POUR LE JOUR DE LA SAINT JEAN
ÉPITRE
/. ép. de èaint Jean» ch. Ilr v. 7.
AIbs chers frères ) je ne voas écrb poiat un coBimandement nouveau» mais le commandement ancien que tous avez reça dès le commencement, et ce commandement ancien est la parole que vous avez entendue dès le commencement. Et néanmoins je vous dis que le commandement dont je vous parle est nouveau, ce qui est vrai en Jésus-Ghrist etenvcms^ parce que les ténèbres sont passées, et que la vraie lumière commence déjà h luire. Celui qui prétend être dans la lumière, et qui néanmoins hait son frère* est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière , et rien ne lui est un sujet de chute et de scandale. Mais celui qui hait
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•on frère est dans^les ténèbres ; il marc^ dans les ténèbres, et il ne sait où il Ta , parce que les ténèbres Tont areuglë. It vous écris, mes petits en fans , parce que vos péchés vous lont remis par le nom de Jésus-Ghrist.
PoDBQDOi Jean dit-il que le précepte de la charité D^est point un commandement nouveau ? C'est que ce précepte appartenait à la loi de nature ; c'est qu'il appartenait à la loi de Moïse , comme il appartient à la loi de grâce. Je dis que le précepte de la charité 9 c'est-à-dire Tobligation d'aimer Dieu et son prochain ^ appartenait à la loi de nature. En effet, pour ce qui a rapport à Dieu, est-il besoin d'une loi positive pour que l'homme sente qu'aimer Dieu est un devoir, et que tout lui en îm« pose la loi I II doit aimer Dieu , comme son créateur; c'est de Dieu qu'il tient son élre. C'est Dieu (juî le conserve et dont la main le soutient à chaque moment, puisque, si Dieu retirait cette main protectrice, toute la nature retomberait bientôt dans le néant , d'où elle n'est sortie que par la puissance divine. Il est Impossible encore que l'homme , au moyen de sa seule raison, ne sente pas qu'il doit aimer Dieu, comme son bienfaiteur de tous les momens; puisque c*està sa bonté qu'il doit et la lumière qui l'éclairé , et les alimens qui le nourrissent , et les vètemens qui le garantissent de la rigueur de la saison , et toutes les ressources au moyen desquelles il peut satisfiaiire ses nonibreux besoins^ et tous les biens que la nature libérale lui pro* digue* Il ne faut donc que penser et sentir : il n'est besoin ni de loi parlée ^ ni de loi écrite pour que
5a IKSTEVCTIOIIS SUE Ud £piTEES
l'homme soit convaincu qu'il doit aimer Dieu. Mais f toute simple que soit cette vérité, }'homme pourtant, aveuglé par les passions, Toublie ; et les saints livres ne nous apprennent que trop que , soit avant le déluge, soit depuis, après la dispersion des enfans de Noê , le monde ne se soit corrompu , et ne se soit fait des dieux bien différens de celui qu-ils doivent adorer. Dieu donc a jugé à propos de faire de ce devoir robjet d^un précepte, lorsqu'il a daigné donner à Moïse des instructions sur la manière dont.il voulait être honoré par le peuple qu'il avait choisi , et le précepte de l'amour de Dieu comme du culte qu'on doit lui rendre , a formé le premier commandement du décalogue.
Ce que j'ai dit de l'amour de Dieu doit s'entendre aussi de l'amour du prochain ; car le précepte de la charité embrasse les deux amours , et l'amour du prochain ne nous est pas moins suggéré par les lumières de la raison et le vœu de notre conscience que l'amour de Dieu. Nous sommes intéressés à être bien traités des autres hommes ; et quel droit aurions-nous à en être bien traités , si nous nous croyons celui de les traiter mal. Il est donc clair que le bon vouloir que nous désirons qu'ils aient pour nous , il faut que nous l'ayons pour eux ; que les services que nous voudrions qu'ils nous rendissent, nous devons les leur rendre; en un mot, q[ue nous devons leur faire jtout le bien possible
que nous voudrions qu'ils nous fissent : et en cela consiste la charité.
