‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructionsChapitre 11 sur 29 · LE XX* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE XX* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

ÉPITRE

Saint Paul aux Éphe's, , cb. V, ▼. i5.

jyiis frères, ayez soin de vous conduire avec une grande circonspection , non comme des personnes imprudentes > mais comme des hommes sages , rachetant le temps , parce que les jours sont mauvais, lie soyez donc pas indiscrets; mais sachez discerner quelle est la volonté du Seigneur , et ne vous laissez pas aller aux excès du vin , d'où naissent les dissolutions ; mais remplissez-vous du Saint-Esprit » vous entretenant de |>8aume8, d'hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond de vos cœurs d la gloire du Seigneur , rendant grâces en tout temps et par toutes choses à Dieu le fère au nom de notre Seigneur Jësus-Christ , et vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Jësus-Ghrist.

L*APÔTftE, dans cette épttre, recommande aux fidèles d'être circonspects, et de se conduire avec prudence. Rien n^est plus nécessaire, en effet, que la circonspection ; mais j'en distin^e de deux sortes : l'une que j'appellerai humaine , parce qu'elle est dictée par le propre intérêt de chacun, et qu'elle n'a rapport qu'aux hommes. Cette circonspection consiste dans une attention réfléchie sur nous-mêmes , pour ne rien dire ou faire qui nous compromette ou qui blesse autrui : c'est une sorte de retenue qui nous l'ait mesurer nos actions et nos discours avant de les hasarder ; et rien sans

ET LES EVAKGIiES. 121

doute n'est plus sage. £lle nous apprend aussi à rendre à chacun ce qui lui est dû, selon son rang , son état 5 son mérite; elle nous fait étudier lea inclinations, les habitudes, Thumeur des personnes avec qui nous vivons, pour tâcher de leur être agréables, et de nous en faire ou aimer ou estimer. Cette circonspection, qu'on pourrait ausi^î appeler la connaissance et la pratique dés égards et des ménagemens qu'on se doit à soi-même^ et aux autres, est quelquefois Tefiet d'un naturel heureux, qui porte k faire ce qui convient. Quand on ne l'a pas reçue ^e la n^iture, elle peut devenir 1^ fruit de l'éducation et des bons exemples , ou dd Texpérience. Elle est utile dans tous les états ; les grands n'en ont pas moins besoin que les au-» très , leur conduite étant plus observée. Le prix que l'on attache à leur opinion la leur rend peutêtre plus indispensable. Jamais on n'y manqite sans qu'U en résulte des inconvéniens.

Cependant quelque précieuse que soit cette circonspection, et quelque soin qu'on doive mettre fL l'acquérir, elle peut subsister avec des vices. Nulle part il ne règne plus de circonspection que dans les cours, et toutefois ce n'est pas dans les cours qu'il y a plus de véritables vertus : c'est qu'il n'appartient qu'à la religion de produire celles-ci.

Muis il est une autre circonspection qui les commande toutes, etqu*elles accompagnent toujours. Je l'appellerai drconspeetian retigietue; et c'est celle que recçHnynande l'Apôtre. Cette, circonspection consiste à mesurer tellement nos actipns,

122 ursnvcffiOHs 9ce ies epItees

qu'il û'y ait «a elles rien qfui paisse déplaire à IHeu. Elle nous fait veiller sans cesse sur noufr-mèoiesy afin qa^t ne iKms échappe rien <le contraire à nos devoirs ; rien ipti an-dehors blesse Toeil du prochain, rien qui au -dedans puisse nous être reproché par notve conscience; elle va jusqu'à modérer notre Eèle<et ta retenir dans de justes bornes, afin qu^ soit selon la sa^;esse ; car les veitns mé- ■KS o0t des linrîtes qu^eMes ne doivent point dépasser ; et, suivant F Apôtre, on ne serait pas sage, si Ton ne savait pas t*étre avec modération (i). En un mot, cette circonspection nous rend dlserets, pradens, réservés; elle nous fait considérer Dieu comme la seale Itn de nos actions , et disoer* ner en quoi consiste sa ^volonté.

C'était cette circonspection qui distinguait les premiers chrétiens. Elle avait banni d'entre eux tout scandale, toute débauche, -tout plaisir dissolu. Ils passaient leur vie ou dans des occupations utiles, ou dans des entretiens pieux : et c'est ce que saint Paul appelait racheter le temps (3), parce que c*était le bien employer. S'ils rompaient le silence , c'était pour louer l>ieu , pour le remercier de ses bienfaits , pour célébrer sa puissance. Le christianisme d'aujourd'hin est loin du christianisme de ces premiers temps. Si nous ne pouvons revenir à cet état de perfection , du moins n'oublions pas Dieu tout-à-lait. Recueâlons-noas quelquefois pour lui payer le tribut de louange qui Kii est dû. Mais , pour rendre cet hônmiage

(1) Eom. , XII. 3. (q) Épbés. , V. 16.

ST US ivÀireiLis. laS

di^e de lui» il faut y joindre la pureté du eœur : celui-là aime Dieu davantage f le loue le mieux 9 l'honore comme il veut Têtre, dont les mœurs sont les plus pures , qui est le plus humble , le plus sage» le plus résigné à sa volonté 9 le plus prompt à lui faire les sacrifices qu'il exige.

ÉVANGILE

Satnt Jean, ch. IV, ▼. 36.

