C. — Caisse du tympan
La caisse du tympan est une cavité ayant à peu près la forme cylindrique (fig. 16 et 17). Les deux bases du cylindre se rapprochent au centre, et sont distantes, à
Fig. 16. — Coupe transversale passant par le tiers moyen de la caisse, d’après Chatellier.
C. Cavité sous-tympanique, divisée en deux A et B, par le ligament supérieur du marteau. — P. poche de Prussâk
ce point, de 1 à 2 millimètres. La hauteur de lacaisse.est de 15 millimètres, et sa largeur (d’avant en arrière) a une dimension semblable. On considère la caisse comme étant formée de six parois.
Paroi externe. — La paroi externe, ou tympanique, est en grande partie représentée par la membrane du tympan et les osselets qui y adhèrent. Je l’ai étudiée (page 15). Mais le cercle tympanal descend plus bas et forme une gouttière avec la paroi inférieure.
OREILLE MOYENNE
Au-dessus, la paroi osseuse est plus haute. C’est à ce point que se trouve la tête du marteau articulée à l’enclume.
Paroi interne. — La paroi interne ou labyrinthique, la plus importante, présente à son centre, un peu plus
Fig. 17. — Coupe transversale passant par le tiers postérieur de la caisse, d’après Chatellier.
Cavité sous-tympanique divisée en deux A et B. — PPMT poche postérieure de la membrane tympanique.
bas, le promontoire situé en face de l’ombilic (fig. 17). Ce promontoire répond au labyrinthe. Au-dessus de cette saillie osseuse se trouve un orifice elliptique, la fenêtre ovale fermée par une membrane dépendant du périoste de la caisse. La platine de l’étrier vient s’enchâsser dans cette ouverture qui a 5 à 4 millimètres de longueur et l mm ,5 de hauteur. Au-dessous du promontoire, s’aperçoit la fenêtre ronde, qui a 2 millimètres en moyenne. Entre les deux fenêtres et un peu en arrière, se trouve la cavité sous-pyramidale. Puis en arrière et au-dessus
de la fenêtre ovale, on voit le relief de Yaqueduc de Fallope formé par une lamelle osseuse assez mince. Plus en arrière encore se remarque la pyramide d’où part le tendon du muscle de l’étrier. Au-dessus du promontoire, le canal osseux du muscle du marteau. L’extrémité de
Fig. 18. — Paroi interne de la caisse, d’après Poirier.
ce canal s’appelle bec de cuiller. Le nerf facial traverse l’aqueduc. Au bord inférieur du promontoire se trouvent des sillons destinés aux filets du rameau nerveux de Jacobson, branche du glosso-pharyngien.
Paroi supérieure. — La paroi supérieure ou crânienne , un peu inclinée en avant, est constituée par une
OREILLE MOYENNE
lamelle osseuse de 1 millimètre d’épaisseur à peine, et souvent amincie par des lacunes. Cette paroi, anfractueuse, s’avance un peu au-dessus du conduit auditif externe. C'est là que se trouvent la tête du marteau et 1 enclume dont les ligaments s’insèrent à la voûte, qui est en rapport avec la fosse cérébrale moyenne (fig. 19).
Fig. 19. — Coupe vertico-transversale de la caisse ; vue par sa face antérieure, d’après Testut.
Paroi inférieure. —• La paroi inférieure, ou jugulaire, représente une gouttière formée par une lamelle osseuse percée de trous, et en rapport direct avec le golfe de la veine jugulaire. Le plancher répond en outre au coude du canal carotidien.
Paroi antérieure. — La paroi antérieure ou tubaire présente à considérer de haut en bas : 1° La fissure de Glaser; 2° l’orifice postérieur du canal de sortie de la corde du tympan; 3 P le canal osseux d’où sort le muscle du marteau; 4° l’ouverture tympanique de la trompe d'Eustache dont la paroi osseuse forme en même temps la paroi postérieure du canal carotidien. C’est une
lamelle de peu d’épaisseur, parfois même incomplète, et traversée par de petits vaisseaux.
