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CORPS ÉTRANGERS DU CONDUIT AUDITIF ET DE LA CAISSE

Des perce-oreille, des insectes, s'introduisent souvent dans les oreilles des gens qui, l’été, se couchent sur l’herbe et s’y endorment.

On a vu des œillets métalliques placés dans une ouverture artificielle du tympan, et destinés à la maintenir béante, tomber dans la caisse.

Lorsque les écoulements purulents des oreilles sont traités par les poudres antiseptiques ou astringentes, il n’est pas très rare de voir se former des masses solidifiées, dures, agissant comme corps étrangers, aussi bien dans le conduit que dans la caisse.

Nature des corps étrangers. — On les divise en corps étrangers animés et inanimés.

A. Corps étrangers animés. — Les petits insectes, perce-oreille, mouches, puces, mille-pattes.

B. Corps étrangers inanimés. — Ils se subdivisent en corps durs inaltérables : boutons divers, boules de métal, d’ivoire, billes, grains de corail, etc; corps organiques altérables : grains de café, noyaux, haricots, pépins de fruits, grains de blé, d’avoine, etc; corps cassants : perles de verre, coquillages, etc; corps rigides : épingles variées, aiguilles, clous, fil de fer, etc.

symptomatologie. — Accidents primitifs. Les malades éprouvent d’habitude, dans l’oreille, un sentiment de gêne facile à comprendre. Mais, il faut savoir que dans certains cas, il existe une tolérance extraordinaire, dont nous parlerons plus loin.

La surdité varie beaucoup avec le volume du corps étranger, et sa situation dans le conduit.

Les bourdonnements et les bruits ont une intensité diverse, pour les mêmes raisons.

PATHOLOGIE

Les sensations plus ou moins pénibles, les douleurs peuvent exister soit dans le conduit, soit au fond de l'oreille, lorsque le tympan est touché.

On a rapporté des exemples de corps étrangers animés, puce, mouche, punaise, qui, par leurs mouvements sur la membrane tympanique, produisaient des troubles nerveux relativement considérables.

Phénomènes réflexes. — Outre les sensations de chatouillement et de gêne, on a observé de la toux, de la salivation, de violents maux de tête, des contractures, des convulsions, des névralgies, des vertiges, des vomissements et jusqu’à dé l'épilepsie symptomatique.

Tous ces phénomènes sont expliqués par l’innervation de la caisse, innervation qui est sous la dépendance du pneumo-gastrique, du rameau de Jacobson, du grand sympathique et du facial.

Enfin, il est facile de se rendre compte des phénomènes de compression, produits par un corps dur ou mou (ce dernier, susceptible de se gonfler sous l’influence de la chaleur et de l’humidité) sur le tympan, la chaîne des osselets et par leur intermédiaire sur l’oreille interne.

Accidents consécutifs. Complications. —Les accidents inflammatoires peuvent être causés, soit par les corps étrangers eux-mêmes, soit par l’emploi intempestif des instruments.

Dans le conduit auditif, l’inflammation se traduit par un gonflement souvent considérable et par de l’otite externe, avec ou sans écoulement. Les phénomènes inflammatoires peuvent se propager au tympan et à l’oreille moyenne. Les otites moyennes peuvent prendre la forme extensive et être suivies de carie et de nécrose. Les ouvrages classiques relatent des observations où la mort fut causée par abcès du cerveau, ou par

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méninge-encéphalite. Dans d’autres cas il s’établit une otorrhée purulente chronique. L’état général des malades et surtout les diathèses préexistantes jouent un grand rôle dans la formation et la durée de ces suppurations chroniques.

Enfin, on ne saurait trop répéter que, le plus souvent, les complications graves sont dues à des tentatives d’extraction, maladroites et réitérées.

Marche; durée; terminaison. — Les Corps étrangers qili causent souvent de si graves désordres, moins par euxmêmes directement, qu’indirectement par les manœuvres dé praticiens -inexpérimentés, sont quelquefois tolérés par l’oreille, avec une facilité incroyable. On cite des cas , ou des cailloux, des grains de chapelet, etc., sont restés 5 ans, 10 ans et plus, sans produire le moindre inconvénient.

Il peut se faire que le corps étranger, dans certaines circonstances, soit expulsé spontanément, par suite des mouvements imprimés à la tête par les malades ou par le médecin.

Lorsque, au contraire, il séjourne plus ou moins longtemps, les accidents inflammatoires et les phénomènes réflexes peuvent s’accentuer et amener à leur suite toutes lés complications dont nous avons précédemment parlé. On conçoit que certaines conditions favorisent plus ou moins ces divers états pathologiques.

Enfin, on a vu survenir la mort dans un laps de temps assez court, 2 à 6 jours. Ces faits, beaucoup plus rares aujourd’hui que jadis, sont relatés dans la littérature médicale. Il est inutile de s’étendre longuement sur ce point; nous y reviendrons à propos du traitement.

Diagnostic. — Est-il besoin d’insister sur la nécessité d examiner les deux conduits auditifs avec le plus grand

PATHOLOGIE

soin, afin de reconnaître la présence du corps étranger, sa forme, sa nature, sa consistance, etm? Je dis, les deux conduits auditifs, parce que le praticien ne doit jamais se fier aux renseignements donnés par les malades, enfants ou grandes personnes.

