‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructions (volume 2)Chapitre 21 sur 43 · POUR LE P' DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE P' DIMANCHE DE CARÊME

ÉPITUE.

* Saint Paul, /. Corinth,^ cb. VI, v. t.

JVLbs frères, nous tous exhortons de vous conduire de telle sorte , que voua n'ayez pas reçu en vain la grâce de Dieu. Car il est dit dans l'Écriture : Je vous ai exaucé au temps favorable , et je vous ai aidé au jour du salut. Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut; et nous , prenons garde aussi nous-mêmes de ne donner en quoi que ce soit aucun sujet de scandale , &fin que notre ministère ne soit point déshonoré ; mais qu'agissant comme de fidèles ministres de Dieu , nous nous rendions recommandabics en toutes choses par une grande patience dans les maux , dans les nécessités pressantes , dans les extrême» afflictions, dans les plaies, dans les primions, dans les séditions, dans les travaux « dans les veilles , dans les jeûnes ; par la pureté , par la science , par une douceur persévérante, par la bonté, par les fruits du Saint- Esprit, par une cbarité sincère, par la parole de vérité , par la force de Dieu , par les armes de la justice , pour combattre à droite tt à gauche, parmi rhoqneor et l'ignominie, parmi la mauvaise et la bonne réputation; comme des séducteurs, quoique Mincéres et véritables ; comme inconnus , quoique très-connus; comme toujours mourant, et vivant néanmoins; comme châtiés, mais non jusqu'à être tués; comme tristes, et toujours dans la joie; comme pauvres, et enrichissant plusieurs ; comme n'ayant rien , et possédant tout.

On peut, on doit même tous les jours travailler à sa sanctiRcatioD , c*est-à-dire à devenir meilleur devant Dieu. Il n'y a donc pas de jour qui , pour le chrétien 5 ne puisse être un jour de salut, parce qu'il n'y en a pas où il ne puisse se livrer à la pratique

ET LES EVANGILES.. l5y

des bonnes œuvres , et coopérer à la grâce qui le sollicite et Taîde à bien faire. Il est néanmoins des temps où TEgllse a voulu que le fidèle redoublât d'efforts , et réparât par un zèle plus vif la tiédeur à laquelle la faiblesse de notre nature fait que nous nous livrons trop souvent. Le temps du Carême y par exemple , est plus particulièrement consacré à la pénitence : aussi l'Eglise a-t-elle soin d'exhorter les fidèles à en profiter pour se ranimer dans la foi ; et elle leur offre pour cela tous les secours nécessaires. Pendant le Carême les instructions sont plus fréquentes. L'Église a voulu, en l'instituant, que les pasteurs s'appliquassent avec plus de soin* eucote à rappeler dans l'âme de ceux qui leur sont soumis qu'ils sont tous pécheurs 9 et que le péché ne se rachète que par la pénitence. Elle veut que les pécheurs jeûnent et se mortifient , c'est-à-dire que , par des privations volontaires , soit dans le manger , soit dans le boire, soit dans les commodités et les plaisirs de la vie , ils affligent leur corps pour sauver leur âme. Les commaridemens de l'Église ordonnent le jeûne pendant le Carême et à certains jours de l'année, et c'est une loi aussi ancienne que le christianisme.

Le jeûne n'est pas particulier à la loi nouvelle; il en est parlé dans le livre des Nombres du temps de Moïse (i); et Moïse lui-même donne le premier exemple du jeûne de quarante jours , imité ensuite par Élie (2), et que le Sauveur voulut

i) S»m. , XXX. t4. (a) IIL dci RoU, XIX. 8.