Hj« ce temps-là , il y avait uo officier dont le fiU était nui« lade à GapharnaUm » le<|uel, ayant appris que Jésus venait de Judée en Galilée, Talla trouver, et le pria de vouloir venir cbcE lui pour guérir son fils , qui s'en allait mourir. Jésus lui dit: Si vous ne voyez des miracles, vous ne croyez point. Cet officier lui dit : Seigneur , venez avant que mon fils meure; Jésus lui dit : Ailes, votre fils se porte bien. Il crut & k parole que Jésus lui avait dite, et s'en alla ; et comme il kni* vail, ses serviteurs vinrent au«devant de lui, et lui dirent : Votre fils se porte bien. Et s'étant eoquîs de l'heure qu'il s'était trouvé mieux, ils lui répondirent : Hier, environ à là septième heure du jour, la fièvre le quitta. Son père reconnut que c'était à i;ette heure-là que Jésus lui avait dit : Votre filt se porte bien; et il crut, lui et toute sa famille.

' Lbs moralistes ont remarqué qu'on recourait rarement à Dieu dans les sucoès. Gependani ils viennent de lui , et ils sont dus à sa bonté à notre égard. Ainsi c'est au moment où nous avons le plus de grâces à rendre à l'auteur de tout Uen que nous, songeoys le moins à lui. Puisque le bon-^ heur nous aveugle et nous rend ingrats , est-il étonnant que Jésus^Chrjist ait dit : a Bienheureux

124 IKSTRUGTIOirS SUR IBS BPÎTRBS

les affligées! bienheureux ceux qui souffrent 1 1(1) Bénissons le malheur s'il nous ramène à Dieu , s'il nous fait revenir à lui sincèrement , si son effet est de nous faire rentrer en nous-mêmes. L'évangile d'aujourd'hui nous montre un de ces heureux fruits du malheur dans l'exemple de l'offîcier dont le fils était malade à Capharnaûm. Peut-être n'avait-il jamais songé au Sauveur. On ne voit pas qu'il ait été assidu à ses prédications; mais son fils ét^iit dangereusement malade, il se mourait, et le bruit des guérisons opérées par Jésus étant parvenu à sa connaissance, il accourt, il s'empresse , il se présente à Jésus , il le prie de vouloir bien venir pour guérir l'enfant qu'il est sur le point de perdre. Quoique la forme dfi sa demande n'annonçât point une foi bitn parfaite, Jésus ne le rebute point ; il se contente de lui faire un léger reproche. « Vous autres grands du monde, lui dit-il , à moins que vous ne voyiez des miracles et des prodiges , vous ne croyez point. » Le père » affligé, insiste, et Jésus lui accorde la grâce qu'il vient demander : « Allez, lui dit-il, votre fils est guéri. » £0 effet, avant qu'il arrive chez lui, il apprend que la fièvre a quitté son fils au moment même où le Sauveur l'assurait de sa guérison. Il crut, dit l'Évangile, et toute sa famille crut aussi avec lui.

Cette conduite d'un gentil n'accuse-t-elle point la nôtre? et o'avons-nous pas à nous reprocher que les bienfaits de Dieu soient moins puissans

(1) Matth., V. 5. — Luc, VI. ai.

Et I.ES ÉVANGILES* 125

SUT nous qu'ik ne Font été sur cet infidèle ? Avonsnous été moins que lui Tobjet dés bontés de Dieu ? Qui d'entre nous ne lui doit pas ou sa propre vie , ou la vie de quelques personnes chères ? Si nous réfléchissions sur mille événemens qui nous ont concernés 5 combien ne trouverions-nous pas de motifs d'admirer Textréme bonté de Dieu ! Combien il» nous oflfriraient de traits touchans de sa providence à notre égard, soit pour les bienfaits nombreux que nous en avons reçus , soit pour les dangers auxquels nous avons échappés ! £t cependant avons-nous été reconnaîssans de tant de faveurs? ne les avons -nous pas oubliées presque aussitôt après en avoir profité ?

Revenons à l'officier de Tévangile. Pénétré de sentimens de reconnaissance pour la guérison de son fils , il croi^ en Jésus 9 et y fait croire toute sa famille : beau modèle pour nous, et peut-être sujet de bien justes reproches. Croyons -nous en Dieu comme lui P Y croyons-nous au moins comme nous devons y croire ? Je veux que nous ne doutions pas des mystères de notre sainte religion. Mais cette foi qui n'est accompagnée d'aucun mouvement qui nous porte vers Dieu, d'aucune sainte résolution qui nous détache du péché , suffit-elle f Est-ce une vraie foi , une foi animée de la charité , une foi nourrie de bonnes œuvres ? Et à quoi nous servira cette foi que je suppose j si c'est une foi morte et sans fruit ? A quoi fTervira-t-elle, qu'à nous rendre plus coupables et nous faire condamner?

126 msiBiJCTieifs sve les ipfiEEs

Résumons en peu de mots la doctrine enscî- K;née dans cet éyangile. Il nous apprend i* qu'en demandant à Dieu, même les biens temporels, comme la guérison des personnes qui nous intéressent , il nous exauce , si cela peut être utile dans Tordre du sahit, soit à nous, soit à ceux pour qui nous prions ; a* que nous devons payer d^une foi vive et d\tne profonde reconnaissance les bienfaits que nous recevons de Dieu ; 3* enfin que ce n'est pas assez de croire nous-mêmes pour lui témoigner notre reconnaissance; enfin que , pour remplir toutes nos obligations à cet égard , il faut de plus , à Texemple de Tofficier de Tévangile 9 autant qu'il est en nous , attirer à la foi tous ceux sur qui nous avons du pouvoir.

pova LE XXI* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

ÉFITRE.

