‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructions (volume 2)Chapitre 15 sur 43 · LE IV DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

LE IV DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE

ÉnTRË.

Saint Paul aux Rom. , cb, XII , t. 4.

JMLit frères, comme dans un seul corps nous a^ons plusieurs membres» et que tous ces membres n'ont pas la même fonclion ; ainsi , quoique nous soyons plusieurs > nous ne sommes tons néanmoins qu'un seul corps en Jèsus-Cfarist , et nous sommes tons réciproquement les membres les uns des autres : c'est pourquoi, comme nous avons tous des dons diilerens, selon la grâce qui nous a élè donnée , que celui qui a reçu le don de prophétie en use selon l'analogie U la règle de la foi ; que celui qui est appelé au ministère de l'Église s'attache à son ministère ; que celui qui a reçu le don d'enseigner s'applique k enseigner ; et que eelui qui a reçu le don d'eihorttr exhorte les amtrês; que celui qui fait l'aumône la fasse orcc simplicité ; que celui qui a la conduite de ses frères s'en ae- ^uUte avec ▼igilance ; et que celui qui exerce les œuvres de miséricorde te fasse avec joie ; que votre charité soit sincère et sans déguisement. Ajcz le mal en horreur, et attAcheit-vous fortement a« biea. Qoe chtetR «it pour son pvochûo une

104 INSTRUCTIOBS StA LES KpItAES

afTeclioQ et une teodresse vraiment fraternelle. Prévcnez-voii» les uns les autres par des lëmoignagea d'honneur et de déférence : ne soyez point lâches dans votre devoir : conserrczvoùs dans la ferveur de l'esprit : souvenez-vous que c'est le Seigneur que vous servez : réjouissez-vous dans votre espérance : soyez patiens dans les maux , persëVérans dans la prière, charitables pour soulager les nécessites des aaînlls , prompts à exercer l'hospitalitë. fiénissez ceux qui vous persécutent, bénissez-les, et ne faites point d'imprécations contre eux. Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie , et pleurez avec ceux <)ui pleurent : tenez-vous toujours unis dans les mêmes sentimens et les mêmes affections : n'aspirez point à ce q\M est élevé , mais accommodez-vous à ce qui est de plus bas et de plus humble.

L'ÂFÔTRB a soin^ dans toutes les occasions, d'Insister sur cette comparaison de l'Église de Jésus- . €hrist avec le corps humain , parce que c^est sur elle qu'est fondé le grand principe de la charité chrétienne. Dans le corps humain tous les membres sont réunis, et concourent chacun^^suîvant leur destination^ aux di£Pérens actes qui émanent delà volonté. Il en estaînsi de l'Église de Jésus-Christ ; nous en sommes tous les membres, et c'est lut qui en est le chef. Nous devons donc tous nous aider et réunir nos forces pour les choses du salut, qui est l'objet de la rédemption , et que le Sauveur s'est proposé en se revêtant de^notre natiue. Nous le devons même pour le bien commun de la société 9 parce que le propre du christianisme est de lier encore davantage les hommes entre eux , et d'en faire un peuple de frères. Il n'y a pas d'état , depuis le prince jusqu'ciu berger, qui n'ait des devoirs d'utilité commune à remplir. U n'y a pas

fit LEB ^VÀNGJlfiS* 105

d^hommes à qui Dieu ii*ait donné qudlque talent , dont il leur demandera compte^ et à qui il n^ait accordé l'esprit nécessaire pour accomplir les vues qu'il a sur lui , et remplir sa vocation. De ce que quelques-uns naissent dans un rang plus distingué ou avec une fortune plus considérable , il ne s'en» suit pas qu'ils soient affranchis de toute dépendance. Il s'ensuit encore moins qu'ils ne soient tenus d'aucune obligation envers les autres. La Providence 5 en disposant ses dons» a eu ses desseins. Si elle a fait des grands et des riches, ce., n'est pas pour eux ni pour leur avantage personnel. Ils ne sont pas plus à ses yeux que les petits et les pauvres; mais elle a voulu qu'ils fussent les dépositaires de ses bienfaits pour les répandre. S'ils y manquent. Dieu saura bien les en punir, ou dans ce . monde ou dans Pautre. Ces sont des vérités qu'ils ne doivent jamais oublier.

