POUR L£ II- DIMANCHE D£ CAKÊME
ÉPITRB.
Saint Paul, I. aux Thessal. , ch. IV. v. i.
AIbs frères, nous tous supplions et nous vous conjurons par le Seigneur Jésus qu'ayant appris de nou» comment vous deves marcher dant la voie de Dieu pour lui plaire, tous y ttiarcbies «osai dVoe telle aorte, que ?ous y afaaciea de plut en plus. Vous savez quela préceptes noua vous avons donné» de la part du Seigneur Jésus ; car la volonté de Dieu est qoe vous soyez purs et saints, que vous vous absteniez de la forni* cation , et que chacun de vous sache posséder le vase de son corps saintement et honndlement, et non point en suivant les moovemear de la concupiscence, comme les païens, qui ne cennaijisent point Dieu» Que personne n'f^^rime son frère, ni ne lui fasse tort dans aucune affaire ; pacce que le Seigneur est le vengeur de tous ces péchés, comme nous vous l'avona déjà déclaré et assuré de sa part; car Dieu ne nous a pas appe* lés pour dire impurs, me» poar être saints.
l64 INSTRUGTIOlfS 817 A LES ÉpItEES
Nous sommes tous entrés dans la voie du salut par notre buptéme ; mais ce n'est point assez. Il est deux écueils contre lesquels il faut se prémunir. Ce qu'il y a de pis pour le chrétien ', c'est , après être entré ^^ns la voie du salut, d'en sortir. On en sort par le péché , auquel malheureusement nous sommes tous sujets , et plus encore par l'habitude du péché 9 qu^il ne tient bien qu'à nous de ne point contracter. S'habituer au péché et vivre dans cette habitude, c'est suivre le sentier de perdition , et se préparer de terribles obstacles pour en sortir , parce queThabitude du péché, nous accoutumant à sa laideur, diminue Phorreur que nous en avions conçue, augmente notre faiblesse, et nous met dans l'incapacité de résister à un penchant que nous avons laissé se fortifîer. Il en résulte qu'on pèche pour ainsi dire sans s'en apercevoir, qu'on pèche sans remords, sans repentir, sans songer qu'on se damne; état qui mène à l'impénitence finale. j
Mais, sans sortir tout-à-fait de la voie du salut, il est encore possible qu'on ne soit point exempt de fautes. Ce n'est pas assez d'y être rentré, il faut, dit l'Apôtre,y marcher pour plaire à Dieu,et y marcher de telle sorte qu'on y avance de plus en plus ; car ne point avancer quand il s'agit de vertu, c'est reculer. Or on y avance en remplissant toutes les obligations auxquelles tout chrétien est assujetti , et en se faisant de leur .observation une loi rigoureuse ; c'est ce que l'Apôtre remet sous les yeux des fidèles à qui il écrit. Il leur recommande sur*
ET US iviKGILES. l65
tout la charité , et il la leur recommande de la part de Dieu , comme un moyen d'arriver à la perfection. Il leur ordonne de s'abstenir de toutes débauches , et de tenir leur corps pur et saint, en s'éloignant de l'usage des païens 5 qui, ne connaissant pas Dieu 9 s'abandonnaient à lears passions, et adoraient des dieux adonnés à tous les vices. Il n'en pas ainsi du christianisme. Jésus-Christ exige que la vie des chrétiens soit pure et sans tache ; partout il recommande la chasteté , et nous enseigne qu'elle est singulièrement agréable à Dieu; mais quoique ce soit surtout une vertu de la loi nouvelle , elle n'est cependant pas étrangère à l'ancien Testament. Judith est louée de ce qu'elle a aimé la chasteté, et de ce qu*elle n'est pas passée à un second mariage après la mort de son premier mari. Les saintes Écritures l'appellent la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël et l'honneur du peuple hébreu (1). Jésus-Christ voulut naître d'une mère vierge pour honorer la chasteté, et c*est parce qu'il était vierge que saint Jean était particulièrement chéri du Sauveur. Saint Paul reconimande particulièrement à Timothée cette vertu , dont laimême donnait l'exemple. Enfin ,s'il est vrai que le cœur d'un chrétien doive être le temple du Saint- Esprit, ne convient-il pas qu'il soit exempt de toute souillure ? Car comment un esprit , qui est saint par excellence, pourrait-il habiter un cœur corromipu par le vice.
Pour avancer dans la voie du salut, il faut en-
(1) Jaditb , XV. lo et ii.