i58 iNsxniJcrioKs sut iss épItiics

bien lui-même consacrer par son exemple (i)« Il en est parlé plusieurs fois dans le livre des Rois , et il n'y a presque point de livre de l'Écriture où il n'en soit question. Josaphat, se voyant pressé par ses ennemis ^ ordonna un jeûne pour se rendre Dieu propice. Tobie dit que le jeûne avec la prière est salutaire ('2). Juditb et Esther se préparent par le jeûne aux grandes entreprises qui devaient délivrer leurs peuples (5). Les Ninivites échappèrent à la destruction qui les menaçait , par le jeûne ^ et en faisant pénitence (4)* Mais un jeûne plus nécessaire f et que rÉglise, cette bonne mère à qui nos intérêts sont si chers, ne cesse de nous recoinmander^ c'est de nous abstenir du péché) c'est de veiller sur nous-mêmes avec plus de soin, c'est de travailler à affaiblir, à détruire, s'il se peut, nos penchans vicieux, et de ne cesser de les combattre jusqu'à ce que nous ayons obtenu cette victoire. Sommes-nous portés à l'orgueil , à la hauteur, au mépris d'autrui, réprimons en nous ces sentimens trop élevés de nous-mêmes , songeons à nos défauts, à nos faiblesses* Pour noi^^uérir, abaissons -nous, ex;citons-nous à des actions qui nous humilient, et méditons souvent cette belle maxime do Fauteur de Y Imitation : « INe faire aucun cas de soi-même , et avoir toujours' des autres des sentimens favorables et avantageux , c'est une grande sagesse et une grande perfection (5). »

(») Luc. IV, a. (4) Jouas , lU. 7.

(o) Tobie , XII. 8. (5) Liv. I, cb. II. 4,

(3) Judith, IV. 8. VI, ao. — F^ Ibcr , XIV. 2.

Et lES éVANGILES* l5^

£st-ce à la vivacité, à l'emportement , à i'amour de l'indépendaDce que nous sommes portés j faisons tous nos efforts pour nous contenir ; opposons à ce penchant le calme ; faisons-nous une habitude de la douceur ; forçons notre caractère à prendre une autre direction par des actes réitérés de complaisance et de souim&sion* Bientôt ils nous devieadrcMkt familiers 5 et ne nous coûteront plus. Un jeume coursier ne s'acco«tume-t-il pas au frein ? et aurions-nous moins de pouvoir sur nous-mêmes , nous à qui Dieu a accordé la raison , que les animaux auxquels Dieu l'a refusée? J'en dirai autant de la néglif;etice à remplir ses devoirs 5 de la disposition à perdre du temps , de l'amour de la dissipation et de tous nos autres défauts. Tout cela peut se corriger dès que nous le voulons , et jeûner de ses délauts, c'est-à-dire s'abstenir des fautes auxquels ils nous portent, c*e9l un feùne qui nous est très-salutaire et fort agréable à Dieu. Ajoutons qu'au jeûne il faut joindre les bonnes œuvres. Jeûner n'est pas seulement se priver. En vain on jeûnerait , en vain , dit Isaïe » on prendrait le sac et la cendre, ce jeûne, cette pénitence, ne sont pas le jeûne et la pénitence agréables à Dieu ; mais partagez votre pain avec celui qui a faim , accueilles les pauvres, vêtez ceux qui' sont nus; alors vous jeûnerez véritablement , et votre jeûne sera agréable à Dieu (i).

CO Uaïe , LVm. 5.

l6o inSTEUCTIONS SUB LES ipiT&Bf

ÉVA196ILE

Saint MaWdeUj ch. IV^ v. j.

lin ce temps-là , Jésus fut conduit par l'esprit dans le désert pour y être tenté par le diable; et ayant jeûné quarante jours et quarante nultg , il eut faim ensuite ; et le tentateur, s*approchant de lui , lui dit : Si tous êtes le fils de Dieu , commandez que ces pierres deviennent des pains. Mais Jésus kii répondit : Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement de pain» mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le diable alors le transporta dans la ville sainte , et le mettant sur le haut du temple, lui dit : Si vous êtes le fils de Dieu, jetez-vous en bas ; car il est écrit : Il ordonnera à ses anges d'avoir soin de vous, et ils vous soutiendront de leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez le pied contre quelque pierre. Jésus lui répondit : Il est écrit aussi : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. Le diable le transporta encore sur une montagne fort haute, et lui montrant tous les royaumes du monde, et toute la pompe et la gloire qui les accompagnent , il lui dît : Je vous donnerai toutes ces choses, si, en vous prosternant devant moi, vous m'adorez. Mais Jésus lui répondis : Retiretoi, Satan \ car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et vous ne servirez que lui seul. Alors le diable le laissa y et aussitôt les anges s'approchèrent, et ils le servaient.