Paroi postérieure. — La paroi postérieure ou mastoïdienne présente à sa partie supérieure Y orifice des cellules mastoïdiennes; en dessous, du tissu spongieux, aréolaire; puis, l’orifice d’entrée de la corde du tympan dans la caisse.
muqueuse. — La membrane qui tapisse la caisse est mince, transparente et adhère intimement au périoste. Sa face libre présente un épithélium cylindrique à cils vibratiles dans le voisinage de la trompe. C’est au niveau de l’embouchure de ce canal qu’on rencontre quelques glandes mucipares, qui font défaut dans le reste de.la caisse.
Artères. — Les artères viennent du rameau tympanique de la maxillaire interne, de l’artère stylo-mastoïdienne, de l’artère sphéno-épineuse, et de la méningée moyenne.
veines. — Les veines se rendent au golfe de la veine jugulaire et au plexus pharyngien.
Lymphatiques. — Les vaisseaux lymphatiques sont disposés en réseau, et communiquent avec les vaisseaux de la caisse (Sappey).
Nerfs. — Les nerfs sont fournis par le rameau auriculaire du pneumogastrique, le rameau de Jacobson, et plusieurs filets du grand sympathique ainsi que du facial.
Physiologie
La transmission des sons à travers la caisse se fait par la chaîne des osselets et par l’air. Les vibrations des osselets sont plus faibles avec les sons graves qu’avec les
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sons élevés. La base de l’étrier, sous l’influence des vibrations transmises par la chaîne, s’enfonce plus profondément dans la fenêtre ovale par son bord supérieur, alors que le bord inférieur dégage le vestibule. La fenêtre ronde sert à équilibrer les pressions du liquide labyrinthique. On admet aussi que la transmission aérienne l’influence dans une certaine mesure.
Il est démontré encore que toute condensation d’air dans la caisse n’agit pas seulement sur le tympan, pour modifier ses facultés de perception, mais qu’en outre, par compression de la fenêtre ronde et de la platine de l’étrier, elle amène un accroissement de pression sur le liquide labyrinthique, dans lequel baignent les dernières ramifications du nerf auditif. Telle serait la cause des bruits subjectifs. (Expériences de Politzer).
Déductions médico-chirurgicales
La caisse lympanique, de proportions relativement si petites, est la partie de l’appareil auditif que les divers processus pathologiques envahissent le plus fréquemment. Les parois de cette cavité, étudiées plus haut, ont toutes des rapports tellement importants avec les parties voisines, que les complications graves qui peuvent survenir, ne sont pas rares et ont pour résultat la surdité plus ou moins complète, et quelquefois la mort.
Il ne me paraît pas nécessaire de reprendre un à un chacun de ces rapports, et de faire ressortir tout l’intérêt qui s’y attache.
En résumé, les parois osseuses de la caisse sont formées, en certains points, par des lamelles osseuses si minces, qu’on s’explique facilement l’importance de ce qu’on peut appeler les zones dangereuses.
En outre, les rapports de voisinage et de contact
qu’affecte le rocher avec la cavité crânienne et les sinus qui la parcourent, ainsi que les communications qui existent entre la circulation veineuse "de l’encéphale et le réseau veineux de la caisse, font comprendre la possibilité des 'phlébites à marche extensive, qui succèdent le plus souvent aux inflammations si communes de l’oreille moyenne.
D. — Trompe d’Eustaclie. — Canal tubaire
La trompe d’Eustache est un conduit ostéo-fibreux qui s'étend de la paroi antérieure de la caisse au pharynx nasal dans lequel elle se termine par un orifice infundibuliforme. Ce conduit est aplati de dedans en dehors, et oblique d'arrière en avant, de dehors en dedans et de haut en bas.