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Néanmoins Jésus- Christ lui-même dit que le commandement de la charité est nouveau (i)^ i"" parce que Jésus-Christ Ta renouvelé; 2" parce qu'il Ta développé et lui a donné une extension ou qu'il n'avait pas, ou qui du moins n'avait pas été exprimée aussi clairement jusqu'à lui; car Moïse n'avait point parlé de la charité envers $es ennemis. Il était dit dans ie LévUiquô (â) : Tous ne haïrez point votre firère, vous aimereie votre ami comme vous-même. Et Jésus-Chrisl va beaucoup plus loin : Vous avez appris , dît-il , que vous devez aimer votre prochain ; et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous font du mal (5) , obligez sans en rien es* pérer (4)* La doctrine de la charité^ telle que Jésus- Christ Ta enseignée , est donc nouvelle , bien que le. précepte en lui-même soit aussi ancien que le monde.
Quoique la loi de Moïse eût ramené les hommes aux fondemens des vrais principes religieux , et qu'elle les eût éclairés sur les principaux objets de la foi , elle n'était néanmoins qu'une préparation à un état plus parfait. Il avait fallu que le peuple de Dieu passât par les observances légales avant de recevoir une loi plus sainte , plus spirituelle«^ Mais rÉvangile ayant été proclamé, les ténèbres, conmie le dit saint Jean , étaient passées, et la vérité commençait à luire. Cependant cette lumière n'éclaire que les âmes fidèles. Ceux qui restent es-*
(1) Jean, XIII. 34. (3) S. Matth. V. 44-
(3) Chap. XIX. i«. (4) S. Luc , VI. 35.
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claves du péché demeiurent dans l'obscurité; ceux ^iii nourrissent dans leur cœur des sentimens de haine et de vengeance marchent dans les ténè-* bres. Le feu de la charité non<>seulement échauffe , mais encore il éclaire* Les péchés ne seront point remis à ceux qui ne sont ni échauffés ni éclairés de ce feu , parce qu'ils n'almept point , parce qu'ils ne pardonnent points parce qu'aveuglés par leurs passions, ils haïssent : car Jésus*Christ dit, à l'occa* sion de la femme pécheresse, que beaucoup de péchés lui sont. remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Il faut conclure que les péchés ne seront point remis à ceux qui n'aiment ni Dieu ni le prochain , et qu'au contraire la haine du prochain est un péché qui aggrave tous lés autres (i)«
ÉVAITGILE.
Saint Jean , cb. XXI , T. 19*
hiv ce tempt-là» Jésus dit à Pierre : Saifes-moi. Pierre j te retournant, xit venir après lui le disciple que Jésus aimait , qui, pendant la cène, s'était repose sur sou sein, et lui avait dit : Seigneur, qui est celui qui tous trahira? Pierre donc, l'ayaot tu, dit à Jésus : Et celni-^ï. Seigneur, que deriendra-t-iif Jésus lui dît : Si je veux qu'il demcute josqu'à C9 que je vienne I que vous importe f Pour vous^ suivei-moi. Il courut sur cela un bruit parmi le« frères que ce disciple ne mourrait point. Jésus néanmoins n'avait pas dit : Il ne mourra point; mais seulement : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que vous importe F C'est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui a écrit ceci; et nous savons que ion témoignage est véritable.
<i)S.L««,VII.<7.
ET LES llvANGIUS. 5S
PovE comprendre le sens de cet évangile , il faut avoir recours au texte sacré, et savoir dans quelle occasion le Sauveur tint ce discours , qui se rapporte aux deux apôtres Pierre et Jean. C'est après sa résurrection, et dans une de ces apparitions où Jésus daignait venir consoler ses disciples et leur donner ses dernières instructions, qu'il s'adressa à Pierre, et lui demanda à trois reprises différentes s'il l'aimait ( i )• A chaque fois Pierre répondit affirmativement ; et à la troisième il fut centriste, croyant que son maître ne répétait la même question que parce qu'il doutait de l'amoiu' que l'àpôtre lui portait. Nous devons remarquer qu'aux premières réponses de Pierre, Jésus lui dit : Paissez mes agneaux; et qu'à la troisième réponse , il dit : Paissez mes brebis : c'est-à-dire qu'il le chargeait du gouvernement de l'JÊglise, si souvent comparée dans les jScritures à un troupeau « dont Jésus-Christ lui-même est le pasteur par excellence : et je ne dois pas omettre que ce passage est l'un de ceux dont on se sert pour prouver le pouvoir suprême du chef de l'Église , vicaire de Jésus-Christ , nonseulement sur le troupeau ou l'Église , mais encore sur les pasteurs paiticuliers du troupeau ( les évêques) ; les fidèles, suivant les théologiens, étant figurés par les agneaux, et les évéques par les brebis.