Il s'en faut donc bien que la richesse ou le haut rang dispensent de toute obligation. On peut même dire qu'il en inqpose de plus pénibles et en pliis grand nombre. Prenons pour exemple la condition la plus élevée delà société. Ne faut-il pas que le prince, qui semble n'avoir à répondre à personne de ses actions, gouverne l'état, qu'il, pourvoie aux besoins de ses sujets , qu'U défende ses frontières, qu'il soutienne les fatigues de la guerre , que son œil sie porte sur tous les objets d'administration , qu'il travaille continuellement? Que de soins il lui faut prendre ! que de veilles il. a à supporter! à combien de méditations il faut

I06 INSTEtCTIOHS SUA LES ÉpItBES

qu41 se livre pour assurer la fortune et la traD-» quiUité publiques I On l'a dit ttten des fois, et c'est une vérité ÎDCOUtestable , que la grandeur n'est ^'un esclavage brillant. Bile peut pourtant avoir des avantages réels , seuls capables de dédommager des f acrifices qu'elle exige et de la gène qu'elle impose; c'est, si on ne se sert d'elle que pour faire du bien ; si on protège l'innocent; si on fait un bon et saint usage de la riehesse qui l'accompagne. On trouve dans Vexeteice de la bienfaisance des plaisirs et des jouissances que n'égalent point celles qu'offre le n^ndé ; outre le droit qu'on acquiert à des récompenses d'un ordre bien supérieur, de la part du rénuraérateur suprême de la vertu.

Je me résume, et dis avec l'Apôtre que> Dieu nous ayant tous doués de dons différons, noire devoir est d'en £aire un bon emploi, et de servir Dieu chacun selon notre vocation , fidèlement et avec zèle. Que celui qui a le don d'enseigner instruise les autres ; que celui ifùi a le don d'exhorter s'en serve pour faire pratiquer la vertu et porter ses frères an bien ; que le riche fasse l'aumône ; que le magistrat rende la justice avec impartialité; que le soldat défende l'état; que les pères et les mères aient soin de faire élever leurs enfans dans la religion ; que les enfans soient dociles , soumis à leurs parens, et à ceux à qui leurs parens ont confié leur autorité; qu'on se prévienne les uns les autres par des témoignages d'affection et d'intérêt , et qu'on n'oublie jamais que servir le prochain , c'est servir Dieu.

IT LB8 EYÀHGIllSr IO7

ÉVANGILE

SabteJeattt cfa. II, v. u

£!iH ce tempB'U, il se fit des Doces à Gana en Galilée, et la mère de Jésus 7 était. Jésus fut aussi cOuTié aux noces ârec ses disciples; et le vio veiimt i roan<{uer« la ntère de Jésus lui dit : Ils n'ont point de rin. Jésus lui répondit : Femme , qu'y at-il entre vous et moi? Mon heure n'est pas cacore venue. Sa mère dit à ceux qui serraient : Faites tout ce qu'il vous dira. Or il y avait là six grandes urnes de pierre pour servir aux purifications qui étaient en usage parmi les Juifs , dont chacune tenait deux ou trois mesures. Jésus leur dît : Remplissez les urnes d'eau ; et ils les empHrent jusqu'au havt. Alors il leur dit : Puisez maintenant , et portez-en ati maître d'hôtel ; et ils lui en portèrent. Le maître d'hôtel ayant goûté de cette eau qui avait été changée en vin , et ne sachant d'où Tenait ce vin , quoique les serviteun qui avaient puisé l'eau le sussent bien , il appela l'époux , et lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin , et après qu'on a beaucoup bu , il en sert alors de moindre : mais , pour vous , vous avez réservé jusqu'à cette heure le bon vin. Ce fut là le premier des miracles de Jésus, qui fut fait à Gana en Galilée ; et par 1^ il fit connaître sa gloire ; et ses disciples crurent en lui.

Là première chose à remarquer dans cet évatig;ile , c'est la sanctification du mariage par la présence de Jésus , par celle de sa mère et par un miracle éclatant. Pouvait-il mieux montrer que désormais il prenait les époux sdus sa pfotec* fion 9 et qu'il leur destinait les grâces nécessaires pour remplir leurs devoirs nouveaux? et n'était-ce pas déjà annoncer qu'il se proposait d'élever l'union conj^ngale au plus haut degré d'bonncur en eu faisant un sacrement , et en voulant que le ma-

108 IKSTEUGTIONS SVB LBS BpItBES

riage devînt la figure de son union arec TËglise ? N'étaît-ce pas enfin en attester, en promulguer pour ainsi dire la sainteté que d'en prendre occasion de faire son premier miracle ?