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core qu'à la chasteté le ohrètien iotg^ne la charité et la justice. Il ne soSxi pajs qu'il u^opprime personne; il ne suffit pas même qu'il rende à chacun ce qui lui est dû; il faut encore qu'il aide et qu'il serve ses frères suivant ses facultés. Ce n'est point assez de ne point leur faire de tort dans leurs affaires ; il leur doit ses conseils , s'ils en ont besoin^ des secours, s'ils sont dans l'indigence ^ des consolations dans leurs afflictions. En un mot| un chrétien doit être disposé et toujours prêt à faire pour autrui ce qu'il souhaiterait qu'on fit pourlui-m^e, s'il était placé dans les mêmes circonstances. La charité chrétienne est active et ardente. Elle ne connaît point de repos , parce qu'il y a toujours du bien à faire ou du mal à
empêcher.
ÉVAUGILB.
Saint Matthieu, eh, XYII» v. i.
Juv 0€ teai{M*là9 Jéitt* ftf«nt pés.ea. jpmticuUfsr Henei J^acqnes, et JeaD, ton frère , les fît xnoBtec avec lut «ur anc haute montagne, et il fut transfiguré devant eux; son visage devint brillant eomme te soleil, et ses ▼êtemens blancs comme k neige. En même temps ils Tirent paraitre Mofse et Élie qui s'«iilstteoaiciit «rco lui. Alors Fietre dit àl Jéêvs : 9in* gjieur, noua «enuiMB bien ici, faisoM-Jt Vil vous pblt,taois tentes ; une pour tous i une pour Moïse , et une pour Élie. liorsqu'ii parlait encore, une nuée«lumineuse les couvrit; et il sortit de cette nuée une voix qui fit enteudre ces paroles : Oehii-ci est mon fib bien-almé , dans lequel j'ai mis toute mon «Sactioli , écout€«-le. Les diseiples les ayant ouïes , tombèrent le visage contre terre , et furent saisis d'une $nmàt «rdote* Mais léaui ,.t'appjDoohaiUt, les toueha , et leur dit : Lev««-vous , et ne craignei point. Alors, levant les jeux, ils Qe virent
iT US iYAireiLKs. liSif
fhê %ue J^»tv teul. Lorsqu'ils doicenilàîeut de.IaifeUMili^^, Jésus leur fit oe commandeineot , et leur dit : JHq ftud^tà personne de ce que vous avez vu , jusqu'à ce qi^ le fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts.
Les maints pères ont obser-vé deux intentions remarquables dans la transfigura tîofi da SauVeui* : la première était de raffermir la foi des difieiples^ un pen ébranlée p9r le discours (fn^I leur a^H tenu quelques fours auparavant touchaiH; -sa passion (i). Il fallait, leur arait-il dit , qu*il allàf i Jérusalem , où il souffrirait beaucoup des anciens , de9 scribes et des princes des prêtres , et 9Ù 11 de^ vait être mis à mort pour ressusciter le troisième jouT. C'était la pi^emière fois que Jésus parlait de sa passion au< disciples. Ce langage leur parut fort étrangfe. Pierre lui-même ne put en soutenir ridées et s^^xposa à un vif reproche pour ti'avwr point voulu croire ce que lui disait son maître. Jésu^ doue 5 au sentiment des pères, voulut effacer dé Tf^prit de ses disciples les fâcbeiisos iittipres&îons que pouvait y avoir laissées son discours, en mon* trant à quelques-uns d'eut un échantillon de sa gloire. £n effet , peu de jours après , il pi4t'P!erre, Jacques et Jean , et, les ayant menés sur tinebatité moatagfie, il se transfigura devant eux, ou, pour parler plus juste, il se montra à eux tel que devait être un jour dans le ciel l'Homme- Dieu , le Terbé incarné, la seconde personne de la si^ufe Trinité, e'est-à-dira dans Tétat de splendeur et de gloire qui lui appartient. Car Jésus, cette même seconde
0) 3lî[sltl». , XVI. 11.
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personne de la sainte Trinité , sons la forme d*an homme semblable à nous , partageant nos misères et nos faiblesses, hors le péché, était véritablement transfiguré , et, s'il était permis de se servir de cette expression , déguisé. Mais Jésus, brillant de gloire .sur le Thabor, effaçant par son éclat celui du soleil^ n'était revêtu que de l'éclat qui convient à la majesté divine , dépouillée alors du voile qui la couvrait, et sous lequel il avait voulu se cacher pour nous apprendre que la pauvreté n'est point méprisable, et que, sous l'humble livrée de l'indigence il peut se trouver des vertus et des talens dignes de notre estime.
