‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructionsChapitre 9 sur 29 · LE XV DIMANCHE APRÈS LÀ PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE XV DIMANCHE APRÈS LÀ PENTECOTE

ÉPITRG.

Saint Paul aux GalaUs , cb. V, v. aS.

JVIbb frères, ai nous TÎvont par IVtprît, condaîsons - noui aassî par Tesprit» Ne noui laissons point aller à la vaine gloire , nous piquant les uns les autres, et étant envieux les uns dei autres. Mes Trères, n quelqu'un est tombé par surprise en quelque pëché, vous antres qui êtes spirituels, ayez soin de le relever dans un esprit de douceur, chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, et craignant d*£tre tenté aussi-bien que lui. Portez les fardeaux les uns des autres , et vous accom« plirez ainsi la loi de Jésus-Christ : car si quelqu'un s'estime élre quelque chose j il se trompe lui-même, parcs qu'il n'est rien. Or, que chacun examine bien set actions, et alors il trouvera sa gloire dwit ce ifu'ii irowtera de io» dans luimême, et non point en se eomparant avec les autres, car chacun portera son propre fardeau. Que celui que Ton instruit dans les choses de la foi assiste de ses biens, en toute manière « celui qui l'instruit. Ne vous trompez pas, on ne se moque point de Dieu; L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé ; car celui qui sème dans la chair recueillera de U corruption la mort ^ et celui qui sème dani L'esprit recueUlet»

fiT LES ivAKGILES. S9

àe Tesprit la vie éternelle. Ne nous lassons donc point de faire le bien, puisque , si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit en son temps. C'est pourquoi, pendant que nous avons le temps, fïiisons du bien à tous, mais principalement à ceux qu'une même foi a rendus comme nous domestiques du Seigneur.

SÉTÉfiiTÉ pour soi et indulgence pour les autres , tel est Tesprit du christianisme. Si nous descendons au fond de notre cœur, qu'y trouvons-nous , sinon faiblesse et néant ? D'où pourrait donc venir en nous un sentiment de vaine gloire ? De la naissance que nous ne nous donnons point ? de la fortune qu^un moment peut renverser ? de quelques avantages du côté de Tesprit ? de quelques talens ? mais , quels qu'ils soient, n'est-ce pas de Dieu que nous les tenons ? à lui que nous les devons ? et y a-t-il de quoi nous enorgueillir ? Si nous en faisons un mauvais usage, nous en devenons plus coupables : SX nous les employons au bien , c'est encore une grâce que nous tenons de Dieu , et dont nous devons lui rapporter la gloire et le remercier. Ces considérations fondées sur notre, nature doivent nous rappeler souvent à la modestie , et nous faire connaître la vérité de ce que dit saint Paul : c Que si nous estimons que nous sommes quelque chose, nous nous trompons nous-mêmes, parce que nous ne sommes rien. »

Tout nous ramène donc à nous convaincre que nous sommes des êtres faibles et imparfaits ; et d'après cela sur quoi pourrait être fondée notre sévérité envers les autres ? S'ils oùt des défauts »

go IR6TRUGT10KS 8T7ft LES EpItRES «

nous en avons aussi; s^îls ne sont point irrépro<^ chables envers nous 9 pouvons-nous nous flatter de ne donner jamais sujet à aucun reproche ? et nos propres faiblesses ne doivent- elles pas être pour nous les excuses des leurs ? Supportons-les comme nous avons besoin qu'ils nous supportent. Nous ne recueillerons , dit TApôtre y que ce que nous avons semé. Si nous semons des œuvres d'orgueil, nous recueillerons des fruits de malédiction ; si nous sommes durs et intraitables envers le prochain ^ Dieu sera dur et intraitable envers nous. Méchant serviteur , nous dira-t-il , comme dans ta parabole de llËvangile (1), je vous avais remis votre dette , ne fallait-il pas que vous eussiez pitié de votre compagnon comme j'ai eu pitié de vous ? C'est encore l'Écriture qui nous le dit : on se servira envers nous de la même mesure dont nous nous serons servis envers les autres (a). C'est à nous à choisir, ou d'être jugés sévèrement y ou de fléchir la sévérité de notre juge en usant envers nos frères de charité et d'indulgence.

£n nous recommandant de faire du bien sans jamais nous en lasser^ et défaire du bien à tous, même à nos ennemis, parce que la véritable charité n'excepte personne 9 l'Apôtre insinue néanmoins que dans les services à rendre, il est une certaine gradation .que l'on peut observer, et que la charité admet des préférences fondées sur de bons motifs. Ainsi donc , dans les charités à répandre, on peut , on doit même préférer les personnes de

(0 Ittatth. , XVIII. 33. (n) Luc, VL 38.

ST LES ÉVANGILB8. pi

bonnes moetys à celles; dont la conduite est réprébeiisible 9 les §[6n9 de: bien aux inéchans, et mémey totiies choses égales d'afUeurs, le» personnes qui ^^a iippartienrient pat di^B liens particuliers

p^Vlliit ièlre pi^éléréea à des étrangers.

£i|fi« * J'Apôtre recommande: de faire du bien

quand nfiticiffn âbvnn^^le temps , c'esf-à-âlre de ne

pas temettre à demain le bie&<|ue nous :pouvons

faire au|ourd%isi; car qui saiife si nous le pour-

rionfis, et^.si le Joisr de demain notus sera ac-

cwdé?

