‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructions (volume 2)Chapitre 20 sur 43 · LE DIMANCHE DE LA Q13INQUAGÉS1ME · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DE LA Q13INQUAGÉS1ME

ÉPITRE

Saint Paul aux Corinth.^ I. ép. , ch. XIII, v. t.

jM-bs frères» quand je parlerais le langagede tous les hommes et des anges même» si je n'avais point la charité, je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante; et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères > et que j'aurais une parfaite science de toutes choses» et quand j'aurais toute la foi possible et capable de transporter les montagnes , si je n'aTais point la charité , je ne serais rien; et quand j'aurais distribué tout m>}n bien pour nourrir les pau* ▼resy et que j'aurais livré mon corps pour être brûlé , si je n'avais point la charité, tout cela ne me servirait de rien. La charité est patiente , elle est douce et bienfaisante ; la charité n'est point envieuse, elle n'est point téméraire et précipitée; elle ne s'enfle point d'orgueil, elle n'est point ambitieuse, elle ne cherche point ses propres iniérèts , elle ne se pique et ne s'aigrit point, elle n'a point de mauvais soupçons, ^Hq ne se réjouit point de l'injustice; mais elle se réjouit de la vérité ; elle tolère tout, elle s'^uCPre toyt; la charité ne finira jamais. Les prophéties s'anéantiront > les langues cesseront, et la science sera abolie : car ce que nous avons maintenant de science et

l50 IVSTAUCTtœrd 617A les BPiTBES

de prophëtie est trèt-împ»rfait : nais, jbnqne noas «erons ^i l'état parfait, tout ce qui e»t imparfait sera aboli. Quand -j'étais enfant, je jugeais en enfant, je parlais en enfant, je raisonnais en enfant ; mais, lorsque je suis devenu homme, je me suis défait de tout ce qui tenait dcTeofant. Nous ne voyons manstenanl que comme en un miroÎT et en des énigmes : mais alors BQus verroBs Dieu face à face, ie ne connais maistenanl Dieu qu'imparfiiitement : mais alors je le connaîtrai comme je suis moi-même connu de lui. Ors ces trois vertus , la foi , Tespërance et la charité , demeurent ; mais la cbadtd est la. plus excellente des trois.

L*àp6tae nous apprend dans cette épttre que la charité est d^une nécessité si absolue , que rien ne la supplée. Parlez le langage le plus sublime , soyez versé dans les plus hautes sciences ^ rassemblez tous les talens , entourez- vous de la plus brillante réputation 5 qu'êtes- vous alors^ si vous n'avez pas la charité? L'Apôtre vous l'apprend ce que vous êtes. Vous n'êtes, dit-il, qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante , c'est-à-dire que vous res* semblez au vain bruit qui sort d'une trom^tte , et qui s'est à peine fait entendre quMl s'évanoeit d*ns les airs.

La foi même , la foî la plus vive, celle qui serait assez puissante pour transporter des montagnes, le pouvoir défaire des miracles, si Dieu l'accordait, ne seraient rien sans la charité. L'aumêne , si agréable à {Heu, et dont le pouvoir est tel, selon l'expression de l'Écriture sainte , qu'elle efface les péchés et délivre de la mort (i) ; l'aumône, qui ne serait pas accoin(|agnée de la charité , c'est-

(i) Tob..lV. II.

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fer LES ÉVAKGILES.

à-dire qui serait sans un vif amour de Dit

^ au prochain y lio serait d'^aucuu mérite poi

'^ salut. *

Maïs si la charité ne peut jamais être supp) elle supplée tout. Aimez Dieu comme il doit Ti aimez le prochain comme Dieu veut qu*il

:2 aimé 5 c'est-à-dire à cause de Dieu et pour amour, et vous serez bientôt dans la voie c perfection. Ce double amour , qui n^en fc qu*un , V0Q6 tiendra lieu de science. On sait ce qu*îl faut Sgvoir quand on sait aimer I parce qu'aimer Dieu, c'est connaître et reu ses devoirs , et que la charité mène à sa suite te

^ hfs autres vertus. Jésus-Christ lui-même l'a ' Aimer Dieu et son prochain , c'est la loi et les

,1 phètes (i).

j Quand on a laeharité, on a tout : on est patî

, on supporte les peines de la vie > les torts autres, leurs défauts et ses propres dégoûts.