L'autre intention remarquable que les saints pères ont observée dans la transfiguration , et sur laquelle ils appellent l'attention des fidèles , est la réunion des deux Testamens ; c'est-à-dire de l'ancienne loi et de la nouvelle, qui semblent se donner la main. Moïse , chargé par Dieu , à la sortie de l'Egypte, de proclamer la loi écrite, vient, pour ainsi dire, publier sur le Thabor, en présence du législateur de l'Evangile , que les figures ont cessé, que la vérité va prendre leur place. £iie , chef des prophètes , vient y annoncer que les prophéties sont accomplies. Tous deux rendent témoignage à l'avénemeut du sauveur promis , qu'ils reconnaissent dans la personne de Jésus-Christ. Ils s'entretenaient avec lui, dit TEvangile, et les saints pères enseignent que le sujet de leur entretien était la grande catastrophe du Calvaire , laquelle devait donner au monde une face nouvelle , ^
ET LES évilirGIU». 169
rappel de toutes les nations à la loi de grÂce et de salut par la publication de TÉvangile , non borné 9 comme sous Tancienne loi 5 à un seul pays , à un seul peuple 9 mais prêché dans tout Punivers.
Dans les premiers mouyemens de sa joie , émerveillé de cet admirable spectacle , Pierre voudrait faire dw*er cet état ravissant. « Nous sommes bien ici 9 dît-il au Sauveur^ faisons-y trois tentes , Tune pour vous, l'autre pour Moïse, et Tautre pour Élie.» Mais Jésus ne lui répond rien. Nouvelle leçon pour nous, laquelle nous apprend que ce n'est pas toujours où nous nous trouvons bien que Dieu nous veut , non qu'il ne veuille notre avantage ; mais il connaît mieux que nous ce qui nous est avantageux ; et nous nous y trompons fort souvent. Dieu nous veut quelquefois dans les souffrances , parce que, quelquefois elles nous sont'nécessaires, et que la vertu s'endort quand elle n'est pas exercée. Cette doctrine est celle de saint Paul. Je me glorifierai , dit-il , de mes afflictions ; je m'y plairai ; je chérirai les. opprobres, les misères, les persécutions; ... car, quand je suis affligé, c'est alors que j'ai le plus de force (i).
POUtl LE IIP DIMANCHE DE CARÊME.
ÉPITRE
Saint pMitaux Éphés.tCh. V, r. f.
JM.BS frères, soyes lef imitateurs de Dieu, comme étant ses enfans bien- aimés, et marchez dans l'amour et la charité (i) H. Ep. aux Gorinih., XII. 10, 11.
l^O IKSTRVCTIORS SUR LES ÉpÎTBES
comme Jëfui-Christ nouf a aim^,. et s'est livré iul-tnime pour noua eo s'offrant k Dieu comme uoe oblation et une victime d'agréable odeur. Qu'on n'entende pas seulement parler parmi tous ni de fornication , ni Jde quelque impureté que ce soit, ni d'avarice, comme on n'en doit point ouïr parler parmi des saints. Qu'on n'y entende point de paroles deahonnèles » ni de folles , ni de bouflbiines , ce q\ii ne convient pas à votre vocation ; mais plutôt des puroieg d'action de grâces. Car sachez que nul fomicatcur, nul impudique, nul avare , ce qui est une idolâtrie , ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de Taias discours ; car- c'est pour ces choses que la colère de Dieu retombe sur ks hommes rebelles à la vérité. I!l'ajrea donc rien de commun avec eus; car vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant voua êtes lumière en notre Seigneur. Marchez comme des cnfans de lumière ; or, le fruit de la lumière consiste en toutes sortes de bonté, de justice et de vérité.
L'àpôtrb veut que les chrétiens soient les imî* ta leurs de Dieu , comme étant ses en fans bîenaimés. Quand on a un tel père, que peuvent faire de mieux ses enfans que de le prendre pour modèle ? Mais Dieu est un modèle si parfait , qu'en nous proposant de Tlmiter , T Apôtre n'a pu avoir d'autre intention que de itous engager à étudier dans les lois que Dieu nous a prescrites les devoirs que nous avons à remplit* ; et ces devoirs , dit l'Apôtre f consistent à marcher dans l'amour et la charité « c'est-à-dire à aimer Dieu et le prochain. £n faisant l'un et l'autre , nous nous conformons à Jésus- Christ y notre véritable modèle.