On évitera ainsi les erreurs colossales relatées dans les ouvrages spéciaux. Il existe un assez grand nombre d’observations, où il est question de manœuvres continuées pendant longtemps, pour extraire un corps étranger qui n'était pas dans l'oreille.

(Observation n° 25, résumée).

« Unefemme de la campagne est venue me trouver, pour se faire enlever une longue et grosse épingle qu’elle s'était enfoncée dans l’oreille gauche, deux jours avant. La malade m’apporte une épingle absolument semblable. Elle est à grosse tête et longue de 28 millimètres. Le médecin a fait plusieurs tentatives avec des pinces, et ne réussissant pas, me l’envoie.

A l’examen, je n’aperçois rien; le conduit est légèrement tuméfié, et le tympan ne me semble pas intact. Après une injection antiseptique de plus d’ùn litre* je pus voir le conduit en entier, mais pas la moindre épingle. Sur le tympan, deux déchir rures causées évidemment par les mors de la pince. (Voir fig. 101)

«Il s’est produit, malgré le traitement très exactement suivi, une otite moyenne suppurée aiguë avec destruction du tympan, par réunion des deux déchirures. L’épingle ^tait certainement tonir bée de l’oreille, sans avoir été vue, et le médecin continuait à la chercher, alors qu’elle n’y était plus. »

Dans un cas, des exostoses du conduit, ont été prises pour des corps étrangers, qu’on s’est obstiné à vouloir enlever. On cite encore l’arrachement des osselets....

Lorsque le corps étranger a perforé le tympan et pénétré dans la caisse, le diagnostic devient beaucoup plus difficile. Les recherches sont délicales et il faut une extrême prudence, pour que les manœuvres ne hâtent par les complications, comme elles peuvent cependant

CORPS ÉTRANGERS DU CONDUIT AUDITIF ET DE LA CAISSE. 521 d’autre part les prévenir, si elles sont faites par une main exercée, et qu’elles favorisent l’extraction.

Pronostic. — On peut dire d’une façon générale que, lorsqu’un malade vient d'emblée demander conseil à un otologiste, le pronostic ne sera presque jamais grave , si le corps étranger n’a pas blessé sérieusement le conduit, le tympan ou la caisse, et surtout si aucun essai n’a été tenté.

Quant aux complications, leur importance varie suivant les lésions produites, et il est inutile d’en parler ici, puisque nous les avons étudiées avec les otites externes et moyennes, aiguës ou chroniques.

Traitement. — Lorsqu’un malade se présente avec un corps étranger dans l’oreille et qu’aucune tentative d’extraction avec des instruments n’a été faite par qui que ce soit, on peut poser en principe que les injections d’eau chaude avec un appareil dont le jet a une certaine puis-r sance, sont le seul et unique traitement qui doit être mis en œuvre.

Si le praticien ne possède pas une grande pompe (voir p. 112), il doit tout au moins se servir d’un irrigateur grand modèle, et répéter fréquemment les injections- Dans l’intervalle de chacune d’elles, on peut verser dans l’oreille, de la glycérine ou de l’huile, afin de faciliter le glissement du corps étranger. Quant aux instruments, mettez-les de côté ; au début, ils ne peuvent qu’être nuisibles. Il n’y a pas de corps étranger qui résiste à une ou plusieurs irrigations données avec soin et persistance.

S’il s’agit de corps susceptibles d’augmenter de volume, il faut une intervention rapide pour réussir. Je prends un exemple : un enfant s’introduit un haricot dans l’oreille. Si le chirurgien est appelé immédiatement, ou peu de temps après l’accident, les irrigations expulseront sûrc-

ment le corps étranger. Mais, après quelques jours, l’humidité et la chaleur feront gonfler le haricot, et, ce qui était facile au début, devient presque impossible. C’est alors qu’il faut employer un crochet, une pince, etc. (Voir fig. 65).

Les corps animés sont passibles du même moyen de traitement, qui, dans ces cas réussit encore plus rapidement.

Quant aux boules de verre, qui se brisent toujours, si on veut les saisir avec des pinces, elles sont enlevées par les injections, soit entières, soit par fragments. Mais, si l’on craint qu’un de ces fragments, un peu pointu, ne blesse le conduit ou le tympan, on emploiera les agglutinatifs (gomme, colle), portés sur le corps étranger, avec du coton roulé au bout d'une pince, ou d’un stylet, ou bien encore avec un petit pinceau.

J’ai enlevé des centaines de corps étrangers, de toutes les variétés, et je n’ai jamais rencontré dans ma pratique, qu’un seul cas où j’ai dû me servir d’un instrument spécial. Mais, deux jours avant que je ne voie le malade, divers médecins avaient fait des tentatives qui n’avaient eu pour résultat que de blesser le conduit et de rendre l’extraction impossible par les injections.

(Observation n° 26, résumée) (1).

« Un enfant de 11 ans s’est introduit une petite balle de plomb dans l’oreille. Aussitôt, le père qui la voyait à l’entrée du conduit, voulut l’extraire. Ilia repoussa plus avant. Un médecin appelé, com tinua les tentatives avec des pinces, et ne réussit qu’à enfoncer encore plus la petite balle. Le lendemain le malade fut amené à l’hôpital des enfants, dans le service de Giraldès, dont j’étais l’interne. Le chef fit de nouveau quelques essais, avec une curette articulée. 11 fut constaté que le conduit était lacéré par places, et qu’il y avait un écoulement de sang.

1. L’observation est complète dans ma thèse inaugurale, Paris, 1868.

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