EVANGILE

Saint Lnci ch, Ylli v. i*.

En ce f «nliM-^Hi » Jiémis al&It daftsune vlite appelée Na!m« avec ses diapiples, etvtie grande lbui« dépeuple; el lor.^qu'il était près de la pgrte de la ville, il aniva qu'on portait en terre vo ^ort qui était le fils unique d'aoe femme, et cette femme' était veuve, et elle était' alors accompagnée d'une grande ^antité de -personseé de là ville. Le Seigneur l'ayant vue» il en eut coiopassion, et loi dit i Ne ptéarea point ; et s'appjPQchaoty il toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêièrÇBt» et-fl dît i J«une homme, leve«-vou8, je vous le comtoànde. En même temps le mort se leva en son séant, et coléiîeiiça à parler « et Jésus le reudit à sa mère. Tous ceux qui «talent pèésehs- fbrent saisi» de frayeur, et ils glorifiaient nieu en disant : Un^geand^ prophète a paru parmi nous, et Dieti a visité scAs peuple.

' .€b fils unique mort qu'on porte eu tetre, celte mère qui le suit noyée de larmes, déjà veuve , et celte mort ()ui la prive du seul appui qui lui reste, qui lui ôte toute consolation , offre l'image d'un malheur qui ne semblait pas réparable. Jésus paraît, et la scène change. Il est toucha des pleurs de cette

9^ iNSTEuonaRS sur les épItees

mère infortunée; il rend la vie à son^ls , et l'appareil funèbre se convertit en une marche de joie et de triomphe.

Quoique d'aussi éclatans miracles que celui de la résurrection d'un mort, nécessaires alors pour prouver aux Jui& la vérité de la mission du Sauveur, «n'aient plus lieu, cependant, si nous voulions y faire attention , nous retrouverions souvent dans les événemens de la vie des traits si marqués de la même bonté avec laquelle Dieu se laisse toucher par nos larmes , que nous ne pourrions y méconnaître une providence particulière , une sorte de miracle dont il est impossible de ne point être frappé. Ce ne sont pas à la vérité des prodiges aussi surprenans que la résurrection de la fille deJaîre, du fils de la veuve de Naïm et de Lazare ; mais , pour être voilé sous des causes naturelles , le doigt de Dieu ne s'y montre pas moins de la manière la; plus manifeste. Ne voyons-nous pas fréquemment une circonstance heureuse et inattendue venir tout à coup nous délivrer des plus justes sujets 4^<^P~ préhension ? Une consolation inespérée n'a-t-elle jamais adouci des maux que nous croyions sans remède? N'est-il pas quelquefois arrivé qu'après avoir tremblé pour une tête bien précieuse , qu'après avoir vu un père ou une mère près d'être ravis à une famille éplorée, cependant cet objet si cher a été conservé et sauvé du plus imminent danger ? Laissons les âmes ingrates et irréligieuses ne voir dans tout cela que des choses ordinaires, qu'un hasard heureux, que l'effet d'agens secon-

ET LES ivAirGIIES^ 9?

daires? Nous qui savons que Dieu règle fout ^ que la vie des hommes est dans sa main , qu'à la prière fervente d'Ézéchias (i) , mêlée toutefois d'une sainte résignation , il daigne prolonger de quinze ans la vie de ce prince , qu^aucun événement grand ou petit n'arrive que ce ne soit de la volonté de Dieu , ne rejetons point la croyance si consolante d'une prévoyance divine qui dispose de tout, qui voit notre douleur , et qui y condescend , qui connaît nos besoins, et qui y compatit. Adorons-la , rendons-nous dignes de ses bienfaits en les avouant, en remontant à leur source , en offrant à l'auteur de tout bien le trîbut d'actions de grâces que lui doivent ses créatures, et disons comme ceux qui furent témoins de la résurrection du fils de la veuve de Naïm : « Dieu a daigné nous visiter dans sa miséricorde ; il a eu pitié de ceux qui le servent. »

Quelques saints pères ont vu dans ce mort ressuscité l'image du pécheur rendu à l'Église par une conversion sincère. Le péché lui avait fait perdre la grâce , et il était mort à la vie de l'âme. L'Église notre mère le pleure ; elle raccompagne de ses larmes et de ses vœux , tout enseveli qu'il est dans la malédiction , jusqu'à ce que Dieu , touché de sa douleur , lui rende ce fils qu'elle regrette en le ressuscitant à la grâce.

Heureux les pécheurs qui ressuscitent ainsi, et à qui le Sauveur dit , comme au fils de la veuve : Levez - vous , je vous le commande I Plus heu

^i) IV.Rois.XX. 3t

94 INSTBUClIOffS «en IBS BPiTHEft

reux ceux qui , après cette résnrrçction spirituelle , ne retombent plus , et conservent le précieux trésor qui leur a rendu la vie de l'âme !

POtJK

LE XVP DIMANCHE APRÈS. LA PENTECOTE.

Saint Paul aux Éphés,, ch. III, v. 1 3.

