POUR LE DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME
ÉPITRE
Saint Pault IJ. aux Covinth., ch, XI , v. 19. XII , v. i. \
JVIb» ffèrcB, étant sdges comme vous êtes, vous souffrez sans peine UtfimpriMiens ^ von» souffirea même qa'on vOu8 aBservi^se \ qo'oo TOUS mange, qu'on yous prenne votre bien, qu'on s'élève flUT vous , qu'on vous frappe au visage* C'est à ma confusion que je le dis , puisque nous passons pour avoir été trop fotbles en oc point. Mais, puisqu'il y en a qui sont hardis li perler d'eux-mêmes, ]e veux bien faire une imprudence en
(*) Ce père dit en parlant du bon ne désespérez point. Mais il n'en e^ larron converti sur la croix, et au qu'un; ne présumes pas. Unus est, moment de monrir, il en es^ mn; ne deaperes : unus est, nceonjukw.
i4d iirsimvGtidirs Airi iéâ ii^iTBES
nM rendant aani hardi qu'edt. SodMIé Kèbi^t f je le Ak aussi. Soot-ils Israélites Y )e le suit adni^ 8dDtiIt ée !■ itee d'Abraham F j'en suis aussi. Soat-ils ministres de J4sua-Glurist? quand je devrais passer pourna imprudent vj'ose dire que je le suis encore pTus qu'eux : j'ai plu8 souifert de travaux « plus reçu de coàps , plu4 enduré de prisons : je me suis souvent' vu tout près de la mort : l'ai reçu des luifs, cinq difi^redtës fois, trente-neuf couptf de fouet :^'aî été battu df verges par trois fois : j'ai été lapidé une fois : j'ai fait naufrage trois fob : j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer : j'ai été aou- ▼tfnt dans left voysgès » dans les périls sur les fleuves , dans les périls des Voleurs, dans leà périls de la pftkt de ceux dé fna nation , dans les périk de la part des paîeds » dans* le» péril» au milieu des villes, dans les périls an milieu dfea désert», dans les périls sur la mer, dans les périls antre les faux frèrcM : j'ai souffert toutes sortes de travaux et de fatigues, les veilles fréquentes, la faim, la soif, les jeûnes réitéréâ , le froid et h nudité. Outre ces matiz eitérieurs, lé soin que j'ai de toutes les églises attire sur moi une foule d'aSkifes qur m'assiègent tous les jours. Qui est faible sans que je m'aSaibliitse avec lui? Qui est scandalisé sans que je brûle F Que s'il faut se glorifier de quelque chose , je me glorifierai de mes peines et de mes souffrances. Dieu, qui est le père de notre Seigneur lésos» Christ, et qui est béni dans tous les siècles, sait que je ne mens point. Etant à Damas , celui qui était gouverneur de la province pour te roi Arétas , faisait faire garde dans la ville pour m'arrêter prisonnier; mais on me descendit dans une corbeiHe , par une fenêtre , le long de la muraille ,.et jeosesaorai de ses mains. S'il faut se glorifier, quoiqu'il ne soit pas avàslàgcitz de le faire , je viendrai maintenant jusqu'aux visions et attz révélations du Seigneur. Je connais un homme en JésnS'* Christ qui fut ravi il y a quatorze ans : si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais. Dieu le sait; qui fut ravi, dis*}^, au troisième ciel; et je sais que cet homme »vsi ce fut «veeton corps ou sans son corps, je n'en sais ^ien, Dieu le sait; que cet homme , dis^je , flit ravi dâtis le paradis, et qu'il y entendit des paroles ineffables qu'il n'ert pa» permis à vn homme
de rappoMer. J« fromni» mr glorifie» en i^rUst d'us tel hâmoM; maû, ppur moi, je a» tcux me glorifier qae dans mes faiblesses et dans mes afflictions. Que si je Toulaîs me glorifier , je pourrais le faire sans être imprudent, ear je dirais la térité; mais Je me retietfd, de peur tfùe qttelqn\in ife iti^eir« time au-d^Mtts de ee qu'il t^ir en moi , otf de^ oe qall entéod dire de moi. Aussi ^ de'peur ^ue la grandeur de nies révélatiofife ne me eausât de relèvement , Diea a permis qae je ressentisse dans ma chair un aiguiUon , qui est Taugc et le ministre de Satan , pour me donner des souMcts. C'est pourquoi j'ai prié trois Tois le Seigneur afin que cet ange de Satan se retirât de moi , et il m'a répondu : ISâ grâce tons sù£Bt, cal* ma pUiMatttie se foft plus paraître dans lafiiibleme. Je prendiaî d«mc ^plmpk à me glorifier dan» mes faiblesses, afin que la puissance de Jésus-Christ habite dans moi.