Saint Paul aux Éphés. , ch. VI , v. lo.

M S 8 frères, fortifiez-TOus dans le Seigneur et en sa vertu toute-puissaote. Bevêtez-vous de toutes les armes de Dieu , afin de pouvoir vous défendre des embûelics et des artifices du démon. Car nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les prînees du monde, c'est-àdire de ce siècle ténébreui , contre les esprits de malice répandus dans l'air. C'est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu pour pouvoir résister au jour mauvais, et demeurer

B1 U4 tVAKaiI.18. Id^

fermes 9 D'ayant rieii omis poi^r vout bieo d»fea<lre. Soyez donc fermes. Que la vérité soit la ceinture de vos reins ; que la justîee soit votre coirasse. Que vos pieds aient une chaussure s^rihieUe, pour être toujours préparés i annoncer l'Évangile de paix. Senp«i-vous sortojot do bouclier de la foi, afin de po«ybir r^ptmu^t et éteindre tous les traits enflammét du n»alîa ctpri^. Prenei encore ie casque » 9»» «ft i'^ifuirmnée du salut, et l'épée spirituelle» qui est la paxole de Dieu.

Le saiat homme Job a dit : t Qu^ la tie de rhomme sur la terre e$ï un0 aprtte de miliee et un combat perpétuel » (i)- Oa peut I9 dire plus )ustemept eucore de la vie du chrétien. Ile oom^ bien d'ennemis n'a-l-il point à ^e défendre! et combien de combats n'a-t-il poiftt à. soutenir I Combat contre le penchant au mal , auquel il f^ut résister; combat contre ses passions, qu*U faut "vaincre et réduire au silence; €om})at oontre les séductions du monde dont il est saDs oesse entouré 9 et dont pourtant il doit se garautir; combat enfin contre les démons et oçs puissances de té* nèbres et de malice de Texisteuce et de la mdu«vaise volonté desquelles les écritures ne nou» permettent pas de douter y et qu'elles nous repré-* sentent comme occupées à nous tendre continuellement des embûches pour nous t^ïre succomber. C'est contre tant de dangers qui nienacent le chrétien que l'Apâtre chercha à le prémunir dans répttre de ce iour. Il nous dit à tous dans la par* sonne des Éphésiens : c Fortifiez -vous dans le Seigneur. Revétez-vous de toutes les armes de Dieu

(i)Job| VU. 1.

|30 IHSTEU^TIOIIS 6rR LBS AfItEES

mens itialheuretiX) par l'acquil de tous leurs de- Toirs; des enfans même prêchent quand ils répondent aux soins de leurs parens ou de ceux qui les élèvent; quand, doux 5 dociles, modestes, laborieux , ils sont des modèles pour d^autres enfans de leur âge : car la meilleure prédication, c^est Texemple. Il est phis puissant que les mots , que les discours, que les remontrances. Il n'est rien qu*on ne puisse se promettre de Texemple, aidé de la bonne intention et soutenu par la constance.

ÉVANGILE

Saint UatlAieu, ch. XVQI, t. 23.

Jlv ce teiifpt'U, JësuB dit cette parabole à set disciples : Le royaume du ciel est comparé à un roi qui voulut faire rendre comptcà se» serviteurs. Et ayant coramencé à le faire , on lui en présenta un -qui lui devait dit mille taiens ; mais, comme il n'avait pas le moyen de tes loi rendre, aoo maître commanda qu'on le vendit , lui, sa femme et sesjeofans, et tout ce qu^l avait, pfMir satisiaîce à cette dette. Ge serviteur, se I étant à ses pieds, le cou jurait en lui dis&nt : Seigneur, ayez un peu de patience , et je vous rendrai tout. Alors le maitre de ce serviteur étant touché de compassion , le laissa aller , et lui remit sa dette. Mais ce serviteur ne fut paa phis tôt sorti , que , trouvant on de ses compagnons qui lui devait cent dcsiers. , il le pjrît à la gorge , et rétouffait presqu'en lui disant : Beods moi ce que tu me dois. Son compagnon , se jetant à ses pieds , le conjurait en lui disant : Ayez un peu de patience, et je vous rendrai tout. Mais il ne voulut point récouter, et il le fit meUre en prison , pour Vf tenir jusqu'à ce qn'U lui rendit ce qu'il lut devait. Les antres serviteurs, ses compagnons, voyant cela, en furent eitrêmemeot touchés , et vinrent avertir leur commun maître de tout ce qui s'était^ passé. Alors son maître, l'ayant fait venir, lui dit : Mécliant serviteur , je vous avais remis tout ce que vous me

d«vîea> parce que vçm$ m'en a?ies prn^ ; ne fiiUait-U <U>oc paa que TOut eussiez aussi pitié de .votre compagnon comme î'avaîs eu pitié de vous ? Et étant ému de colère, tl le livra entre les mains des bourreaux {usqu^à ce qu'il payât tout ce qull lui devait. C'est ainai que voua traitera édmi père qui est dans le cîel » si clui9i]|n de ^Qua nf remet à son frère du. fond 4u cœur \^ fantea qu'il aura coi|iiaiafs CQStri? lui.