JVIbs frères» je vous prie de ne point perdre courage en me voyant souffrir tant de maux pour voua, puisque ces souffrances sont votre gloire. C'est ce qui o^e porte à fléchir les genoux devant le père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le principe et le chef de toute cette grande famille qui est dans le ciel etsor la terre, afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous fortifie dans fhomme intérieur par son Saint-Esprit ; qu'il fasse que Jésus-Christ habite par la foi dans vos cœurs ; et qu'étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la longueur et la largeur, la hauteur et la profondeur de ce mystère, et connaître l'amour de Jésus-Christ envers nous, qui surpasse toute connaissance, pour être combles de toute la f^nitude des dom^ de Dieu. Que celui qui, par la puissance qui agit en nous avec efficace , peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons, et tout ce que nous pensons, soit glorifié dans l'Église par Jénus-Clirist, dans la succession de tons les iges et en tous les siècles. Amen.

Saint Paul avait fondé Téglise d'Éphëse , et il regardait comme ses enfans les habitans de cette ville où il avait planté la foi (*)• Il était en prison

P Éphése , ville de TAsie mineure Tameuse par son temple de

ET LE9 ÉVAIfGlLBg. gS

à Rome pour cette même fol, lorsquMl écnyait cette lettre aux JÊphésiens. Les souffrances dont il parle sont celles de sa captivité, suivie bientôt après de son martyre. Il craignait que la persécu*tion ne décourageât ces nouveaux chrétiens , non encore affermis dans les vérités qu'il leur avait annoncés, et que Tappréhension d'un pareil sort ne les fit retourner à leurs anciennes erreurs. Il leur lait entendre que les persécutions , loin de leur être nuisibles, leur sont au contraire proAtables, en ce qu'elles deviennent pour eux un nouveau motif de confiance, puisqu'on ne s'expose pas à la prison, aux tourmens, à la mort, pour une doctrine qu'on croit fausse ; et que , d'un autre côté, il n'y aurait ni mérite, ni gloire à soutenir la vérité, si, en la soutenant, on n'avait aucun risque à courir. Les fidèles, d'ailleurs, devaient s'attendre aux tourmens qu'ont eus à essuyer les fondateurs du christianisme. Le Sauveur en avait prévenu les disciples lors de leur première mission (i). « Je vous envoie , leur avait-il dit , comme des brebis au milieu des loups; vous aurez des contradictions à essuyer, des persécutions à souffrir; on vous traduira devant les assemblées ; vous y serez frappés de verges ; on vous fera comparaître devant les rois et les princes. » Il n'arrivait donc à saint Paul et aux autres chrétiens que ce à quoi ils devaient s'attendre. Loin aussi que leur zèle en fût refroidi , c'est au milieu des persécu*

Diane, qui passait pour une des tome It^ page 387. vterveilles du inonde. Saint Paul y (i) Matlb. , X. 16 , 17 , 18. prêche l'Évangile. Voyc» U Bible ,

96 INSTBUGTIOKS SCfi LES ÉpItAES

tions dont TÉglise avait été afîligée pendant trois siècles entiers > que la doctrine du Christ se répandit dans, tout l'univers 9 et qu'elle sortit glorieuse de tant de combats.

Nous n'avons plus aujourd'hui à craindre ces persécutions; nous ne sommes plus menacés des mêmes dangers , et la foi n'y a pas gagné. Au lieu de ces ardens défenseurs de la doctrine de Jésus , on ne trouve plus que de faibles disciples de l'Évangile; et le calme, en relâchant la surveillance que chacun exerçait sur soi-même ^ est devenu plus funeste que la tempête.

Ne rcste-t-il pas néanmoins assez d'obstacles à notre salut pour qu'il nous faille travailler continuellement à les vaincre , et assez d'ennemis de l'Évangile de Jésus-Christ pour que nous soyons sans cesse sur nos gardes contre leur attaque ? N'avons- nous pas à nous garantir des mauvais exemples dont nous sommes entourés ; de l'oubli des principes du christianisme qui règne presque généralement; de l'insouciance d'une autre vie, qui a gagné presque toutes les classes de la société ; de l'immoralîté qui ne craint plus de se montrer à découvert, et qui est parvenue à attacher une mauvaise honte à l'acquit des devoirs religieux, pour en écarter plus sûrement les âmes encore timorées sur lesquelles la religion a conservé quelque empire ?

C'est au niiUeu de ces dangers qu'il faut redou-*" bler d'efforts , et travailler à fortifier en soi l'homme intérieur dont parle saint Paul; c'est-à-dire l'es-

prit de foi et de charité , qui seul peut nous rendre agréables à Dieu , e% nous fortifier dans sa grâce; Plaignons ceux qui ont le malheur de Toublier, ou la faiblesse de ne point retourner à lui par la crainte du jugement qu'en porterait le monde. Nos rapports avec le monde sont d'une courte durée. N'attachons à son opinion que la valeur qu'elle a. L'essentiel est d'être bien avec Dieu 5 qui ne change point et n'a point de fin. Une éternité de bonheur ou de peines ^ par laquelle doit se •terminer la vie de l'honune sur cette terre de passage, vaut bien qu'il y songe, pour éviter l'une et mériter l'autre.

ÉVAKGILE.

Saint Luc, ch. XIV, v. i.