C'était par des miracles que Jésus-Christ devait manifester aux yeux des Juifs la divinité de sa mission. Un miracle est un acte de la puissance divine 5 d*où résulte un effet contraire aux lois connues de la nature. Le soleil chaque jour continue sa course sans s'arrêter. Il se lève et se couche avec une régularité que rien n'interrompt ni ne trouble. Cependant Josué, près de compléter la défaite des ennemis des Hébreux, s'aperçoit au déclin du jour que les ténèbres vont lui enlever les fruits de sa victoire , il ordonne au soleil de s'arrêter, et fastre obéit (i). C'est un miracle. Aux noces de Cana le vin manque. Jésus ordonne d'emplir d'eau de grandes urnes , l'eau s'y trouve changée en vin. C'est encore un miracle , parce que dans l'une et l'autre occasion ^ l'effet produit par la volonté de Dieu nous parait contraire aux lois de la nature.

Nous appelons cela des miracles parce qu'ils sont pour nous un juste sujet de surprise. Cependant , si nous considérions bien tout ce qui se passe autour de nous, et que nous y fissions une attention convenable, nous verrions que des choses auxquelles nous pensions à peine , parce que nous y sommes accoutumés , sont infiniment plus merveilleuses que celles qui nous donnent de l'étonné -

fi) Josuë, X. 12 el i3.

ST LES ÉVÀIfGILBS. lOQ

ment. Le bel ordre, par exemple, qui règne dans l'univers, la régularité du mouvement des astres, le retour des saisons au temps prescrit , la marche majestueuse des étoiles ^^ tous ces phénomènes admirables qui se succèdent ne sont-ils pas des dons bien plus merveilleux que le soleil arrêté pendant quelques heures dans son cours ordinaire? Le suc de la sève qui s*élève dans les canaux imperceptibles du bois de la vigne, et de tous les végétaux, pour s'y transformer, ou dans la liqueur qui forme le vin, ou en des fruits d'un goût exquis, n'offret-il pas quelque chose de plus étonnant et de plus admirable que le changement en vin d'une petite quantité d'eau? Tout est donc miracle dans la nature, tout atteste la puissance infinie et la bouté sans bornes de son auteur. C'est Dieu qui a pro-, duit ces grands et magnifiques effets, comme aussi, c'est par sa puissance que le soleil s'est arrêté à la voix de Josué, et que l'eau a été changée en vin par la volonté du Sauveur.

Mais , dit saint Augustin ( i ), parce que l'habitude de voir ces grandes et merveilleuses choses les a rendues communes et ordinaires , Dieu s'est réservé de faire dans certaines occasions des choses inusitées pour attirer notre attention, et nous ramener à la conviction de sa toute-puissance ; et il use de ces moyens pour servir de témoignage à des vérités d'un ordre supérieur qu*il veut nous faire connaître, et pour qu'il ne nous reste aucun doute que c'est de sa part qu'elles nous sont annoncées»

(i) Huitième tr. sur saiot Jean, n* i et 3.

lie IKSTRVGTiaNS SUft LES ÉpÎTBES

poua LE IIP DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE.

ÉPITRE

Saint Paul aux Rom. , ch. XII, v. i6.

Al>s frèiea, ne soyez point sages à.^OB propres jeux. Ke rendez à persoime le mai pour le mal. Ayez soiu de faire le bien non-seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes. Vivez en paix, si cela se peut, et autant jqaU est en vous , avec toutes sortes de personnes. JXe tous vengez point ▼oas'inémes » mes chers frères » mais donnez lieu à la colère , omr il est écnt : G'eat à moi que la Teageance est réservée , et c'est moi qui la ferai, dit le Seigneur. Au contraire, si votre ennemi a faim , donnez-lui è manger ; s'il a soif , donnez-lui à boire; car, agissant de la sorte, vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. Hc vous laissez poînt"vaiocre par le mal > xttais travaillez à vaincre le mal par le bien.