G^ évaQgUe noqs offre à ûoosidérer trois choses principales; la bonté (lu maître envers le débiteur qui lui doit; la dureté de celui-ci envers son projpre débiteur, et la rigueur bien juste avec laquelle cette dureté est punie. I^e serviteur devait » et U devait uae sonune cousidérablOt Le mattr^ a.vait droit d'exiger qu'il payât ; il avait ménie re^du contre lui up jugement sévère y mi^isju^tQ* Laioî permettait au créancier dç vendre ou de réduire en esclavage le débiteur qui ne pouvait satisfaire» oonune elle permet encore aujourd'hui de le faire mettre est prison : cependant le serviteur , dans cette dure extrémité , supplie son maître de lui accorder du temps : celui-ci se laisse toucher ; il lui accorde plus qu'il ne souhaite ; il lui ren^t la dette en entier; n était impossible de pousser plus ^ loin la bonl/é^ et de donner un plus bel exemple d^ clémenoe. /

Cependant que fait le lerviteur ?Xraité de^

nière la plus douce » à peine hors de la pré^e

son bienfaiteur 9 il rencontre à son tour u^e

qui lui devait ; ce n'était qu'une ^^^r^ '^

de cent deniers , rien pour ainsi f^^^t

compare à celle de dix mille %f

]32 nsTEVcnows svk us ^pîtibs

ce serritenr, et qui venait de hu être reuM-îsc si çé- Déreusement : cependant , sans être toi:tclië du traitement généreux qu'il venait d'éprou^ei- ^ cet homme ingrat exige avec dureté ce qui lui est dû. Il prend à la gorge son débiteur^ au risque de i'éloufier : « Rends-moi ce que tu me dois , lui «lit* il. « Le débiteur 8*excuse ; U demande du temps ; il supplie ; il promet de payer; tout est inutile > Timpitoyable serviteur ne vent point l'écouter/ il le fait mettre en prison , pour Ty retenir jusqu'à ce quMI soit payé, et, objet lui-même de miséricorsde^ il est sans miséricorde pour son frère.

Biais la punition est prompte. Le maître apprend avec quelle inhumanité ce serviteur comblé de ses bienfaits a traité celui qui lui devait; il 2c fait venir, et, après Tâvoir accablé de justes reproches , il le livre aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait payé lai-même. « C'est ainsi, dit Jésus , après avoir raconté cette parabole , que vous traitera mon père qui est dans le ciel, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur, i

Les conséquences morales de cette parabole sont claires et à la portée de tout le monde; elle nous apprend que le pardon des injures est un des principaux devoirs du chrétien , et qu'on n'a pas droit

rinduigence quand soi-même on n'en use pas

ers autrui. Nous sommes tous les débiteurs

^re céleste ; débiteurs , à cause des bienfaits

us en avons reçus et que nous en recevons

^ours ; débiteurs encore , à cause des w^rsp-

^enses dont chaque jour nous nous ren*

^ BT LC8 ivÀTTGUES. l3S

xlbns coupables. Si nous nous examinions bien , nous verrions que notre dette est immense! , et que 5 si Dieu nous citait devant lui^ nous serions insolvables. Qu'aurions > nous à répondre 9 pat exemple 9 si ou nous demandait compte de tant de grâces que nous avons reçues ; de notre fortuiie, si nous Pavons mal employée ; de notre ^/<5rédit , si nous en avons fait un mauvais usager si nous avons refusé ngtre appui à Tinnocence , si nous ne nou^ sommes point servis du pouvoir quMl^ i\ous donnait pour défendre le pauvre et Toiphelin ; de nos talens , si nous en avons abusé , ou que nous n'en ayons pas tiré le parti convenable; des grâces 'dont Dieu nous a prévenus et auxquelles nous n'avons pas répondu, des instructions dont nous n'avons point proûté , des moyens de salut que nous avons. négligés? voilà notre dette. Si nous étions aufourd'fafui appelés devant le tribunal de Dieu 9 qu'aùrions-nous à lui offrir pour solder ce compte immense f

Du moins, avant que ce compte redoutable nous soit demandé , nous pouvons encore flécbir le mattre dont nous sommes les débileurs; et luimême noua en offre les moyens ; soyons cbaritablés et miséricordieux , et il nous fera grâce 5 et il nous remettra notre dette. Mais si, chargés de cette dette et ayant besoin d'une grande ipdulgence, nous ne pardonnons pas nous-mêmes à nos frères , n'attendons aucune grâce , le sort du dé^ biteur inhulnaiu nous est réservé* Jésus- Christ, la vérité même , l'a dit : « Le père céleste ne nous

l34 IHSTBUGItOVft SUE U» i^TABS

pardonnera pas , si nous-mêmes nous ne pardon*^ nons à nos frère $du fond du cœur (i).

( Lonqu'U n'x « gu^ vingt-iroiê dimumehes t^pfè» 4a PenU-

eAU • ce ifui «rrttw tauUa lu fait que Pdqups tomée ie a4 ^*

Ia, iSd'avrii, on omet dans Vofjfiee eecUsiattique ie vin^t^

deuxième dimanche: et ofrè* ie yingt-uniême on passe de

** MuUe au ^/imgi^tfoieièmte. )

' POIIR

LE XXIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

ÉPITRE

Saint Paul aux Philippie/u , ch. I , v. 6.

