POUR LE JOU& D£S SAINTS INNOGENS
ÉPITRE
jtpoc eh. XIV, T. I. j
JliK ces jours-là , je regardai et je vis l'Agneau qui était sur la montagne de Sîon ; et il y avait cent quarante-quatre mille personnes avec lui , qui avaient son nom et le nom de son père écrits sur leur front. J'entendis alors une voix qui venait du ciel, qui était comme un bruit de grandes eaux et comme le bruit d'un grand tonnerre; et cette voix que j'ouïs était comme le son de plusieurs joueurs de harpes qui touchent leurs harpes ; et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre animaux et les vieillards ^ €t personne ne pouvait chanter ce cantique que ces cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la-terre. Ce sont ceux-là qui ne se sont point souillés avec les femn^es , parce qu'ils sont vierges. Ceux-là suivent ^Agneau j^arteut où il va« Ils ont été rachetés d'entre les hommes pour être les prémices offèrtei à Dieu et à l'Agneau ; et il ne s'est point trouvé de mensonge dans leur bouche, parce qu'ils sont purs et irré* préhensibles devant le trône de Dieu.
Cetts épttre est Urée de l'Apocalypse , ouvrage que l'Église reconnaît pour être de saint Jean l'é vangéliste 9 qu'elle a mis au rang des livres canoniques^ et qui est le dernier de ceux que renferme le nouveau Testament* jâpocal^pseveut dire révéiatian: et en effet l'Apocalypse de saint Jean est la rêvé-* lation qu'eut cet apôtre dans Tile de Pathmos (*) f où il avait été relégué par l'empereur Domitien.
'(O Ue d« la mer Êg^ , l'une dei Sjporadef .
ET LES EVAKGILES. 5^
C'est saiot Jean lui-même qui nous apprend oes particularités. Moi, Jean, dit -il, comme j'étais dans rtle de Pathmos pour la parole de Dieu (c'est-à-dire en exil, parce que j'avais annoncé cette parole ), j'j fus rati en eqwit le jour du Seigneur (un dimanche), et j'entendis derrière moi éclater une voix qui me disait : Écrivez ce que vous voyez 9 etc. (i).
L'évangéliste raconte ensuite sa vision en vingtdeux chapitres , qui ont pour objet, i"* des instructions aux évèques des églises ; a** les persécutions que riS^lise devait avoir à souffrir, et qu'elle souffrit en effet sous, les empereurs romains jusqu'à Constantin; S"" la vengeance exercée par Dieu contre les persécuteurs de l'Église; et enfin le triomphe de l'J^lise, figuré par les noces de l'Agneau , image de Jésus-Christ , victime pour nos péchés , victime innocente et victime muette dans les douleurs de la passion, comme l'agneau sous le couteau de celui qui l'égorgé.
Dans le chapitre de 1' Apocal3rpse , d'ob est trrée l'épître que l'Église fait lire le jour de la fête dçs Innocens, l'Agneau signifie Jésus-Christ. Sion est ^Église. La forteresse de Sion était bâtie sur une montagne, d'où eUe était vue de loin, et dominait sur tout le pays. L'Église est dite ressembler en cela à la forteresse de Sion , parce que ses caractères sont tellement manifestés, que chacun peut distinguer la véritable Église de toute autre réunion qui n'est point elle. C'est pourquoi parmi les
(i) Apoc., L 9.
^'O mSTRVCTIONS S1J|l LBS ÉPÎTEES
caractères de l'Église Tun des principaux qtie citent les théologiens , c'est qu'elle est visible. L'Église est encore assimilée à la forteresse de Sion 9 en ce que , comme celle-ci dominait sur tout le pays d'alentour^ l'Église domine sur tout l'uni* vers 9 et qu'il n'y a point de lieu que son flambeau n'éclaire ou ne doive éclairer.
