‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructions (volume 2)Chapitre 23 sur 43 · POUR LE IV DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE IV DIMANCHE DE CARÊME

ÉPIÏRE.

Saint Paul aux Gâtâtes, ch. IV , t. n.

Jfl ss frères , il est écrit qu'Abraham a eu deux fils , l'on de la •ervante , et l'autre de la femme libre. Maû» celui qui naquit de la servante naquit selon la chair ; et celai qui naquit de la femme libre naquit par la vertu de la promesse de Dieu. Tout ceci est une allëgorie : car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la premièrei qui a été établie sur le mont

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de Sina j et qui n'engendre qoc des esclaves , est figarëe par Agar ; car Sina est une montagne d'Arabie , et elle représente la Jérasalcm d'îci-bas , qui est esclave avec ses enfans ; au lieu que la Jérusalem d'en -haut est vraiment libre ; et c'est elle qui est notre mère ; car il est écrit : Réjouissez-vous, stérile j qui n'enfantes point , poussez des cris de joie , vous qui ne devenez point mère , parce que celle qui était délaissée a plus d'enfans que celle qui a un mari. Nous sommes donc, mes frères , les enfans de la promesse , ainsi qu'Isaac ; et comme alors celui gui était né selon la chair persécutait celui qui éiaii né selon l'esprit, il en arrive de même encore aujourd'hui. Mais que dit l'Écriture sur ec tujet ? Chassez la servante et son fils ; car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fila de la femme libre. Or, mes frères, nous ne sommes point les enfans de la servante, mais de la femme libre; et c'est Jésus Christ qui nous a acquis cette liberté.

On sait qu* Abraham eut deux fils : l'un d'Agar, esclave de Sara , nommé Ismaël ; et Tautre nommé Isaac , de Sara son épouse. Tous deux furent pères d^un grand peuple ; mais tous deux ne furent point héritiers de la promesse. Cette prérogative fut réservée à Isaac , dans la postérité duquel se conserva la connaissance du vrai Dieu, et dont le Messie devait être un descendant. Le lot d'Ismaêl se borna à des avantages purement temporels. Il eut douze fils, cpii formèrent aussi douze tribus , et il fut le père des Arabes.

L^Apôtre nous fait remarquer que cette histoire des deux femmes et des deux fils était une allégorie qui renferme un sens mystérieux. Selon lui , les deux épouses sont les deux testamens. Agar représente Tancien testament ou la synagogue , c'est-à-dire l'ancienne loi , qui était surchargée de

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pratiques , et u'afFrancblssait pas les hommes du péché originel. C'était par conséquent une loi de servitude. Sara, au contraire 9 épouse légitime et libre 9 figurait la loi nouvelle ou la loi de grâce , c'est-à-dire la religion chrétienne, qui est une loi de liberté, parce qu'au moyen du baptême elle nous affranchit du péché, qui est la pire des servitudes.

L'Écriture sainte est pleine de ces allégories ; tout est figuré dans l'ancien Testament; et ce n'est pas sans admiration qu'on y découvre , quand on Tétudie avec soin, tout ce qui a rapport à la loi nouvelle ^ et l'accord parfait qui règne entré les deux alliances.

L'Ecriture sainte est donc une source d'instruction dans laquelle nous ne pouvons trop puiser. Tout s'y trouve : l'origine du monde, l'histoire des premiers temps, un recueil des principes moraux, d'une sagesse bien supérieure à tout ce que nous ont laissé tous les philosophes , la connaissance de notre vraie destination et de nos espérances fu-* tures. Nul code ne renferme des choses d'un aussi grand intérêt. L'Écriture sainte offre donc un corps de lectures extrêmement utiles; et toutefois ces lectures ne doivent point se faire sans guide. Cheai les Juifs il y avait des livres de l'ancien Testament qu'il était défendu de lire avant l'âge de trente ans.

On doit donc mettre du choix dans ses lectures , même dans celles de FÉcriture sainte ; à plus forte raison doit-on en mettre dans la lecture des autres livres. 11 s'en faut beaucoup que tous soient

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des sources d'instruction. La presse se prête à tout, et un indigne amour du gain la prostitue souvent à la corruption. Il y a des livres oh la religion est attaquée ou moquée; il en est d'autres où les mœurs ne sont point respectées ; il en est de propres à allumer les passions. Les poisons les plus actifs , la peste même sont moins à craindre que ces livres ; car les poisons ne tuent que le corps, au lieu qu'un mauvais livre corrompt le cœur et tue l'âme. Il est d'autres livres qui, sans être aussi dangereux , ne contiennent que des futilités peu dignes d'un esprit solide. Le moindre inconvénient qui résulte de leur lecture, est la perte du temps ; et ce temps est assez précieux pour qu'on cherche à en faire un meilleur usage. Lé goût de la lecture est par lui - même recommandable , parce qu'en lisant on s'instruit. Les livres de piété élèvent notre âme vers Dieu. De toutes les lectures , c'est celle qui offre le plus de profit pour l'autre vie, et le plus de consolations pour celle-ci* Les livres de morale nous affermissent dans l'a* mour de nos devoirs ; les livres d'histoire , en nous faisarnt passer sous les yeux les événemens des siècles antérieurs , nous fournissent souvent d'excellentes leçons; et les livres d'une saine littérature nous forment l'esprit et le goût. Toutes ces lectures sont non-seulement permises , mais on en retire encore de véritables avantages. Je ne proscris pas ménpie les livras d'amusement, pourvu que l'utile y soit joint avec l'agréable , et qu'à côté des fleurs il se trouve quelques fruits.

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ÉYABGILE.

Smini Jean, di. VI, ▼. i.