Quand on a la charité , on est bon et biei sant ; on fart tout le bien qu'on peut ; on che l'occasion d'en faire ; on n'est point content q ne l*ait trouvée , et cpi'on n'en ait profité.

Quand on a la charité, on n'est ni orgueil ni envieux. £lle nous apprend que tout nous ^ de Dieu , que nous ne pouvons rien sans lu que c'est à lui qu'on doit tout rapporter. De donc s'enorgueillirait-on ? Loin d'envier que chose à son procbaio , celui qui a la charit souhaite toute sorte de biens ; il prévient sa

(0 Matlb. vu. 13.

l52 INSTAVGTIONS SVB LES ÉPÎTRBS

soins 9 s*il en a ; il va au-devant de ses désirs ; il fait pour autrui ce qu'il voudrait qu'on fit pour lui.

Celui qui a la charité nVst point téméraire , et ne forme point de jugement précipité. Il agit avec sagesse et circonspection. Ses actions sont, toujours dans une juste mesure , parce qu'il n'a d'autre vue que de plaire à Dieu ^ et que l'amour de Dieu est le grand principe de ses démarches.

La charité bannit du cœur de celui qui la possède toute aigreur et tout ressentiment. Rien ne lui déplaît que l'injustice. C'est le vice qu'il hait, et non pas l'homme. 11 le plaint au contraire; il souhaite qu'il se corrige ; il contribue autant quUl le peut à le rendre meilleur.

Telle est donc la charité parfaite. Mais habitet-elle sur la terre ? est-elle compatible avec pos imperfections et nos iaiblesses ? nous devons du moins tacher d'approcher de ce beau modèle , et aimer Dieu de toutes nos forces. Mais on ne l'aimera comme il mérite d'être aimé que dans le ciel, parce qu'alors on le connaîtra parfaitement^ et qu'on le verra tel qu'il est , c'est-à-dire comme l'assemblage de toutes les perfections et la source de toute amabilité.

ÉVANGILE

Saint Luc, ch. XVIII, v. 3i.

|li R ce temps-là , Jésus ayant pris à part les douze ap4lr$s , leur dit : Enfin nous nous en allons à Jérusalem , et tout ce qui a été écrit par les prophètes touchant le fils de Thomme

ET LSS évÀNGILES. l55

y sera accompli : car il sera livré aux gentils, il sera moqué» il sera outragé, on lui crachera au vidage, et après qu'iis l'auront fouetté , ils le feront mourir , et il ressuscitera le troisième jour. Maïs ils ne comprirent rien en tout ceci ; ce discours leur était caché; ils n'entendaient point ce qu'il leur disait. Lorsqu'il était près de Jéricho, un aveugle se trouva assis le long du chemin , qui demandait l'aumône ; et entendant le bruit du peuple qui passait en foule, il s'enquit de ce que c'était : on lui répondit que c'était Jésus de Nazareth qui passait par là. En même temps il se mit à crier : Jésus , fils de David , ayez pitié de moi. Et ceux qui allaient devant le reprenaient, et lui disaient qu'il se tût, mais il criait encore beaucoup plus fort : Fib de David , ajez pitié de moi. .\lors Jésus s'arrêta , et commanda qu'on le lui amenAt. Et comme il se fut approché, il lui demanda : Que voulez vous que je vous fasse f L'aveugle répondit : Seigneur,* faites que je voie. Jésus lui dit : Yoyez , votre foi vous a sauvé. 11 vit au même instant , et il le suivait rendant gloire à Dieu. Ce que tout le peuple ayant vu , il en loua Dieu.