Commençant dans la caisse par un orifice évasé, il se rétrécit, puis se dilate de nouveau jusqu’à son ouverture pharyngienne. L'orifice tympanique a un diamètre vertical de 5 millimètres et un diamètre horizontal de 2 millimètres. L'orifice tubaire ou pavillon delà trompe, a 8 millimètres de haut sur 5 millimètres de large.
A la rencontre des deux cônes, le diamètre vertical est de 1 millimètre et demi à 2 millimètres, et le transversal de 1 millimètre environ.
L'axe de la trompe n’est pas rectiligne ; les deux cônes forment un angle obtus ouvert en bas.
La trompe d’Eustache est formée d’une portion osseuse et d’une portion fibro-membraneuse.
Portion osseuse. — La portion osseuse, creusée dans le rocher s’étend de la caisse du tympan à l’épine du sphénoïde. Au-dessus d’elle se trouve le canal osseux, qui loge le muscle du marteau. En dedans elle est en rapport avec le coude du canal carotidien, qui en est
OREILLE MOYENNE
séparé par une lamelle osseuse fort mince. La longueur de cëtte portion est de 12 à 14 millimètres.
Portion fibro-memhranense. - La portion flbro-niem-
braneuse est formée par une lame triangulaire, sorte de gouttière dont la concavité est tournée en bas et en dehors. La portion membraneuse ou fibreuse complète le demi-canal formé d’autre part par le cartilage. La
nr?f/e audlide inl.
apophiji
ferîüiü fibreu&z de T. d'F-
Fig. 20. — Trompe d’Eustache, d’après Testut.
longueur de cette portion est de 24 à 26 millimètres, ce qui donne pour la totalité du conduit 35 à 40 millimètres (fîg. 20).
Muscles. — Les deux muscles principaux qui agissent sur la trompe, sont le péristaphylin externe , et le péristaphylin interne. Le premier, par son insertion sur la portion fibreuse de la trompe, a seul une importance considérable. L’action du second, est fort restreinte.
Muqueuse. — La muqueuse est la continuation de celle qui tapisse le rhino-pharynx. À l’orifice pharyngien, elle est assez épaisse et présente de nombreuses glandes.
En remontant vers la caisse, elle s’amincit ct .se confond avec la muqueuse de la caisse. Dans sa portion osseuse elle adhère fortement au périoste.
Le tissu cellulo-adipeux qui entoure la portion membraneuse, se continue avec le tissu sous-muqueux des divers régions voisines.
La muqueuse possède un épithélium à cils vibratiles.
Artères. — Les artères viennent de la maxillaire interne et de la pharyngienne ascendante.
Veines. — Les veines se rendent aux plexus ptérygoïdiens.
Lymphatiques. — Le réseau lymphatique se prolonge jusqu’au niveau de la partie moyenne de la trompe et se continue avec le réseau des lymphatiques du voile du palais et de la muqueuse pharyngienne.
Nerfs. — Ils sont fournis par le sphéno-palatin.
Physiologie
Les parois de la trompe sont accolées à l’état de repos. Mais, dès qu’il se produit un mouvement de déglutition, le péristaphylin externe attire en bas la paroi tubaire fibreuse, et le constricteur supérieur du pharynx agit sur les lèvres du pavillon, et l’ouvre. Cette béance passagère facilite les échanges d’air entre la caisse et l’extérieur.
Ces divers phénomènes sont faciles à contrôler par l’examen du tympan pendant la déglutition. (Épreuve de Valsalva).
Il est prouvé cependant, que la perméabilité de la trompe (variable suivant les individus) peut exister pendant la respiration normale.
OREILLE MOYENNE
Déductions médico-chirurgicales
La perméabilité de la trompe est nécessaire à l’audition normale. Toute affection qui produit soit un gonflement de la muqueuse, à la réunion de deux cônes, soit une accumulation d’exsudat a pour résultat d’empêcher le renouvellement de l’air. L’air étant raréfié, il se fait un engorgement des vaisseaux sanguins, et finalement une rétraction de la membrane tympanique qui ne vibre plus normalement. La chaîne des osselets est gênée dans ses fonctions, et l’ankylose plus ou moins complète peut se produire.