JjiH ce temps-là, un jour de sabbat, Jésni entra dans la maison d'un des principaux pharisiens pour y prendre son repos ; et ceux qui étaient là , robservaient. Or , il y avait devant lui un homme hydropique; et Jésus, s'adressant aux docteurs de la loi et aux pharisiens, leur4ît : Est-il permis de guérir ies maiadet au jour du sabbat F Et ils demeurèrent dans le silence ; mab lui , prenant cet homme par la main , le guérit, et le renvoya. U leur dit ensuite : Qui est celui d'entre TOUS qui, voyant son âne ou son bœuf tombé dans un puits ^ ne l'en retire aussitôt le jour même do sabbat F Et ils ne pouvaient rien répondre à cela. Alors, considérant comme lès GODTièd choisissaient les premières places, il leur proposa cette parabole , et leur dit : Quand vous sere^ conviés à des noces , ne prenez point la première place , de peur qu'il ne se trouve parmi les conviiés une personne plus considérable que tous ; et que celui qui aura invité l'un et l'autre ne vous dise : Donnez votre place à celui-ci , et qu'alors vous ne soyez réduit à vous tenir avec honte aa dernier lieu. Mais quand vous

98 iNSTBvenoiis svb lbs ApiraBs

«irez été eontM, alleE voui mettre à la deraiète place , afin que oeiai qai voi|« a convié» Tenant i vç^, toqi dite : Mon aipi , montes plus haut. Et alors ce voi^ sera un sujet de gloire devant ceux qui seront à table avec vous ; car quiconque l'élève sera abaissé , et quiconque s'abaisse sera élevé.

Dans oet évangile se prétentent plusieurs choses qui sont digpes d*une remarque particulière, et dont on peut tiver des moyens d'instruction.

Arrètons^nous d^abord à la malignité de ees pharisiens qui, au lieu de profiter de Toceasion pour entendre Jésus et tirer avantage de la sagesse de ses discours , aimeat mieux Tobserver â mauvais dessein , pour tâcher de découvrir quelque chose de blâmable dans ses discours ou dans ses actions. Cette conduite^ extrêmement répréhensiblc et contraire à la charité, n*est que trop commune daQs le monde. Si nous trouvions en nj^us quelque germe de cet esprit de malignité , deux considérations semblent suffisantes pour nous porter à le détruire : la première , e*est que nous ne voudrions certainement pas en être Tobiet, et que nous nous trouverions blessés d*un examen fait avec d'aussi mauvaises intentions : nous devons donc, de notre côté, nous en abstenir; la deuxième, c*est que oet esprit de critique, qpoique la méchanceté humaine s'en anwse ordinairement, ne laisse pas que de rendre odieux celui qui s'y livre» J'omets une troisième considération , qui est celle de l'amour du prophaijo , m^nifesten^ent violé dan^ ces circonstances.

Nous pouvons tirer de la conduite du Sauveur^

i regard de ces pharisiens, une leçon non moins utile. Il ne leur fait aucun reproehe; il ne leur laisse pas même apercevoir qu'il a pénétré leur dessein ; mais , en guérissant le malade qui lui est présenté , et en le guérissant le }our du sabbat , il leur fait entendre que les œuvres de la charité sont de tous les moraens ; qu'on doit à sou prochain de bons offices toutes les fois qu^on peut les lui rendre ; que rien , pas même l'observation de quelque précepte , tel que celui de la loi du repos, ne peut en dispenser, parce que la première et la plus importante de toutes les lois, est d'être bienfaisant et secouraUe à autrui, quand l'occaslo» l'exige , ou qu'elle se présente.

Enfin nous trouvons dans la parabole qui termine oe même évangile un autre sujet d'instruction. Nous y apprenons de quel avantage est la modestie, et à combien d-inconvéniens , ^ même d'humiliations, peut exposer une conduite présomptueuse. L'effet ordinaire que produisent les prétentions est de prévenir contre ceux qui en montrent ; elles marquent communément un petit esprit, la présomption étant le partage et presque le signe caractéristique de la médiocrité. « La modestie, dit un grapd prédicateur, qui devrait être naturellement la vertu des imparfaits , est au contraire oeUe des parfaits; et les présomptueux ont toujours été ceux qui devraient le moinSi l'être» (i).

Indépendamment des principes religieux, il j

<i) Pourdaloue» «erm. du XVI. dim. après la Pentecôte.

100 ^INSTRUCTIONS 8tR LES éptrâBS

aurait donc encore un véritable avantage à se mon* trer modeste. On ne choque alors l'amour-^propre de personne, et le peu de cas qu'on parait faire de soi-même devient une sorte d^liommage rendu à la s^iipériorité des autres ^ duquel ils vous savent gre ; de sorte que , quand on ne serait guidé que par des vues humaines , on serait encore intéressé à ne point se faire valoir.

Mais rÉvangile considère la modestie sous un rapport, plus parfait , parce que les vertus qui ne sont fondées que sur des motifs humains sont frêles et vaines. C'est quand elles ont Dieu pour objet qu'elles ionl véritablement solides et qu'on peut compter sur elles.

fOUB

LE XVIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE,

ÉflTRE.

Saint Pau( aux Éphés., ch. IV, Y. i.