Mb» frères, je rends grflçes à moo Dieu* et j'ai confianee que celui qui a commence en tous ie saint ouvrage de voire saUU l'achèvera et le perfectionnera de ftius en ptus jusqu'au jour de Jésus-Christ. Et il est juste que j'aie ce senttmeiit de - ^rous tous , parce que je vous ai dans le coenr , comme ayant lous'part à ma joie par celle quf vovs f^ev prise à mes liens» à ma défense » et à l'affermissement de l'JBvaniple ; car Dieu m'est témoin avec quelle tendresse je vous aime tous dans les entrailles de Jësus-Chrtst ; et je lui demande que votre charité croisse de plus en phis en lumière et en toute intelligence, aftn que vous saeliiez discerner ce qui e^t meilleur et |)lu> utile ; que ^ous soyea purs et sincères ; que vous marchiez jusqu'au Jour do Jésus-Christ sans que vôtre eour^e soit interrompue par aucune chute; et que> pour la gloire et la louange de Dieu , vous soyez remplis des fruits de justice qui noue sont donnés par Jésus-Christ.

Dahs cette épttre TApdtre témoigne aux PhiUppieiis (*) sa reconnaissance pour les témoignages

(i) Maufa. , VI. 15.

(*) Philipp«8 était une ville de où saint Paul avait précbé l'Évan- ^cédoioe et-une colonie romaine S^lc*

BT IBS ÉVAHGItB5. |S5

d^affection qu'ils lui avaient donnés. Ces peuples^ chez qui il avait prêché la foi, lui avaient Dadt passer d'abondans secours dans sa captivité; ils lui avaient même envoyé Épaphroifite , leur évêque, pour lut rendre les services dont il pouvait avoir besoin. En retour de ces bienfaits temporek, T Apôtre leur souhaite les grâces spirituelles , raffermissement de leur foi 9 le discernement dli bien , la pureté du cœur 5 la persévérance dans la grâce. Il serait difficile d'exprimer dans des termes plus affec* tueux et d^une manière plus touchante les sen-* timens d'un cœur pénétré.

Le christianisme n'exclut point les vertus mo** raies , telles que la reconnaissance 5 l'attachement à ses proches, les liaisons d'amitié, etc. ; au contraire 9 il les suppose et les perfectionne; il serait- même aisé de prouver que toutes ces vertus , épurées de ce qu'elles ont d'humain , et, par conséquent, plus parfaites , sont renfermées dans la charité^: pour cela il suffirait d'exposer ses caractères tels. qu'ils sont décrits par l'Apôtre (i ) : « La charité , dit-il « est patiente ; elle est douce , bienfaisante ; elle n'est point envieuse ; elle n'est point téméraire et précipitée.; elle n'est point dédaigneuse ; elle ne cherche pas ses intérêts ; elle ne se pique et ne s'aigrit de rien ; elle ne confit point de mauvais soupçons ; elle ne se réjouit pas de l'injustice , mais elle se réjouit de la vérité ; elle tolère tout ; elle croit.au bien ; elle souffre tout. » Qu'on me cite une vertu qui ne soit pas comprise dans ce

(0 I- ^P- aux Corialh. , XUI. 4.

t36 iKSTftvcnovs sue us Mm»

pett de mots. Il n'y a donc point de vertu dont on ne fût doué, si on avait la charité , et ces vertus seraient sans mélange, pures comme Dieu luimême , parce qu'ayant Dieu pour objet , elles ne seraient entachées de rien qui pourraient les vicier. Telle était la reconnaissance de saint Paul envers les PhUippiens ; c'était un sentiment profond et pur qui lui faisait désirer pour eux les plus grands de tous les. biens, ceux dont Jésus- Christ dit, cque la rouille et les vers ne les détruisent point , et qu'ils ne peuvent être dérobés par les voleurs > ( i)* Beau modèle de reconnaissance , également digne d'être étudié et imité !

Nous apprenons en outre dans cette épitre que, par nous-mêmes et sans le secours de Dieu , nous ne sommes capables d'aucun bien ; que l'ouvrage de notre salut est celui de sa grâce ; que c'est Dieu qui le commence par une grâce prévenante ; que c'est epeore lui qui le continue par de nouvelles grâces, qui ne nous manquent Jamais quand nous les demandons; que c'est lui qui l'achève et le perfectionne par la grâce de la persévérance qui nous est accordée , quand nous ne négligeons p^s les autres. Ainsi toute la doctrine de la grâce se trouve renfermée dans ce peu de mots de l'Apôtre. Le fruit que nous devons en tirer , c'est i*" de nous guérir de l'orgueil qui nous ferait attribuer à nos propres forces , à notre seule volonté le peu de bien que nous pourrions faire ; a" c'est de nous. maintenir dans la crainte et dans une continuelle défiance

(i) Mallh. , VI. 20.

de noufi-^mémes^' à cause de notre faiblesse et de notre încapttcitë'; e'ést enfito de nous exciter à reconrir à Dieu, afin d'ébtenlr de Uà les grâces eties lumières .qiki'nous' sont nécessaires pour parvenir à sa consaMsâifce et'persérérer dans Famour de nôsderoiifi. '

• Jii<9«4KpnAiei«,di. XXn,v. i5.

