diagnostiquer une maladie de Ménière primitive. Au spéculum je ne trouvai aucune lésion; mais la trompe gauche était imperméable. Je réservai mon opinion. En effet, après un mois de traitement avec les bougies, les crises disparurent. La guérison se maintint complète. »

Un examen très complet de l’organe de l’audition est d’une nécessité absolue dans tous les cas.

Il n’est pas toujours facile d’établir la différence qui existe entre la maladie de Ménière vraie et le syndrome précurseur. Les éléments du diagnostic se trouvent non pas dans l’expression de ce syndrome lui-même, mais plutôt dans les circonstances qui l’accompagnent (maladies de l’oreille moyenne, du rocher, etc.).

Pronostic. — Le pronostic est toujours des plus graves. Cependant la maladie de Ménière, dans sa forme idiopathique, peut guérir, l’audition restant relativement convenable. J’en ai observé quelques cas très nets.

Si la surdité est complète, on ne peut espérer aucune amélioration.

Traitement. — Les antiphlogistiques et les révulsifs n’ont pas une grande efficacité. C’est Charcot qui le premier a employé la quinine à haute dose contre la maladie

MALADIE DE MÉNIÈRE.

de Ménière. Ce traitement a donné quelques bons résultats. D’après mon expérience voici la méthode que je conseille : Bromhydrate de quinine en cachet de 0,25 centigrammes.

l re Semaine, 1 cachet au déjeuner, 1 cachet au dîner.

2 e Semaine, 1 — 2 —

3 e Semaine, 2 — 2 —

4 e Semaine, repos.

Continuer pendant 3 . mois au moins. Habituellement après la 2 e série je fais commencer par 3 cachets par jour la l re semaine/puis 4 cachets pour les deux semaines suivantes. On peut aller dans certains cas jusqu’à 6 cachets par jour.

Pendant ce traitement, et pour ne pas neutraliser l’effet de la quininé, on recommande au malade de s’abstenir d’excilants (thé, café, liqueurs, vin pur) et de condiments acides (vinaigre, citron, etc.). Le régime consistera en viandes blanches, légumes verts, etc.

Pour atténuer plus ou moins complètement les inconvénients des sels de quinine, on a proposé l’adjonction de l’ergot de seigle, dans la proportion de 3 pour 100.

Form. n° 31. Bromhydrate de qninine,. 0 25 cent.

Ergot de seigle. 0 08 cent.

Les bruits sont ordinairement augmentés par la quinine. D’après mes observations, les effets thérapeutiques sont meilleurs lorsque cette augmentation des bruits est très forte. Il est des circonstances où le traitement doit cire continué longtemps.

(Obsertation n° 8, résumée).

« M. X..., contremaître dans une fabrique du Nord. Maladie de Ménière idiopathique. Vertiges avec sensation de culbute. Rémissions de 4 à 5 semaines, puis les crises se renouvellent plus fréquentes. A commencé à être soigné par moi en 1876.

« 11 a pris la quinine pendant plus de 5 ans, à fortes doses. A une époque où les vertiges étaient plus fréquenls, M. X. a absorbé

256 PATHOLOGIE

chaque jour 1 gr. 25 à 1 gr. 50 de quinine et cela pendant 8 mois consécutifs, sans repos.

« La guérison est complète, et l’audition n’est pas absolument perdue. »

Charcot a conseillé encore le salicylate de soude à la dose de 2 à 4 grammes par jour. Les résultals n’ont pas été aussi bons qu’avec les sels de quinine. On peut encore donner l’acide bromhydrique, 60 gouttes par jour, en trois fois. Le traitement de la maladie de Ménière demande donc beaucoup de patience et de ténacité.

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