Le cathétérisme a pour but de remédier à ces lésions, et de ramener la perméabilité.
L’emploi des bougies a une importance capitale, parce qu’elles sont destinées non seulement à dilater le canal tubaire, mais plus encore à modifier la muqueuse de la trompe par l’emploi des médicaments auxquels elles servent de véhicule.
La portion fibro-membraneuse est entourée par un tissu cellulo-adipeux se continuant avec le tissu sousmuqueux des régions voisines, ainsi que je l’ai indiqué plus haut. C’est dans cette couche que peut se produire l’emphysème à la suite d’un cathétérisme mal fait. Dans certains cas, cet emphysème envahit le pharynx nasal, le voile du palais, la joue, la glotte et peut déterminer des accidents graves.
L’innervation du pharynx nasal et de la trompe explique les réflexes (toux, éternuement, larmoiemennt, sensation de piqûre), qui se produisent, mais rarement, au moment ou le bec de la sonde pénètre dans le pavillon de la trompe.
Les rapports si intimes du conduit osseux avec la caro-
tide interne et le golfe de la veine jugulaire ne doivent pas être perdus de vue, car les lésions peuvent, lorsqu’il y a carie, nécrose, etc., s’étendre à ces vaisseaux et être la causé de complications mortelles par hémorrhagie.
E. — Cellules mastoïdiennes
La région mastoïdienne a des limites un peu plus étendues que sa configuration extérieure ne le fait supposer. En haut la limite est indiquée par la crête osseuse qui fait suite à la partie postérieure de l’apophyse zygomatique. En avant, la région s’avance jusqu’à la paroi postérieure du conduit auditif osseux, plus loin que le sillon auriculaire osseux. Dans la profondeur, elle répond au rocher et en arrière à la gouttière du sinus latéral (Poirier).
Les bords postérieur et antérieur de l’apophyse, limitent la région en arrière et en avant.
Le sommet ou pointe est plus ou moins sensible sous la peau. Le muscle sterno-cleido-mastoïdien s’y insère.
Peau. — La peau de la région est fine, assez mobile et dépourvue de poils.
Artères. — L’artère auriculaire postérieure est située dans le sillon qui est derrière le pavillon.
Veines. — La veine mastoïdienne qui reçoit les branches du pavillon, se rend dans le sinus latéral, après avoir traversé l’apophyse.
Nerfs. — Les nerfs de cette région sont des branches du plexus cervical superficiel.
Antre pétreux. — Cet antre que tous les auteurs dési-
OREILLE MOYENNE
gnent sous le nom d 'antre mastoïdien, doit s’appeler comme le dit si justement Poirier, antre pétreux, puisqu’il se développe dans la portion pétreuse du rocher,
Fig. 21. — Apophyse mastoïde, d’après Poirier.
et qu’il est absolument indépendant de l’apophyse mastoïde. L’ouverture de cet antre est situé en haut de la paroi postérieure de la caisse, ainsi que je l’ai indiqué.
Le développement de l’antre pétreux est variable chez les différents sujets. La paroi externe, très mince chez l’enfant, est chez l’adulte, épaisse et souvent creusée de cellules (fig. 21).
Les cellules mastoïdiennes présentent des variétés
infinies comme développement. On distingue trois types principaux :
1° Les apophyses pneumatiques, à larges cellules.
2° Les apophyses diploïques ou scléreuses, formées par du tissu compact, dur.
5° Les apophyses mixtes, moitié pneumatiques et moitié scléreuses, réunissant chez le même sujet les deux premières variétés.
Poirier formule ainsi les rapports de l’apophyse mastoïde dans les parties profondes.