Quoique rhumiltté soit uoé des piili)cipale9 vciw ti»" chrétiennes 9 il est pourtant quelquefois utile 9 il est même nécessaire de parler de soi avantageusement quand Us aoin de sa réputation l'exige V on qu'il peut eu résulter qu^ue utilité puUique ou particulière. Personne n'était plus hunoJble que saint Paul. Slals de faux ikicteurs s'étaibt>t inik'Oduits dans régUte de Corinthe ; Ils oberchaiènl à y faire prévaloir une deetrine nouvelte. L?Apiàtl*e crut de son^ devoir de ne pas laisser discrééiSSr son ministère. C'est dans cette viie' qu'il se. dé^ cida à relever 5 soit les avantages de sa naissanee^ soit le mérite de ses souffranses é^ de ses ttavaus^ soit l'exoeUence- de son apostolat 9 soit enfin les grâces qu'ils a reçues dé Dteu; Ce a'esl pas sans doute pour se faire valoir Iui«*mltese ^ & pour s'attirer Testime des hommes, ce n'est que malgré lui
l44 INSTBUGTIOirS 8VR LES ÉpÎTRES
et avec regret qu'il parle des services et des titres qu^il a à la considération des fidèles. -Quoique la nécessité où il se trouve d'en parler, soit une excuse bien suffisante 9 il ne se croit pas néanmoim tout-à-fait exempt d'imprudence et de hardiesse. Ce n'est donc jamais qu'avec une sorte de répugnance et beaucoup de circonspection qu'il faut parler de soi. Il se rencontre néanmoins des occasions dans la vie où l'on est forcé de le faire. On est attaqué par des détracteurs : faut-il souffrir leur mensonge 9 et abandonner le soin de son honneur? Le sage a dit : Ayez soin de vous faire une bonne renommée; car ce vous sera un bien plus durable que mille trésors grands et précieux (i). Ou est donc obligé de soigner et de conserver cette bonne renommée , et par conséquent de repousser la calomnie 9 en faisant soi-même sa propre apologie, si on ne peut démasquer autranent la méchanceté ; et l'exemple de saint Paul autorise cette conduite.
Mais s'il est permisydans certaines circonstances, de se louer soi*mème, il y a pourtant des règles à observer : 1* il ne faut point le faire sans une indispensable nécessité. Hors ee cas, on ne serait point exempt de l'imputation de jactance. 2* On ne doit dire de soi que le bien qui est exactement vrai ; il convient même d'adoucir par certaines restrictions modestes ce que la nécessité où l'on est de fahre son propre éloge peut avoir de choquant. 5"* On doit rapporter à Dieu tous les avan-
(i) Ecd., XU. x5.
BT lES EVAI7GILE8. l^S
tages qu^on est obligé de mettre en avant pour sa justification , et les regarder , non comme des choses qui soient personnelles, mais comme des grâces qu'on. a reçues de Dieu, reconnaissant que sans lui on n*est rien, et on ne peut rien. 4" A Fexemple de saint Paul , on doit chercher en soi un contre-poids à Torgueil, que ne manquerait pas dMnspirer la haute idée que Ton concevrait de soi-même; et ce contre-poids ne sera pas difficile à trouver. Toutes les fois que nous descendrons dans notre cœur pour y faire l'examen de ce que nous sommes et de ce que nous valons , et que nous voudrons nous faire iustîce, nous y découvrirons toujours assez de faiblesse, assez d'imperfections pour n*étre pas trop vains de notre mérite ; et si saint Paul ^ qui avait vieilli dans les travaux apostoliques et dans la pratique de la pénitence , trouvait en lui des sujets d'humiliation , comment nous manqueraient- ils à nous, chrétiens d'un jour,, mal armés contre les tentations, si insoucians de notre salut , et dont le zèle est si faible pour le service de Dieu ?
ÉVAI9GILE.
Saint Luc ^ cliap. VUI» v. 4.
JciH ce tempfl-Ià, le peuple s'assemblant en foule, et se preitant de sortir des villes pour venir vers Jésus, il leur dit en parabole : Celui qui àème eilt aller semer son grain, et une partie de la semence qall semait est tombée le long du cbemin , ou elle a été foulée aux pieds , et les oiseaux du ciel l'ont mangée ; une autre partie est tombée sur des pierres, et ayant leré, elle s'est séché e, parce qu'elle n'avait point d'humid- '
l46 IMSTRVGXIOKS SVK lEé EfIxRBS
une autre est tombée au milieu des épines , et les épiaesy<»oissant avec la semence, Tout <:touffëe; une autre pariie éstlombëe dans de bonne terre, et, ayant levé, elle a porté du fruit, et a rendu cent pour un. En disant ceci, il criait : Que celuilà entende, qui a des oreilles pour entendre. Ses disciples lui demandèrent ce ^ue TOttUit dire cette parabole , etilleur-dit : Pour vous , il TOUS a été donné de connaître les •myslèves ^du royaume de Dieu ; mais pour les autres., il ne leur est proposé qu'en paraboles, afin qu'en vojant ils ne voient point, et qu'en écoutant ils qe comprennent point. Voici donc ce que veut dire cette parabole : La semence, c'est la parole de Oieu. Ge«i qui aont mDarqvés par ce qui tombe lé long du «hemin , font ceux qui écoutent la -pan^; mats le dif bit vient lenflQile , qui enlève cette parole de leur cœqr de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés. Ceux qui sont marqués par celle qui tombe sur les pierres, sont ceux qui, écoutant la parole, la reçois Teot avee joie ; mais ils n'ont point de racines : ils croient pour un temps, et au temps de la -tentation iUae retirent. Gelk; qni tombe dans les épines marque cpqx q«i éoootenit là parole « mais en qui elle est ensuite étPUiffée par les inquiétudes^ par les richesses et par les plaisirs de la vie ; de sorte qu'ils ne portent pbint de fruit. Enfin ce qui tombe dans la bonne terre marque ceux qui, ayant écouté la parois avec un cœur bon et sincère, la vetiennent'et-Ia conservent j et portent an fruit par la patience.
