POUR LE JOUR DE SAINTE GENEVIÈVE
ÉPITRK.
iiiinf Pmti, deuxième pp, aux Corin^, , ch. X , ^. 17. XI. r. u
Mis frères j que celui qui «c glorifie se glorifie dans le Seigneur; car ce n'est pas celui qui se rend témoignage à soimême qui est Traimedt estimable , mais c*est celui à qui Dieu rend témoignage. Plût à Dieu que tous foulassiez un pea supporter mon imprudence 1 Et supportez-la» je vous prié;car j'ai pour vous un amour de jalousie, et d'une jalousie do Dieu > parce que je tous ai fiancés à cet unique époux , qui est Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge toute pure.
Dans cette épttre, rApôtre nous prémunit contre la vaine gloire. On entend par vaine gloire un sentiment d^orgueil, de contentement de soimême s ç<>nçu et montré extérieurement pour quelques avantages dont on est en possession, lesquels i ou ne soot pas d'assez de valeur pour mériter ce contentement 9 ou sont tels, que, n'ayant point contribué à leur acquisition, il n'y a pas sujet €(ue nous nous en glorifions. Tout orgueil est par lui-m^me un sentiment criminel, parce qu'il nous fait nous estimer au-dessus de ce que nous valons, et rabaisser les autres au-dessous de ce qu'ils valent. Il y a d'ailleurs bien peu de choses, s'il est même quelque chose dont on puisse se glorifier : se glorificra-t-on de ses richesses^^, s'il arrive qu'on soit doué des dons de la fortune ? Et qu'y a-t-il en cela don^ on puisse tirer de la gloire ? Ou l'on est riche parce
ET LES iviRGILBS. 9S
qu*OD tient ses richesses de ses parens , ou parce que soi-même on les a acquises. Dans le premier cas , quel mérite y a-t-il d'être riche ? On n*y a contribué en rien; car c'est le hasard, ou 9 pour parler plus juste, la Providence qui vous a plutôt fait naître de parens opulens que de parens pauvres. Vous n'y avez contribué en rien , et il n'y a rien en cela dont vous puissiez justement tirer de la gloire. Celui qui , par ses soins , par son travail , par son économie, a acquis de la fortune , serait peut-être moins coupable de s'en glorifier; mais alors ne le doit-il pas encore à des circonstances heureuses ? N'estce pas Dieu qui a béni les soins qu'on « pris ? n'est-ce pas à lui qu'on doit l'intelligence qui a fait réussir, l'esprit de sagesse et de bonne conduite qui a une si grande part dans les succès ? Et puis, que sont les richesses pour en tirer de la vaine gloire? Ne sont-ce pas des biens périssables qu'on possède au jourd'huî , et qui nous sont ôtés demain ; qui ne contribuent souvent guère à notre bonheur , et qui du moins ne font rien aux yeux de Dieu?
Sera-ce de la naissance qu'on s'enorgueillira ? Et quel sujet aurait-on de s'en enorgueillir? Est-ce nous qui choisissons nos-parens ? N'est-ce pas Dieu qui nous fait.nattre ou de parens illustres, ou de parens obscurs ? et à ses y^eux y a- 1- il entre les hommes d'autre véritable différence que celle qu'y met la vertu? Est-ce donc un si grand avantage qu'un haut rang ? Y trouve-t-on plus de bonheur que dans la médiocrité ? Y a-t-ilplus de moyeits de Stilut ?
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[loîgnage qui eït vr^iiinent 'ccore, parce que tout ce qu'on n . Â qni il faut, par conséquent, t que , Dieu l'aynnt donné , et poii- 1 peut y avoir plus (le gloire à len'y aurait de honte à en être prirfj | I favomés de ces biens passage»^*!
I bon usage ; c'est le seul nioytsi avantageux ; cl convenoi D^ici-bas tout est vanité, hors* mplÎF la deslinalion pour IaqueHli{
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86 IirSTRCCTIÔirS SVft £Ég i^ilBES
Trouverons-nous du incNns dans la ponsefltsloit des places et des g;ran^8 emfrfols àe quoi justifier Torgiieil M*out le monde sait que ces grands emplois sont de lourdes chargcis , une serViltide ^f* peut-être brilfe au- dehors , nKiis qui ftVn est pas moins rude à supporter ; des chaines qoi ^* pour être dorées ^ n'eu sont pas moiB« pesantes : ne sait-on pas que, ne pcmvant y contenter tout le monde , on s'y fait des ennemis de dèut qn'o^n. refuse, sans se faire toti jours des ami» de ceux à q^i l*on accorde ?
Enfin est-ce de ses propres lâlens , dte- son esprit y de ses progrès dans les eohhaisëtfnices humaines qu'on tirera Tanité ? Si c'est des talens et de l'esprit, il faut pourtant conteiiir qu'on ne se le» a point donnés « qu'on ne peut , pav eonséfuent >' se faire un mérite de ce qu'on Ites a. Sî c'est de sesconnaissances acquises , en y i^éfléchissaat , ow trouvera que , quelque loin qu'on les ait poussées^ il y a toujours bien plus à apprendre^ qu'on ii*a appris , que la carrière recule à mesure qu'on y avance, et que la plus belle réputation n'est autre chose qu'un vaîn bruit qui se perd après avoir retenti quelque temps; un peu defbméequi s© dissipe , et une ombre qui disparaît.