Le tiers antérieur est pêtreux ;
Le tiers moyen est veineux ;
Le tiers postérieur, cérébelleux.
Le tiers antérieur est creusé de cellules, les unes pétreuses, les autres mastoïdiennes. Le nerf facial enfermé dans son canal osseux, est à 2 millimètres en arrière de la paroi postérieure delà caisse, et à 15 millimètres de la surface de l’os.
Le sillon du sinus latéral, présenîe des anomalies considérables. J’ai examiné avec soin un grand nombre de rochers, et jamais je n’en ai trouvé deux semblables. En général le sillon du sinus latéral répond au tiers moyen de l’apophyse.
Physiologie
Je serai bref sur ce point, car on est peu d’accord sur le rôle des cellules mastoïdiennes. Suivant quelques auteurs, elles augmentent, dans une certaine mesure, la capacité aérienne de la caisse, et s’opposent à l’exagération de la pression intra-tympanique.
Mais, toutes les apophyses ne sont pas spongieuses, et chez beaucoup de sujets, le tissu compact remplace les cellules. Dans ce dernier cas, l’augmentation de la capa-
OREILLE MOYENNE
cité est illusoire. En plaçant un sthétoscope sur la face externe de l’apophyse, on peut quelquefois entendre un souffle, au moment où le cathétérisme est pratiqué. Mais, les bruits, on le comprend, ne peuvent être perçus qu’au cas où les cellules sont largement ouvertes et assez rapprochées de la paroi externe.
A plusieurs reprises j’ai fait des expériences qui ne m’ont pas donné de résultats positifs dignes d’être notés.
Déductions médico-chirurgicales
Les cellules mastoïdiennes communiquent avec la caisse tympanique par l’ouverture de Y antre. La muqueuse qui tapisse ces deux cavités est identique, et malgré ces relations intimes l’inflammation des cellules n’est pas très commune, proportionnellement à la fréquence des otites moyennes purulentes, aiguës ou chroniques.
Les phlegmasies primitives, d’emblée, sont fort rares. Il n’en est pas de même des 'périostites de la région mastoïdienne survenant le plus souvent à la suite des affections aiguës ou chroniques de l’oreille moyenne. On les rencontre assez fréquemment. Il arrive quelquefois que ces périostites produisent des collections purulentes qui fusent dans la région temporale, dans la région pariétale et vont jusqu’à la région occipitale. Pour observer des décollements de si grande étendue, il faut que les malades n’aient pas reçu de soins au début de l’affection. J’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs cas à la Clinique otologique des Sourds-Muets, et au Dispensaire Heine.
Le traitement de ces complications est tout indiqué : inciser au point le plus déclive, et faire une contre-ouverture dans le conduit auditif (fibro-cartilagineux, en arrière, pour permettre le passage d’un tube à drainage.
S’il existe un abcès intra-mastoïdien, il faut trépaner l’apophyse. Cette trépanation qui a pour objet d’ouvrir une voie permettant d’arriver à l’antre pétreux, sera étudiée en détail, dans une autre partie. (Voyez Pathologie des cellules mastoïdiennes , page 238.)
Au siècle dernier, cette opération était souvent pratiquée pour remédier à certaines surdités causées par une fermeture complète de la trompe. A la suite d’accidents mortels, elle fut abandonnée presque complètement.
Depuis quelques années déjà, les otologistes et les chirurgiens ont reconnu l’importance de cette opération, et les avantages qu’on pouvait en tirer. Les travaux se sont succédé et les indications et contre-indications ont été nettement formulées. Avec l’antisepsie et un manuel opératoire modifié très heureusement par les recherches anatomiques les plus récentes, la trépanation est pratiquée avec succès, et sauve la vie à bien des malades.
3° — OREILLE INTERNE
L’appareil de perception, appelé oreille interne est la partie la plus compliquée de l’organe auditif. Il demande une étude approfondie dans ses moindres détails.