La tentation est d'un si grand danger pour le salut, que le Sauveur a mis au nombre des demandes que nous devons lui faire chaque jour de ne pas permettra que nous soyons induits en tentation, et que nous lui demandons cet avantage comme une chose qui est aussi nécessaire à notre âme que le pain quotidien l'est à la nourriture de notre corps. La tentation est presque aussi ancienne que le monde. C'est à la suite de la tentation que

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nos premiers parens , qui n'y résistèrent point ^ perdirent leur innocence et tous les privilèges que Dieu y avait attachés. Il est quelquefois dit dans rJÉcrilure que Dieu tente.

Cet mot a besoin d'explication. Dieu qui hait le mal ue peut pas induire au mal. Dieu qui aime les hommes f ett|ui les a aimés jusqu'à envoyer son fils pour les racheter , ne leur tend certainement pas des pièges. Quand l'Écriture se sert de ce terme et l'applique à Dieu , tenter veut dire éprouver. C'est ainsi qu'il est dit dans la Genèse que Dieu tenta Abraham ( j). Cela signifie qu'il voulut éprouver sa foi et son obéissance ^ en lui commandant d'immoler son fils. Tenter pour porter au mal ne peut appartenir qu'à un esprit malfaisant.

Il y a trois sortes de tentations : l'une vient du déçaon , l'autre du^monde, et la troisième de nos propres penchans. L'Écriture uous enseigne que lo' d^moQ est le premier princijie destentations^et que cet ange de ténèbres , que le péché d'orgueil a fkit déchoir de sa première grandeur, jaloux de la glorieuse destination des hoomies, fait tous ses eflforts pour les entraîner daiis Pabime de perdition et leur faire partager le malheur et les souffrances auxquels lui-même est condamné. Il tourne conti-> nuellement autour de nous^ dit saint Pierre, pour trouver des victimes ; il est comme un lion rugis-» sant qui cherche sa proie pour la dévorer (2) ; c*est pourquoi , ajoute l'Apôtre , il faut lui résister avec l'arme de la foi et avec force. Si nous faisions

(i) Genu, XXIÏ. i. , (0 L ëp. de S. Pi«rr«, V. 8» •

15a iRSTROCTieiis svr mms étirus

bba atl€fttkm à ce qai se passe en nous^ noiM sen^ tirioRS .qu'il ft'ékève qaek|uefi>is dans notre cœnr certaines suggestions au mal ^ et comme une sorte de conseil intérieur qui nous porte à nous y livrer. Ces suggestions jont évidemment Touvrage de ipelqnè esprit ihéchant qui noiis tetite«

La seconde souree de là tenta tioti , c^est le monde< On entend par le monde » dans le langage spirituel ^ ceux qui vivi^t dans Tinsouciance de réiemité, qui s'abandonnent à leurs penchans corrompus , qui reohercbent les plaisirs, de quelque sorte qu'Os soient^ sans s'ensbarrasser S'ils sont défendus ; qui font de la dissipation leur unique occupation ; qui s'abandomient à des voluptés honteuses; qui regardent avec mépris la religion. £t tels sont mal-» heureusement les devoirs de la société, et la force de Tusage, qu'on est forcé de se trouver dans des compagnies oii l'on rencontre des personnes de cette sorte , et de vivre avec elles. On a donc con<-' stamment le mauvais exemple sous les jeux. Souvent ces personnes ne se contentent pas de faire le mal; elles vous y portent» 11 est bien difficile de résister à tant d'assauts, il n'y a qu'une extrèlue surveillance sur soi-même qui puisse en garantir.

Enfui nous avons encore pour ennemis et pour tentateurs nos propres penchans. Le premier péché a affaibli la raison et le courage de l'homme. 1:1 lui en est resié une inclination vers l^mal , con* tte laquelle il faut qu*il lutte. Si cette lutte s^éta^ blit dès 1q jeune âge, on a dompté son penchant

Irr £18 éVANetug. i6S

âvsittl^qu^il se Ibrfifîe; mai» si on attend plus tard, la chose devient pénible et difficile. On arrache alsémeot dit champ qu'on cultive une mauTaise piaule» quand elle commeince à croître; mais si on hii laisse prendre de profendes racines, il devient presque fmpossihie de les extirper; il en reste ton jours qui repoussent, et qui continuent d'em-» poisonner le champ.

Lereuièdë contre^la tentation > c'est le jeûne, c'est la prière , c'est Taumdne ; c'est aussi une grande défiance de soi-même , une attention continuelle à ce que l'on fait , et le recours à Dieu pour obtenir les ^àces qui nous sont nécessaires.

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