Après avoir donné ce pouvoir à Pierre , Jésus lui dit : t Dans votre jeunesse vous vous ceigniez vousmême, et vous alliez où vous vouttez. Lorsque
(i) s. JeaD, XXI. i5, 16 el 17.
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VOUS serez vieux vous étendrez vos bras , un autre vous ceindra, et vous mènera où vous ne voudriez pas (i). >
L*évangéliste explique lui-même le sens demicaché des paroles de Jésus, et nous apprend que par là le Sauveur marquait de quelle mort Pierre devait mourir. En effet, cet apôtre fut attaché à une croix , et subit le même supplice que le Sauveur. Il paraît que Pierre comprit parfaitement ce que voulait dire le Sauveur. Mais Jésus ayant ajouté : Suivez-moi ; c'est-à-dire , suivant les in<* terprètes : Faites comme moi, souffrez avec pa*^' tience et réjsignation , ainsi que je l'ai fait , Pierre , voyant que Jean le suivait, il lui prit envie de savoir quel sort était réservé à ce disciple que Jésus aimait, et qui, le jour de la cène, s'était reposé sur sa poitrine ; mais Jésus ne jugea pas à propos de satisfaire Pierre à cet égard , et réprima même un peu sévèrement sa curiosité. < Si je veux qu'il demeure , réjpondit Jésus , que vous importe ? > mol qui donna encore lieu à de fausses interprétations de la part des disciples ; car ils crurent que Jean ne mourrait point : et c'est ainsi qu'en voulant découvrir le sens de paroles qui ne sont point claires, on s'expose à faire des jugemens faux ou téméraires.
Tout doit nous être leçon dans les livres saints. Apprenons de cet exemple que ce n'est pas à nous à Oxer le sens de ce qui nous y parait obscur. C'est l'Église qui a droit de décider à cet égard, et
(0 s. Jean , XXI. 18.
BT LBS ÉVi.NGIIES« 5y
qui ne se trompe jamais dans ses décisions. Aussi ceux qui 9 ne reconnaissant point TÉglise, expliquent l'Écriture chacun à sa manière ^ sont emportés par des opinions différentes , et n'ont point d'unité dans leur foi; flottant , dit l'Apôtre, comme des enfans, et se laissant aller selon le vent des doctrines (i). Apprenons encore à réprimer une curiosité inutile , et à ne vouloir pQint ni sonder les choses qur sont hors de notre portée 9 ni chercherra savoir ce qui ne nous intéresse point, ou ce qui regarde autrui ; et beaucoup moins encore à ne point surprendre un secret qu'on veut nous cacher. Jésus-Christ^ réprime fréquemment la eu* riosité de ses disciples. Ce sont, leur dit-il souvent, des choses qu'il ne vous est point donné de connaître. Saint Paul , parlant de jeunes veuves (2), les blâme de ce qu'elles s'accoutument à aller de maison en maison , s'inquiétant de ce qui ne le3 regarde point, devenant coureuses et curieuses,, et parlant de choses dont elle» ne doivent point parler. La curiosité , ou le désir immodéré de savoir ce que disent ou font les autres , blesse deux vertus, la circonspection, qui consiste à ne rien faire qui offense autrui ; et la réserve , qui empêche qu'on ne se compromette par quelque indiscrétion : c*est en général un péché contre lat charité, une tache capable de déformer un beau caractère, et un défaut qui en entraîne beaucoup d'autres.
(1) Aux l^Bcs. , IV. 14. (0 A Timoth. , V. i3.
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