Ce n'est pas seulement les vices grossiers^ comme le libertinage , la débauche , une abjecte et bon*
teuse avarice dont un chcécief) âok «^abstenir ; il suffît d'être bien né 9 d'avoir 60U8 les yeux de bons exemples, d'^re doué d'un peu d'inclination au bien , pour jae pas donner dans ces excès eondam-^ nables , dont, au sentiment de l'Apôtre , on ne devrait pas même entendre parler parmi des chrétiens ; mais il est d'autres vices qui se présentent sous une forme moins repoussante, et quelquefois même avec des attrails séduisans , et que lé chrétien ne doit pas moins éviter : tel est , par exemple , l'amour excessif de la dissipation , du plaisir, des assemblées mondaines , des spectacles , en un mot, de tout ce qui détourne dé Dieu, des devoirs de son état 9 de la grande affaire da salut. Je dis Xameur exee^&if, parce qu'il n'y a que l'excès qui soit blâmable, cl que l'usage modéré des plaisirs pernûs, chacun suivant l'état dans lequel la Providence Ta mis, n'e&t point contraire à la religion» Je. mets au rang des choses contre lesquelles 00 doit se prémunir l'esprit de frivolité , parce qu'n dénature un beau caractère et entraîne presque f sans que l'on s'en doute , dans de grands écarts. On est frivole dans sa , conduite , et on l'est dans ses discours. L'être dans sa conduite , c'est ne s^oecuper que de bagatelles , employer son temps à des riens , promener partout son inutilité , ne savoir que faire de soi. Le moindre inconvénient qui en résulte , c'est Tennui de soimême et celui qu'on cause aux autres. Être frivole dans SCS discours, c'est parler sans avoir pensé, dire tout ce qui vient à l'esprit sans examiner ce qui est
1^9 IHSUDCTIOKS SOI LES ÉtItaES
convenable ou approprié aoz circonstaDces ; la frivolité est le propre d'une Ute vide , d'un esprit qui n'a point été cultivé. Il faut à la personne frivole des amusemens continuels , et, avec quelque rapidité qu'ils se succèdent, ils ne peuvent la satisfaire ; elle ue vît que de fantaisies ; elle est sans cesse avide de nouveaux objtts ; et comme tout ne se plie pas aux caprices de son imagioation } et que des objets nouveaux ne se présentent pas toujours à son gré , elle n'est presque jamais contente. L'opposé de la frivolité est la solidité d'esprit. On la tient en partie de la nature; mais elle peut être le produit d'une culture soignée ; elle donne le goût des choHes utiles et sérieuses ; elle rend estimables ceux qui l'ont ; elle jette du charme sur leur vie.
Quoique la frivolité soit considérée ici plutôt sous le rapport de la morale humaine que sous celui de la religion , j'ai néanmuins pensé qu'il était bon d'en parler : premièrement , parce qu'elle a de l'analogie avec les choses que saint Paul blâme dans l'épttre d'aujourd'hui ; et ensuite parce qu'elle ne détourne pas moins des devoirs de la reli^on que de ceux de la société. Rien au reste n'est plus propre à guérir de la frivolité qu'noe véritable pii^lé j parce que la piété porte à aimer li est bon et \i ai , et que sans eUe il n'y osoUde.
KT LS8 ivATïGILES. 173
ÉVANGILE
Saint Litc, cb. XI» v. 14.
JCiir ce temps-là, Jésus. chassa un démon qui était muet; et le démon étant sorti , le muet parla , et tout le peuple fiit ravi en admiration. Mais quelques-uns d'entre eux dirent : Il ne chasse les démons que par Bëelsëbut , prince des démons ; et d'autres, voulant le tenter, lui demandaient qu'U (eut fU «otr un prodige dans l'air. Mais Jésus , connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit , et toute maison divisée contre elle-même , tombera en ruine. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son règne subsistera -t-îl 7 Cependant vous dites que c'est par Béelzél^it que je chasse les démons. Que si je chasse les démons par Bëelzébut, par qui vos enfans les chassent-ils ? C'est pourquoi ib seront eux-mêmes vos juges. Mais si c'est par le doigt de Dieu que fe chasse les démons , vous deves donc croire que le royaume de Dieu est venu jusqu'à vous. Xorsque le fort armé garde sa maison , tout ce qu'il possède est en paix ; mais s'il en survient un autre plus fort^que lui qui le surmonte , il emporte toutes ses armes dans lesquellea ii mettait sa confiance, et distribue ses dépouilles. Celui qui n'est point aveo moi est contre moi; et celui qui n'amasse point avec moi dissipe au iieu d'amasser. Lorsque Teiprit impur est sorti d'un homme , il s'en va par des lieux arides » cherchant du repos ; et comme il n'en trouve point , il dit : Je retournerai en ma maison d'où je suis sorti ; et y venant 9 il la trouve nettoyée et parée. Alors il s'en va prendre af eo lui sept autres esprits plus méchans que lui , et entrant dans cette maison , ils en font leur demeure^ et le dernier état de . cet homme devient pire que le premier. Lorsqu'il dbait ces choses , une femme , élevant sa voix du milieu du peuple , lui dit : Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et les mamelles qui vous ont nourri l Jésus lui dit : Mais plutôt heureux sont ceux qui entendent k parole de Dieu , et qui la pratiquent !