JVxBS frères, je voa^ conjure, moi qui tuû dans les chaîoet pour le Seigneur , de vous conduire d'une manière qui soit digne de Tétat auquel vous avez été appelés , pratiquant en toutes choses l*humilitë, la douceur et la patience ; tous supportant les uns les autres avec charité, et travaillant avec soin à conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix. Qu'il n'y ait parmi vous qu'un corps et qu'un esprit t comme il n'y a qu'une espérance , à laquelle vous avez tous été appelés; il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi et qu'un baptême. Il n'y a qu'un Dieu, père de tous, qui est au-dessus de tous, qui étgnd sa ffwidenee sur tous , et ^u». rèiidii ^

BT LE8 évAKGILBS. 101

Tout dans le christianisme tend à rapprocher les hommes entre eux;'[et si ses principes étaient bien suivis par ceux qui le professent, non-seulement tous les chrétiens, mais même tous les hommes, ne ibrmeraient qu'un peuple de frères. Les que-» relies, les discussions, le fléau des guerres disparaîtraient, parce qu'il n'y aurait plu& qu'un seul intérêt, celui de la charité universelle. Notre nature faible et viciée ne permet pas , il est vrai , cet état de perfection ; mais l'Évangile ne manque jamais de nous le mettre sous les yeux comme un beau modèle , et"^ de nous le proposer comme un but vers lequel nous devons tendre continuellement. C'est assurément un grand et beau système religieux que celui dont les vues sont si sages et si éminemment fraternelles : et cela seul suffirait pour prouver que ce n'est point l'ouvrage des hommes , et qu'un tel présent ne peut venir que du ciel.

L'unité est donc un des principaux fondemens du christianisme ; et il ne doit y avoir parmi les chrétiens , comme le dit l'Apôtrê , qu'un corps et qu'un esprit. L'unité est un si grand bien , qu'on doit tout sacrifier pour la conserver, parce que c'est le lien de la paix. Tout, dans le christianisme, est rappelé à l'unité. Il n'y a qu'un Dieu créateur , qui est le Père ; il n'y a qu'un Dieu rédempteur , qui est le Fils et notre Seigneur Jésus-Christ ; il n'y a qu'un Dieu consolateur et source dé lumières, qui est le Saint-Esprit : et quoique le Père, le Fib et le Saint-Esprit soient trois personnes, ces tiois

personnes sont tin, parce qu'elles n*ont qu'une jseole el même nature > et ne forment qu'une seule et même divinité.

II n'y a qu'un baptême, qui nous est commun à tous. S'il y a sept sacremens , il ti'y a pourtant qu'uà seul salut, auquel Dieu a voulu qu'ils ct>ntribuassent. S'il y a dix commandemens , ils se rapportent néanmoins à un seul, à celui-ci :

Aimez Dieu; parce qu'en aimant Dieu véritablement , on les a tous accomplis. Il n'y a qu une foi , qui est la croyance contenue dans le symbole des apêtres et dans les décisions' de l^Ëglise. Il n'y a et ne peut y avoir qu*une charité , parce qu'elle embrasse tout. Il n^y a qu'une espérance, celle de la vie éternelle; qu'un seul moyen d'y parvenir ^ savoir, la pratique des bonnes œuvres et des ver« tus chrétiennes. Enfin il n'y a qu'une seule Église, l'Église catholique; qu'un seul chef invisible de cette Église, qui est Jésus-Christ; qu'un seul ehcf visible, ou vicaire de Jésus-Christ, qui est le souverain pontife.

L'esprit d'unité et de paix est donc eelui dotit tout chrétien doit être animé. L'Apôtre nous ap~ ^ prend que cet esprit est le fruit de l'humilité, de la douceur et de la patience. £n effet , que peut-* on disputer à celui qui est humble, puisqu'il se met au-dessous de tout le monde, et qu'il ne choque et ne contrarie J'amour-propre de personne ? Qu'y aurait-il à démêler avec celui qui est doué de l'esprit de douceur, puisque cet esprit porte à tout concilier ou à tout céder quand on ne peut

Et XB8 BVAHfilLIS. lo3

'autrement conserver la paix? Qui ne serait à la fin désarmé par Tesprit de patience , puisque cet esprit apprend et détermine à tout supporter ?

Mais, dira-t-on, chacun a son caractère, et il n^est pas donné à tout le monde de se plier, soit aux volontés d'autrui, qui ne sont pas toujours fondées sur la justice et sur la raison; soit aux cirooiistanoes, qui soufent sont pénibles et contredisent nos intérêts ou nos dessein!!; soit à l'humeur de ceut avec qui nous vivons, laquelle est. souvent opposée à la nôtre , et quelquefois impérieuae et désobligeante.

Chacun a son caractère sans doute ; mais aussi chacun a les lumières de la raison et les conseils de la religion pour le réprimer, quand il n'est pas tel qu*îl doit être. £t sommes-nous plus heureux quand nous nous livrons à son impétuosité, et quand nous cédons à nos premiers mouvemeas ?

Bsl-il en notre {Pouvoir de changer la ilafui^ ded choses ? £n y songeant bien , on verra que suppôrteir avec l'ésignation ce qu'on iie petit empéchei*, est totijotirs le parti le pltis sage et le plus^ prôfilabie ; et qu'en cela comme en tout, lés conseik dé la raison sont toujours d^accord avec les préceptes de la religion. Un païen a dit t que les maux sans remède ne trouvaient de soulagement que dans la patience i (i). Ils en trouvent un bien plus sûr dans la soumission à la volonté de Dieu , ^i ne laisse point sans récompense cette vertu.