L'Agneau a avec lui cent quarante «quatre mille personnes qui portent son nom. Ces personnes sont les (idèlesj-que le texte sacré porte au nombre de cent quarante mille, pour marquer que le nombre de ceux qui composent l'Église est extrêmement considérable. Ils portent lé nom de l'Agneau et celui de son père sur le front. En effet , ceux qui composent FÉglise sont nommés chréf tiens y mot qui vient de ChriM^ le nom du Sauveur^ et ils sont aussi appelés les enfans du Père. £nfîn l'évangéliste entend une voix « qui est comme le son de plusieurs joueurs de harpes qui touchent leurs harpes» , pour signifier le concert de louanges en l'honneur du Père, du Fils^ et de l'esprit qui procède des deux , concert qui .retentit dans nos temples , et se fait entendre bien plus mélodieusement de la part des bienheureux dans le ciel, où il sera ouï pendant toute l'éternité.
Mais le bonheur de prendre part à ce divin et ineCT^hle concert est réservé aux âmes pures » à ceux qui sont demeurés irrépréhensibles , et dont la bouche n'a pas été souillée par le mensonge.
Heureux, dit le pape saint Léon (i); ceux qui
(i) Séria, t , in Épipb. , c. |I et III»
ET LES ÉVANGILES. 6l
réunissent ces q^ialités si pi^écieuses aux yeux de Dieu ! Heureux ces enfans dont l'Église célèbre le martyre, et qui souffrirent pour Jésus-Christ avant d'avoir pu le connaître I < Ils ont lavé leurs robes d^s le sang; de l'Agneau ; ils auront part au fruit de l'arbre de vie, et ils entreront dans la Jérusalem céleste par les portes (i)* » Plus heureux, dit encore le même pape, plus heureux dans leur ignorance que ne l'ont jamais été par leurs hautes connaissances les hommes les plus savans, dans les sciences du monde, puisqu'ils savaient déjà mourir pour Dieu , quoiqu'ils ne pussent encore ni connaître ni confesser Dieu. Mais si tous les enfans ne peuvent avoir le bonheur de mourir pour Dieu, tous, au moins, peuvent se rendre agréables à Dieu par leur innocence; tous peuvent justifier la prédilection que le Sauveur marquait peur cet âge, quand il disait : Laissez approcher les enfans; car c'est à eux qu'appartient le royaume d€9M»eux (a).
ÉVANGILE
Saint Matthieu, ch. n, ▼. i6.
JtliBODB, voyant qa'îl avait été trompé par les mages, entra dans une grande colère ^ et envoya tuer tous les enfant qui étaient dans Béthlëhem et en tout le pay» d'alentour, âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s'était enquît exactement des mages. Ce fut alors qu'on vit s'accomplir ce qui avait été dit par le prophète Jérémie : Un grand bruit a été entendu dans Rama ; on a oui des plaintes et des cria
(1) Apoc , X^m. 14. (a) Vue. 7L li.
6i INSTRUCTIONS SUR LES ÉpÎTRES
kmentaliles, Rachcl pleurant se» enfaoi, et ne voulant point recevoir de consolation de leur perte.
Cjst évangile nous offre dans la conduite d*Hérode 5 sous des couleiurs bien propres à nous les faire haïr, deux vices affreux^ source de toutes sortes de crimes. Le premier de ces vices est Thypocrisie. On entend par hjrpocrisie le faux semblant de la vertu 5 non-seulement pour en imposer à autrui , mais encore aQn de pouvoir, à Tabri de ce masque, faire le mal plus facilement, plu» sûrement et plus impunément ; et ce vice est porté à son comble, quand surtout ce sont les vertus religieuses qu'on affecte, et , pour dire davantage , qu'on affiche, pour parvenir à l'exécution de mauvais desseins. Il n'est besoin que de définir ce vice pour faire sentir jusqu'à quel point il est odieux et rend méprisable celui qui en est entaché. Il ne faut pourtant point appeler hypocrite celui qui cache ses défauts, parce qu'il sent qu'ils sont honteux, quoiqu'il ne fasse rien pour s*en corriger; soit qu'il ne le veuille pas , soit qu'il n'en ait pas le courage. Cette sorte de dissimulation , loin d'être coupable, a son avantage :elle fait éviter le scandale. Être honteux de ses vices y c'est rendre une sorte d'hommage à la vertu, et cette honte peut devenir un moyen de retour vers elle.