Jbi H ce tempt4à , les pharléiéns s'étant rMîréi, firent dessein entre eui d(^ surprendre iigm dans ses paroles. Iki lui en« Toyèreot donc Ijeu» jàisciplet avee les Hérodiens, qui vinrent lui dire : l^aîtrq ^ iy>us savons que Tons êtes, tlocère et véritable , et que vous enseiguez la voie de Dieu dans la vérité , sans avoir égard à qui que ce, soit , parce que vous ne consîdëres point la qualité dès péHonnes. Dites-nous d<mc^oitl« avi« sur ceci : Nous eaj^-ît libre de pajer le tribut i Gésary ou de ne pas 1er payer. t Maisr déuis » conéaissant iear «aliçe» Icui dit: GLjpfcrites, ppui;qi^c^,me tentez-Tous! Montrcj^qi U pièce d'argent qu'on doape pour le tribut. Et lui ajant prosenlé un denier, J.ésus leur dit : De qui est cette iipage e^ cette inscription rDe t^ésar, lui dirent-ils. Jésus leur répondît : Bendex'dottc à Oësar ee qui est à Gësar, et ikDîeu ce qui est à Dieu. ' - • . ^ ■

Rien n^éfailt plus' pur que la vie du Sauveur ^ et rien n^étaît plus sajgë que sa doctrine. Les Pharisiens le savaient : souvent ils l'avaient entendu, sans jamais trouver en lui rien qtd pût donner matière au moindre reproche. Cependant, au lieu de s'attacher à lui, ils le persécutaient , et leur haine le poursuivait dans toutes les occasions! Aujourd'hui ils 'cherchent à le surprendre, et le piège qu'ils lui tendent, iis le cachent sôus dès paroles flatteuses : c Mattre > lui disent<-ils ^ nous sa-<i

l59 IHSTBVGVIORS SVE tM8 IpItEES

vons que v^Qs élQB «incère et véritaUe ;• noas savons (fue v(HW enseigQea la voie dePieq ; 0098. $avoii» que vQUft Aies juste et que VQU9*jae feUeft liceeptiaii defiers^onne ;9 et ces louang^pevficle»à quoi t^i* dent^elles ? à obteair de J^uf une réponse qui le compromette , ou vis-à-vûi du peuple qui 9 nouvellement soumis aux Romains y n'avait pas perdu le sentiment de son indépendanee» et ne se croyait obligé à rien à Tégard d'une autoritfè ébeaogère , ou vis-à-^vis du prince^ sa Jésus disfuit qu'on pour« vait se dispenser de lut payer le tribut.

Tirons d'abord de là ùrié leçon Utile 9 et apprenons à apprécier les louanges qu'on prodigue communépient dans le monde* Il est bon dç le. dire , et il faut le dire surtout à eaux qu'une haute, naissance > une grande fortune ^m da briUans emjdbois rendent les dispensateurs dès grâces. Il'faut leur dire 9 il faut qu'ils sachent que lès louanges qu'on leur doupe sont le plus souvent intéressées; que les flatteries qu'on leur prodigue sont des pièges , des tentations 9 quelquefois même des trahisons* Elles doivent donc s'en défier, examiner dans quel esprit, à quel dessein etparqnel motif on cherche à les circonvenir. Elles doivent toujours avoir devant les yeux cette maxime du sage : « Il vaut mieux être repris par un homme prudent que loué et flatté par des insensés» (1). Elles doivent savoir que de faux amis sont plus dangereux que de véritables ennemis. Les vérités même sévères des personnes qui nous sont, attachées sont bien pré-

. (i}|:f!cMp.,VQ.6.

BT US évAHGILBS. iSg

férables aux faux éloges, aux élogeft intéressés de ceux qui ne flattent que pour leur profit. Ce n'est pas sans raison que Pon dit : le poison de la flatterie ; car , de même que le poison détruit les priucifKiux organes du corps, de même la flatterie dénature les plus beaux caractères* Distinguons néanmoins la flatterie d'pne louange méritée : celle-ci est une dette; et, loin qu'elle nuise^ elle excite à la vertu.

Un autre point d'instruction qui nous est offert dans cet évangile se tire de la sage réponse de Jésus : « Rendez, dit- il , à César ce qui appartient à César ) et à Dieu ce qui est à Dieu. » En prenant la première partie de cette belle maxime à la lettre, César est l'autorité qui gouverne ; c'est le prince dont on est sujet , et le ^ns de la maxime est qu'il faut rendre à l'autorité ce qui lui appartient,, c'està-dire qu'on lui doit, et que c'est offenser Dieu que de ne pas lui rendre respect, obéissance , fidélité, tribut et service suivant les lois de l'état. Cette doctrine est celle de l'Évangile , et les apôtres l'ont constamment préohée; mais la maxime a en* core un sens plus étendu. C'est un principe géné^ rai qui veut que nous rendions à chacun ce qui lui est dû, et que nous ne nous écartions {amais des règles de la justice* Ainsi non-seulement on ne doit point retenir ce qui appartient à autrui, mais encore on ne d<Ht manquer à aueuû des égards qui sont dus au rang, aux conditions, au mérite , et même au malheur. Enfin si, comme sujets, nous devons au prince l'obéissance; si i en

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qualité d'hommes , nous devons à nos semblables fustice et charité, comme créatures, nous devons tout à Dieu, puisque c'est de lui que nous tenons tout. Nous lui devons culte, soumission à sa volonté, sentimens d'amoiir et de reconnaissance, attachement à sa loi , Hdélité à en accomplir les préceptes, dévoûment sans bornes. En rendant à Dieu tout ce qui lui est dû , nous rendrons aussi aux hommes ce qui leur appartient , parce que nos devoirs envers eux font partie de la loi de Dieu.