Concluons donc qu'il n^est aucun des atawtages que le monde offre dont un espril raisonnable puisse à juste titre tirer de la gloire, et que , comme le dît TAp^tre, îî-n'y a de raîs<m de se glorifier que dans le Seigneur (*), «parce que ce
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88 INSTRUCTIONS SUR LES BPtTRES
Trez-nous. Mais il leur répondît : Je tous dis efl Tërilé que je ne vous coDoais point. Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l'beure.
Dans Texemple des dix-vierges de la parabole ^ dont cinq sont appelées $ageB et les autres folies, le Sauveur a voulu nous, faire sentir le prix de la prévoyance et la nécessité de la vigilance chrétie.pnë. Ces dix vierges sont également invitées au festin des noces, comme nous sommes tous appelés au grand festin de la béatitude éternelle* Toutei^; se rendent à l'endroit où Tépoux doit venir et où la fêle doit se célébrer. Mais, Tépoux n*étant point encore arrivé, et la nuit étant survenue, ces dix vierges s'endorment Cependant au milieu de la nuit un bruit annonce Tarrivée de Fépoux. Les dix vierges se réveillent et se proposent d'aller à sa rencontre > comme c'était Tusage. Elles préparent les lampes qu'elles ont apportées ; mais cinq d'entre elles s'aperçoivent qu'elles ont négligé d'apporter de l'huile ; elles en demandent aux cinq autres, qui, n'en ayant que leur prgvision , les renvoient aux marchands pour s'en procurer. Cependant l'époux arrive , les "vierges sages entrent avec lui dans la salle du festin, et la porte se ferme. Les vierges folles se présentent ensuite , mais on leur répond qu'on ne les connaît point , et elles sont exclues pour avoir manqué de prévoyance. Disons d'abord ce que c'est que cette vertu dont il y a tant d'occasions de faire usage.
La prévoyance que , dans un sens plus étendu , ou pourrait nommer prudence» parce que la pré-
Et ua BViHOiua. 89
toyanee n'est en eflfet qa*ane émanalion de celleci , consiste à étudier d'avance et à employer les moyens qni peuvent nous conduire à la réussite d*un dessein honnête. Je dis un dessein honnête; car si c*était à une mauvaise fin qu'on tendit , la prévoyance étant une vertu , on ne pourrait donner ce nom aux mesures que Ton aurait prises pour y parvenir. Il est aisé de sentir combien la prévoyance est nécessaire dans tout le cours de la vie 9 puisque d'elle dépendent^ les bons et les mauvais succès. C'est la prévoyance qui nous fait prendre des précautions contre les maux qui peuvent nous arriver; qui nous fait mettre de l'ordre dans notre conduite ^ qui nous empêche de former des entreprises au-dessus de nos forces , qui nous engage à préparer de loin ce qni est nécessaire à nos besoins. L'imprévoyant néglige tout cela. Il n'a pourvu à rien. Le moment arrive 9 et semblable aux vierges folles , il s'aperçoit trop tard de son imprudence. L'Écriture sainte recommande la prévoyance en différens endroits ; et le sage nous renvoie 9 pour en prendre des leçons , à un faible in* secte qu'il nous propose pour modèle. Allez, dit-il à la fourmi 9 considérez sa conduite et apprenez à devenir sage /puisque n'ayant ni chef, ni maître, ni prince, elle fait pourtant sa provision pendant l'été, et amasse dans la moisson de quoi se nourrir pendant l'hiver (1).
Il ne faut pourtant pas pousser la prévoyance Jusqu'à l'inquiétude. H est également coupable ,
(t) liiTM de»Pi:ov«rbet , <h. VI. v. 6.
90' INSTRUCnOM •«» I»B8 ifilBES
et d^ètre impvèroyant, et. de ne pas compter sur ki Providence. Dieu veut qm*bu faése lau^ ce que la prudence et la raiseti !eidg;enf , soît pcRsr prévenir les maux qu'en prévoit ^ seit pour assurer ié- bien qu'on médite. Mais, quand rhomme a fait les e£*forte qui dépendent de lui^ il doit s'en rapporter à Dieu > qui dispense les biens et les marua: à savo-' lonté. Songeons qu'une intelligence sage , noo-BeU" lement gouverne Tunivers , mais veille encore 3nr chacun de nous et sur la moindre créature.. ' t
Ce même évangile nous apprend que bous; »e devons point différer à profiter desgrâices que Dieu nous fait Si , quand il nous envoie de saintes in* qpirations, nous rciaettons à un autre temps' à y obéir , il est à craindre que Dieu ne nous retire ce bienfait. Alors ce serait en vain que nous nous adresserions à lui^et que nous lui dirions comme ces imprudentes vierges : Seigneur, Seigneur, ou«< vrez-nous. Nous aurions mérité qu'il nous répoii-« dît ; Je ne vous connais point. Armons-nous donc de prudence et de vigilance , surtout pour les ehoses du salut; car nous ne savons ni le jour niTheuxe. Celle du trépas sonne souvent au moment où l'on s'v attend le moins.