Juiff ce temps-là , Jétns s'en aUa ao-dcli de la mer de Galilée » qui est le lac de Tibériade ; et comme ane grande Ibole de peuple le suÎTait, parce qu'Os Tojaient les miiacles qu'il fai- ■ait sur les mabdes, il monta sur une monlagne^ où il s'assit avec SCS disciples. Or, le jour de Pâques, qui est ia grûauU lîète des Juifs , était proche. Jésus, leTmt donc les jeux, et ▼ojant qu'une grande foule de peuple Tenait à lui, dit à Philippe : D'où pourrons-nous acheter assez de pains pour donner à manger à tout ce monde 7 Mais il disait ceci pour le tenter : car il savait bien ce qu'il derait faire. Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain , cela ne sufllrait pas pour en donner à chacun tant soit peu. TJn de ses disciples , qui était André, frère de Simon Pierre , lui dit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens f Jésus leur dit donc : Faites-les asseoir. Il j avait beaucoup d'herbe dans ce lieu-là, et environ cinq mille hommes s'y assirent. Puis Jésus prit les pains, et, ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis, et on leur donna de même des deux poissons autant qu'ils en voulurent. Après qu'ils furent rassasiés , il dit à ses disciples : Bamasses ley morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde; et les ayant ramassés, ila emplirent douie panien des morceaux des cinq pains d'orge qui étaient restés après que tous en eurent mangé. Ces personnes, ayant donc vu le miracle qu'avait fait Jésus, disaient : C'est là vraiment le prophète qui doit venir dans le monde, liais Jésus, sachant qu'ils devaient venir le prendre et l'enlever pour le faire roi, s'enfuit, et se retira encore seul sur la montagne.

Jisus fait des miracles^ et la foule le suit; maïs elle est ordinairement plus émerveillée des prodiges qu'il opère que touchée de ses paroles , et em-

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pressée de mettre à profit sa doctrine. Elle dit bien : C^est là vraiment le prophète qui doit venir dans le monde ; mais quel fruit en résulte- 1- il pour elle ? Yoit-on qu'elle se convertisse , qu'elle croie au Sauveur , qu'elle règle sa conduite sur ses leçons ?»

C'est l'image de notre conduite. Nous croyons au Sauveur, nous croyons aux miracles qu'il a faits. Sa doctrine nous est connue. On nous la rappelle souvent dans des instructions , et nous n'en devenons pas meilleurs.

La foule qui suit Jésus n'en est pas moins l'objet de sa charité et de sa tendre sollicitude. Il s'informe s'il y a de quoi nourrir cette multitude ; et apprenant qu'on a trouvé à peine cinq pains et quelques poissons 9 il y pourvoit par un miracle éclatant. Ces cinq pains suffisent à la nourriture de cinq mille personnes , et on ramasse encore douze corbeilles pleines de ce qui reste. Nous sommes aussi les objets continuels de la bonté et de la sollicitude de Dieu ; et , malgré notre oubli 5 tous les biens de la terre ne s'en reproduisent pas moins pour notre usage , avec une admirable abondance.

Sans doute la multiplication des pains dut paraître bien étonnante à ceux qui en furent les témoins , et elle dut faire sur leur esprit une grande impression. Cependant ne se passe-t-il pas chaque jour sous nos yeux des choses aussi surprenantes > fet auxquelles l'habitude de les voir nous empêche de faire attention ? Nous sommes frappés ^ dit saint

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Augustin (i), de ces faits extraordinaires , et nous ne le sommes pas d'auti'es faits qui ue devraient pas nous causer moins de surprise. Il est assurément bien plus difiicile , ajoute ce saint docteur, de gouverner le monde 9 de maintenir le bel ordre que nous admirons dans Tunivers, de soutenir ces grands astres que nous voyons rouler au-dessus de nos têtes, et d'en régler le cours que de nourrir cinq mille personnes avec cinq pains; cependant nous voyons tous les jours sous les yeux ce magnifique spectacle , et nous nNf donnons aucune attention. Nous sommes les témoins de multiplications aussi merveilleuses que celle des cinq pains , auxquelles néanmoins nous ne songeons pas. Ne voyons-nous pas les moissons se reproduire chaque année, et remplir nos greniers^ les arbres se cou* vrir de fruits ou de fleurs, la terre laisser échapper de son sein de quoi nourrir tout ce qui respire ? £t parce que nos yeux y sont accoutumés , nous regardons cela comme des choses naturelles ; c^est pourtant un miracle, et un miracle d'autant plus grand qu'on le voit se renouveler sans interruption. Quelque part que nous jetions les yeux, nous trouvons des exemples de ces merveilleuses multiplications. Qu'on mette en terre un seul grain de blé , il y germe ; et de ce seul grain naissent plusieurs épis dont chacun porte un grand nombre de grains. D'un gland, tout petit qu'il est, se forme un grand arbre , qui produit lui-même pluâean milliers de glands; d'un noyau ^ d'un mince pépin

(1) Sur saint Jeair, iraité XXIV.

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viennent des arbres qui se chargent chaque année de nouveaux trésors. Convenons donc que nous sommes chaque jour entourés de miracles auxquels il ne nous manque que défaire attention pour être frappés du plus grand étonnement, et admirons cette providence qui pourvoit à tous les besoins , qui suffit à tout, et qui, semblable à une mère tendre, a sans cesse les yeux sur nous afin que rien ne nous manque. La charité peut aussi reproduire le miracle de la multiplication des pains. Que de ressources elle a quand elle est vive et active l RicheK, transformez en pain une partie de votre fortune , la meitîé de ce que vous perdez en fantaisies et en besoins factices, que de pauvres vous nourrirez ! que de familles vous arracherez à la misère et au désespoir !

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