(0 Horace, liv. l, od. 25.

104 IHSTRVCnOHS SUA £B8 éptlRES

ÉYASGILE.

Saint Matth,, ch. XXII, v. 3^4-

Juir ce temps-Iè^les pharisiens ^ ayant appris que Jésus aidait ferme la bouche aux saducéens (*), tinrent conseil ensemble 9 et Tun d'eux , qui était docteur de la loi , Tint pour le tenter en lui faisant cette question : Mattre, quel est le grand commandement de la loi ? Jésus lui répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit; c'est là le premier et le grand com* mandement. £t voici le second , qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandemens. Or , les pharisiens étant assemblés , Jésus leur fit celte demande: Que vous semble -t-il. du Christ? De qui doit-il être fils r Ils lui répondirent : De David. Et comment donc, leur dit -.il , David l'appelle - 1 - il en esprit son Seigneur » par ces paroles : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyezvous à ma droite , jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à TOUS servir de marchepied f Si donc David l'appelle son Seigneur, comment est-il son fils F Personne ne put rien répondre; et» depuis ce jour-là » nul n'osa lui faire des questions*

La. science n'est pas toujours ce qui nous guide le mieux. Si., comme il arrive trop souvent , elle n'est point assaisonnée de la sagesse, si Toi^eil et une trop haute estime de soi-même l'accompagnent , elle égare plus qu'elle ne sert. Il n'est pas même rare , dans la société 9 qu'elle rende in&up« portable. En lisant l'Évangile^ on a pu remarquer que ceux qui profitent le plus des leçons du Sauveur sont des gens simples. C'est parmi des pau-

> (*) Les saducéens étaient une secte à Jésus des questions insidiense«is de Juifs qui niaient la résurrection, mais le 2>auveur les confondit. Ib étaient aussi venus pour faire

tt Lis ÉVANCIUS. 105

vres et des ignorans qu'il a choisi ses disciples ; et si quelques savans, quelques docteurs l'approchent 9 c'est presque toujours plutôt pour le tenter et le surprendre dans ses discours, que pour profiter de ses instructions. Ne négligeons point de nous instruire selon que l'exigé notre condition et l*état auquel nous sommes destinés 9 parc^ que c'est un devoir; mais persuadons-nous bien que 9 même quand nous savons beaucoup , il n'y a ^Sts lieu d'en concevoir de l'orgueil , parce que nous ignorons encore davantage ; et croyons 9 avec l'atiteur de Vlmitation (1)^ «qu'une humble connaissance de nous-mêmes est une voie plus sûre pour aller à Dieu que toutes les connaissances les plus profondes de la science; et que 9 bien que la science soit bonne en elle-même 9 une conscience ^ure et une vie vertueuse valent encore mieux. »

La vraie science 9 la première de toutes les sciences 9 c'est la connaissance de la loi> de Dieu 9 parce que c'est notre règle de conduite. Or, Jésus-Christ réduit toute cette loi à quelques mots : « Aimez , dit-il, le Seigneur de tout voire cœur 9 de toute votre âme 9 et de tout votre esprit. » C'est le pre-^ mier et le plus grand commandement ; et voici le second, qui est semblable à celui-là : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même. » Il ne faut ni une grande étendue d'esprit pour comprendre ces deux commandemens9 ni de grénds efforts de mémoire pour les retenir ; et cependant le Sau* veur nous assure que toute la foi 9 que tout ce

(i) Imitation de Jésus - Christ , liv. I , ch. III. 4.

I06 IHSTEVCTIOHS STA LB8 AfItASS

qa^ont dit les prophètes est renfermé dans ces deux commandeniens.

Il faut aimer Dieu. Pour peu qu'on y songeât^ combien cela devrait paraître facile ! Dieu est la bonté et la Térité même. L'idée de Dieu renferme tout ce qui est aimable , tout ce qui est adorable^ Tout d'ailleurs nous vient de Dieu; c'est lui qui nous a créés , c'est iui qui nous conserve y qui nous nourrît. Il nous destine un bonheur éternel. Q^ue de motifs pour ainker !

On doit aimer le proehaia , et oe prochain ee sont^ous les hommes ^ même nos ennemis. Cela parait plus difficile et répug;ne un peu à notre nature ; mais cependant n'est-il pas plus doilx d'aimer que dé haïr; et tous les hoùimes^ quels qu'il» soient > ne sont-ils pas nos frères 9

Il faut aimer le prochain eonune soi-même. On peut donc s'aimer ? Oui , sans doute , et même on le doit. Siais s^aimer n'est pas se préférer à tout , n'est pas caresser ses penchans 9 n'est pas satisfaire ses goûts ) ni obéir à ses passions : tout cda^. au contraire y est se haïr. Bt une preuve que ce n'est pas s'aimer ^ c'est qu'en obéissant à ses goûts et en se laissant dominer par ses passions, on s'expose à des inconvéniens qui font payer cher de prétendus plaisirs qu*on s'est procurés. Ce n'est donc pas s'aimer , puisque c'était se préparer des peines. Le roi -prophète l'a dit (1): Celui qui aime l'iniquité hait son âme , c'est-à-dire se* hait lui-métne. On s'aime bien davantage, et on s'aime comme Dieu le veut, en se conduisant sagement^

BT I.BS iVANGIUlS; ^ VOy

en remplissant ses devoirs , el surtout en vivant religieusement : puisque par Ul on se procure la tranquillité de conscience ^ qui est le plus gpraad de tous les biens dans cette vie ^ et qu'on se ïnénage pour l'autre un bonheur qui ne fînit point.