Svivaut Fauteur de VlmkêUian , c la science la plus sublime et la leçon la plus utile ^ c*est la rraie counaissance et le mépris de soi-même (i); ne faire aucun cas de soî^ et avoir toujours des autre» une opinion layorable et avantageuse , c'est une grande sagesse et une grande perfection. » Il ne faut donc point être sage à ses propres yeux ; être sage de cette manière 9 c'est être un insensé aux yeux de Dieu , près de qui nous ne sommes que néant et folie : c'est même risquer à ne point le paraître aux yeus des hommes, toujours disposés à rabaisser notre orgueil quand nous avons la mal*

.(0 Liv. I, cb. II. V. 4-

ET £ES EVAHGI&BS. 111

adrcMC de le manifester. Être véritablement sage 9 c'est donc se connaître soi-même , avoir le sentimeiil>de sa propre faiblesse et de son impuissance» et ne s^estimer que pour ce que Ton vaut;, c'est-àdire trop peu pour qu'on puisse en concevoir de la présomption. S*ii était possible d'être vérUablement sage, ou que du moins on. voulût approcher de la sagesse chrétienne, ce serait en suivant les conseils que l'Apêlre donne dans cette épttre qu'on y parviendrait; c'est-à-dire en faisant le bien nonseulement devant Dieu , notais encore devant les boHunes. Devant Dieu , c'est-à-dire de cœur , non pour être vu , ou pour en retirer une vaine gloire , ou quelque avantage relatif à soi ; devant les hom* mes néanmoins, pour les édifier et pour les porter au bien par le bon exemple ; car le bon exemple est ua de nos devoirs. Les supériaurs le doivent à leurs subordonnés, les pères et mères à leurs cnfans, tous les hommes^es uns aux autres.

Sagesse et charité dans le langage spirituel sont à peu près la même chose. Celui-là doit être réputé sage qui accomplit parfaitement les préceptes ; et tous les préceptes se réduisent à la charité. On est sage quand on aime Dieu et son prochain, quand on ne cherche dispute à personne , quand on fait de sa fortune un usage louable , quand on ne fournit à qui que ce soit de légitimes sujets de plainte. On est sage, quoi qu'en dise le monde, quand on ne se venge point , quand on pardonne , quand on remet tout entre les mains de Dieu , quand on bannit de son àme toute ai-

113 INSTRUCTIONS SVB LE$ É^ÎTRES

çreur contre ceux par qui on a été offensé ; |e àis qu'alors on est véritablenlenf sage. £a effet 5' considérons deux personnes dont l'une croit son honneur intéressé à venger l'injure qu'elle a reçue, et dont l'autre fait à Dieu le sacrifice de son reb* sentiment. La première écoute l'orgueil, qui lui dit qu'il ne faut rien souffrir; elle écoute la haine , qui vient grossir l'offense à ses yeux déjà prévenus, elle cède à la violence de 'sa passion, ou plutôt elle se laisse gouverner par elle. Celle , au contraire, qui pardonne montre qu'elle sait gouverner ses passions, et ne s'en laisse point emporter, qu'elle a assez de pouvoir sur elle-même pour modérer sa colère et régler les mouvemens de son âme : or, abstraction faite de tout devoir religieux, lequel doit paraître lé plus esUmable, de celui qui prend la raison pour guide, ou de celui qui se laisse knaitriser par la violence de son -caractère ; où y at-il plus de véritable force , plus de noblesse, de courage ? Pour se venger, dit un célèbre prédicateur( 1) , il suffît d'être animal. Il n'est besoin ni de vertu ni de raison ; mars pardonner est le chef-d'œuvre du courage , de la force héroïque , et là , par conséquent , est le véritable honneur. Ainsi la raison et l'Évangile s^accordent pour porter l'homme au pardon des injures; et ce qu'on fait pour Dieu\^ en pardonnant, on devrait encore, suivant un intérêt bien entendu, le faire pour soi-même^ quand la religion ne l'exigerait pas.

(1) Le père d« La Une , sermon de lotibli des injures»

KT LBS éVANGILBS. 1 13

ÉVANGILE

Saint Matih. , ch. YUI , r. i.