Le cadre de cet ouvrage ne permet pas autre chose qu’une énumération un peu sommaire, mais suffisante encore pour donner un aperçu de l'oreille interne aux élèves qui commencent, et rappeler d’autre part l’ensemble des détails, aux praticiens qui n’ont sur ce sujet que des connaissances superficielles.
Quant à ceux qui veulent pénétrer plus avant dans cette étude difficile, il leur faut s’armer de courage et relire avec soin les ouvrages classiques d’anatomie et de physiologie, français et étrangers, écrits de main de maître, avec tous les développements désirables.
OREILLE INTERNE
L’oreille interne, située dans l’intérieur du rocher comprend :
Le labyrinthe osseux ; le labyrinthe membraneux ; et deux liquides, Yendolymphe et la périlymphe qui remplissent les diverses cavités de l’oreille interne.
Fig. 22. — Labyrinthe osseux, d’après Poirier.
Le labyrinthe osseux se confond avec le tissu compact du rocher. Il comprend trois comparlimenls principaux : le vestibule, les trois canaux demi-circulaires, le limaçon (fîg. 22).
Le labyrinthe membraneux se moule sur le labyrinthe osseux (fîg. 23).
Le vestibule osseux, où viennent s’ouvrir les deux autres parties du canal osseux, présente à sa paroi interne une crête qui la divise en deux parties inégales, dont la plus grande loge Yutricule, et la plus petite le saccule. Cette paroi interne est en outre percée d’un grand nombre d’orifices (taches criblées), destinés au passage des filets de l’auditif allant à l’utricule et au saccule.
La paroi interne présente 7 orifices; 5 appartiennent aux canaux demi-circulaires, 1 est destiné à la communication du vestibule avec la caisse tympanique (fenêtre
ovale), et le T est l’orifice de la rampe vestibulaire du
limaçon.
Le vestibule membraneux a la même configuration que le vestibule osseux. 11 est formé par le saccule en avant, et l’utricule en arrière, qui tous deux présentent les taches acoustiques, au niveau desquelles on rencontre les otolithes. Les taches acoustiques répondent aux taches criblées.
Les canaux demi-circulaires osseux sont au nombre
Fig, 25. — Labyrinthe membraneux, d’après Poirier.
de 3, 2 verticaux , 1 horizontal. Ils s’ouvrent dans le vestibule par 5 orifices dont 3 sont appelés orifices ampullaires. Les deux autres orifices, plus petits, correspondent aux canaux demi-circulaires verticaux, qui sont réunis au niveau de leur terminaison vestibulaire.
La canaux demi-circulaires membraneux sont contenus dans les précédents, et terminés en ampoule comme eux; ils en sont séparés par la périlymphe.
Le limaçon osseux , ou cochlée, est un cône creux
formée par la membrane basilaire, porte l’appareil terminal nervo-épithélial (fig. 26).
Le bord libre de la lame spirale osseuse est divisé en deux par le sillon spiral. La lèvre inférieure ou tympanique est percée d’orifices où passent les faisceaux ner-
Fig. 25. — Lvmaçon membraneux, d’après Poirier.
veux. La lèvre supérieure, plus épaisse, laisse voir à sa surface, les dents auditives.
Les organes ou piliers de Corti, limitent entre eux et la membrane basilaire un canal prismatique, qui est le canal de Corti. Les parois de ce canal formées par les piliers de Corti, sont renforcées en dedans par les cellules auditives internes , et en dehors par les cellules auditives externes. Ces cellules alternent avec les cellules de Deiters.
OREILLE INTERNE
Le conduit auditif interne, s’étend de la face postérieure du rocher au vestibule. Il a une longueur de 8 k 10 millimètres et un calibre de 4 à 5 millimètres. 11 est parcouru par le nerf auditif auquel est accolé le nerf facial, qui s’en sépare à l’extrémité externe du conduit pour pénétrer dans Yaqueduc de Fallope.
