‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructionsChapitre 10 sur 29 · LE XIX* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE XIX* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

ÉPITRE

Saint Paul taix Éphés. , ch. IV, v. i'i,

AIbs frëres, renouvelez-voiu dans rintërîeur de votre âme» et revêtez-vous de rhomme nouveau , qui est orée selon Dieu, dans uoe justice et une sainteté véritable. C'est pourquoi , ea vous éloignant de tout mensonge, que chacun parle à son prochain dans la vérité, parce que nous sommes membres les uns des antres. Mettei-vous en colère, et ae péchez point; que le soleil ne se couche point sur votre colère ; ne donnes point de lieu et d'entrée au diable; que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais qu'il s'occupe en travaillant de ses propres mains à quelque ouvrage bon et utile « pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans l'indigence.

Dans le langage de rJËcriture, le vieil homme est Adam, auteur du premier péché; et Tbomme nouveau est Jésus-Christ, rédempteur et répara-i teur de la première faute. Ainsi, quand TApôtre exhorte les fidèles d'Éphèse à se renouveler dans rintérieur de leur to^e et à se revêtir de l'homme

. (]) Isaitatioai liv. ly cb. II, r.

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nouveau, c'est comme s*il leur disait de ne point imiter Adam , qui a désobéi à Dieu , et de se conformer à la doctriiie de Jésus- Christ , qui est sainteté et justice. Tout doit en effet être renouvelé dans Tâme chrétienne. JSle s'est dépouillée de Tantique péché dans les eaux du baptême ; ces eaux salutaires lui ont rendu sa première innocence; et quoique f malgré cette régénération , il demeure encore en nous quelque chose de l'inclination au mal produite par la tache originelle, néanmoins 5 aidés par la grâce, nous avons acquis assez de force pour résister à ce penchant et le maîtriser, quand nous en avons pris la ferme résolution. Nous pouvons donc nous revêtir de l'homme nouveau, c'est-à-dire orner tiotre âme de jtisticè et de sainteté , notks rètidre confonhes à Jésus-Ghrist notre modèle, recouvrer nos premières prérogatives , et faire revivre en nous l'image de Dieu , à laquelle nous avons été créés , maiè que le péché y avait obscurcie.

L'effet de cette renaissance est de nous .éloigner du mal, du mensonge surtout, qui déplaît souverainement à Dieu , parce qu'il est la souveraine vérité ; mais plus encore du mensonge qui nuit à notre prochain , et qui blesse la charité chrétienne, parce que nous sbmmes membres les uns des autres, et qo'il n'est pas moins contre nature qu'un èhirétien nUîse à un chrétien qu'il ne le serait qu'un men[ibtf*e se révoltât contré un autre membre du même corps , et voulût agir en sens contraire i qu'un pied , par exemple , voulût aller en

ET LES ÉVAlIGlLEâ. Il5

avant quand l'autre pied voudrait aller en arrière.

Mettez^vaus en colère, dit TÂpôtre ,etne pé^ chez point. Le prophète - roi avait dit la même chose avant lui (i) : cependant tous les moralistes, en parlant de la colère , la mettent au rang des péchés capitaux. Comment donc est-il possible de se mettre en colère et de ne pas pécher?

C'est qu'il est une colère juste et légitime qui n'est point coupable 5 et qu'on peut même appeler une colère saintCi Celte colère est le mouvement d'indignation qui s'élève dans l'âme juste quand elle voit faire le mal ; elle est l'effet de l'amour de l'ordre et d'une extrême déplaisance à la vue de tout ce qui le blesse. Les saintes Écritures nous représentent Dieu armé de cette colère contre les pécheurs, non qu'il puisse y avoir dans l'Être infiniment parfait rien qui ressemble à ce que res-* sentent les hoonmes , mais parce que , Dieu étant la sainteté même, le péché lui déplait souverainement, et que nous n'avons point d'autre moyen d'exprimer cette déplaisance. C'est de cette colère que fut animé lé patriarche Noê contre Cham (2) , Fun de ses fils , quand D punit de sa malédiction le manque de respect dont celui-ci s'était rendu coupable : c'est encore cette colère qui transportale grand Mathathias (3) quand il vit un Israélite sa< crifier aux idoles*. Les livres saints ne blâment point ces actions, pùrcè que la cause en était légitime ,' et qu'elles pouvaient faire rentrer en eux-mêmes

(0 P». IV. 5. (a) Gène». , IX, aa«

(3; l. Macbab. , H. 94. '.

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ceux qui s'écartaient de leur devoir ; mais, pour que cette colère soit innocente , il ne faut pas qu'elle dégénère en passion ; il faut que son motif soit Tamour du bien et la haine du mal ; il faut qu'elle soit exempte d'aigreur et d'amertume ; il faut enfin qu'elle ne se prolonge pas au-delà du termeoù elle peut être utile : ce n'est qu'à ces condi* tions qu'on peut se mettre en colère , et ne point pécher. Toute colère qui n'aurait pas ce carac* tère de justice et de modération , eût-elle même une cause légitime ^ ne serait pas exempte de péché. Concluons de là qu'il faut tellement haïr le mal 9 qu'on ne le voie jamais faire sans un extrême déplaisir, sans un profond mécontentement contre ceux qui en sont les auteurs ; mais que cependant ce mécontentement ne doit point altérer la charité.

ÉVÂVGILE.

Saint Matth,, ch. XXII, v. i.