J'ai dit que l'Évangile nous offrait dans Hérode le tableau de cette hypocrisie si coupable dont je viens de parler. Que fait-il , en effet ? Après avoir appris aux mages, d'après le sentiment des doc-
KT LES ivkVGllES, 63
levas, que c^était à Bethléhem que devait naStre le Messie 5 croyant déjà voir dans Peufant qu'ils viennent chercher un rival redoutable prêt à lui arracher sa couronne, il s*enquiert d^eux, avec grand soin^ du moment ou l'étoile leur a apparu pour reconnaître plus aisément Tètre innocent sur lequel ses coups doivent porter. Il congédie ensuite les mages 9 en leur recommandant avec instance de s'informer exactement de l'enfant ^ et de lui faire savoir ce qu'ils en auraient appris ; et ^ pour no pas laisser deviner ses desseins secrets , il se couvre du voile de la religion.... «afin, dit-il (i), que je puisse aussi aller l'adorer. . . i Prince cruel et hypocrite! afin, dites-vous y que vous puissiez aller l'adorer! et c'est la mort de cet enfant divin que vous méditez ! et quand, par un avis du ciel , les mages sont repartis sans vous voir, et que vos mauvais desseins ont été déçus, vous faites massacrer une foule d'enfans innocens jusque sur le sein de leurs mères désolées, dans l'Intention d'envelopper dans ce massacre général le sujet de votre inquiétude , et d'atteindre au milieu de tant de victimes celle que votre ambition redoute !
L'autre vice, que TËvangile signale dans Hérode , c'est une soif si immodérée du pouvoir , qu'elle l'a entraîné dans les excès les plus criminels. Cette soif du pouvoir, qui lui fait regarder tous ceux qui l'approchent, même ceux qui lui tiennent de plus près parles liens du sang, comme des ennemis qui n'aspirent qu'à le précipiter du
(0 Maltb. n. 8.
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ti'ône, le porte à faire^ périr le jeune Aristobule, frère de son épouse Mariamne^ par la plus scélérate de toutes les trahisons ; et , par suite de cette • hypocrisie que nous avons déjà vu s'allier chez lui ài'ambition , il lui fait faire des funérailles magnifiques. La même crainte Texcite à faire mourir NLariamne elle-même, quoiqu'il l'aimât éperdu* ment. A ce meurtre, et pour la même raison, il joint celui d'Alexandra, mère de Mariamne. Il n'épargne point Aristobule etsAlexandre, ses deux fils , qu'un conseil assemblé par lui condamne , parce qu'il voit bien que cela platt au prince. Enfin ^ sur le point d'expirer lui-même, il envoie tuer An-» tipalér, l'un de ses autres fils; et ce pouvoir, à la conservation duquel il a fait tant de sacrifices^ va lui échapper , et le fait mourir dans les angoisses du désespoir , après avoir causé le malheur de sa vie (i).
Que nous apprend donc l'exemple d'Hérode ? Il nous apprend qu'il s'en faut beaucoup que le pouvoir et les grandeurs rendent heureux ; que ce présent de la Providence fait à un petit nombre de personnes, que le vulgaire envie > est moins pour ceux qui le reçoivent que pour les autres ; qu'elle bénit ceux qui en jouissent avec modération et sagesse , qui font servir leurs richesses et leurs moyens à soulager la misère du pauvre et à re^ lever son courage ^l qui se font l'appui de la veuve et de l'orphelin , qui regardent comme un de leurs devoirs de faire fleurir la religion et les mœurs. Le
(0 Antiq. jud. , li?. %\ , XVI et 2CVW.
ET LES EVÂNCILES. 65
pouvoir employé à ce noble et utile usage est ua bienfait de la Divinité. Il devient aloi^ une source de bonheur et de mérite aux yeux de .Dieu pour ceux qui Texercent ; car rien ne procui*e des plaisirs plus vrais 9 des consolations plus douces que de faire des heureux; et rien n*est plus agréable à Dieu que la sage et paternelle dispensation que font de ses dons ceux qu'il en a comblés , à d'autres^ qu'il n'en a privés que pour établir ce commerce de secours et de services mutuels d'où résulte le bel ordre de la société,