£iir ce temps-U, Jésns étant descendu de la montagne» une grande foule de peuple le suivit, et un lépreux venant à lui, l'adorait en lui disant : Seigneur, si tous voulez, vous pouvez me guérir. Jésui, étendant la main, le toucha, et lui dît : Je le vcux^ soyez guéri; et sa lèpre fut guérie au même inr stant. Alors Jésus, lui dit : Gardez-vous bien de parler de ceci à personne, mais allez vous montrer au prêtre, et offrez le don prescrit par Moïse» afin que cela leur serve de témoignage. Jésus étant entré dans Gapharnaûm, un eentenicr vint le trouver, et lui fit cette prière : Seigneur, mon serviteur est malade de paralysie dans ma maison , et il souffre extrême^ ment. Jésus lui dit : J'irai et le guérirai; mais le centenier lui répondit : Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison; mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Gar^ quoique je ne sois qu'un homme soumis à d'autres , ayant néanmoins des soldais sous moi, je dis k l'un : Allez (dj et il y va; et à l'autre : Venez ici, et il y vient; à mon serviteur : Faites cela, et il le fait. Jésus, entendant ces paroles , fut dans l'admiration , et dit à ceux qui le suivaient : Je vous dis , en vérité , que je n'ai point trouvé une si grande foi dans Israël. Aussi je vous déclare que plusieurs viendront d'orient et d'occident, et auront leur place dans le royaume du ciel avec Ahraham , Isaac et Jacob, mais que les eufans du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. G'est là qu'il y aura des pleurs et des grincemens de dents. Alors Jésus dit au centenier : Allez, et qu'il vous soit fait selon que vous avez cru. Et son serviteur fut guéri à la Tàisat heure*

Dbux grands miracles sont proposés à notre considération dans Tévangile d'aujourd'hui : Tuu est la guérison du lépreux ; l'autre est celle du serviteur du centenier. Jésus accorde l'une et l'autre grâce à la foi de ces deux hommes , et à la ma-»

1 l4 INSTRUCTiORS SV& US RPÎTRES

nière dont ils le prient. On peut regarder le lépreux comme Fimage du pécheur, mais du pécheur pénitent , et qui retourne à Dieu. La lèpre était une maladie honteuse, vraisemblablement contagieuse, et pour laquelle les Juifs avaient tant d^horreur, que les lépreux étaient séparés de la société. Le péché n'est point une maladie ni moins odieuse , ni moins à craindre. Si le pécheur n*est point séparé de la société des hommes , il Test, ce qui est bien pis , de la société de Dieu. Le péché nous fait encourir sa haine , il nous met dans le danger de perdre la vie éternelle. Le lépreux de Févangile s'adresse à Jésus : « Guérissez-moi , dît-il au Sauveur 5 car vous le pouvez. » Il lui suffit de vouloir être guéri , et de croire que Jésus a le pouvoir de le guérir. S'il le veut, la foi opère, et il est aussitôt guéri. Il en est de même du pécheur repentant; qu'il s'adresse à Jésus , qu'il veuille sortir de son péché, qu'il croie que Jésus a le pouvoir de le guérir, il sera bientôt guéri. C'est ce dont nous sommes témoins tous les jours quand nous voyons les pécheurs s'appprocher du tribunal de la pénitence avec foi et ferveur. Jésus leur dit par l'intervention du prêtre : t Je le veux , soyez guéris > , et aussitôt leur guérison spirituelle est opérée.

Le centenier nous offre le double exemple et de la charité d'un boâ maître, et de la manière dont il faut prier. Ce n'est point sop fils qui est malade, ni aucun de ses proches ; ce n'est qu'un simple serviteur. Ce bon mafitre n'en est pas moins touché de sa situation ; il n'en a pas moins fait, pour

BT U6 BVAH€ILES« 1l5

obtenir sa gùérmm , tout ce qui dépcad de lui. Il va trouver Jésus ; il lui peint la situation du malade. Il souffre extrêmement, loi dit-il. Telsdoivent être les sentimens des maîtres à Tégard de cexm qui les servent. SI ceux-ci doivent à leurs maîtres obéissance , égards , soumission , services et fidélité , les maîtres doivent à leurs serviteurs bontés, soins dans leurs maladies , et en santé, bienveil* lanee et salaire. Maîtres et servitemrs, tous sont frères en Jésus-Christ , tous enfans de TadopUon, tous appelés à rhéritage. Si Dieu l'avait voulu , le maître occuperait la place du serviteur, elle serviteur occuperait celle du maître. Si Dieu le voulait , et il le veut quelquefois , il dérangerait lout cet ordre , et on verrait servir celui qui auparavant commandait. Il ne faut donc pas être fier de la place que la Providence nous a assignée > quand cette place est élevée; il faut, au contraire, en remercier Dieu comme d'une faveur gratuite, et faire un bon usage de cette élévation, en la faisant servir au profit de ceux- que la fortune n'a point également favorisés.

