CORPS ÉTRANGERS DU CONDUIT AUDITIF ET DE LA CAISSE
« L’enfant vint chez moi. Les injections répétées n’eurent aucun résultat. Je dus faire faire un petit forceps à branches séparées, avec lequel le docteur Desprès et moi parvînmes à enlever la balle de plomb. Le conduit et le tympan étaient déchirés en maints endroits. L’otite moyenne qui s’en suivit, guérit très bien. »
Les indications sont donc formelles : faire des injections, ne faire que cela, les répéter plusieurs fois de suite, ne point se lasser, car le succès est au bout de ces tentatives réitérées. Jamais les injections bien faites n'ont d'inconvénients.
Lorsque le corps étranger (généralement petit) a pénétré dans la caisse en perforant le tympan, il convient de bien nettoyer l’oreille, et de pratiquer l’examen d’abord avec l’otoscope, puis avec le stylet fin, en argent. Cette dernière manœuvre sera faite avec beaucoup de douceur et de précautions.
Dans le cas où la déchirure du tympan est considérable et que l’accident a eu lieu peu de temps avant l’arrivée du malade, les grandes irrigations peuvent encore réussir. Le chirurgien devra tenter en outre les insufflations d’air par la trompe, ou mieux encore les injections liquides par cette même voie, de dedans ne dehors. Elles pourront être fort utiles. (Le manuel opératoire a été indiqué p. 139.)
Mais, si au contraire, il s’est écoulé un assez long temps depuis l’entrée du corps étranger dans la caisse, la membrane peut se cicatriser en partie, et la fistule qui subsiste, suffisante pour l’écoulement du pus, ne permet pas la sortie du corps étranger.
Dans ce cas, voici ce que je conseille : On fera une injection antiseptique, puis on pratiquera une section du tympan au-dessus et au-dessous de la déchirure accidentelle. Si, d’après les renseignements, le corps étranger est de dimension assez forte, il y aura tout
PATHOLOGIE
avantage à faire l’incision circulaire, avec lambeau.
Le procédé en volet ou avec lambeau est, pour moi, Je meilleur. Je vais donner, abrégée, une observation fort intéressante de corps étranger ayant pénétré dans la caisse.
(Observation n° 27, résumée) (1).
« Une petite fille de G ans, jouant au bord de la mer, s’introduisit un petit caillou dans l’oreille gauche. On appela immédiatement un médecin, qui fit quelques essais, avec des pinces, sans réussir. Un chirurgien fut demandé en consultation ét tous deux chloroformèrent l’enfant pendant 20 minutes. Les tentatives furent renouvelées sans plus de succès. Enfin le lendemain, un troisième confrère fut adjoint aux deux autres, et les trois praticiens firent de nouvelles manœuvres infructueuses pendant près d’une heure, sous le chloroforme.
« L’enfant fut alors envoyée à Paris pour consulter Nélaton qui me l’adressa. Je vis la malade le 22 e jour. Il existait un gonflement moyen des parois du conduit, et un écoulement abondant mucopurulent. Le tympan, gris-blanc, ramolli, présentait une perforation de 2 millimètres environ, siégeant en avant et en bas du manche du marteau. On voyait sourdre quelques gouttes de pus par cette sorte de fistule.
« En somme, les manœuvres prolongées pendant deux jours avaient fait passer la petite pierre dans la caisse, en brisant la membrane. Il survint une otite moyenne aiguë, un écoulement purulent, et le tympan se referma en partie, emprisonnant le corps étranger dans la caisse. Il ne restait qu’une fistule de '2 millimètres.
« Réunis en consultation Nélaton et moi, je proposai la section du tympan, afin d’ouvrir une large voie qui faciliterait l’extraction. Je fis l’opération en présence de MM. Le Dentu et Th. Anger, sans pouvoir me servir de l’otoscope, à cause du pus qui coulait assez abondamment, même lorsqu’on venait de sécher le conduit avec du coton. Un stylet conduit dans la caisse permettait de toucher directement le corps étranger, trois injections, données coup sur coup, ne firent point sortir la pierre. Il fut décidé qu’on n’irait pas plus loin.