JuN ce temps-là, Jésas, parlant aux princes des prêtres et aui pharisiens en parabole » leur dit : Le royaume des cieux est semblable à un roi qui, voulant faire les noces de son fils , envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux iiuî y étaient conviés, mais ils refusaient d*}» venir. II envoya encore d'autres serviteurs , avec ordre de dire de sa part aux conviés: J'ai préparé mon dîner 9 j'ai fait tuier mes bœufs, et tout ce que j'avais fait engraisser; tout est prêt, venez aux noces. Mais eux, ne s'en mettant point en peine, s'en allèrent, l'un à sa maison des champs, et l'autre à son trafic ordinaire; les autres se saisirent de set serviteurs , et les tuèrent après leur avoir fait plusieurs outrages. Le roi > l'ayant appris » en fut

ému dt colère ; et ayant envoyé ses armées , il extermina ces meurtriers , et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : lie festin des noces est tout prêt , mais ceux qui y avaient été appelés n'en étaient pas dignes. Allez-vous-en Jonc dans les carrefours , et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Ses serviteurs, s'en allant alors par les rues, assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons et mauvais ; et la salle des noces fiit remplie de personnes qui s'assirent à table» Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table; et ayatat aperçu un bonmie qui n'avait point de robe nuptiale , il lui dit : Mon ami, comment êtes -vous entré en ce lieu, sans avoir la robe nuptiale F Et cet bomme demeura muet. Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les pieds et les mains , et jetez-le dans les ténèbres extérieures. C'est le qu'il y aura des pleurs et des grincemens de dents ; car il y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.

Les interprètes ont donné de cette parabole des explications diverses, Les uns Tont appliquée à la prédication de TiÉvangile , d'abord annoncé aux Juifs 9 mais rejeté par le plus grand nombre d*entre eux. A leur refus ^ les apôtres , désignés dans cette explication par les serviteurs envoyés pour appeler aux noces ceux qui y avaient été conviés , s^adressent aux gentils ; ceux-ci reçoivent la foi , et profitent des avantages que les Juifs avaient refusés. 4

D'autres ont vu dans le festin dont il est parlé dans la parabole Tima^fede la sainte Eucharistie, repas céleste où nous sommes tous invités , mais auquel un grand nombre de fidèles négligent de participer , et dont on ne doit point s'approcher sans être revêtu de la robe nuptiale , c'est-à-dire sans être rentré en grâce avec Dieu par Ip sacrç-i

Il8 IN8TEVGT10HS 8C& LES iplTBES

ment de la pénitence , sous peine de se rendre coupable et d'attirer sur soi la punition la plu# terrible.

Suivant une troisiènoye explication , qui paraît la plus naturelle y par les noces de la parabole r îl faut entendre la vie éternelle , à laquelle tous les hommes sont appelés , parce que Jésus-Christ est mort pour tous 9 et que tous ont été rachetés ; tous néanmoins ne Tobtiennent pas 5 et un g^and nombre se refusent à l'invitation par diflférens motifs. Les uns préfèrent le plaisir et trae vie molle et voluptueuse à la vie austère du christiànisn^e ; ce sont ceux qui vont à leur maison des champs ; d'autres ont4a soif des richesses 9 ou celle de l'ambition , et vont à leur trafic ; d'autres enfin, violens et emportés , non-seulement ne veulent point a'occuper de leur salut , mais eneore entrent en fureur contre ceux qui les exhortent à une meilleure vie : ceux-là sont figurés par ceux des invités quf se saisissent des serviteurs du roi , et les tuent ; ce sont les persécuteurs de la foi. Tools sont punis 9 mais les derniers , qui à l'insouciance de leur salut joignent l'outrage , lé seront plus sévèrement. On peut se former une idée de leur punition par le traitement qu'éprouvent de la part du roi les meurtriers de la parabole.

Si maintenant nous résumons les différons points d'instruction que nous offre cet évangile 9 nous verrons , i*" que la bonté de Dieu est infinie, et qu'elle est égale pour tous les hommes; que, nous ayant créés tous pour le servir et raimer^ U

nous appelle aussi toU9 à jouir un jour de sa présence pendant toute réternité.

2* Que le soin de notre salut doit passer avant tout autre soin temporel ; que c^est la première des affaires ; que les autres , quelque importantes qu'elles soient , ne doivent venir qu'après , et que les excuses que nous pourrions apporter pour ne nous en être point occupés ne seraient pas admises.

S*" Que, quand nous sommes prévenus des grâces de Dieu , nous devons nous empresser d'y répondre; que le moindre délai nous est préjudiciable; en un mot , que 9 si nous négligeons Dieu , il est fort à craindre que nous n'en soyons négligés à notre tour.

4* Qu'au jour du jqgement notre vie sera ri- -goure^sement examinée ; que^si nous sommes pécheurs , semblables à l'homme de l'évangile qui n'avait point la robe nuptiale , et qui demeura muet, nous n'aurons rien à alléguer , parce que nos remords nous accuseront; il ne noiis resterai qu'à subir notre sentepce 9 qui sera saps appel.

5* EnCm que cette vérjté, il y a éeaucaup d'ap* peléa et peu (Télms est terrible 9 et doit nous faire trembler. Que néanmoins notre salut dépendant de nous, et Dieu ne demandant point l'impossible > noM3 ne devons pas perdre confiance» mais chercher à ranimer en nous la foi et la charité, sûrs que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais seulement qu'il retourne à lui, et £)9se pénil^nce dans la sincérité de son cçpur*

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