^ La. parabole qui fait le sujet de cet évangile est connue sous le nom de parabole de la semence. Sous rimage allégoriqiie'd'un laboureur qui ya semer son grain , Jésus-Christ désigne ceux qu*U 4 chargés d'instruire les peuples, et de pr^her sa parole , qui est le véritable grain sipirituel , parce qu'il est destiné à nourrir nos âmes en les pé-^ pétrant des vérités qu'il nous est nécessaire de conpaître , et des préceptes que nous devpns obser^r.
La semence du ftaiMHiieur de rÉvaQgUe ne pro^. duit pas toute da fruit ; il s'en perd une partie dans le cliemin. Elle est bientôt enlevée par les oiseaux. Une autre partie tombe sur des pierttes. Elle y manque d*humidité, et ne peut y prendre racine. Une troisième partie est confiée à une terre mal dé&iobée, et eouvertse de ronces et d^épines. Elle lève nralçré les obstacles ^*elle rencontre ; maM à peine commence^t-élle à se développer qae les épines l'étouffent. Il n^ a donc qne la semence senaée dans la bonne terre qui^ après avoir germé, y croisse » parvienne à une parfaite maturité , et porte son fruit; enoope feut-ii qu'elle ait été bien pr^arée, ^ue la saison ait été favorable , et que des phiies salutaires aient arrosé quelquefois le cbansp auquel on Fa confiée, ^ésus^hriiit a pris Inî-mèBae la peine d%iplîquer à ses disciples le sens de cette parabole. La semence 9 dit-ii, est la parole divine ; le cceur de Thomme e^ le cban^ dans lequel on la sème ; mais il y a des eœors lé^ gers qiA*«Q lian distrait, qui ne savent s*oceuper lon|;->temps d'un ob^t ,}et pour qui o^esit one sorte de besoin de passer de Ihm à loutre. Il y a des cœurs endurcis 9 soit naturellement , parce qa!iis sont moins portés au bien: soit par liâbitudey parce que de bonne benre ils se sont raidis contre les averUssemcns , on parce «qu'en n'a pas- eu soin de leapiÂer à «m jeiug aalutaine. U. y a des cœurs^enfin où on a liltesé croître les éj^'nes et les ronces des passions busaaiaeSi de sorte quMls^a sont malMêéê 9 et qne y ces passions ft'iétan t foi^tiOées f elles «srt
l4B INSTfiVCnOKS SVB £ES ÉpÎ^I^S
pris un ascendant auquel ce n*e8t qu'avec beaucoup de peine et de difficulté qu'on peut se soustraire. Enfin il y a des cœurs dociles et amis du bien qui. n'ont point de répugnance à se laisser conduire.
Si la parole de Dieu, et on peut en dire autant de toute instruction , tombe dans un cœur léger^ elle y est reçue, mais elle n'en efHeurequela superficie. £lle n'y fait aucXme impression profonde. La bonne graine , emportée par le vent de la dissipation ^ n*a pas le temps d'y germer. Un cœur endurci et peu flexible ue s'ouvre point à la voix de l'instruction; il la repousse même ; il ne vent être xi convaincu ni persuadé. Il est clair qu'apssi |ong-temps que le cœur sera dans cette situation, il n'y. a rien à espérer. Le cœur qui s'est laissé entraîner par les passions , mais qui n'est point toutà-fait cori^ippu , reçoit l'instruction. Il écoute ; quelquefois même il est touché ; mais aussi longtemps que l'influence des passions ne sera point affaiblie , les premiers germes de l'instruction n'acquerront pas. assez d« force. Ils sont étouffés presque dès les premiers momens de leur développement.
C'est donc à lious à nous étudier et à bien reconnaître nos dispositions. De même qu'un laboureur travaille sa terre avant d'y répandre la semence, lui donne du corps, si elle est trop légère, la divise, si elle est trop compacte, et la pui^e d^ épines et des mauvaises herbes, si elles y ont crà ; de mêmelë cV^tien dait travailler , et préparer son coBur, soit
ET LSS éVÀNGlIBS. . l^Q
en le fixant, s'il a des penchans à la-frivolité ; en ramollissant, s'il n'est point assez flexible; et en dominant les passions, si elles y ont crû; alors il sera préparé convenablement pour r€ce\oîr la semence de la divine parole. Elle y germera , elle y croîtra, et elle y fructifiera au centuple, fécondée par la rosée de la grâce de Dieu*