POITR

LE XTIIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

ÉPITRE

Saint Paul aux Corinth,, cb. I, y. 4*

]VIi« frères» je rendf à Éftob Dieti des actioiift dt pticéêtôn^ .tîiraellcs pour tous , à cinse de la grâce de Dîea qm Toas a été donnée en Jésus-Christ, et de toutes les richesses doot TOUS ayez été comblés en lui dans tout ce qui regarde le don de la parole et de la science ; le témoignage qu'on tous a reridu de Jésus-Cfaiist ayant été ainsi confirmé parmi vous» de sorte qu'il ne vous manque aticun doa dWîo dans l'attenteoù vous êtes de la manifestation de notre Scigneut Jésus- Christ. £t Dieu vous affermira encore jusqu'à la fia, pour^ vous rendre irrëpréheîisibles au jour de ravénement de Jésus- Christ notre Seigneur.

Si» à Texemple de saint Paul, nous rendions, grâces à Dieu pour tous les bienfaits que nous en recevons » notre tie ne serait qu'une continuelle action de grâces; car il n*est pas un seul jour oit nous ne soyons favorisés de quelque avantage spirituel ou temporel. La vie elle-même, et notre nourriture journalière 9 ne sont-elles pas des bienfaits de tous les momens, puisfque'» si Dieu cessait de nous soutenir de sa main paternelle 9, nous toBti"^

I08 INSTRVCnOHS SUA LB8 é^ÎTBES

berîons Incontinent dans le néant, et que la terre serait frappée de stérilité , si Tesprit de fécondité n*y était pas continuellement entretenu par la bénédiction divine. Et combien d'autres grâces ne recevons-nous pas I combien même n'en obtiendrions-nous point encore, si nous savions le^ demander! La main de Dieu sans cesse ouverte ne demande pas mieux que d'avoir à les répandre. Cependant, objets de continuels bienfaits , à peine songeons-nous au bienfaiteur I L'babitude du bien le rend nul pour nous ; et tandis même que nous en jouissons, il ne faiit sur nos âmes ingrates presque aucune impression. Soyons un peu plus attentifs sur nous-mêmes , et nous trouverons de nombreux et de puissans motifs de reconnaissance et d'actions de grâces.

Remarquons cependant que les richesses dont parle saint Paul , et dont il remercie Dieu d'avoir comblé les fidèles auxquels il écrit , ne sont pas les richesses de ce monde; il en connaissait trop bien la vanité. Quoiqu'on des mains chrétiennes elles puissent devenir des moyens de salut par le bon usage qu'on en fait , il n'est pas moins certain qu'elles sont communément un obstacle à notre sanctification , parce que leur effet le plus ordinaire est d'amollir ceux qui les possèdent , et parce qu*on les emploie plutôt à satisfaire seis goûts et ses passions qu'à de bonnes œuvres; parce qu'enfm on les détourne de leur véritable destination. Que ceux donc à qui la Providence le8\^ départies sachent qu'ils n*en sont que le» économes , qu'ils doivent les partager avec les pau-

ET IKS éVÀNGIUS. log

vres , et qu*un juge sévère leur en demandera iin jour un compte exf^ct.

Les richesses dont il est ici question sont bien plus précieuses : ce sont les dons de Dieu. Saint Paul parle particulièrement du don de la parole et de celui de la science. Ces dons sont nécessaires pour instruire ; car il faut que ceux qui sont chargés d*instruire les autres aient non-seulement une connaissance étendue de ce qu'ils doivent enseigner , mais soient encore doués du don de la parole pour s'exprimer clairement et de manière à se faire entendre. Ces dons ne sont pas nécessaires à tous, parce que tous ne sont pas chargés de renseigne^ ment. Mais il est d'autres dons qui sont nécessaires à tous» parce qu'ils contribuent puissamment au salut. L'Ap6tre parle de ces dons lorsqu'il dit aux mêmes fidèles : t Une vous manque aucun don divin dans l'attente de la manifestation de notre Seî* gneur Jésus- Christ. • En effet , croire à cette ma« nifesfation^ et l'attendre fermement» est le fruit des dons les plus nécessaires au chrétien; car on croit à la manifestation de Jésus*Christ par la foi, et on l'attend par l'espérance : deux vertus qui ne peuvent pousser dans l'âme de profondes racines sans y faire naître l'amour de Dieu , qui est le complément de tous les dons, et au moyen duquel nous persévérons dan!$ le bien et dans les bonnes œuvres. Prions Dieu de nous accorder ces dons précieux , et de les affermir en nous jusqu'à la fin, pour que, suivant l'expression de l'Apôtre, nous soyons trouvés sana crime au jour de l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ.

110 IHSTlUCnOHS SUA U» iPITEBS

ÉVANGILE

Saint MaUh., cb. IX, t. t.