Nerf auditif. — Le nerf auditif naît du plancher du 4 e ventricule par deux racines. Dans le conduit auditif
Fig. 26 — Appareil terminal nervo-épithélial, d’après Poirier.
interne, il se divise en deux branches, dont la postérieure se rend au vestibule membraneux, et l’antérieure à la lame spirale du limaçon.
La branche vestibulaire forme trois rameaux : 1° le rameau antérieur, qui se termine par les nerfs utriculaire, ampullaire supérieur, ampullaire externe-, 2° le rameau moyen ou nerf sacculaire; 5° le rameau postérieur ou nerf ampullaire postérieur.
La branche cochléenne fournit des filets nerveux qui
s’irradient en éventail dans la lame osseuse spirale, et vont se terminer dans les organes de Corti, en passant par la partie perforée du canal cochléaire.
Les rampes sont tapissées par un périoste mince qui forme le ligament spiral .
Artères. — Vartère auditive interne, branche de la basilaire, forme l’artère cochléaire et l’artère vestibulaire. Elles suivent les troncs nerveux.
Veines. — La veine auditive se rend au sinus pétreux
Fig. 27. — Schéma des espaces péri-lymphatiques et endo-lymphatiques, d’après Weber Liel.
supérieur. D’autres petites veines vont s’anastomoser avec celles de la dure-mère et de la caisse du tympan.
Lymphatiques. — Les vaisseaux lymphatiques n’ont pas encore été vus.
Liquides de l’oreille interne. - La périlymphe, qui Se
trouve entre le labyrinthe osseux et membraneux est limpide comme de l’eau, et a pour usage de tenir en suspension les parties les plus fines du sens de l’ouïe et de leur transmettre les vibrations qui leur arrivent de
OREILLE INTERNE
trois sources différentes, par la chaîne des osselets, la fenêtre ronde, et par les parois du crâne.
L 'endolymphe, assez semblable au précédent, sert à la transmission des sons, et est destinée à soutenir les parois du canal cochléaire. C’est dans ce canal, sur la paroi tympanique, que se trouvent les organes de Corti.
L'aqueduc du limaçon commence près de la fenêtre ronde, pour aller s’ouvrir sur le bord postérieur du rocher. Il est tapissé par la dure-mère.
L 'aqueduc du vestibule part du vestibule pour se terminer à sa face postérieure du rocher. Il est parcouru par un canal membraneux (canal endolymphatique) formé par la réunion de deux petits canaux, partant l’un du saecule, l’autre de l’utricule. Il se termine en cul-de-sac (sac endolymphatique) entre les feuillets de la dure-mère (fîg. 27).
Physiologie
La physiologie du labyrinthe n’est pas encore clairement élucidée, et les auteurs sont loin d’être d’accord. Les expériences se continuent, et les hypothèses les plus diverses sont soutenues avec plus ou moins de succès, jusqu’à ce que d’autres hypothèses viennent les remplacer.
Je vais résumer les données les plus généralement admises.
Il est reconnu que la transmission des ondes sonores se fait, pour la plus grande partie, par l’intermédiaire de la platine de l’étrier agissant sur la périlymphe et l’endolymphe. Les parties constituantes de l’oreille interne ont des fonctions différentes.
Le vestibule a un rôle encore mal connu. D’après Helmholtz les nerfs vestibulaires serviraient à la per cep-
tion des bruits, et les nerfs cochléens aux sons proprement dits. Les expériences de Rauke ont contredit cette hypothèse. Quant aux otolithes, leur fonction est mal définie.
Les canaux demi-circulaires ont été et sont encore l’objet de recherches minutieuses, et continuent à exercer la sagacité des auteurs.