O N appelle science de îa croix la connaissance de tout ce qu*a souffert notre Sauveur, et la conviction de la nécessité de nous conformer à ce divin modèle pour retirer du fruit de sa mort et de sa passion. Ainsi la science de la croix est aussi la science du salut. C'est à la science de la croix que Jésus voulait initier ses disciples avant de partir pour Jérusalem. 11 voulait qu*ils sussent que , conformément à ce qui avait été prédit par les prophètes , il devait être outragé , frappé , mis à mort sur la croix ^ et ensuite ressusciter : mais les disciples n^étaiént pas encore assez préparés à cette doctrine. Ils ne comprirent p^ ce que Jésus voulait leur dire, et ne Fentendircnt parfaitement

l54 IlfSTBUCTIOAS Sl'R LES ÉptlikES

qu^après ayolr reçu le Saint -Esprît. Nous ne la comprenons guère non pius cette science pourtant si nécessaire, oup]u(6t, nous ne voulons point la comprendre , ni la mettre en pratique , quoiqu'elle fasse le sujet de toutes les instructions que nous recevons, et de toutes les lectures pieuses que nous pourrions faire. Nous ne voulons pxas la comprendre , parce qu'elle exige de noua le saeri« fice de nos passions et de nos aises , et que oon» aimons mieux vivre pour nous que pour Dieu.

Essayons néanmoins d*en donner une légère idée 9 et voyons en quoi elle consiste.

Jésus><^ Christ a reçu des outrages , et il les a supportés avec patience. Apprenons de lui à souffrir les injustices , à nous résigner .aux humiliations, à les offrir à Dieu en esprit de pénitence pour nos péchés. Le serviteur est- il donc audessus du maître (i)? et ce que Jésus- Christ a souffert, croyons -nous n'être pas obligés de le souffrir ?

Jésu^-Chnst a été frappé , et il a prié pour ses bourreaux. Il veut donc que nous priions pour ceux qui nous tourmentent et qui nous persécutent. 11 vetit que nous évitions la vengeance , et que nous nous formions à la patience chrétienne. Aucune vertu n'est plus utile. Le mal qu'on sait supporler âiminue de moitié ; au Heu qu'il se double par l'impatience ; et quand on supporte le niai pour Dieu , il se change en consolation et devient une source de méril(*s.

(0 Luc, VL4a.

ET tBS ÉVANÔILBÉI. l55

Imitons aussi Taveugle dont il est parlé dans le même évangile. Ne sommes-nous pas tous , pendant cette vie/ de pauvres aveugles qui ne savons où nous sommes et où nous allons , et qui ne portons ici -bas que des pas incertains? Cet aveugle entend dire que Jésus passe , et il lui crie : « Ayez pitié de moi. » Nous n*avons pas besoin que le hasard noua mette , comme Ta veugle , sur le pansage de Jésus. La foi nous apprend qu'il est chaque jour présent sur nos autels ; crions lui avec la foi de Taveugle : « Ayez pitié de nous. •

Jésus s*arréte et commande qu^on lui amène Taveugle. Hélas! ne fait^O pas davantage pour nous ? ne nous appelle-t-il pas tons les jours à lui ? de même que Jésus demande à Taveugle ce qu'il veut , il nous permet de lui demander ce que nous voulons : « Faites que je voie , Seigneur, lui dit l'aveugle. » Disons aussi : « Faites , Seigneur , que nous voyons. » Dessillez-nous les yeux , afin que nous connaissions nos devoirs ^t que nous les aimions y que nous connaissions lès dangers des passions pour les évitei; , que nous distinguions les sentiers du salut pour les suivre. Demandons tout cela avec tant de ferveur, que Jésus puisse nous répondre comme à l'aveugle : « Voyez » ; et qu'il puisse ajottter : « Votre foi vous a sauvés. »

li)6 IRSTaVGTlQlffS SUA LES ÉPÎTRES

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