POUE

LE XXIIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

ÉPITRE

Saint Paul aux Philippiens , ch. III , t. 17 , et ch. IV, v. i.

M.ift frères, rendez- vous mes irnîtateurs, et proposez-Tous rczemple ^e ceux qui se conduisent selon le modèle que vous aVez vu en nous ; car il y en a plusieurs dont je vous ai souvent parié , et dont fe tous -parle encore avec larmes , qui se eonduisent en ennemis de la croix de Jësus-Christ , qui auront' pour fin la damnation , qui font leur dieu de leur ventre , qui mettent leur gloire dans leur propre honte, et qui n'ont de pensées et d'affections que pour la terre. Mais, pour nous, nous vivons déjà dans le ciel , comme en étant citoyens ; et c'est de là aussi que nous attendons le Sauveur notre Seigneur Jésus-Xituist , qui transformera notre corps , tout vil et abject qu'il fi»t , afin de le rendre conforme à . son corps glorieui , par cette vertu efficace par laquelle il peut s'assujettir toutes choses. C'est pourquoi, mes frères, très-chers et très-désirés , qui êtes ma joie et ma couronne, continuez , mes bien«aimés , et dcmçnrez fetees dans le Seigneur. Je conjure Evodîe , et

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{e cx>iiiare Syntiche de t'unir dans les mêmes sentîmens en notre Seigneor. Je vous prie aussi , vous qui avez élé fidèles compagnons de mes travaux ^ d'assi»ter les personnes que je viens de dire , ayant travaillé et combattu avec moi , dans l'établissement de l'Évangile , avec Clément , et les autres qui m*ont aidé dans mon ministère, dant les noms sont écrits au lÎTre de vie.

Un des plus sûrs moyens de se bien conduire , c^est de prendre pour modèles des personnes ver*tueuses et d'une réputation sans reproche. Saint Paul ne craint pas d'engager les Philippiens à être ses imitateurs; il n'affecte point une fausse modestie. Imitez - moi , dit - il , et proposez - vous l'exemple de ceux qui se conduisent selon le modèle que vous avez vu en nous. Sincèrement attaché à: la doctrine de Jésus qu'il prêchait , réglant lui-même sa eonduitc sur celle du Sauveur, brûlant de charité et de zèle pour le progrès de l'Évangile y quel plus parfait modèle aurait-il pu proposer aux fidèles qu'il avait gagnés à la foi ? Mais, en même temps qu'il les exhortait à l'imiter, il les prémunissait contre des hommes dont la conduite était opposée à'ia sienne, qui étaient les ennemis de la OToîx de Jésus-Christ, et dont l'exemple aurait pu les égarer.

Il y a donc de bons et de mauvais exemples. Le bon exemple est la plus puissante et la meilleure des leçons, comme le mauvais exemple, l'approche des personnes vicieuses, sont les choses les plus dangereuses pour une vertu non encore affermie^ ^t par conséquent pour de jeunes cœutrs. Heureux

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les en&iis qui trouvent au sein de leuxv famille et dans ce qui les entoure ces exemples si précieux ! Heureux ceux à qui Dieu a donné des parenssages, vertueux 9 bienfaisans, aimant Dieu^ soumis à sa volonté» ne voulant que ce qui est juste, ne faisant que ce qui est conforme à la religion et à la raison I Que ceux qui ont ce bonheur remercient la Providence : elle leur a donné plus que des trésors ; les fruits de leur éducation sont, à peu près assurés; il leur suffît de voir et d'imiter. Et comment n'aimeraient-ils point la vertu, quand chaque jour elle se présente à eux sous des traits que leur coaur les porte à chérir ? Gomment ne ferai^at-ils pas bien , quand ils voient toujours bien faire ? Gomiment l'exemple de tous les momens ne ferait-il pas impression sur eux ? Conunent les témoignages d'çstime qu'ils voient continuellement donner à un beau caractère n'exciteraient-ils pas kur émulation ?

Mais autant nous devons attacher de prix aux bons exemples, autant nous pouvons en tirer d'à- Tantages, autant aussi on doit fuir les mauvais, autant ils peuvent être pernicieux. Faisons comme l'Apôtre ; parlons des méchans avec larmes, c'està-dire, gémissons sur eux, et plaignon8-4es d'avoir abandonné le sentier de la vertu ; mais fuyons-les, parce que leur société est contagieuse. On prend les vices de ceux qu'on fréquente ; l'habitude de les voir y accoutume insensiblement; d'abord on hait le mal; bientôt on le volt avec moins de répugnance; on finit par s'y livrer.

XT LB8 AVAITGILIS. t4S

L^InooctenoeDe peut se soutenir seule , semblable à la v%ne qui à' besoin d'un appui, l'appui de l'innocence y c^est là société des gens de bien ^ ce sont les bons exemples : ils sont féconds en bons fruits : il ne se iaii jamais de grands biens ou de grands maux qui n'en produisent de semblables y dit un de nos moralistes les plus célèbres (i). Quelle responsabilité doit peser sur celui qui, par le niai qu*il fait, devient une occasion de chute et de scandale pour ses frères ! Il aura noB-<seulcnAent à rendre compte de ses propres offenses , mais encore de celles qu'il fait commettre. Malheur à lui 1 car il est écrit : Malheur à l'homme par qui vient le scandale ! Que si votre main ou votre pied vous est un sttîet de scandale et de chute 9 ooupez-les et îetez-^ies loin de vous. Car il vaut mieux que vous entriez dans la vie éternelle n'ayant qu'un pied et une main que d^avoir deux pieds et deux mains et d'être précipité dans les feux de l'enfer. Ces paroles sont les propres paroles de Jésus-Christ (a). Il vaut dovic mieux renoncer aux liaisons les plus cfaèUBS) lorsqu'elles sont dangereuses 9 que de risquer son salut en les entretenant.