C’est Flourens, physiologiste français qui, le premier en 1842 a démontré qne les blessures des canaux demi-circulaires produisaient des troubles dans l’équilibre et des mouvements désordonnés chez les animaux en expérience. En Allemagne, la plupart des auteurs regardent les canaux demi-circulaires comme représentant le sens de Véquilibre. Cyon a voulu en faire un organe spécial du sens de Vespace. Pour Moos, Lussana, Berlhold, Stéfani, Weiss, les troubles de coordination produits par une lésion des canaux demi-circulaires sont dus à une action réflexe des nerfs ampullaires sur le cervelet.
Lussana a fait une expérience intéressante. Cet auteur a coupé les canaux demi-circulaires, sans léser les nerfs ampullaires, puis il a détruit le limaçon, sans pouvoir obtenir des troubles dans la coordination.
Le limaçon a des fonctions tout aussi contestées. L’hypothèse d’Helmholtz, regardant les piliers de Corti comme l’appareil terminal, est abandonnée complètement. En effet. Waldeyer et Gossteiri ont démontré que les cellules ciliées sont en rapport avec les dernières ramifications du nerf coehiéaire. La membrane basilaire a un rôle important; c’est par elle que les vibrations des liquides labyrinthiques arrivent aux cellules de Corti, et de là aux cils auditifs. La perception des sons élevés se ferait par les portions inférieures du limaçon, et celle des sons graves par les portions les plus élevées.
OREILLE INTERNE
Munck et Ferrier ont émis l’hypothèse d’un centre sensoriel du nerf acoustique, dans le lobe temporal du cerveau. Laborde et Mathias Duval ont montré que la racine profonde du nerf auditif a des connexions marquées avec la racine sensitive du trijumeau, au niveau du cervelet.
Gellé regarde l’utricule et le saccule comme l’organe fondamental de l’audition.
Déductions médico-chirugicales
L’oreille interne quoique placée au milieu du rocher, est comme les autres parties de l’organe auditif, susceptible d’altérations diverses.
Ses rapports intimes avec la caisse tympanique expliquent l’extension des inflammations aux canaux demicirculaires et au limaçon.
L’ostéite et la carie sont observées, mais assez peu communément. Des séquestres de tout le labyrinthe ont pu être expulsés ou enlevés, sans accidents mortels.
Les hémorrhagies du labyrinthe, dont j’étudierai plus loin les diverses manifestations, sont démontrées par les autopsies.
Les affections spécifiques peuvent se localiser dans l’oreille interne et y produire des lésions fort graves.
Les modifications de pression des liquides labyrinthiques, dues à des lésions fort variées, ont pour effet une série de troubles sensoriels dont la pathogénie n’est pas toujours bien claire.
Quant aux altérations qui portent sur le tronc de l’auditif, ou sur les dernières expansions nerveuses dans l’oreille interne, elles donnent lieu sans aucun doute aux bruits subjectifs, souvent observés dans le cours des différentes maladies de l’oreille. Lorsque ces altérations
amènent la dégénérescence ou la paralysie de l’auditif dans sa partie intra ou extra-crânienne, la surdité complète en est la suite; cette surdité entraîne forcément la mutité, si le début des lésions remonte à la vie intrautérine, ou à la première enfance.
Il ne faut pas perdre de vue que les affections de la caisse tympanique sont souvent la première étape des modifications survenant dans l’oreille interne qui, dans la plupart des cas, n’est prise que secondairement.
Les lésions des canaux demi-circulaires, dont les fonctions dans l’équilibration sont admises par la majorité des auteurs, produisent des accidents vertigineux. Mais ces vertiges, comme on le verra dans une autre partie de cet ouvrage, peuvent survenir encore à la suite de maladies dont sont affectés d’autres organes, n’ayant avec l’oreille que des rapports plus ou moins éloignés. Le système nerveux est là, seul en cause, et les actions réflexes permettent de comprendre des phénomènes qui sont restés longtemps mal connus.
Je ne fais que mentionner ici certaines névroses comme l’hystérie, etc., pouvant avoir un retentissement sérieux sur l’oreille interne. On sait enfin que la lésion de la première circonvolution temporale entraîne avec elle la surdité verbale.