Enfin le centenier nous montre l'exemple de la maniéré dont il faut prier. Sa prière est animée parla foi et par la charité : non-seulement il croit que Jésus peut guérir son serviteur^ mais il croit encore que Jésus n'a pas besoin de venir chez lui pour opérer cette guérison. Il croit que par un seul acte de sa volonté , sans voir le malade , sans le toucher , il peut lui rendre l'usage de ses mem^ bres, et à cette foi vive il joint rhuniilité. Non-

Il8 IHSTBVCTI09S «UR UE8 BPITBES

èerner. Est-ee ie bien qu*oa leur pvopoie ? sont^ce des choses sages qn*oii leur eonseille P n'y flatte-t-^n point quelques passions ou un penckant connu 9 Ose-t-on n'être pas toujoun de leur avis et prendre un air sérieux quand , avec^ des personnes à qui on doit moins de respect , on poun^îl hasar* der un reproche ? Alors on peut croire rattachement véritable , et donner sa con6ance : < Prenez conseil du sage » , disait Tobie à sou fils ^ quand il croyait lui donner ses dernières instructions. Pour avoir tenu une conduite opposée, pour avoir plutôt écouté de jeunes imprudens que de images vieillards (i), Roboam perdit plus deis trois-quarts de son royaume ; et s'il était permis d^iter l'histoire profane dans un entretien dont la religion est l'objet , je ferais remarquer que c'est à un ariiî sévère , mais fidèle (2) 9 qu'un de nos meilleurs rois (5) est redevable d'avoir évité des fautes qui auraient souillé sa belle vie*

De quelque importance que soit l'esprit de jos-^ tice 9 il ne suffît pas au chrétien. La doctrine de Jésus a un fondement plus sublime, savoir l'amour du prochain recommandé dans l'Évangile presqu'à régal de l'amour de Dieu. Aussi , après avoir parlé de l'esprit de justice, l'Apôtre nous rappeÙe-t-il à cet amour qui veut que nous rendions au prochain non- seulement ce qui lui est dû , mais encore que nous fassions pour lui tout ce que nous voudrions qu'on fit pour nous. Ainsi il ne s'agit pas seule-

(1) m. de» Rois , XII. le. (3) Hetori IV.

(i) Le duc de Sully.

I ment d*éviter Finjustice , de ne point faire de tort

à son prochain, de ne blesser en rien ses intérêts , il laut eneÂre le bien servir^ lui rendre -tous les boas offices qui dépendent de nous , sans exami-

^ ner ht s'il nious veut du bien ^ ni s'il nous en fait', j ni même s'a nous fait du mal. Il faut lui pardonner dufondduçour tes torts qu'il peut avoir envers nôu^, et prouver que ce pardon est sincère en renéant le bien pour le mal. G*est sans doute la petCectIoâ de la vertu ; mais efn cela consisté la doctrine chrétienne. Et- n*avons-nous pas poormo'd^le Jésus lui-même^ qui a prié pour ses bourreaux et qui est mort pour les sauver? Doctrine Humaine ! combien vos maximes , comparées à celles' du ehristiïanisme, sont imparfaites! mais

^ c*el't que vous) avez des hommes pour auteurs , et cjne ràiîteur du christianisme est Dieu luinoéme.

SatntMàith., ch. VUI, r. aS.

Ëw ce tempf-Uj Jésus eotra dani une barque, «Stant accompagoé de ses disciples; et aussitôt it s'éleva sur la mer une si grande tempête, que la barque était coûTerte de flols ; et lu; œpendait dormait. Alors ses dtscip tes s'approchèrent de lui, •t l'ëvelUèrent .en lui disaat : Seîgoeur,. sauves -nous, nous périssons. Jësu» leur répondit : Pourquoi étes-voui ainsi timides , hommes de peu de foi F Et se levant en même temps , it commanda aux vents et ^ la mer de 9*apai9er,, et il se fit un grand calme. Alors ceux qui étaient prëséns' furent saisis d*é- I tonneikkent, et iU disaient |: Quel est celui»ci à qui les vents et U mer obéissent ?