Juir ce tein|>8-là, Jësiu ëtant entré dans une barque, passa au-delà dei'emkf et vint & la vilie (*); et comme on lai eut pré' sente un paralytique couché dans un lit , Jésus » voyant leur foi, dit i ce paralytique : Mon fib, ayes confiance, vos pêches TOUS sont remis. Aussitôt quelques-uns des docteurs de la loi dirent en eux-mêmes : Cet homme blasphème. Maïs Jésuft , connaissant ce qu'ils pensaient , dit : Pourquoi donnez- Vous entrée dans tos cœurs à de mauvaises pensées f Car lequel est le plus aisé, ou de dire : Vos péchés vous sont remis y ou de dire : Leves-vout« et marchez f Or, afin que vous sachiei que le fils de Thornme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Levez-vous, je vous le commande, dit-il au paralytique : emportez votre lit , et vous en allez en votre liaison. Au même moment le paralytique se leva, et s'en alla en sa maison. Le peuple, voyant ce mirflcie, fût rempli de crainte, et rendit gloire à Dieu de ce qu'il aviit donné one telle puissance aux hommes.

Quelques moralistes ont regardé l'état da para-* lytique dont il est paHé dans cet évangile comme Timage de l'impuissance dans laquelle le péché nous a mis ; de sorte que nous ne pouvons opérer le bien par nous-mêmes, et qu'il nous faut le secours d'une grâce qui nous guérisse et nous rende , pour ainsi dire, l'usage de nos facultés spirituelles. Jésus- Christ a guéri le paralytique ; c'^t aussi à la grâce de Jésus-Christ à nous guérir. Mais , si nous

(• A Gapinrnaûm , ville de Ju- sa prédication. Elle était siloëe au dëe, où Jésus ût sa principale rési- bord nord-est du lac de Tibëriade , donce pendant lei trois années de sar la dve droite dn Jourdain*

ST LES ÉVAK61LE8. Ilf

vcKilons être guéris , il faut nous souvenir des paroles du Sauveur au paralytique : c Mon fils, ayez confiance » : alors, comme à lui, nos péohés boqs seront remis. Cet état de Tâme , cette paralysie spirituelle est d'autant plus dangereuse y que sou* vent nous n'en avons pas connaissance, ou que nous faisons notre possible pour nous la dissimuler. Insensés que nous sommes I parce que doUs nous sommes habitués au danger, nous croyons n'avoir rien à en craindre et en être à l'abri ! Mais interrogeons notre conscience; demandons-nous si nous aimons Dieu , si nous accomplissons ses préceptes, et si nous remplissons fidèlement nos devoirs ? Un coup-d'œil sur nous-mêmes nous aura bientôt dévoilé notre situation ; et nous verrons oonibien de choses ^nous aurons à nous reprocher , combien il est nécessaire que nous cherchions à guérir notre âme blessée profondément , et que nous recourions à celui qui peut seul opérer notre guérison.

Les pères ont remarqué que Jésus guérit l'âme du paralytique avant de songer à son corps, c Mon fils, dit-il , vos péchés vous sont remis ; » voulant sans doute nous faire entendre par là combien la guérison de l'âme doit plus nous intéresser que celle des infirmités corporelles. £n effet , que peutil résulter de celles-ci ? quelques souffrances du naoment , dont il nous est possible même de tirer avantage pour notre salut, ou tout au plus la mort, à laquelle tôt ou tard nous ne pouvons échapper , et qui, toute prématurée qu'on peut la supposer,.

112 IV8tA17GTI05S SUA LBS épÎTAES .

n'abrège la vie (jue de quelques courte instans :.au lieu que le péché, en nous rendant ennemi de Dieu, tue notre âme, et que cette mort, à moins que nous ne ressuscitions à la grâce par les sacremens, est une mort éternelle (i). Combien cette dernière mort est plus terrible que la première ! Nous trouvons de plus dans cet évangUe plusieurs preuves de la divinité de Jésus-Christ, qu'il est utile de faire remarquer, parce qu'elles sont propres à convaincre tout esprit juste et impartial de cette vérité , qui est la base du christianisme. 1** Jésus remet les péchés au paralytique, prérogative qui ne peut appartenir qu'à Dieu , et qui fait dire intérieurement aux docteurs de la loi : t Cet homme blasphème. » a"" Jésus devine les pensées secrètes des cœurs , connaissance que Dieu seul peut avoir. Le Sauveur pénètre dans l'âme de ces docteurs enflés d'orgueil. Il voit ce qui s'y passe. «Pourquoi, leur dit Jésus , donnez-vous entrée dans vos cœurs à de mauvaises pensées ? » 3** 11 leur prouve qu'il a droit de remettre les péchés , puisqu'il a le pouvoir de faire des miracles, a Levezvous, dit-il au paralytique , emportez votre lit et vous en allez à votre maison, i En même temps , recouvrant l'usage de ses membres, le paralytique se lève et obéit. Pouvait-il y avoir une preuve plus complète que le pouvoir divin résidait en Jésusj Christ, et par conséquent le droit de remettre les péchés ? L'évangile ne dit pas que ces motifs aient fait quelque impression sur les docteurs témoins

(0 Mattli. 7L 28.

ET LES évAlTGIIES. Il3

d'une œuvre si merreilleuse ; mais il dit que le peuple, Payant vue, fut rempli de crainte et rendit gloire à Dieu. Nouvelle preuve que ce ne sont pas les savans qui profitent «le mieux des grâces ;' et que rhumilité du cœur vaut mieux qu'une science vaine et orgueilleuse (i).

POUB

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