ÉVANGILE

Saint Matthieu, cfa. IX, v. i8.

£ifr ce temps- là, Jésus parlant aux disciples de Jeaa^ un chef de la synagogue s'approcha de lui , et Tadorait en lui disant : Seigneur , ma fille est morte présentement ; mais Tenez lui imposer les inains-, et elle vivm. Alon J«8iis, se

(0 La Rochefoucanit , aiaxime a3o. (3) Mattti , XVIII. 7 cft 8.

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levant , le tuivit av^c tes diicipies.^ En mime temps une femme, 4|ui depuia douze ao» avait une. peKe,de sang, s'approcha de lui par-derrière , .et toucha le, bord de son vêtement ; car elle disait en elle-même : Si je puis' seulement toucher son vêtement, je serai guérie. -Jésus, se tournant et la voyant, lui dit : Ma fille, aycE confiance, voti» foi vous a guérie; et cotte- femme fut guérie ^ la mêmeJaeure. Comme il fut venu à la maison de ce chef de ia syna/fogue , voyant les joueurs de flûte et une troupe de personnes qui faisaient grand bruit , il leur dit : Retirez- vous , cette fille n'est pas morte , elle n'est qu'endormie. (Et ils se moquaient de lui ; mais^aprës qu'on eut fait sortir tout ce monde , il entra , et lui prit la main ; cette petite fille se leva , et le bruit s'en répandit dans tout le pays*

Derx miracles sont le sujet de cet évan^e; la résurrection de ia fille de Jaïre, et la guérîson de la femme affligée d'une perte de sang. Jésus accorde à un père affligé la vie de sa fiUe. 11 est touché par une femme malade , et cet attouohe* ment suffît pour qu'il sorte de lui une vertu qui rend la santé à cette infortunée.

Chaque jour nous avons des grâces à.demander à Dieu. Prions comme Jaîre; approchons -nous de Dieu avec upe foi vive ; implorons-le avec un cœur pénétré ; soyons humbles et confians comme rhémorrhoïsse ; comme Tvtn et comme l'autre , nous serons exaucés. J'ai dit^* prions comme Jaïre. Comment prie-t-il ? D'abord il s'approche, ensuite il adore Jésus , puis il expose humblement l'objet de sa demande; il supplie le S.auvepr de venir imposer les mains à sa fille ; epfin il croit fermeiment que , si Dieu lui fait cett^ grâce ;, sa fille yi-

ET LES ÉVÀKGILES. l4^

vra. Voyons dans cette maùière de prier le modèle qu'il nous faut suivre : d'abord approchons de Jésus. S'en approcher , c'est quîtier les habitudes mondaines : car on ne peut servir le monde et Dieu ; c'est pratiquer les devoirs de la vie chrétienne , c'est recourir aux sacremens , c'est ne négliger aucun des moyens de salut. Adorons ensuite Jésus ; l'adorer 9 c'est lui rendre l'hommage qui lui est dû comme à un homme-Dieu ; c'est lui payer le tribut de reconnaissance qu'il a droit d'attendre de nous comme notre rédempteur; c'est l'implorer comme un puissant médiateur entre son père et nous : exposons-lui ensuite nos besoins, et surtout le plus grand de tous, celui de sa grâce. Enfin , comme Jaïre croyait que sa fille serait renr due à la vie si Jésus lui imposait les mains, croyons aussi que , morts par le péché, nous ressusciterons à la vie spirituelle, si nous avons imité Jaire dans sa foi.

Mais est-ce ainsi que nous prions communément ? Avons-nous la foi de Jaïre et Thumilité de rhémorrhoïsse ? Ou nous ne prions point du tout, ou nous prions mal , ou nous demandons des choses qui ne sont pas dans l'ordre de Dieu. Tantôt à peine songeons-nous à Dieu en priant ; d'autres fois une courte prière nous parait un hommage suffisant à la Divinité. Inattentifs , inoccupés, nous disons des mots, nos lèvres -les prononcent ,^ et notre cœur n'y a point de part : nous prions avec tiédeur ; en un mot , nous prions sans que notre prière soit animée du feu de la foi et de la charité;

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nous lui demandons plutôt ce qui nous platt que ce qui lui plaît. £st-0 étonnant que de pareilles prières ne soient point entendues ? Si , animés de la nième foi dont Jaïre et la fismme malade étaient pénétrés , nous disions à Dieu : t Seigneur, mon âjne est dans un pressant danger, mon âme se meurt de la maladie du péché ; venez , laissez tomber sur moi un regard de votre miséricorde y et mon âme revivra. » NVb doutons point , touché aussi de notre douleur profonde » Dieu répondrait : « Elle n^était qu^endormie, elle B*est pas morte. » En effet , elle vivrait par cela seul qu*elle désirerait ardemment de vivre , et que le feu de la charité ranimerait. A^renons donc de iaÊtt et de rhémorrhoîsse comment on doit prier et dans quelles dispositions il faut être à Tégard de Dieu quand on veut être exaucé.

POVB

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