IHoTiB cœur est une mer orageuse 06 il s'élève

120 IVSTBtCTIOirS 6VB LES É^tlBES

aussi des tempêtes : des passions tumultueuse» Tagîtent quelquefois , et s'en disputent Tçmpire. L'ambition , Pamour des créatures , la jalousie , la vengeance j semblables à des vents impétueux , en troublent la tranquillité, et y excitent de violens orages. C'est alors comme une m^r en courroux; et que fera une vertu frêle dans un danger aussi éminent ? qui la préservera des écueils ? qui la garantira du naufrage ? Ah ! du moins si nous faisions alors comme saint Pierre, si nous nous adressions à Dieu ^ si nous lui criions du fond du cœur : Seigneur, sauvez-nous; car nous périssons l Loin que notre peu de foi nous fût reproché comme aux disciples, loin qu'un Dieu bon et miséricordieux nous dît : Pourquoi êtes- vous si timides? il viendrait à notre secours ; il commanderait à nos sens soulevés; il en apaiserait l'agitation, et un calme parfait succéderait à la tempête. Pourquoi, dans la voie du salut, les naufrages sont-ils si fréquens ? C'est que nous ne les prévenons point. Le Seigneur ne dort pas pour nous ; nous n'aurions pas besoin de l'éveiller , il est toujours prêt à nous entendre , toujours prêt à nous secourir , toujours prêt à nous sauver. Demandons-lui le calme de l'âme; ce calme en est la santé. C'est par lui que toutes nos facultés sont rétablies dans leur équilibre. Il repose notre imagination , et la contient dans de justes bornes. Il dissipe les ténèbres qui offusquaient la pénétration de notre entende ment , et l'empêchaient de voir les objets dans leur véritable jour. Il rend à notre volonté toute

BT IMS ivAH^lLBS» 1^1

son énergie pour vouloir et-iaire le bien. Il nous donne la paix intérieure » à laquelle nul autre avantage, nulle autre jouissance ne peuvent être comparés.

Ames agitées 9 quelle que soit, la cause de votre mal , ^adressez- vous donc & Dieu; c^est là qu'est le repos; c'est Dieu, et Dieu seul qui guérit les plaies du cœur ; c'est en lui que les malheureux, trouvent un consolateur; ceux qui sent, affligés des maux du corps , un médecin ; le découragement ., le retour à Tespoir; la faiblesse^ un soutien ; toutes les souffrances , un remède efficace et pronipt. Dieu, tout grand qu'il est, quand on a recours à lui , veut bien devenir l'ami de sa créature , toute petite 5\ toute imparfaite qu'elle soit ; et « si notre amour propre , dit une dame célèbre (*) , exempte elle-même des miracles de la grâce , nous fait trouver du plaisir à parler de nos peines avec des amis impuissans et qui ne peuvent que les écouter , combien n'en sentirions-nous pas davantage d'^n parler à Dieu, qui peut,, quand il lui plaît, les sou-n lager, et qui est quelquefois- plus touché de Voit» une âme humiliée dans sa misère que de toutes' les hautes pratiques de vertu dont on se glorifie I »

N'en doutons pas , et oroyons-en l'expérience de, cette pieuse dame, qui expia par trente-six aasi de pénitence les faiblesses de quelques inomen^.'

Si nous nous adressions à Dieu avec cette ferveur

et cette humilité , nous en obtiendrions dans nos

(•) Madame la UoelMase de La Valliére , Réflexions sur la n^iséricorde, de Dieu (réflex. 19)

>»9 iNgTBueilOM mm um Mtbbs

peines de sifpuiwaAteftcoiMor«itteiKi«q«'À V^ewemfè^ éa teva, qui Tirent 5éêu% apûîser Ift tempête y oeu8 ncms écri^rioas : Oui) mon Dtou, n<m-fie«ito<^ ment les vents et la mer vous obéissent , amôs le» mouvemens désordonnés de notre âme, mais ees loudses qui y grondent et que le feu des passion» y allume , mais eee agitations^ semblables à oeHe» dTune mer en furent, qui la (ourmeattent quelque^ Mê f oéderaient à l'influence de votre grâce , à une seule de vos paroles toutes-puissantes, et cette parole, vous la prononcerez quand nous le désirerons sincèrement.

POVB^

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