1^4 INSTRVCTIOKS Stft LES ÉPÎTBES
Une vaine admiration n^était pas ce que Jésus recherchait dans les miracles qu^il opérait. Il parait néanmoins que la guérison de Phomme muet ne produisit pas une autre impression sur Fesprit de la pliis grande partie de ceux qui en furent témoins. Une femme seule , non moins touchée des paroles du Sauveur que surprise du miracle, reconnaît en lui un pouvoir plus qu'humain, et s'écrie que « bienheureuses sont les cuotrailles qui Tout porté et les mamelles qui Tont nourri. » On ne voit pas que parmi les autres assistant aucun ait imité la foi de celle femme : au contraire , au lieu de faire leur profit des discours du Sauveur et de croire en lui , quelques-uns en prirent occa* sion de le tenter, et, non contens du prodige qu'ils lui avaient vu opérer, lui demandèrent de leur , faire voir un autre prodige dans les airs ; mais ce n'est pas pour satisfaire la vaine curiosité des hommes que Dieu suspend dans quelques occasions les lois de la nature. C'est à la foi que sont réser^ vées ces grâces extraordinaires. Ceux que le premier miracle n'avait pas convaincus , ne l'auraient pas été davantage, si Jésus en eût fait uu second ; et quand même ce second aurait été suivi de plusieurs autres. Quand on ne répond point à la première inspiration de la grâce , qu'eau contraire on y résiste , et qu'on s'y refuse avec obstination , on ne sera touché par rien ; on a endurci son cœur ; il résistera même à des miracles.
Moins justes envers le Sauveur , d'autres lui supposent un commerce avec le^émou, et lui im*
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patent d'opérer des miracles par la puissance de cet esprit de ténèbres. Le méchant juge d*autrui par lui-même 9 et voit partout de la perversité 5 parce qu'il y en a dans son cœur. Rien n'était si aisé au Sauveur que de réfuter cette calomnie 5 et il y fait une réponse sans réplique. Je chasse le démon » dît-il 5 et vous prétendez qre c'est par Béelzébut, prince des démons, que je le chasse. Le démon est donc contraire à lui-même ^ et il détruit son propre empire. Jésus pouvait aiouter» et il le fit dans une autre occasion : Voyez mes œuvres ; sont-ce des œuvres de ténèbres ou de lu-mière. La doctrine que je prêche porte-t-elle au vice ou à la vertu ? Je vous dis d'«ii22ier Dieu et de suivre ses préceptes; j'établis un évangile de vertu et de charité 9 et, pour vous prouver ma mission , je fais des miracles. Croyez-vous que le démon , ennemi de Dieu, ennemi de tout bien, me prête* rait son secours pour amener les hommes au bien et à la vertu , lui qui est un esprit de méchanceté et de malice ? Cela serait absurde. Ce n'est donc point par Béelzébut , prince des démons , c'est par le pouvoir de Dieu que j'opère les merveilles dont vous avez été témoins.
Tirons de la conduite de ces hommes si prompts à mal juger des meilleures actions une leçon utile. Quand l'action parait bonne , croyons-la telle , et ne lui cherchons pas de mauvais motifs , ne lui supposons pas une mauvaise intention. La charité exige de nous ce ménagement. Non-seulement elle nous interdit lés jugemens téméraires, c'est-
1^6 iHSTEVCnoHS SUA IBS âpItbbs
à-dire les jugemens peu favorables que, sans foii' dément, nous portons du prochain: mais elle veut encore que nous excusions en lui , par la droiture d'intention, les actions qui paraissent mauvaises. I4*arrive-t-il pas souvent que Pintenlion soit bonne, quoiqu^au premier coup-d'œil l'action ne le paraisse pas ? Pour être autorisé à condamner le prochain , il faut qu'il n'y ait aucun moyen de l'excuser ; et quoique l'évidence dépose contre lui , il est encore bon et conforme à la charité de diminuer sa faute en la rejetant sur la fragilité humaine , sur la puissance de l'occasion , sur les mauvais conseils , ou sur tout autre motif propre à l'atténuer. Voilà ce qu^exige de nous l'Évangile et notre propre intérêt ; car il est écrit qu'on se servira envers nous de la même mesure dont nous nous serons servis enve» les autres (i) ; et si nous jugeons sévèrement , nous serons aussi jugés avec jsévérité.